Des conditions de travail moins sordides pour les ânes de Santorin

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(pour cet article sur les ânes de Santorin, en Grèce, j’ai choisi des photographies prises en Italie par Rachele Totaro, dans un sanctuaire qui recueille des ânes ayant souffert)

Sur la célèbre île des Cyclades, chaque jour, de nombreux ânes sont sommés d’assurer le transport des touristes et de leurs bagages, depuis le port jusqu’à la ville principale, Thera, située quelques centaines de mètres plus haut. Depuis plusieurs années, les militants de la cause animale protestent contre la surexploitation de ces pauvres équidés. On a en effet transformé ces animaux en attraction touristique et en machines à sous sans se soucier de leur bien-être et de la manière dont ils vivaient cette mission imposée.

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Mais régulièrement, les touristes clairvoyants (ou tout simplement empathiques ?) et les militants constatent que ces pauvres animaux vivent une véritable épreuve :

  • pas d’accès à l’eau
  • pas d’abri à l’ombre pendant les pauses
  • des plages de travail très importantes
  • des selles non adaptées, des brides de mauvaise qualité
  • des charges trop lourdes (bagages importants, touristes obèses)
  • de la maltraitance, des coups de la part des âniers

(un âne en paix)

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La municipalité de Santorin réagit enfin !

Suite à une nouvelle vidéo qui montre un muletier donner des coups violents à l’une de ses bêtes, un groupe de militants grecs (trois associations de défense des équidés et une association végane) sont venus s’opposer aux âniers. Une énième altercation qui a enfin poussé la municipalité de Santorin à réagir en réunissant associations et propriétaires des ânes. La mairie a ainsi déclaré le 28 juillet que plusieurs mesures seraient prises :

  • des animaux correctement abreuvés
  • des abris à l’ombre pour les temps de pause
  • des horaires de travail encadrés
  • une limitation du poids des charges
  • l’exclusion des propriétaires violents

Affaire à suivre, donc !

(deux amis)

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Pour aller plus loin :

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Qi Baishi, pour l’amour des fleurs et des oiseaux

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(peinture sur éventail, représentant une sauterelle et une renouée en fleurs)

Qi Baishi (1864-1957) est considéré comme l’un des grands maîtres de la peinture chinoise du début du 20e siècle. Il fait dorénavant partie des artistes les plus cotés du monde, à l’instar de son contemporain Zhang Daqian (1899-1983).

Aîné de sa fratrie mais également enfant à la santé fragile, Qi Baishi a été profondément aimé par ses parents et grands-parents. D’origine paysanne, issu d’une famille pauvre, il restera toute sa vie très attaché à ses racines et à sa région natale.

Tout petit, il prend déjà un plaisir fou à reproduire sur papier ce qui l’entoure : il se passionne pour le dessin. A l’adolescence, pour subvenir aux besoins de sa famille, il apprend et pratique plusieurs métiers : charpentier, menuisier, puis graveur de sceaux et peu à peu, peintre. A 20 ans, il découvre avec ivresse le fameux Traité de peinture du jardin grand comme un grain de moutarde (une méthode encyclopédique d’apprentissage de la peinture), une révélation dont il dira plus tard :

Tomber sur ce traité de peinture, c’était comme trouver par hasard un trésor, j’avais envie de l’étudier à fond, de le copier et le recopier des dizaines de fois.

C’est ainsi qu’il devient progressivement peintre. Mais ce n’est qu’à partir de l’âge de 40 ans qu’il va se spécialiser dans la représentation des fleurs, oiseaux, insectes. En outre, Qi Baishi deviendra célèbre sur le tard.

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(l’univers studieux et apaisant de Qi Baishi)

Amoureux de la nature et foncièrement épris de solitude, Qi Baishi s’attribue plusieurs surnoms qui décrivent sa personnalité, parmi lesquels : Ermite du bois (parce qu’il a appris à travailler le bois), Vieil Habitant de la vallée des abricots, Vieille Lentille d’eau ou encore Vieillard qui profite de la montagne…

Son intérêt pour les beautés de la faune et de la flore le conduira à peindre de nombreuses espèces végétales (chrysanthème, magnolia, lotus, volubilis, bégonia, palmier, saule, glycine…), beaucoup de fruits et de légumes (courge, piment, chou, aubergine, prune, grenade, pêche, litchi…) mais également de nombreux animaux. Il se passionne pour l’observation des oiseaux (martin-pêcheur, moineau, hirondelle, aigle, poussin, canard…), des insectes (guêpe, abeille, libellule, vers à soie, papillon, cigale, mante, criquet, sauterelle, punaise…) et prend d’une façon générale beaucoup de plaisir à représenter le règne animal (araignée, crevette, crabe, poisson, grenouille, têtard, buffle, tortue, écureuil…). Voici un buffle sous un saule :

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Esthète et contemplatif

Au cours de sa vie, Qi Baishi a beaucoup voyagé et déménagé. C’est ce qui explique l’un de ses surnoms, Vieille Lentille d’eau : la lentille d’eau n’étant pas arrimée, elle vit au gré du courant.

La manière dont il décrit l’une de ses habitations souligne son tempérament contemplatif :

Autour du temple Meigong, en plus des pruniers, il y avait beaucoup d’hibiscus et quand les fleurs étaient écloses, on aurait dit que l’on avait déployé une immense pièce de brocart brodé, c’était magnifique. A l’intérieur du temple, il y avait un espace laissé vide, où j’aménageai un cabinet de travail que j’appelai « Logis poétique emprunté à la montagne ». Devant cette pièce, à l’arrière de l’habitation, je plantai plusieurs bananiers. En été, ils étendaient leur ombre verte rafraîchissante ; en automne, par les nuits pluvieuses et venteuses, le bruissement de l’eau sur leurs feuilles était particulièrement propice à la composition de poèmes.

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Des œuvres variées

Qi Baishi a beaucoup peint les détails de la nature, mais également réalisé des portraits et de somptueux paysages. Voici à gauche une feuille de lotus et à droite, une humble embarcation naviguant entre d’immenses rochers :

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Observateur de la nature

En esthète, Qi Baishi percevait la beauté dans chaque fruit, chaque légume. Voici comment est né son intérêt pour les litchis :

Quand nous retournâmes à Qinzhou, c’était la saison des litchis. Les arbres dans les champs que j’apercevais de la route portaient abondance de fruits, c’était très beau. A partir de ce jour-là, je me mis à peindre des litchis. Une fois, quelqu’un vint m’apporter tout un chargement de litchis que j’échangeai contre une peinture, c’était un troc élégant.

Ici, Qi Baishi décrit le moment qui lui a donné envie de peindre des volubilis  :

Mei Lanfang était très affable, extrêmement poli, et d’une rare élégance. A l’époque il habitait à Beilucaoyuan, dans le quartier de Qianmenwai, son cabinet de travail s’appelait le « Pavillon aux jades rassemblés » et était arrangé avec beaucoup de goût. Il cultivait beaucoup de fleurs et de plantes chez lui ; des volubilis par exemple, il en avait une centaine de variétés différentes dont certaines avaient des fleurs de la taille d’un bol, je n’avais jamais vu cela. A partir de ce moment-là, je me mis à peindre des volubilis et des liserons.

(ci-dessous, peinture représentant une cigale et un feuillage d’automne)

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Pour aller plus loin :

  • à Xiangtan, à proximité de son village natal, un musée mémorial est consacré à Qi Baishi
  • Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages est un magnifique ouvrage paru aux éditions Picquier : il comprend plus de 100 peintures, mais aussi le récit autobiographique de l’artiste (qui s’était confié à son élève Zhang Cixi quelques années avant sa mort)
  • la librairie parisienne Le Phénix (72, bd de Sébastopol, 75003), spécialiste de l’Asie, propose de nombreux livres sur la Chine, la Corée, le Japon, la Mongolie ou encore le Tibet, avec un rayon de bouquins sur les beaux-arts asiatiques !

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Inspiration japonaise : les vases muraux

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(au Japon, un morceau de bambou fait naturellement office de vase)

J’ai découvert le vase mural il y a quelques années, en m’intéressant au Japon. J’aime toujours autant le concept… !

Ikebana, kesako ?

Les Japonais, un des peuples les plus raffinés qui soient, ont élevé la composition florale au rang de discipline artistique. En japonais, composition florale se dit ikebana, ce qui signifie « mettre dans l’eau des fleurs vivantes ». Autrement dit : elles sont vivantes, on en prend soin.

L’occidentale Gusty Luise Herrigel a eu l’honneur, durant les années 1920, de suivre les cours particuliers d’ikebana du maître Bokuyo Takeda. Elle raconte son expérience (très rare à l’époque pour une occidentale) dans l’ouvrage La Voie des fleurs, le zen dans l’art japonais des compositions florales (paru aux éditions Dervy). Parmi les comportements à adopter pour bien arranger les fleurs, il faut par exemple : faire silence, se vider la tête, traiter les fleurs avec tendresse, ou encore « ne demander à une fleur que ce qui est conforme à sa nature »…

Ci-dessous, un poème végétal aux couleurs d’automne à gauche et ce qui semble être un camélia (fleur d’hiver) à droite.

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Le vase mural

Le vase mural n’est qu’un type de présentation parmi d’autres. Dans la discipline de l’ikebana, on distingue trois techniques : le seikwa (avec l’idée de plantes coupées), le nageire (mode de composition libre) et le moribana (composition sous la forme d’un paysage). Le vase mural est surtout choisi pour les compositions nageire.

En outre, comme l’explique Gusty Luise Herrigel, « les plantes sarmenteuses, munies de vrilles, ou celles qui poussent naturellement penchées s’accommodent mieux des vases suspendus ou accrochés ». Encore une fois, celui qui compose le bouquet s’adapte aux végétaux qu’il a sélectionnés, pour respecter leur personnalité et mettre en valeur leur charme naturel.

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La chambre de thé

La cérémonie du thé, un rituel particulièrement codifié, offre toujours une place aux fleurs. La technique nageire (composition libre) est celle utilisée dans la chambre de thé et en général, elle est pratiquée avec un vase accroché (vase mural). Voici ce qu’écrivait Gusty Luise Herrigel à propos des fleurs choisies pour la cérémonie du thé :

Pour être associée au culte du thé et correspondre à son esprit, la plante choisie pour la Chambre de thé ne peut qu’y être présentée de la façon la plus naturelle. Souvent on n’y voit pas autre chose qu’un petit rameau soigneusement choisi, ou une fleur unique entourée de quelques feuilles vertes. Le récipient qui lui est destiné est lui-même sans prétention : un simple morceau de bambou, une calebasse, une écorce d’arbre. Il est accroché à l’un des piliers de bois précieux de la petite Chambre de thé, d’où la fleur se penche de l’air le plus naturel. Ce mode de suspension convient tout particulièrement aux plantes à liane, aux fleurs de prairie et aux végétaux sauvages.

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Alcôve japonaise 

Dans les maisons japonaises, on trouve souvent un tokonoma. Il s’agit d’une alcôve, d’un espace sacré, dans lequel dialoguent une oeuvre sur rouleau (peinture ou calligraphie) et une composition végétale fraîchement réalisée (légumes – les Japonais vénèrent également les légumes -, branchage ou fleurs). Là aussi, le récipient utilisé est souvent un vase accroché. Voici un tokonama photographié par Stéphane Barbery, passionné de culture japonaise :

Feuilles noires, fleur blanche

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Pour aller plus loin :

  • Stéphane Barbery, artiste polyvalent passionné de culture nippone (photo ci-dessus), se présente avant tout comme quelqu’un « qui apprend ». Il a un site internet et un compte Flickr sur lequel on peut admirer 20 000 de ses photos prises au Japon
  • la boutique parisienne Kimonoya vend un beau choix de paniers tressés pour compositions murales variées. On y trouve parfois aussi des vases muraux en céramique (selon arrivage). Tout est fait à la main, tout est de qualité. Ne pas se fier à leur site internet, qui ne donne pas une véritable idée de la beauté et de la richesse de ce magasin exceptionnel, situé au 11, rue du Pont Louis-Philippe.

 

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L’être humain dans l’esthétique chinoise

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(peinture contemporaine de Hu Yongkai)

Quelles que soient les époques, l’esthétique chinoise a toujours décrit ou chanté la beauté de la nature, la solitude bienfaitrice ou mélancolique de l’anachorète, le plaisir des sens, le dépouillement heureux ou encore la vacuité de l’existence humaine. Et il est frappant de constater à quel point ces sujets sont encore évoqués par les artistes chinois du XXe siècle avec une fraîcheur intacte…

Dans de très nombreuses œuvres chinoises, la nature occupe toute la scène et l’humain y est quasiment absent (si ce n’est dans la description du sentiment de l’artiste face à une nature souveraine). J’ai voulu, au contraire, illustrer cet article avec quelques poèmes et peintures qui incluent la présence humaine et chantent la joie de vivre !

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Le gynécée langoureux de Hu Yongkai 

Ci-dessus et ci-dessous, deux ravissantes peintures de Hu Yongkai. L’artiste est né à Pékin en 1945 et vit actuellement aux États-Unis. Il représente principalement des femmes coquettes ou oisives, souvent dans leur intérieur. Mais la nature reste toujours présente dans les œuvres de Hu Yongkai, grâce à un paravent fleuri, un bouquet de fleurs éclatantes ou encore une fenêtre qui donne sur des éléments végétaux.

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Shitao, amoureux de la beauté 

Shitao naquit en 1642 (fin de la dynastie Ming) et fut élevé par des moines bouddhistes. Il était surnommé le moine Citrouille-Amère. Il a excellé dans tous les genres picturaux : paysages, végétaux, portraits…

La peinture ci-dessous m’émerveille littéralement. La brume y fait une apparition théâtrale et la présence humaine y est à la fois minuscule et évidente. Cette oeuvre n’aurait évidemment pas du tout la même portée si on n’y décelait aucune présence humaine. C’est la silhouette de l’ermite qui donne toute sa beauté à ce paysage onirique, car c’est grâce à elle qu’on éprouve, d’instinct, en admirant cette scène de promenade, l’émotion d’évoluer dans un tel paysage…

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La douce folie de Han Shan

Han shan est un poète et ermite chinois du IXe siècle. C’est sur des bambous, des arbres, des rochers et sur les murs des maisons que cet artiste au cœur « pur comme un lotus blanc » a écrit ses poèmes. Les villageois se moquaient de lui et le prenaient pour un dingue. Il était considéré comme un marginal ou un illuminé. Voici deux de ses textes :

une chaumière de paysan, ma demeure d’homme sauvage
devant la porte, carrosses et chevaux se font rares
dans les bois sombres, les oiseaux se rassemblent
dans le torrent profond, les poissons abondent –
accompagné de mon fils, je cueille les fruits de la montagne
avec ma femme je laboure les champs inondés –
dans la maison, qu’y a-t-il ?
juste un lit encombré de livres…

~

mes livres regorgent de poèmes de lettrés savants
ma cruche déborde du vin des sages
en balade j’aime contempler les vaches et leurs veaux
assis, le vin et les livres sont disposés à mes côtés –
le givre et la rosée imprègnent le toit de chaume
la lumière de la lune éclaire la fenêtre ronde –
après avoir bu deux coupes, je déclame deux ou trois poèmes

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Le monde « simple et tranquille » de Lao Shu

Voici maintenant une peinture et deux poèmes de l’artiste chinois contemporain Lao Shu (« vieil arbre »), de son vrai nom Liu Shuyong. Peintre-poète, Lao Shu est également critique d’art et il donne des cours à l’Institut des médias et de la culture de Pékin.

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Théiers dans les champs,
Luxuriance des jeunes feuilles.
Vient le temps où les fleurs tombent
Quand arrivent brumes et bruines.
Théiers dans les champs,
On cueille en chuchotant.
Le chant des oiseaux
Résonne au fond de la vallée,
Tout est poème.

~

Je songe fortement à m’évader
Pour vivre dans les montagnes désertes
Bâtir une cahute en forêt devant les fleurs.
Enfermé, j’y lirai des livres érotiques,
Dehors, je cultiverai mon potager.
Souvent, je me livrerai à des jeux amoureux,
Par hasard, des amis viendront me voir.
Je n’aurai qu’un désir : m’éloigner de la vie mondaine,
Ne pas jouer au prétentieux ou au mystificateur.
Car, en fin de compte, mes cendres
Finiront au fond d’un ravin, emportées par le flot.

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Pour aller plus loin :

  • les éditions Moundarren proposent un sublime recueil des poèmes de Han Shan, intitulé Merveilleux le chemin de Han Shan
  • depuis 2011, le peintre-poète contemporain Lao Shu tient un blog en chinois, sur lequel il édite régulièrement ses textes et ses peintures
  • les éditions Philippe Picquier, spécialisées dans l’Asie, ont édité en octobre 2017 un très bel ouvrage consacré aux peintures et poèmes de Lao Shu : Un monde simple et tranquille (cliquer sur « extrait » pour découvrir une vingtaine de ses petits chefs d’oeuvre)

Chasse à courre : stop à la barbarie !

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(photo de Justin Holding)

Ce samedi 31 mars, grâce au collectif AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui), près de 1000 personnes se sont réunies sur Compiègne, haut lieu de la vénerie, pour fêter la fin de la saison de la chasse à courre (octobre-mars) : il s’agissait d’habitants de la région mais aussi de gens venus de Lille, de Bretagne ou encore de la région parisienne, comme moi. Dans le cortège, plusieurs Compiégnois m’ont expliqué que beaucoup de gens du coin, qui partageaient nos convictions, ne rejoindraient pourtant pas la manifestation, par peur des conséquences que cela engendrerait sur leurs relations sociales à Compiègne 😦

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10 heures : manifestation pacifiste dans les rues de Compiègne

Pendant deux heures, nous avons manifesté dans la ville en brandissant des banderoles et des pancartes aux messages chaleureux (« cerf-moi fort »), endeuillés (« je suis l’animal supplicié ») ou volontaristes (« ils ont les armes, on a les arguments », « vénerie abolition », « le moyen-Âge c’est fini ! », « chassons la cruauté »).

Dans le cortège se trouvaient des femmes aux cheveux ornés de fleurs, des enfants, des personnes âgées, des punks, des amoureux de la nature, des anarchistes, des écologistes, des végétariens et des vegans, des associations (Ligue de Protection des Oiseaux, One Voice…). Si les forêts n’étaient traversées et explorées que par ce genre d’humains, l’existence des animaux sauvages serait idyllique ou presque… 🙂

Notre marche sur Compiègne s’est terminée par un sympathique rassemblement sur la place de l’Hôtel de Ville, avec un stand de restauration végane et un petit concert de musique.

(ci-dessous, trois photos de Justin Holding, les autres photos qu’il a prises sont réunies ici)

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14 heures : expédition en forêt pour sauver le cerf de la mort

En début d’après-midi, lorsque nous avons appris que la dernière chasse à courre de la saison avait justement lieu ce jour, 150 d’entre nous ont rejoint la forêt avec AVA pour tenter de sauver le cerf tristement désigné. Avec pour seules armes notre empathie et notre sang-froid, nous avons investi les bois et perturbé, toute l’après-midi, les équipages (chasseurs à cheval et meutes de chien) pour empêcher le massacre.

Quoi qu’il en soit, ne l’oublions pas, le cerf aura été traqué et terrorisé par les chasseurs pendant de longues heures… 😦

Vers 17 heures, les bourreaux sont parvenus à coincer le cerf au bord d’un tout petit lac, dans lequel l’animal s’est lancé pour échapper à la torture. La préfecture a fait déplacer en urgence des dizaines de CRS qui nous ont formellement et physiquement interdit l’accès à la propriété privée et au point d’eau concerné. Finalement, en fin d’après-midi, la confrontation tenace entre les militants et les CRS, ainsi qu’une longue négociation entre l’Office National des Forêts et les chasseurs, ont débouché sur une très bonne nouvelle : vers 18 ou 19 heures, la préfecture a officiellement annoncé que le cerf était gracié.

VICTOIRE ! 

Un résumé vidéo de la journée en 9 minutes (merci Lucie Htlin) :


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Foutons la paix aux animaux de la forêt !

Le cerf est parfois appelé le « roi de la forêt ». Malheureusement, à Compiègne, les cerfs ont toujours connu l’extrême angoisse de la chasse à courre, cette tradition barbare pratiquée par des humains orgueilleux, avides de puissance et de violence.

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La chasse à courre consiste à acculer l’animal innocent pendant des heures avant de le tuer brutalement à l’arme blanche ou de laisser les chiens le dévorer vivant. Les chevreuils, les sangliers, les renards et les lièvres connaissent parfois le même sort que les cerfs…

Si elle est interdite en Allemagne depuis 1936, en Belgique depuis 1995 et en Grande-Bretagne en 2005, la chasse à courre est toujours autorisée et allègrement pratiquée en France. Elle démarre en octobre et se poursuit jusqu’en mars. Les chasseurs terrorisent et massacrent donc les animaux pendant six mois de l’année, deux fois par semaine, pour leur bon plaisir !

Les Français ne sont pourtant pas tous des pervers. 85 % d’entre eux sont clairement opposés à cette tradition cruelle.

En octobre 2017, un cerf a été acculé et sacrifié au beau milieu d’un village de la zone de Compiègne, sous l’œil effaré d’habitants qui n’ont pas pu le supporter. Leur colère a rapidement atteint, grâce aux réseaux sociaux, un grand nombre de cœurs tendres. C’est ainsi qu’un honorable mouvement de désobéissance civile est né pour veiller sur les animaux de la forêt : Abolissons la Vénerie Aujourd’hui.

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Tous les animaux souffrent de la chasse à courre 

Les aristocrates qui pratiquent la chasse à courre ne se contentent pas de terroriser les animaux sauvages. Ils dénigrent ou maltraitent également les animaux dont ils ont la charge. Ainsi, leurs chiens de meute sont entassés dans des chenils toute l’année ; ils subissent les coups de fouet, sont souvent blessés et percutent parfois mortellement des voitures lors des chasses ; ils sont finalement euthanasiés quand ils ne sont plus efficaces. Les chasseurs ne se sentent pas plus concernés par le bien-être de leurs chevaux : ces derniers sont épuisés par les courses et finissent à l’abattoir quand ils ne font plus l’affaire. Les adeptes de la chasse à courre ne considèrent leurs chiens et leurs chevaux que comme des instruments, des outils.

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Pour aller plus loin :

Pour un réensauvagement de notre belle et vieille Terre

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(un Tabebuia impetiginosa – ou « arbre sacré des Incas » – en fleurs, photographie de Yann Arthus Bertrand, Guyane Française)

Les scientifiques sont formels : notre belle et vieille Terre vient d’entrer dans la sixième crise d’extinction des espèces. Le nombre d’animaux sauvages a diminué de moitié au cours des 40 dernières années. Notre planète n’avait pas connu une telle situation depuis la disparition des dinosaures…

Tandis que les cinq précédentes crises d’extinction des espèces étaient dues à des catastrophes naturelles (chutes de météores, éruptions volcaniques…), l’actuelle crise d’extinction des espèces a pour cause l’activité humaine.

L’Homme a littéralement vandalisé la planète en un temps record : surpopulation, pollution, déforestation, fragmentation des habitats des espèces, exploitation des espèces (chasse, pêche…), épuisement des ressources, réchauffement climatique, ou encore introduction artificielle d’espèces invasives qui entravent le développement d’autres espèces.

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Et ce n’est pas fini : nous sommes 7,5 milliards d’humains sur Terre en 2018 et ce chiffre devrait dépasser la barre des 11 milliards d’ici 2100. Les scientifiques sont clairs : si on ne fait rien, l’espèce humaine sera prochainement quasiment seule sur Terre… Glauque !

Seule solution : créer rapidement de nombreuses réserves et zones protégées pour limiter les dégâts. Plusieurs espaces ont ainsi été créés depuis 2010 (exemples : la réserve naturelle Termit Tin Toumma au Niger, le parc national de Yaguas au Pérou). Mais selon les écologistes, ce qui est mis en place manque cruellement d’ambition : on se borne à définir quelles espèces protéger en priorité au lieu de s’organiser pour sauver au moins la moitié des espèces sauvages…

Depuis quelques années, le célèbre biologiste et naturaliste américain Edward Osborne Wilson prône ainsi un plan de grande ampleur pour stopper l’affreux processus : réserver la moitié de notre planète à la vie sauvage. En somme, il s’agit clairement et simplement de réensauvager la Terre. Il a consacré un ouvrage à ce projet, publié en anglais en 2016 : Half-Earth, Our planet Fight for Life (ce qui signifie : « la moitié de la Terre, le combat de notre planète pour la vie »).

Edward Osborne Wilson

Si, dans le passé, E. O. Wilson a parfois suscité la controverse en raison de sa vision anthropocentrée de la nature (grosso modo, il a longtemps considéré qu’il fallait protéger la nature en tant que puits de ressources nécessaires à l’être humain), il a dorénavant évolué vers une dimension qui prend en compte la valeur intrinsèque des animaux et de la nature.

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L’exemple inspirant du Costa Rica

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(le Dynastes hercules – le plus gros scarabée rhinocéros du monde – fait partie des nombreux insectes qui s’épanouissent au Costa Rica)

Depuis 1948, le Costa Rica, situé en Amérique centrale, est un pays neutre (sans armée) qui a choisi de donner la priorité à l’éducation, à la santé et à l’environnement. Pays de forêts pluviales, de volcans et de mangroves, le Costa Rica pratique une politique active de développement des énergies durables et de protection de ses ressources naturelles. 30 % du territoire sont occupés par des parcs nationaux et des réserves. En outre, 50 % de la surface du pays sont recouverts de forêts (contre 20 % il y a 20 ans). Les grands propriétaires qui ne coupent pas leurs arbres sont récompensés financièrement par l’État.

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On trouve ainsi au Costa Rica une diversité exceptionnelle (largement favorisée par le fait que le Costa Rica est un corridor naturel pour les animaux qui se déplacent entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord). Le pays abrite énormément d’espèces de papillons, d’araignées, d’oiseaux, de reptiles et de mammifères. L’éco-tourisme s’y est ainsi énormément développé.

Tout n’est toutefois pas rose au Costa Rica. Voici quelques exemples qui font grincer des dents :

  • déforestations illégales
  • braconnage (de requins par exemple)
  • centres touristiques qui remplacent la faune et la flore par le béton
  • utilisation de pesticides
  • système de traitement des eaux usées pas du tout au point (75 % des eaux usées sont déversées dans les rivières et dans la mer)
  • recyclage des déchets peu pratiqué par les chaînes hôtelières

On sait néanmoins que le pays, en adoptant le programme « Paix avec la nature » en 2007, s’est fixé comme objectif de devenir une nation neutre en CO² en 2021 (la Norvège et les Maldives ont le même objectif). En outre, les jeunes costaricains se montrent très sensibles à l’environnement et militent avec ferveur pour une protection maximale de la biodiversité dans leur pays.

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(vipère de Schlegal ou Bothriechis schlegelii, présente au Costa Rica)

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Pour aller plus loin :

  • pour en savoir plus sur la zone de conservation de Guanacaste au Costa Rica, ça se passe ici
  • un article du Monde sur la sixième crise d’extinction des espèces est disponible en lecture libre ici
  • vous trouverez les magnifiques photos de Matthieu Berroneau sur son site internet
  • de même, vous trouverez une galerie des photos de Gerardo Colaleo ici
  • voici l’avis mitigé sur la politique écologiste du Costa Rica d’une blogueuse qui a investigué sur place

Désarmée et désarmante, Hermien, tu as gagné la bataille

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(à gauche, Hermien dans son nouvel abri)

Il y a 2 mois, Hermien, adorable limousine de 3 ans et demi, était amenée à la mort. Avec sa camarade Zus, elles réussissent à s’enfuir de l’abattoir et Hermien se cache en forêt. Rapidement, l’information circule et traverse les frontières. Une ample vague d’empathie et de solidarité naît chez les Néerlandais, qui demandent à cor et à cri à ce qu’Hermien soit épargnée et recueillie dans un lieu de repos. Pendant ce temps, Hermien reste planquée dans les bois…

L’affaire fait le tour de la toile. Le Parti pour les animaux des Pays-Bas lance une campagne de financement participatif, récoltant 50 000 euros pour offrir à Hermien une douce retraite dans un refuge. Même la famille royale a apporté son soutien à la douce créature : « nous devons sauver la vache Hermien », « achetons-la ensemble pour lui offrir la liberté ».

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Apeurée, se sentant traquée, Hermien refuse longtemps de se laisser approcher par les vétérinaires et les gens de la région. Elle restera ainsi 8 semaines dans les bois, ne quittant la forêt que la nuit, pour se nourrir près des habitations, dans les étables. Voici quelques images :

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Mais le dimanche 11 février, le vétérinaire parvient à la capturer. Hermien est artificiellement endormie et emmenée jusqu’au refuge De Leemweg, au nord des Pays-Bas, où elle a retrouvé sa compagne de cavale, Zus, et pu se faire de nouvelles camarades. Voici les images de son arrivée à bon port :

Le sanctuaire s’est ainsi exprimé : « Hermien, qui s’est battue pour sa vie, est enfin à la maison, après un chemin long, solitaire et stressant vers la liberté ».

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Ne l’oublions pas, les animaux ont une vie, et aiment la vie : ils aiment jouer, aiment construire leur habitat, aiment prendre soin de leurs petits, aiment vivre en famille, aiment faire des rencontres, aiment se promener dans la nature, aiment profiter de la caresse du soleil, aiment utiliser leurs talents, aiment faire des expériences, aiment apprendre. Ce sont des INDIVIDUS, et pas de simples représentants de leur espèce. L’exploitation dont ils sont victimes, parfois dans la violence, toujours dans l’inconfort, et toujours à des fins égoïstes et lucratives (élevages, cirques, delphinariums…), les rendent malheureux, et parfois fous (stéréotypies). Ils s’enfuient dès qu’ils le peuvent. Malheureusement, cela se termine parfois très mal. Dernier cas français médiatisé en date : en novembre 2017, la tigresse Mevy a été abattue avec un fusil à pompe en plein Paris par son propriétaire Eric Bormann, alors qu’elle avait eu le cran, malgré l’inconnu, malgré le stress, de fuir le cirque dont elle était prisonnière.

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Pour aller plus loin :

  • Eric Baratay est un historien spécialisé dans l’Histoire des animaux. Il fait un travail remarquable, nécessaire et bouleversant. Son intelligence tient à sa capacité à se mettre à la place des animaux et à raconter l’Histoire en empruntant leur « point de vue » : en décrivant leurs habitudes, leurs inquiétudes, leur détresse et leurs drames, intimement liés à ceux des humains. Il a écrit plusieurs bouquins, dont Bêtes des tranchées, des vécus oubliés en 2013 et Biographies animales en 2017

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  • On compte 3 millions d’animaux tués chaque jour en France, et 160 millions dans le monde (sans compter les 3 milliards de poissons…). Fermons les abattoirs est un événement important. Il s’agit d’une marche internationale (dans de nombreux pays, plus nombreux chaque année) qui a lieu tous les ans. Cette année, elle aura lieu le samedi 23 juin.

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