Les secrets de la panthère des neiges

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(les « pièges » photographiques permettent d’observer les animaux sans les déranger)

Dans son rapport bisannuel « Planète vivante » 2016-2017, publié le mardi 30 octobre 2018 dernier, le Fonds mondial pour la Nature (WWF) fait un constat désolant : la population des animaux vertébrés a chuté de 60 % en moyenne en 40 ans. Cet effarant déclin s’explique par la pollution, le réchauffement climatique, le braconnage, la déforestation et l’agriculture, ou encore la fragmentation des lieux de vie des animaux par les routes, barrages, etc.

Tandis que la biodiversité décroit à grande vitesse, qu’en est-il de la panthère des neiges (Panthera Uncia) ?

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Une espèce difficile à observer

Cet animal à la beauté impériale (il n’a aucun prédateur à part l’humain) vit dans les zones montagneuses d’Asie. Il a été observé dans 12 pays, parmi lesquels la Chine, la Mongolie, le Népal ou encore le Pakistan.

Avec sa magnifique fourrure tachetée, la panthère des neiges est une reine du camouflage : quand elle s’immobilise, elle devient quasiment invisible dans les paysages de rochers et de neige. Elle se nourrit d’ongulés, de marmottes, de végétaux, et s’attaque parfois aux troupeaux des bergers.

Il s’agit d’un animal difficilement observable. En effet, ce magnifique félin évolue dans des zones peu accessibles. Il est donc compliqué pour les scientifiques d’indiquer précisément la densité de sa population. Il existerait à ce jour entre 4000 et 6500 panthères des neiges en Asie.

Pour observer les comportements de la panthère des neiges, et donc mieux la protéger, les associations ont recours à deux outils : le collier GPS (qui nécessite d’endormir l’animal) et surtout, le « piège » photo/vidéo.

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Voici deux vidéos enregistrées par l’association WWF

Ci-dessous, la vidéo déchirante d’une panthère des neiges dont la patte a été prise dans le piège d’un braconnier. Courageuse, on la voit malgré tout continuer à vivre, avec cette mâchoire de fer devenue un épouvantable prolongement d’elle-même…

Et voici, au contraire, l’attendrissante et réjouissante vidéo d’une femelle en vadrouille avec ses trois adorables petits :

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De nombreux dangers menacent la panthère des neiges :

  • le braconnage (on chasse le félin pour ses os, utilisés dans la médecine chinoise, et pour sa fourrure)
  • les activités humaines en expansion, les pâturages
  • le conflit avec l’humain (qui traque le félin pour éviter que celui-ci ne s’en prenne à son troupeau)
  • la fragmentation de son habitat naturel
  • le changement climatique

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Le travail de WWF

L’association WWF travaille à la protection d’une quarantaine d’espèces animales, dont la panthère des neiges. Elle participe ainsi à l’information et à la pédagogie auprès des populations humaines qui côtoient l’animal, à la construction de bergeries (pour que les animaux d’élevage soient mieux protégés des éventuelles attaques de la panthère des neiges) et aux indemnisations en cas d’attaque des troupeaux.

Ce travail sans relâche a porté ses fruits, avec une évolution du statut de la panthère des neiges dans le classement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) : le félin est passé d’espèce « en danger d’extinction » (depuis plusieurs décennies) à « espèce vulnérable » depuis 2017.

Mais si la situation s’est stabilisée, les mêmes efforts doivent évidemment être maintenus, et d’autant plus que le changement climatique représente maintenant une autre menace bien réelle : en provoquant un déplacement progressif de la végétation vers les hauteurs, le réchauffement climatique pousse, du même coup, la panthère des neiges à se retrancher toujours plus haut en montagne, c’est-à-dire sur des espaces plus limités.

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Pour aller plus loin :

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Le bestiaire sublime de Ito Jakuchu

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(détail du rouleau Pivoines et papillons de Ito Jakuchu)

Une fois n’est pas coutume, je me suis levée tôt ce dimanche pour me rendre à l’exposition consacrée au Royaume coloré des êtres vivants, une superbe série de trente rouleaux de soie peints par Ito Jakuchu (1716-1800), au Petit Palais.

L’artiste japonais, qui a principalement pratiqué la peinture de fleurs et oiseaux (un genre pictural asiatique dédié à la représentation des végétaux et des animaux), n’a jamais fait partie d’une école de peinture. Il fut ainsi considéré à son époque comme un « excentrique », selon la formule japonaise consacrée. Réaliser la série du Royaume coloré des êtres vivants lui a pris une dizaine d’années.

(déambulation d’un banc de poissons sur le rouleau Étang aux lotus et poissons)

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L’univers foisonnant de Jakuchu

Ce qui frappe de prime abord dans ce superbe ensemble de rouleaux : les couleurs chatoyantes utilisées par l’artiste, et la présence foisonnante des animaux.

D’aucuns considéreront peut-être que Jakuchu flirte avec le kitsch. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel !

La profondeur de son travail tient en partie à un sens aigu de l’observation. Le peintre était ainsi capable de représenter avec réalisme le plumage d’un canard ou la gueule rose d’un serpent. On sait d’ailleurs qu’il élevait, pour pouvoir les étudier, divers oiseaux chez lui : coqs, paon, perroquet. Son ami Daiten écrivit à ce propos en 1766 :

Jakuchu éleva quelques dizaines de coqs dans son jardin, et consacra plusieurs années à observer leur forme et à les croquer sur le vif. Ensuite, il élargit ses sujets à toutes sortes d’herbes et arbres, oiseaux et bêtes, poissons et insectes ; étudiant dans les moindres détails leurs forme et essence, jusqu’à ce que son pinceau obéisse aux commandes de son cœur.

(détail – il me semble que c’est un loriot – du rouleau Nandina et coq)

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On constate aussi que le peintre était capable d’une grande sobriété quand le sujet s’y prêtait, avec par exemple le rouleau hivernal Oie sauvage et roseaux (voir ci-dessous).

Mais son goût du détail poétique est peut-être ce qui me touche le plus chez Jakuchu : nuée de moineaux gourmands, rouleau entièrement dédié au ballet moelleux des papillons, feuilles de lotus qui pourrissent inéluctablement à la fin de l’été, bébé pieuvre fermement arrimé au tentacule d’une pieuvre adulte, oiseaux en couple, canards mandarins affrontant le froid de l’hiver, passereau prudemment perché (à cloche-pied) sur une branche épineuse…

(détail du rouleau Oie sauvage et roseaux, un des plus sobres de la série)

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Le témoignage d’un monde révolu

Le Royaume coloré des êtres vivants de Jakuchu, avec son cortège d’animaux sublimes et sa myriade de fleurs, est donc un poème, une célébration.

Et pourtant, en sortant de cette exposition, mon sentiment d’émerveillement s’est teinté de mélancolie. En effet, comment ne pas penser, en plongeant dans l’univers foisonnant de Jakuchu, aux tristes constats qu’ont pu faire les spécialistes de la biodiversité ces dernières années : nous sommes dorénavant entrés dans la 6e extinction de masse des espèces animales ; 80 % des insectes ont disparu en 30 ans en Europe ; la population des oiseaux a décliné de 30 % en France en 15 ans. En cause, les pratiques agricoles en général et les pesticides en particulier 😦

Ne nous laissons pas abattre. Pour préserver la beauté de notre planète, continuons de donner le bon exemple autant que possible, de mettre en harmonie nos valeurs et nos actes, d’exprimer notre désaccord !

Le 12 septembre dernier, l’association Nous voulons des coquelicots a lancé un appel aux citoyens français pour organiser une résistance anti-pesticides de grande ampleur. L’annonce a été relayée par un très grand nombre de médias et plus de 150 000 personnes ont déjà signé la pétition, ce qui ne représente qu’un premier pas. En effet, l’idée est de réunir un maximum de citoyens autour d’actions concrètes !

(Le rouleau Étang aux insectes représente un grand nombre d’animaux : insectes très variés tels que la fourmi, la libellule ou la mante religieuse, mais aussi des reptiles et des amphibiens.)

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Pour aller plus loin :

  • attention, en raison de la fragilité de ces rouleaux, l’exposition ne dure qu’un mois : du 15 septembre au 14 octobre 2018 !
  • plusieurs conférences sont organisées au sein du Petit Palais à l’occasion de l’exposition, les voici : Jakuchu, l’homme à la main divine (mercredi 26 septembre, 12h30), L’esprit comme maître de peinture, le peintre comme maître de zen (mercredi 03 octobre, 12h30), Les trois excentriques de Kyoto : Ito Jakuchu, Soga Shohaku et Nagasawa Rosetsu (mercredi 10 octobre, 12h30) et Jakuchu, la maîtrise technique d’un artiste hors du commun (samedi 13 octobre, 15h30)
  • le Petit Palais a édité pour l’occasion un joli ouvrage de 144 pages, dans lequel on retrouve les trente rouleaux de Jakuchu mais aussi de nombreux détails choisis !

(ravissant détail du rouleau Vieux Pin et cacatoès)

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L’être humain dans l’esthétique chinoise

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(peinture contemporaine de Hu Yongkai)

Quelles que soient les époques, l’esthétique chinoise a toujours décrit ou chanté la beauté de la nature, la solitude bienfaitrice ou mélancolique de l’anachorète, le plaisir des sens, le dépouillement heureux ou encore la vacuité de l’existence humaine. Et il est frappant de constater à quel point ces sujets sont encore évoqués par les artistes chinois du XXe siècle avec une fraîcheur intacte…

Dans de très nombreuses œuvres chinoises, la nature occupe toute la scène et l’humain y est quasiment absent (si ce n’est dans la description du sentiment de l’artiste face à une nature souveraine). J’ai voulu, au contraire, illustrer cet article avec quelques poèmes et peintures qui incluent la présence humaine et chantent la joie de vivre !

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Le gynécée langoureux de Hu Yongkai 

Ci-dessus et ci-dessous, deux ravissantes peintures de Hu Yongkai. L’artiste est né à Pékin en 1945 et vit actuellement aux États-Unis. Il représente principalement des femmes coquettes ou oisives, souvent dans leur intérieur. Mais la nature reste toujours présente dans les œuvres de Hu Yongkai, grâce à un paravent fleuri, un bouquet de fleurs éclatantes ou encore une fenêtre qui donne sur des éléments végétaux.

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Shitao, amoureux de la beauté 

Shitao naquit en 1642 (fin de la dynastie Ming) et fut élevé par des moines bouddhistes. Il était surnommé le moine Citrouille-Amère. Il a excellé dans tous les genres picturaux : paysages, végétaux, portraits…

La peinture ci-dessous m’émerveille littéralement. La brume y fait une apparition théâtrale et la présence humaine y est à la fois minuscule et évidente. Cette oeuvre n’aurait évidemment pas du tout la même portée si on n’y décelait aucune présence humaine. C’est la silhouette de l’ermite qui donne toute sa beauté à ce paysage onirique, car c’est grâce à elle qu’on éprouve, d’instinct, en admirant cette scène de promenade, l’émotion d’évoluer dans un tel paysage…

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La douce folie de Han Shan

Han shan est un poète et ermite chinois du IXe siècle. C’est sur des bambous, des arbres, des rochers et sur les murs des maisons que cet artiste au cœur « pur comme un lotus blanc » a écrit ses poèmes. Les villageois se moquaient de lui et le prenaient pour un dingue. Il était considéré comme un marginal ou un illuminé. Voici deux de ses textes :

une chaumière de paysan, ma demeure d’homme sauvage
devant la porte, carrosses et chevaux se font rares
dans les bois sombres, les oiseaux se rassemblent
dans le torrent profond, les poissons abondent –
accompagné de mon fils, je cueille les fruits de la montagne
avec ma femme je laboure les champs inondés –
dans la maison, qu’y a-t-il ?
juste un lit encombré de livres…

~

mes livres regorgent de poèmes de lettrés savants
ma cruche déborde du vin des sages
en balade j’aime contempler les vaches et leurs veaux
assis, le vin et les livres sont disposés à mes côtés –
le givre et la rosée imprègnent le toit de chaume
la lumière de la lune éclaire la fenêtre ronde –
après avoir bu deux coupes, je déclame deux ou trois poèmes

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Le monde « simple et tranquille » de Lao Shu

Voici maintenant une peinture et deux poèmes de l’artiste chinois contemporain Lao Shu (« vieil arbre »), de son vrai nom Liu Shuyong. Peintre-poète, Lao Shu est également critique d’art et il donne des cours à l’Institut des médias et de la culture de Pékin.

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Théiers dans les champs,
Luxuriance des jeunes feuilles.
Vient le temps où les fleurs tombent
Quand arrivent brumes et bruines.
Théiers dans les champs,
On cueille en chuchotant.
Le chant des oiseaux
Résonne au fond de la vallée,
Tout est poème.

~

Je songe fortement à m’évader
Pour vivre dans les montagnes désertes
Bâtir une cahute en forêt devant les fleurs.
Enfermé, j’y lirai des livres érotiques,
Dehors, je cultiverai mon potager.
Souvent, je me livrerai à des jeux amoureux,
Par hasard, des amis viendront me voir.
Je n’aurai qu’un désir : m’éloigner de la vie mondaine,
Ne pas jouer au prétentieux ou au mystificateur.
Car, en fin de compte, mes cendres
Finiront au fond d’un ravin, emportées par le flot.

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Pour aller plus loin :

  • les éditions Moundarren proposent un sublime recueil des poèmes de Han Shan, intitulé Merveilleux le chemin de Han Shan
  • depuis 2011, le peintre-poète contemporain Lao Shu tient un blog en chinois, sur lequel il édite régulièrement ses textes et ses peintures
  • les éditions Philippe Picquier, spécialisées dans l’Asie, ont édité en octobre 2017 un très bel ouvrage consacré aux peintures et poèmes de Lao Shu : Un monde simple et tranquille (cliquer sur « extrait » pour découvrir une vingtaine de ses petits chefs d’oeuvre)

Pauvre et douce Corée

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(intérieur coréen, photo de Maurice Courant)

Où que je me trouve, j’adore aller flâner en librairie. Hier, je suis donc allée baguenauder dans la très sympathique librairie du musée des arts asiatiques Guimet, où j’ai craqué pour plusieurs bouquins. Je voudrais ici vous parler de l’ouvrage Pauvre et douce Corée, que j’ai acheté et dévoré dans la foulée 🙂

Ce petit témoignage (moins de 80 pages) de l’écrivain et explorateur Georges Ducrocq (1874-1927), rédigé à la suite de son grand voyage en Asie au début du siècle dernier, s’avère être un petit bijou de poésie !

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Georges Ducrocq est tombé sous le charme de la Corée en 1901. Son récit est donc une déclaration d’amour. Et sans aller jusqu’à dire que son propos est naïf, la tendresse qu’il éprouve pour ce pays donne à son témoignage une tournure éminemment romantique. Ainsi, dans le regard de Georges Ducrocq, la pauvreté des Coréens ne les empêche pas d’être « paisibles et rêveurs ». Même quand il évoque la difficile condition des femmes coréennes ou la misère, c’est avec douceur. Ce manque de pondération n’enlève cependant rien à l’intérêt de ce texte sensuel et délicat, bien au contraire : on y apprécie pleinement la sincérité de l’auteur, la qualité littéraire et bien sûr, les mille détails qui nous permettent d’entrer dans l’intimité d’une Corée maintenant révolue.

En voici quelques extraits…

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Au début du 20e siècle, Séoul s’apparente à un immense village

Voici le portrait que Georges Ducrocq brosse de Séoul. Il s’agit des premières lignes de l’ouvrage. L’auteur, dès le début de son texte, utilise des personnifications émouvantes pour souligner la délicatesse et la beauté de ses sujets d’observation : les villes, les maisons…

Celui qui arrive à Séoul par la colline du Nam-San aperçoit, entre les arbres, un grand village aux toits de chaume. Il a d’abord peine à croire que ces cabanes enfumées soient la capitale de la Corée. Mais l’immense étendue qu’elles couvrent et la ceinture de remparts et de portes monumentales qui les enveloppe ne laisse aucun doute : Séoul est à nos pieds et c’est une paysanne qui ne paye pas de mine. Pourtant les chaumières ont un air bon enfant ; elles annoncent une grande pauvreté, mais ne sont pas tristes. Une lumière extrêmement pure et délicate baigne ce visage de pauvresse et en détaille tous les contours. Épaisses et basses, les couvertures des toits se recroquevillent au soleil comme des chattes, elles semblent couver de très douces vies familiales.

(une rue de Séoul, photo de Maurice Courant)

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Les Coréens, un peuple très différent de ses voisins

Comme j’ai pu l’apprendre en allant assister il y a quelques jours à la conférence La Longue Marche des Coréennes de Juliette Morillot, les Coréens ne ressemblent en rien aux Japonais ou aux Chinois. C’est ce que souligne également Georges Ducrocq ici :

Les Coréens n’ont pas la face grimaçante des Jaunes. Le sang des races du Nord s’est mélangé dans leurs veines au sang mongol et a produit ce beau type d’homme vigoureux, rudement charpenté, d’une taille imposante. Les yeux ne sont pas bridés ni perpétuellement enfiévrés ; le front saillant, poli et découvert ressemble au front de nos Bretons, il a les reflets joyeux d’un front celtique ;  les visages sont très barbus comme ceux des Aïnos de l’île Sakhalin et ce seul trait suffirait à distinguer un Coréen de ses voisins. L’expression naturelle des Coréens est placide, ils ont l’œil fin et rêveur, beaucoup de laisser-aller et de bonhomie dans les manières.

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Artisanat coréen

Georges Ducrocq consacre un passionnant petit chapitre à l’artisanat et aux métiers de Séoul. Il décrit ainsi les cordonniers, les quincailliers, les marchands de soieries et les marchands de chapeaux (tous les Coréens portaient alors un grand chapeau)… Le métier de menuisier était également très répandu :

Les Coréens réussissent surtout dans la menuiserie : ils s’entendent  à construire une étagère ou un coffret, bien ajusté, en bois d’ébène ou de cerisier, à lui donner un vernis rouge, laqué, ou la patine d’un jus de tabac, à l’enjoliver de charnières, de verrous, de plaques de cuivre : l’idée de cacher le trou d’une serrure sous une tortue ou un papillon ciselé est de leur invention.

(marchand ambulant, photo de Maurice Courant)

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Le papier, première industrie coréenne

La production coréenne de papier, matériau très employé dans le pays, alimentait également la Chine :

Les parcheminiers ont le plus d’ouvrage, car le papier est la première industrie coréenne : il sert à tout. Huilé, il a la solidité de la toile ; broyé, il est dur comme pierre. On en fait des cloisons, des parquets, des vitres, des boîtes à chapeaux, des corbeilles et des seaux pour puiser l’eau. Dès qu’une goutte tombe, le Coréen tire de sa poche un cornet de papier dont il se coiffe. Le meilleur abri contre le froid, c’est une bonne cape de papier. Voilà bien longtemps que la Corée excelle dans le parchemin ; autrefois, sous les empereurs lettrés du XIVe siècle qui faisaient fondre d’un coup trois cent mille caractères d’imprimerie, elle gravait sur des feuilles royales ses romans et ses poésies. Aujourd’hui l’inspiration est morte, les beaux livres sont rares, le papier sert encore aux examens, mais les compositions des candidats sont ensuite passées à l’huile et deviennent d’excellents manteaux contre la pluie. La Chine se fournit toujours de papier en Corée : il en arrive à Che-fou des bateaux pleins pour servir aux paperasseries des mandarins chinois.

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La couleur dans les vêtements coréens 

Chaque paragraphe écrit par Georges Ducrocq est empreint de poésie. Il me faut tout de même bien terminer cet article, je vais donc le faire avec l’évocation des vêtements chatoyants des femmes et des enfants coréens. En effet, tandis que les hommes s’habillaient entièrement de blanc (à l’exception de leurs grands chapeaux noirs !), les femmes et les enfants portaient des tenues très colorées…

La couleur est laissée aux jeunes gens, aux femmes et aux enfants et les préférences des Coréens vont aux couleurs tendres, au bleu de ciel, aux tons saumonés, au gris perle, aux couleurs d’œillet ou de pervenche. S’ils abordent les tons vifs, c’est avec une franchise de campagnards, portés aux couleurs qui chantent aux vert pomme, aux rougeurs de pêche, aux cerises, à l’abricot. Leurs enfants ont l’air échappés d’un champ de fleurs, au printemps, papillons multicolores qui jettent un rayon de vie au milieu de la foule toute blanche et nonchalante.

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Pour aller plus loin :

  • La maison d’édition La Découvrance, qui a édité Pauvre et douce Corée, s’est spécialisée dans les récits de voyage. En outre, le texte Pauvre et douce Corée ayant basculé dans le domaine public, il est disponible en intégralité sur Wikisource 🙂
  • Les photos qui illustrent cet article ont été réalisées par Maurice Courant, autre explorateur du début du 20e siècle. Pour ce qui nous concerne ici, Maurice Courant est l’auteur de Souvenir de Séoul, texte également entré dans le domaine public, que le site Gallica a mis à la disposition des curieux ici.

Au pays des kokeshi

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Les kokeshi sont des poupées japonaises en bois. A l’origine, ce sont des ouvriers pauvres qui, à partir du matériau sur lequel ils travaillaient pour gagner très modestement leur vie, ont fabriqué des poupées pour amuser leurs enfants. Réaliser des kokeshi est finalement devenu un art au pays du Soleil Levant. On sculpte les kokeshi dans du bois de cerisier, de poirier, de cornouiller ou d’érable. Dorénavant, certaines pièces, sculptées, peintes et laquées par des créateurs très respectés, peuvent coûter 500 ou 1000 euros…

 

Ma modeste collection

Je collectionne les kokeshi depuis environ 5 ans. J’en possède peu (j’en compte 6 à l’heure actuelle) et je me laisse à chaque fois le temps de la réflexion avant d’en acquérir une, même si les miennes ne coûtent jamais très cher (entre 25 et 60 euros). En général, chaque acquisition correspond à un moment assez significatif de ma vie.

Ci-dessous, une bonne partie de ma collection. Dernière acquisition (en bas à droite) : ma première kokeshi vintage, représentant une jeune femme gracieuse, chamboulée par l’émotion, avec lèvres peintes en rouge et joli camaïeu de bruns…

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Pour aller plus loin :

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