Le bestiaire sublime de Ito Jakuchu

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(détail du rouleau Pivoines et papillons de Ito Jakuchu)

Une fois n’est pas coutume, je me suis levée tôt ce dimanche pour me rendre à l’exposition consacrée au Royaume coloré des êtres vivants, une superbe série de trente rouleaux de soie peints par Ito Jakuchu (1716-1800), au Petit Palais.

L’artiste japonais, qui a principalement pratiqué la peinture de fleurs et oiseaux (un genre pictural asiatique dédié à la représentation des végétaux et des animaux), n’a jamais fait partie d’une école de peinture. Il fut ainsi considéré à son époque comme un « excentrique », selon la formule japonaise consacrée. Réaliser la série du Royaume coloré des êtres vivants lui a pris une dizaine d’années.

(déambulation d’un banc de poissons sur le rouleau Étang aux lotus et poissons)

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L’univers foisonnant de Jakuchu

Ce qui frappe de prime abord dans ce superbe ensemble de rouleaux : les couleurs chatoyantes utilisées par l’artiste, et la présence foisonnante des animaux.

D’aucuns considéreront peut-être que Jakuchu flirte avec le kitsch. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel !

La profondeur de son travail tient en partie à un sens aigu de l’observation. Le peintre était ainsi capable de représenter avec réalisme le plumage d’un canard ou la gueule rose d’un serpent. On sait d’ailleurs qu’il élevait, pour pouvoir les étudier, divers oiseaux chez lui : coqs, paon, perroquet. Son ami Daiten écrivit à ce propos en 1766 :

Jakuchu éleva quelques dizaines de coqs dans son jardin, et consacra plusieurs années à observer leur forme et à les croquer sur le vif. Ensuite, il élargit ses sujets à toutes sortes d’herbes et arbres, oiseaux et bêtes, poissons et insectes ; étudiant dans les moindres détails leurs forme et essence, jusqu’à ce que son pinceau obéisse aux commandes de son cœur.

(détail – il me semble que c’est un loriot – du rouleau Nandina et coq)

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On constate aussi que le peintre était capable d’une grande sobriété quand le sujet s’y prêtait, avec par exemple le rouleau hivernal Oie sauvage et roseaux (voir ci-dessous).

Mais son goût du détail poétique est peut-être ce qui me touche le plus chez Jakuchu : nuée de moineaux gourmands, rouleau entièrement dédié au ballet moelleux des papillons, feuilles de lotus qui pourrissent inéluctablement à la fin de l’été, bébé pieuvre fermement arrimé au tentacule d’une pieuvre adulte, oiseaux en couple, canards mandarins affrontant le froid de l’hiver, passereau prudemment perché (à cloche-pied) sur une branche épineuse…

(détail du rouleau Oie sauvage et roseaux, un des plus sobres de la série)

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Le témoignage d’un monde révolu

Le Royaume coloré des êtres vivants de Jakuchu, avec son cortège d’animaux sublimes et sa myriade de fleurs, est donc un poème, une célébration.

Et pourtant, en sortant de cette exposition, mon sentiment d’émerveillement s’est teinté de mélancolie. En effet, comment ne pas penser, en plongeant dans l’univers foisonnant de Jakuchu, aux tristes constats qu’ont pu faire les spécialistes de la biodiversité ces dernières années : nous sommes dorénavant entrés dans la 6e extinction de masse des espèces animales ; 80 % des insectes ont disparu en 30 ans en Europe ; la population des oiseaux a décliné de 30 % en France en 15 ans. En cause, les pratiques agricoles en général et les pesticides en particulier 😦

Ne nous laissons pas abattre. Pour préserver la beauté de notre planète, continuons de donner le bon exemple autant que possible, de mettre en harmonie nos valeurs et nos actes, d’exprimer notre désaccord !

Le 12 septembre dernier, l’association Nous voulons des coquelicots a lancé un appel aux citoyens français pour organiser une résistance anti-pesticides de grande ampleur. L’annonce a été relayée par un très grand nombre de médias et plus de 150 000 personnes ont déjà signé la pétition, ce qui ne représente qu’un premier pas. En effet, l’idée est de réunir un maximum de citoyens autour d’actions concrètes !

(Le rouleau Étang aux insectes représente un grand nombre d’animaux : insectes très variés tels que la fourmi, la libellule ou la mante religieuse, mais aussi des reptiles et des amphibiens.)

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Pour aller plus loin :

  • attention, en raison de la fragilité de ces rouleaux, l’exposition ne dure qu’un mois : du 15 septembre au 14 octobre 2018 !
  • plusieurs conférences sont organisées au sein du Petit Palais à l’occasion de l’exposition, les voici : Jakuchu, l’homme à la main divine (mercredi 26 septembre, 12h30), L’esprit comme maître de peinture, le peintre comme maître de zen (mercredi 03 octobre, 12h30), Les trois excentriques de Kyoto : Ito Jakuchu, Soga Shohaku et Nagasawa Rosetsu (mercredi 10 octobre, 12h30) et Jakuchu, la maîtrise technique d’un artiste hors du commun (samedi 13 octobre, 15h30)
  • le Petit Palais a édité pour l’occasion un joli ouvrage de 144 pages, dans lequel on retrouve les trente rouleaux de Jakuchu mais aussi de nombreux détails choisis !

(ravissant détail du rouleau Vieux Pin et cacatoès)

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Les Réserves de Vie Sauvage® de l’ASPAS

Carmen Saldana

(illustration de Carmen Saldana)

Qu’est-ce que les animaux deviendraient sans les associations ?

Il en existe des centaines. Certaines ONG orientent tous leurs efforts sur les animaux de compagnie maltraités ou abandonnés, à l’instar de la SPA. D’autres se préoccupent du sort des animaux d’élevage, comme OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs) et 269 Libération animale. Enfin, certains organismes se concentrent sur la faune sauvage. C’est le cas de WWF, Sea Shepherd, la Ligue de Protection des Oiseaux ou encore de l’ASPAS, dont je souhaite vous parler aujourd’hui.

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L’ASPAS, association qui défend les animaux sauvages

Contrairement à ce que beaucoup de citoyens français imaginent, les espaces naturels « protégés » de l’Hexagone, tels que les parcs nationaux et les réserves naturelles, sont rarement sanctuarisés ! En effet, ces zones autorisent allègrement des pratiques telles que la chasse, la pêche ou encore l’exploitation forestière. A ma connaissance, seules les réserves naturelles dites intégrales échappent aux activités humaines (hormis la promenade).

Pour mettre un frein à la destruction et à l’exploitation de la nature, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), organisation 100 % indépendante, a donc créé le label Réserve de Vie Sauvage­®.

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Le label Réserve de Vie Sauvage®

Le but de ce label : reconstituer et s’assurer de la protection d’une nature totalement libre, souveraine, bois mort et espèces saproxylophages compris. De nombreuses activités sont bien évidemment bannies des Réserves de Vie Sauvage de l’ASPAS : la chasse et la pêche, cela va sans dire, mais aussi l’agriculture et l’élevage, ou encore la cueillette et les feux. Seule la promenade peut y être pratiquée 🙂

Les êtres humains doivent cesser de considérer les habitants non-humains de la planète Terre comme des esclaves ou comme une matière exploitable. Ces derniers ont une valeur intrinsèque, ils existent pour eux-mêmes.

Pour mener à bien son projet, l’ASPAS doit acquérir des terrains. Elle a donc besoin d’adhérents et de dons. Elle possède d’ores et déjà trois grands espaces : 105 hectares de bois et de landes dans la Drôme (première photo), une zone humide de 60 hectares également dans la Drôme (deuxième photo) et 60 hectares en bordure d’un fleuve dans les Côtes-d’Armor (dernière photo).

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L’Aspas cherche des terrains à acquérir et à protéger

L’appel de l’association sur son site internet est limpide. Elle souhaite être informée de la mise en vente de tout terrain de grande superficie et riche en biodiversité :

Si vous apprenez la mise en vente de milieux naturels riches en vie et répondant aux critères [terrain à grande valeur naturaliste, surface suffisamment conséquente pour permettre un réel secours à la faune qui y trouve refuge], informez-nous rapidement en nous donnant toutes les précisions nécessaires afin que le Conservatoire puisse éventuellement s’en porter acquéreur (après avis du comité scientifique).

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Pour aller plus loin :

  • en mai dernier, j’ai rédigé un article sur l’ouvrage Ré-ensauvageons la France, rédigé par deux membres de l’ASPAS, Stéphane Durand et Gilbert Cochet
  • voici le site officiel de l’ASPAS
  • l’ASPAS fait partie des nombreuses associations qui participent au projet CAP (Convergence Animaux Politique) qui a pour but d’obtenir des changements politiques majeurs en faveur des animaux (sauvages, d’élevage et domestiques)­­

Ensemble, défendons notre planète

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(point de rassemblement de la marche, place de l’Hôtel-de-Ville, Paris)

Cet après-midi à Paris, la « marche pour le climat » organisée par Maxime Lelong, un citoyen écologiste jusque là inconnu au bataillon, a rassemblé environ 35 000 personnes (20 000 selon la police, 50 000 selon les organisateurs). Vers 14h30, une véritable marée humaine a effectivement submergé la place située devant l’Hôtel de Ville et les différentes avenues alentour. Le cortège a quitté le quartier vers 15h30 pour se diriger vers le nord de la capitale, avant de rejoindre la place de la République vers 17h00, tout ceci dans une ambiance pacifique et bon enfant.

Merci Maxime !

(toutes les générations ont répondu à l’appel)

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Cette idée de rassemblement citoyen a germé dans la tête de Maxime Lelong au lendemain de la démission de Nicolas Hulot (le 28 août dernier), jusque là ministre de la Transition Écologique et Solidaire, qui interpellait alors, avec une amertume plus que palpable, les auditeurs de France Inter et par là même, tous les citoyens français :

Est-ce que j’ai une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Est-ce que j’ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l’avenir de l’humanité et de nos propres enfants ?

(bannière de l’association française Bloom)

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Suite à l’appel de Maxime Lelong, 35 000 franciliens et d’innombrables associations (internationales, nationales et locales ; connues du grand public comme Greenpeace ou Agir pour l’environnement, ou plus confidentielles telles que Green’Houilles ou Grands Parents pour le climat) se sont donc déplacés pour exprimer leur inquiétude, leur colère et leur volonté de voir s’améliorer urgemment la triste situation écologique de notre planète. Par ailleurs, des centaines d’événements ont été organisées sur tout le territoire français aujourd’hui, dans le même état d’esprit 🙂

Les citoyens sont dorénavant invités à réagir plus souvent, que ce soit au quotidien ou lors de rassemblements comme celui d’aujourd’hui : pour défendre la planète (son climat, sa biodiversité, ses zones sauvages, la santé de ses habitants) et pour condamner les produits phytosanitaires, les énergies polluantes ou encore, bien évidemment, les lobbys !

(arrivée sur la place de la République)

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Pour aller plus loin :

Quand la cicadelle de Madagascar se prend pour une fleur…

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(cicadelle de Madagascar)

Le camouflage et le mimétisme font partie des phénomènes de la nature qui me fascinent le plus en ce moment. Entre autres articles, j’ai eu l’occasion d’en consacrer un à la différence entre camouflage et mimétisme (Animaux cryptiques : camouflage et mimétisme), un autre à la grenouille-mousse (Rencontre avec la grenouille-mousse), un autre encore aux animaux qui troquent, en hiver, leur livrée brune pour une parure blanche afin de mieux se faire oublier dans les paysages neigeux (Magie blanche chez les animaux)…

J’aimerais aujourd’hui vous parler de la cicadelle de Madagascar (Phromnia rosea), un ravissant insecte endémique de l’île malgache qui sait très bien, lui aussi, tromper l’ennemi !

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Madagascar abrite une faune extrêmement riche (il en est d’ailleurs de même pour sa flore), avec 80% d’espèces animales endémiques. Phromnia rosea fait ainsi partie des nombreuses curiosités de l’île. Cet insecte à la jolie couleur rose appartient à la famille des hémiptères (qui comprend également, à titre d’exemples, les punaises, les cigales ou encore les pucerons). Les cicadelles de Madagascar se nourrissent en suçant la sève des végétaux, grâce à leur rostre.

Mais si cette ravissante petite bête fait parler d’elle, c’est surtout pour ses facultés de mimétisme, que ce soit à l’état de larve ou au stade d’imago.

En effet, comme de nombreux insectes, la cicadelle de Madagascar passe par plusieurs étapes avant d’atteindre son stade final (imago) : elle vit d’abord sous la forme de larve, avant de prendre sa forme définitive de cicadelle.

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La larve de Phromnia rosea imite le lichen à la perfection

Il est intéressant de constater que, dès l’état de larve, la bestiole trompe très astucieusement les menaces potentielles ! En effet, la larve de Phromnia rosea, avec sa silhouette hirsute, ressemble à s’y méprendre à une petite touffe de lichen. Ainsi, lorsque les larves sont réunies en nombre, elles dupent les prédateurs en laissant croire à une branche envahie par la végétation.

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Prendre l’allure d’une branche en fleurs pour éloigner les dangers

Au stade d’imago, Phromnia rosea ressemble dorénavant à une délicate petite fleur rose. Or, à Madagascar comme dans de nombreux pays tropicaux, la cauliflorie (spécificité des arbres dont les fleurs et fruits poussent à même le tronc ou la branche, et non pas sur les tiges) est chose courante. Ainsi, lorsque les cicadelles de Madagascar se réunissent en ribambelles sur une branche, cela donne aux prédateurs l’impression qu’ils ont affaire à un simple tronc en floraison !

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Quelques exemples d’arbres cauliflores

Les photographies suivantes illustrent le phénomène de cauliflorie (fleurs et fruits qui poussent à même le tronc ou la branche) sur trois arbres différents : le cacaoyer, Syzygium moorei et le jacquier.

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Pour aller plus loin :

Un grand bol de nature en Auvergne !

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(panorama de la chaîne des volcans d’Auvergne, depuis le puy de Dôme)

Rien de tel qu’un séjour en Auvergne pour admirer les merveilles de la nature, prendre un grand bol d’air et décompresser complètement 🙂

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Le puy de Pariou, joli petit nombril de la chaîne des volcans

Le 2 juillet 2018, les Auvergnats apprenaient avec joie que les volcans d’Auvergne faisaient leur entrée officielle au patrimoine mondial de l’Unesco. En effet, si l’Unesco a d’abord rechigné à leur attribuer ce statut très exigeant – en raison des activités humaines effectives sur cette zone habitée, pâturée et cultivée -, l’argument géologique a finalement pris le dessus.

Mon coup de cœur ? Le puy de Pariou, un volcan de type strombolien de 200 mètres de diamètre et de 90 mètres de profondeur. Il me fait penser à un joli petit nombril qui ponctuerait la ligne sensuelle des volcans… Non seulement les randonneurs peuvent en faire le tour, mais un sentier a également été tracé pour rejoindre le cœur du puy. Et pour en avoir fait l’expérience, je peux vous dire que descendre au fond du Pariou est profondément apaisant : une fois en bas, le temps s’arrête, vous vous sentez délestée et légère, un immense sentiment d’harmonie et de beauté vous envahit…

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Une région à papillons

On croise de nombreux papillons en Auvergne, tels que le machaon, le vulcain, le tabac d’Espagne, les azurés ou encore les argus. Mais ce fut aussi pour moi l’occasion de découvrir quelques espèces, comme la zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae) et l’apollon (Parnassius apollo), un grand lépidoptère absolument ravissant (photos dénichées sur internet) :

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Art roman auvergnat

Si l’on connaît surtout l’Auvergne pour ses volcans, ses lacs et ses forêts, la région offre aussi l’occasion de visiter de magnifiques églises romanes. Ma préférée : la basilique Notre-Dame-du-Port, nichée dans un quartier populaire de Clermont-Ferrand. Un belvédère situé en face permet d’en admirer le chevet et les multiples chapelles.

Quelle beauté !

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L’âne à la lyre

Les chapiteaux historiés (qui racontent une histoire) sont nombreux dans les églises romanes. L’âne à la lyre est une scénette caractéristique du bestiaire roman. Elle représente un âne incapable de pincer les cordes d’un instrument de musique, puisque pourvu de sabots. Cette image très répandue proviendrait d’une fable de Phèdre dans laquelle l’âne musicien représente l’homme trivial qui pense pouvoir apprendre alors qu’il n’en a pas les moyens spirituels. Ci-dessous, l’âne à la lyre que l’on peut admirer dans l’église romane de Saint-Nectaire :

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Voici ce qu’écrit Michel Pastoureau à propos de l’âne dans la religion, dans son ouvrage Les Animaux célèbres :

Pour les Pères de l’Eglise, l’âne est symbole d’ignorance, de stupidité, d’entêtement, de paresse, et surtout de lubricité. Ils en font l’image de l’homme incapable de s’élever au monde spirituel, esclave de ses appétits charnels et de ses instincts primaires.

Un bien vilain procès fait aux ânes, donc !

Mais Michel Pastoureau rappelle ensuite que l’âne peut également être pris en bonne part et revêtir des connotations très positives dans la religion (humilité, labeur, obéissance, persévérance), comme par exemple dans l’épisode de la fuite en Egypte (un âne transporte Marie et Jésus) ou celui de la Nativité (l’âne et le bœuf, aux premières loges, sont deux animaux bienveillants).

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Une curiosité architecturale : les peddes

Un passage couvert qui relie deux maisons en enjambant une rue : voilà une charmante curiosité architecturale que, depuis des années, je ne savais pas comment nommer ! En Auvergne, cette construction a son petit nom bien à elle : il s’agit d’une pedde. A Thiers, cité médiévale, on peut en observer trois : la pedde du Coin des Hasards (4 étages tout de même !), celle du Penail et la pedde Saint-Genès. On trouve également quelques peddes dans le centre médiéval de Billom, comme dans cette très vieille rue :

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La vallée de Chaudefour, un magnifique écrin pour la biodiversité

La vallée de Chaudefour, classée Réserve Naturelle depuis 1991, abrite 426 espèces de plantes herbacées ou ligneuses, 90 espèces d’oiseaux et 39 espèces de mammifères.

J’ai découvert cette vallée grâce à une randonnée organisée par Eric Vallé, conservateur de la Réserve, incollable sur la biodiversité et la géologie des lieux. Cette longue balade de 10 heures, tantôt sportive, tantôt contemplative, nous a permis de découvrir les nombreuses facettes de Chaudefour : falaises, ruisseaux, cascades, plateaux, forêts, tourbières… Nous avons observé des chamois et des mouflons, ramassé des groseilles et des myrtilles, découvert les vertus de nombreuses plantes, bu à la source une eau naturellement gazeuse, exploré une tourbière !

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La silhouette arquée des hêtres de la vallée de Chaudefour témoigne des grandes quantités de neige amenées par-dessus la montagne par le vent :

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Les tourbières de Chaudefour

L’Auvergne fait partie des régions françaises riches en tourbières. Grâce à Eric Vallé (voir plus haut), nous avons eu la chance d’en explorer une. Les tourbières sont des lieux fragiles et souvent interdits d’accès, par souci de préservation de la biodiversité. Arpenter une tourbière, de surcroît avec un connaisseur, est donc un moment rare et privilégié. Une expérience tout à fait extraordinaire !

Une tourbière est une zone humide dont le sol, composé de débris végétaux en lente décomposition, s’épaissit au fil des siècles et des millénaires. Elle est couverte d’une sphaigne gorgée d’eau. Les tourbières sont de véritables viviers où l’on peut observer de nombreuses espèces animales et végétales. Chaque mètre carré y grouille de vie ! Nous avons ainsi observé des grenouilles, des papillons, des criquets, des lézards, des araignées, des plantes carnivores et de nombreuses fleurs. Je n’ai pas tout photographié, mais voici tout de même quelques exemples :

La linaigrette, qui pousse à profusion dans les tourbières, est ornée d’un délicat pinceau plus doux que le coton…

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A quelques centimètres du sol, voici la chenille du petit paon de nuit (Saturnia pavonia), arborant une robe verte à verrues jaunes cernées de noir.

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Autre bijou de la tourbière que nous avons explorée vendredi, l’élégante parnassie des marais (Parnassia palustris), qui côtoie plusieurs plantes carnivores, dont les droséras…

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Les criquets, extrêmement nombreux, semblent parfois se camoufler dans le paysage. Celui-ci, habillé de vert et de brun, a visiblement trouvé la bonne cachette grâce à une plante qui présente exactement le même duo de couleurs que lui.

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L’Auvergne vue par les artistes et les poètes 

Je ne pouvais pas terminer cet article sans parler du plus beau tableau du musée de peinture de Murol 🙂

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(Groire à la tombée de la nuit, Léon Boudal)

On ne parle pas beaucoup de l’école de peinture de Murol, qui a pourtant réuni une cinquantaine d’artistes très inspirés par les paysages d’hiver auvergnats, entre 1910 et 1930. Léon Boudal (1858-1934), abbé mais aussi peintre autodidacte, en était le chef de file. Sur ce tableau, il a représenté Groire, un hameau situé à proximité de Murol. Le polonais Wladimir de Terlikowski a également réalisé de très belles peintures d’hiver au sein de cette école de peinture.

Cet émouvant tableau fait pour moi écho à ce que le journaliste et écrivain Alexandre Vialatte, amoureux de l’Auvergne, a écrit de cette région :

L’Auvergne est un meuble pauvre que la France a relégué longtemps dans sa mansarde. Elle s’y est imprégnée d’une odeur de grenier, de vieux temps, de rêve, de bois de sapin. Elle sent la bure et la fumée. C’est un secret plutôt qu’une province. Elle vous tourmente toujours d’un songe.

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Pour aller plus loin :

Des conditions de travail moins sordides pour les ânes de Santorin

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(pour cet article sur les ânes de Santorin, en Grèce, j’ai choisi des photographies prises en Italie par Rachele Totaro, dans un sanctuaire qui recueille des ânes ayant souffert)

Sur la célèbre île des Cyclades, chaque jour, de nombreux ânes sont sommés d’assurer le transport des touristes et de leurs bagages, depuis le port jusqu’à la ville principale, Thera, située quelques centaines de mètres plus haut. Depuis plusieurs années, les militants de la cause animale protestent contre la surexploitation de ces pauvres équidés. On a en effet transformé ces animaux en attraction touristique et en machines à sous sans se soucier de leur bien-être et de la manière dont ils vivaient cette mission imposée.

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Mais régulièrement, les touristes clairvoyants (ou tout simplement empathiques ?) et les militants constatent que ces pauvres animaux vivent une véritable épreuve :

  • pas d’accès à l’eau
  • pas d’abri à l’ombre pendant les pauses
  • des plages de travail très importantes
  • des selles non adaptées, des brides de mauvaise qualité
  • des charges trop lourdes (bagages importants, touristes obèses)
  • de la maltraitance, des coups de la part des âniers

(un âne en paix)

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La municipalité de Santorin réagit enfin !

Suite à une nouvelle vidéo qui montre un muletier donner des coups violents à l’une de ses bêtes, un groupe de militants grecs (trois associations de défense des équidés et une association végane) sont venus s’opposer aux âniers. Une énième altercation qui a enfin poussé la municipalité de Santorin à réagir en réunissant associations et propriétaires des ânes. La mairie a ainsi déclaré le 28 juillet que plusieurs mesures seraient prises :

  • des animaux correctement abreuvés
  • des abris à l’ombre pour les temps de pause
  • des horaires de travail encadrés
  • une limitation du poids des charges
  • l’exclusion des propriétaires violents

Affaire à suivre, donc !

(deux amis)

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Pour aller plus loin :

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Antarctique : to krill or not to krill

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(gros plan d’un krill, photo de Paul Nicklen)

Quand on tape « krill » sur internet, les moteurs de recherche nous proposent en premier lieu des sites commerciaux : vente, en gros ou au détail, d’huile de krill, de compléments alimentaires à base de krill ou encore de nourriture pour poissons d’ornement. Pourtant, bien avant d’être une source d’antioxydants ou d’oméga 3 en vogue chez les Européens et les Américains argentés, le krill (krill antarctique ou Euphausia superba) est une petite bête absolument essentielle à son environnement : elle est la base de toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique !

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La base de la chaîne alimentaire en Antarctique

Le krill est un petit crustacé qui ressemble à une crevette. Les krills consomment du phytoplancton et se déplacent en essaims immenses. Toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique dépend du krill : les baleines, les phoques, les manchots, les otaries, les poissons et les oiseaux (albatros, pétrels…). Les scientifiques considèrent que du point de vue de la biomasse, le krill pèse entre 125 et 725 millions de tonnes.

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(léopard de mer, photo de Paul Nicklen)

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Le krill en danger

Depuis plusieurs décennies, le krill est en danger. Qu’est-ce qui le menace ? En premier lieu, le réchauffement climatique. En effet, celui-ci entraîne une diminution de l’aliment principal du krill : le phytoplancton. En outre, le krill, dans les premiers stades de son évolution, a besoin de la banquise pour survivre, or cette dernière se réduit comme peau de chagrin à cause du réchauffement climatique.

Deuxième menace pour le krill : le déclin des réserves de poisson lié à la surpêche. En effet, pour compenser le manque de poissons, la pêche internationale pratique de plus en plus la pêche au krill. 100 000 tonnes de krill sont pêchés chaque année.

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(manchot papou qui jette un oeil sous l’eau, photo de Paul Nicklen)

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Actions, victoires et projets de Greenpeace

En mars 2018, après 3 mois d’expédition, l’ONG Greenpeace a établi un rapport qui démontre que la pêche au krill en Antarctique, en plus de faire directement concurrence aux animaux qui en consomment, les dérange sur leurs lieux de vie et s’avère potentiellement très polluante.

Début juillet 2018, grâce à de fervents défenseurs de l’Antarctique comme Greenpeace, plusieurs industriels de la pêche au krill, et pas des moindres (ils représentent 85 % de la pêche au krill en Antarctique) se sont engagés à ne plus pêcher sur de larges zones sensibles du continent austral. Une belle victoire pour l’écosystème de l’Antarctique !

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(essaim de krills, photo de Paul Nicklen)

Défendre le krill est évidemment pour Greenpeace un moyen parmi d’autres de protéger le dernier lieu encore à peu près préservé de notre planète. L’idée : limiter au maximum toute exploitation commerciale, ralentir la colonisation humaine. L’ONG met d’ailleurs en ce moment tout en oeuvre pour qu’une deuxième Aire Marine Protégée (après celle de la mer de Ross, 1,55 million de km2 de superficie, effective depuis 2017) soit créée en 2018 : celle de la mer de Weddell, qui deviendrait ainsi le plus grand sanctuaire marin du monde avec 1,8 million de km2 de superficie.

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(carte publiée par la revue L’Éléphant en février 2018)

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Pour aller plus loin :

  • la pétition de Greenpeace pour la création du sanctuaire marin de Wedell est toujours ouverte aux signatures, n’hésitez pas à y mettre votre grain de sel 🙂
  • Hélène Bourges, responsable du pôle Océan chez Greenpeace, a donné une interview à France Inter sur le projet de statut d’Aire Marine Protégée pour la mer de Weddell
  • toutes les photos de cet article ont été prises en Antarctique par Paul Nicklen, biologiste et photographe passionné par les pôles (voilà son site internet). Il a notamment publié un magnifique ouvrage intitulé Sublimes Pôles, aux éditions du National Geographic, dans lequel il décrit, avec des photos et quelques textes, le lien très particulier qui l’unit à la vie sauvage de l’Arctique (où il a grandi) et de l’Antarctique :

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