Vincent Munier, photographe engagé pour la faune sauvage

vincent munier atele

(atèle, Pérou)

Vincent Munier, considéré comme un des plus grands photographes animaliers de sa génération, a prêté une centaine de ses clichés à l’ONG Reporters sans frontières pour la réalisation du 59e numéro de la revue 100 photos pour la liberté de la presse, sorti le 8 novembre et consacré aux journalistes de l’environnement. Ces derniers enquêtent sur des problématiques qui impactent les humains mais aussi les animaux, qui sont pourtant les habitants les plus légitimes de ces royaumes saccagés…

vincent munier 01

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L’amour des espaces sauvages

Ayant grandi dans les Vosges, élevé par un père très investi dans la protection de la nature, Vincent Munier a toujours aimé observer les animaux de la forêt. Il réalise ses premières photos à l’âge de 12 ans. Cette étape représente un moment charnière de son existence :

J’ai eu mon premier appareil entre les mains vers 12 ans. À cette époque, mon père m’a laissé seul en forêt, à l’affût, sous un filet de camouflage dans une allée forestière, avec un vieux Reflex qu’il m’avait prêté. Après plusieurs heures d’attente, trois petits chevreuils se sont approchés tout près de moi… C’est resté un moment fascinant : j’ai pris des photos complètement floues tellement je tremblais d’émotion, mais j’en garde un souvenir troublant. Dès lors, je n’avais plus qu’une idée en tête : sillonner la forêt pour photographier la nature, puis, peu à peu, les animaux sauvages. Je fuyais les bancs de l’école pour rejoindre la nature : le jour du rattrapage du bac, par exemple, j’étais à l’affût du faucon pèlerin…

(ânes sauvages, Tibet)

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Affût, camouflage et patience

Vincent Munier ne craint ni la solitude, ni l’inconfort des voyages extrêmes, ni le grand froid. Pour photographier les animaux qui le fascinent, il va au bout du monde et s’adapte sans rechigner aux conditions parfois très difficiles qui s’imposent à lui. Il a ainsi exploré les pôles, l’Amazonie, les hauts plateaux d’Asie, le Japon ou encore l’Afrique. Il a également réalisé de superbes photos au cœur de sa région natale (cerfs, lynx boréaux…), qui reste son point de chute.

Son objectif : s’approcher au plus près des animaux qui l’émerveillent, les observer dans leur environnement naturel et en immortaliser la magnificence, tout cela sans les déranger. Pour ce faire, il est prêt à patienter des jours, des semaines, parfois des mois. Il utilise la technique de l’affût et du camouflage. Ainsi, il ne fait pas peur aux animaux, qui le remarquent à peine et ne s’inquiètent pas de sa présence.

(panthère des neiges, Tibet)

vincent munier panthere neiges

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Artiste éthique

Vincent Munier expose dans des galeries en Europe et aux États-Unis (on peut actuellement admirer ses photos à la galerie Blin plus Blin, dans le VIIe arrondissement de Paris, au 46, rue de l’Université). Les plus grandes revues publient régulièrement ses travaux. Mais si l’artiste a acquis une renommée internationale, il garde de bonnes distances avec les sirènes du succès. En 2010, pour rester en accord avec ses convictions, il a créé sa propre maison d’édition, Kobalann, qui lui permet d’éditer ses travaux selon des critères exigeants : ligne éditoriale bien à lui, collaboration avec des entreprises artisanales.

En outre, il soutient plusieurs associations de protection de la faune sauvage telles que WWF.

(lièvre laineux, Tibet)

vincent munier lièvre

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Pour aller plus loin :

  • En kiosque depuis le 8 novembre, le numéro 59 de 100 photos pour la liberté de la presse s’intéresse aux difficultés que rencontrent, aux quatre coins du monde, les journalistes qui enquêtent sur l’environnement. Parce qu’ils dérangent les responsables de la déforestation illégale, des  extractions minières ou encore de la pollution des eaux, les conditions de travail de ces journalistes sont particulièrement difficiles dans certains pays. Ils sont souvent censurés, menacés, poursuivis en justice, jetés en prison (Russie, États-Unis…), et parfois assassinés (Brésil, Inde, Philippines, Mexique…). Les recettes de vente de la revue seront entièrement reversées à l’ONG Reporters sans frontières !
  • Voici un joli portrait de Vincent Munier réalisé par Le Parisien en 2016.
  • Et voici une interview intéressante de Vincent Munier réalisée par le magazine Kaizen en 2014.
  • J’ai consacré un article à la panthère des neiges il y a quelques jours, le voici.

(ci-dessous, des bœufs musqués photographiés en Norvège)

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Les secrets de la panthère des neiges

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(les « pièges » photographiques permettent d’observer les animaux sans les déranger)

Dans son rapport bisannuel « Planète vivante » 2016-2017, publié le mardi 30 octobre 2018 dernier, le Fonds mondial pour la Nature (WWF) fait un constat désolant : la population des animaux vertébrés a chuté de 60 % en moyenne en 40 ans. Cet effarant déclin s’explique par la pollution, le réchauffement climatique, le braconnage, la déforestation et l’agriculture, ou encore la fragmentation des lieux de vie des animaux par les routes, barrages, etc.

Tandis que la biodiversité décroit à grande vitesse, qu’en est-il de la panthère des neiges (Panthera Uncia) ?

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Une espèce difficile à observer

Cet animal à la beauté impériale (il n’a aucun prédateur à part l’humain) vit dans les zones montagneuses d’Asie. Il a été observé dans 12 pays, parmi lesquels la Chine, la Mongolie, le Népal ou encore le Pakistan.

Avec sa magnifique fourrure tachetée, la panthère des neiges est une reine du camouflage : quand elle s’immobilise, elle devient quasiment invisible dans les paysages de rochers et de neige. Elle se nourrit d’ongulés, de marmottes, de végétaux, et s’attaque parfois aux troupeaux des bergers.

Il s’agit d’un animal difficilement observable. En effet, ce magnifique félin évolue dans des zones peu accessibles. Il est donc compliqué pour les scientifiques d’indiquer précisément la densité de sa population. Il existerait à ce jour entre 4000 et 6500 panthères des neiges en Asie.

Pour observer les comportements de la panthère des neiges, et donc mieux la protéger, les associations ont recours à deux outils : le collier GPS (qui nécessite d’endormir l’animal) et surtout, le « piège » photo/vidéo.

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Voici deux vidéos enregistrées par l’association WWF

Ci-dessous, la vidéo déchirante d’une panthère des neiges dont la patte a été prise dans le piège d’un braconnier. Courageuse, on la voit malgré tout continuer à vivre, avec cette mâchoire de fer devenue un épouvantable prolongement d’elle-même…

Et voici, au contraire, l’attendrissante et réjouissante vidéo d’une femelle en vadrouille avec ses trois adorables petits :

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De nombreux dangers menacent la panthère des neiges :

  • le braconnage (on chasse le félin pour ses os, utilisés dans la médecine chinoise, et pour sa fourrure)
  • les activités humaines en expansion, les pâturages
  • le conflit avec l’humain (qui traque le félin pour éviter que celui-ci ne s’en prenne à son troupeau)
  • la fragmentation de son habitat naturel
  • le changement climatique

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Le travail de WWF

L’association WWF travaille à la protection d’une quarantaine d’espèces animales, dont la panthère des neiges. Elle participe ainsi à l’information et à la pédagogie auprès des populations humaines qui côtoient l’animal, à la construction de bergeries (pour que les animaux d’élevage soient mieux protégés des éventuelles attaques de la panthère des neiges) et aux indemnisations en cas d’attaque des troupeaux.

Ce travail sans relâche a porté ses fruits, avec une évolution du statut de la panthère des neiges dans le classement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) : le félin est passé d’espèce « en danger d’extinction » (depuis plusieurs décennies) à « espèce vulnérable » depuis 2017.

Mais si la situation s’est stabilisée, les mêmes efforts doivent évidemment être maintenus, et d’autant plus que le changement climatique représente maintenant une autre menace bien réelle : en provoquant un déplacement progressif de la végétation vers les hauteurs, le réchauffement climatique pousse, du même coup, la panthère des neiges à se retrancher toujours plus haut en montagne, c’est-à-dire sur des espaces plus limités.

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Pour aller plus loin :

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A la rencontre des oiseaux de Guyane

oiseaux guyane tanguy deville couverture

(couverture du livre, photo d’un guit guit émeraude)

C’est grâce au magazine Espèces que j’ai eu écho de ce livre, Les Oiseaux de Guyane, paru il y a quelques mois aux éditions Biotope. L’auteur de l’ouvrage, Tanguy Deville, nous ouvre les portes d’un monde merveilleux (730 espèces d’oiseaux sont répertoriés en Guyane française) grâce à ses photographies et à ses textes instructifs. Pour ne rien gâcher, les éditions Biotope ont réalisé une maquette parfaitement sobre et élégante. 324 pages de plaisir et de découvertes, donc !

Pour une raison que j’ignore, le livre n’est à ce jour disponible dans aucune librairie parisienne (je suis allée vérifier sur le site très pratique de Paris Librairies), pas même à la librairie Eyrolles qui a pourtant l’habitude de proposer des bouquins des éditions Biotope. Cet ouvrage n’a pourtant rien de trop technique ni de trop spécialisé. Si quelqu’un a une explication, je suis tout ouïe ! Heureusement, on peut le commander dans n’importe quelle librairie.

tanguy deville oiseaux guyane toukanet koulik 02 - Copie

(un touquanet koulik pendant son repas)

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Tanguy Deville, voyageur contemplatif

L’auteur de l’ouvrage, épris de nature et de voyages, multiplie les compétences : photographe, il aime aussi dessiner et peindre, et travaille également en tant que naturaliste. Pour la réalisation de ce bouquin, le globe-trotter a utilisé ses talents de photographe et de rédaction. Ses textes, pédagogiques et très accessibles, abordent de nombreux sujets tels que la pollinisation des fleurs, le chants des oiseaux, la prédation, la reproduction, les nids ou encore la biodiversité guyanaise…

Pour évoluer dans les arbres avec aisance et rapidité, Tanguy Deville utilise les techniques de grimpe des élagueurs :

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Escapades en forêt

Malgré les averses à répétition et les nombreux insectes qui lui attaquent la peau, la forêt tropicale n’a rien d’un enfer vert pour Tanguy Deville. Quand il part en vadrouille, il n’a qu’une chose en tête : rencontrer des oiseaux, les approcher autant que possible, les observer dans leurs habitudes et les magnifier grâce à son appareil photo.

Pour optimiser les « rencontres », il s’installe à proximité de branches qui attirent les animaux : celles qui sont en fruits ou en fleurs. Sur cette photo, voici un guit guit céruléen :

tanguy deville oiseaux guyane guit guit ceruleen

Du sous-bois à la canopée, Tanguy Deville rencontre des oiseaux à tous les étages. Certaines espèces se montrent très craintives, d’autres étonnamment confiantes. Ainsi observe-t-il les oiseaux en train de faire leur toilette, de nourrir leurs petits… Au fil de ses excursions, le photographe a eu l’occasion d’assister à de nombreuses scènes émouvantes, comme celle de ces deux gobe-moucherons venus s’installer sur une branche, au crépuscule, pour y passer la nuit serrés l’un contre l’autre.

Entre lianes et plantes épiphytes, le naturaliste rencontre aussi des lézards, des paresseux, des écureuils ou encore des singes hurleurs, comme celui-ci, en pleine cueillette :

tanguy deville singe hurleur oiseaux guyane

Les Oiseaux de Guyane
par Tanguy Deville
Éditions Biotope
324 pages, format 26 x 26 cm
Prix : 49 euros

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Pour aller plus loin :

(un guit guit saï qui consomme la pulpe d’un fruit)

tanguy deville oiseaux guyane guit guit sai

Splendeurs et misères de la mangrove

Ondřej Prosický ibis rouge mangrove

(ibis rouge, photo de Ondrej Prosicky)

La mangrove couvre entre 130 et 150 000 km² de surface sur la terre (1% des forêts tropicales). Longtemps considérée comme un lieu hostile et inutile, parfois tristement reléguée à la fonction de décharge sauvage, la mangrove est dorénavant mieux protégée grâce à son potentiel écologique.

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Une biodiversité spécifique 

Interface entre terre et mer, la mangrove est une forêt principalement composée de palétuviers. Ces derniers, inféodés au littoral, ont la particularité de bien supporter les marées hautes et le sel. Qui n’a pas déjà entendu parler de leurs inextricables et fantasmagoriques racines échasses ? Ces dernières offrent aux arbres un maintien efficace dans un sol plus ou moins vaseux, tout en abritant de nombreuses petites bêtes 🙂

En effet, si la végétation de la mangrove est relativement monotone (le palétuvier y règne en maître), sa faune est riche : crabes, poissons, mollusques, insectes, reptiles, amphibiens, mammifères, oiseaux. Ces animaux y trouvent abri (par exemple pour se reproduire) et nourriture.

(la constitution des poissons du genre Periophthalmus leur permet de rester en surface en attendant la marée haute)

periophthalmus gobie poisson mangrove

(le nasique, endémique de l’île de Bornéo, fréquente allègrement la mangrove)

Nasique / Proboscis monkey

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Les vertus de la mangrove

La mangrove a de nombreuses vertus. Tout d’abord, de par sa situation spécifique entre terre et mer, elle permet de protéger les humains des tsunamis et des cyclones, limitant ainsi les dégâts causés par ces catastrophes « naturelles » (quand elles ne sont pas trop violentes).

La mangrove a une autre qualité : elle retient les polluants issus des activités humaines, empêchant ainsi les eaux usées domestiques, les résidus de produits phytosanitaires et les déchets industriels toxiques, de se répandre dans la mer. Elle pourrait d’ailleurs visiblement supporter des doses élevées de pollution (et parfois en partie les absorber), épargnant ainsi la faune et la flore environnantes.

Enfin, la mangrove et ses palétuviers figurent en première place des écosystèmes les plus productifs et les plus riches en carbone. Cette capacité de stockage permet aux scientifiques d’affirmer que la disparition des mangroves accentuerait encore le réchauffement climatique.

(les racines échasses offrent aux palétuviers un bon maintien en dépit du sol instable)

racines echasses mangrove

L’anthropocentrisme est un vilain défaut 

Mais une fois qu’on a dressé la liste des bénéfices environnementaux que la mangrove apporte aux humains, comment ne pas se demander si ce raisonnement utilitariste est décent ? Comment peut-on accepter de considérer les mangroves comme de simples stations d’épuration, ou les réduire à des barrages contre les catastrophes dues au réchauffement climatique ? Elle a bon dos, la mangrove !

L’être humain est la pire espèce que la planète Terre ait jamais porté. Pour son seul profit, il exploite sans limite chaque richesse naturelle à laquelle il a accès, détruisant tout sur son passage. Quand il a tout salopé, il sollicite encore la nature pour réparer les dégâts au lieu de se remettre sérieusement en question. Consternant 😦

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Zone à aimer, zone à défendre 

La mangrove est belle, innocente et fragile. Si elle protège les humains des catastrophes « naturelles » qu’ils ont engendrées, elle ne résiste pourtant pas à la destruction des tsunamis et des cyclones les plus violents. Si elle a une importante capacité à encaisser les déchets toxiques, la pollution finit tout de même par tuer les animaux et les arbres de la mangrove au-delà d’une certaine limite.

A l’arrivée de l’être humain sur terre, la mangrove et ses habitants faisaient resplendir le littoral tropical depuis déjà bien longtemps. Ils avaient tant à nous apprendre… Parce que nous la mettons en danger depuis plusieurs décennies, la mangrove a dorénavant besoin de nous. Défendons-la furieusement, pas seulement pour nous protéger de notre bêtise mais aussi pour elle-même !

(un varan pensif)

varan mangrove

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Pour aller plus loin :

  • l’ouvrage Mangrove, une forêt dans la mer, édité en 2018 aux éditions du Cherche midi avec le CNRS, fait un point sur ce que les scientifiques savent aujourd’hui de la mangrove
  • avec les marécages forestiers, les forêts de plaine tropicale et les forêts de montagnes tropicales, la mangrove fait partie des variantes de ce qu’on appelle la forêt tropicale, à laquelle Francis Hallé a consacré le très bel ouvrage Plaidoyer pour la forêt tropicale, aux éditions Actes Sud en 2014
  • le livre Mangrove des Antilles, rédigé par Pierre Courtinaud aux Editions PCP en 2004, offre une immersion dans l’univers mystérieux de la mangrove grâce à de nombreuses photos de faune et de flore

(aigrette ardoisée perchée sur un palétuvier)

aigrette ardoisee mangrove

L’amie araignée

imao keinen oiseau bleu et araignée

(Oiseau bleu et araignée, estampe de Imao Keinen)

Pour la plupart d’entre nous, le concept « d’amie araignée » s’apparenterait plutôt à un oxymore. Et pourtant, quoi de plus inoffensif et conciliant que cette petite bestiole à huit pattes ?

Avec l’arrivée de l’automne, les araignées vont naturellement réapparaître dans nos lieux de vie, si ce n’est pas déjà fait. Elles ne s’installent pas dans les salles de bains et les chambres pour donner des sueurs froides aux humains, mais tout simplement pour trouver un partenaire et se reproduire. Nous sommes donc franchement le cadet de leurs soucis 🙂

(ci-dessous, l’artiste symboliste Odilon Redon fait de l’araignée une petite bête facétieuse – L’araignée, elle sourit, les yeux levés, 1887)

odilon redon araignée

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Délit de sale gueule

Les araignées sont très rarement dangereuses. Ce qui nous rend fébriles et belliqueux à leur égard : leurs grandes pattes, leur vélocité et leur vilain corps brun et poilu ! Ces arguments sont-ils recevables ? Peuvent-ils justifier la moindre méchanceté ? Non.

Il y a bien longtemps, il m’est arrivé, lamentablement, de dégainer la bombe insecticide pour exterminer une araignée dont la taille, plus importante que celle de ses congénères, m’horrifiait au-delà du supportable. Seule solution envisagée pour moi à l’époque : le massacre. Avec plusieurs années de recul, je suis tout simplement consternée : comment ai-je pu m’en prendre aussi violemment à des bêtes si fragiles et si peu menaçantes ? J’avais 25 ou 30 ans. J’étais jeune, impulsive, stupide. La culpabilité me dévorait ensuite pendant de longues minutes, et pour cause : le monstre, c’était bien moi.

(cette sculpture monumentale de Louise Bourgeois est un hommage à sa mère qui, loin d’être une créature effrayante, pratiquait la couture comme une araignée tisse sa toile – Maman, 1999)

maman louise bourgeois

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Colocataires

Les araignées ne méritent pas notre haine ni notre dégoût. Par respect pour la vie et pour les animaux, acceptons-les comme des colocataires dans nos jardins et sous nos toits. Voici deux haïkus (les haïkus sont des poèmes japonais de 17 syllabes) qui nous parlent des araignées avec une tendresse bouleversante (j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog, les Japonais se passionnent pour les insectes). Le premier haïku a été écrit par la bonzesse Chiyo-ni, le second par Shiki :

le liseron du matin
malgré la toile d’araignée
a éclos

tapie dans le coin d’un vieux mur
immobile
l’araignée enceinte

Et voici deux haïkus que j’ai moi-même écrits :

potager picard
entre deux fleurs d’échalote
l’araignée tricote

partageant ma salle de bains
avec une araignée
mon cœur est en paix

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Pour aller plus loin :

(l’artiste Justin Gershenson est fasciné par les insectes et les araignées)

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Les Réserves de Vie Sauvage® de l’ASPAS

Carmen Saldana

(illustration de Carmen Saldana)

Qu’est-ce que les animaux deviendraient sans les associations ?

Il en existe des centaines. Certaines ONG orientent tous leurs efforts sur les animaux de compagnie maltraités ou abandonnés, à l’instar de la SPA. D’autres se préoccupent du sort des animaux d’élevage, comme OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs) et 269 Libération animale. Enfin, certains organismes se concentrent sur la faune sauvage. C’est le cas de WWF, Sea Shepherd, la Ligue de Protection des Oiseaux ou encore de l’ASPAS, dont je souhaite vous parler aujourd’hui.

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L’ASPAS, association qui défend les animaux sauvages

Contrairement à ce que beaucoup de citoyens français imaginent, les espaces naturels « protégés » de l’Hexagone, tels que les parcs nationaux et les réserves naturelles, sont rarement sanctuarisés ! En effet, ces zones autorisent allègrement des pratiques telles que la chasse, la pêche ou encore l’exploitation forestière. A ma connaissance, seules les réserves naturelles dites intégrales échappent aux activités humaines (hormis la promenade).

Pour mettre un frein à la destruction et à l’exploitation de la nature, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), organisation 100 % indépendante, a donc créé le label Réserve de Vie Sauvage­®.

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Le label Réserve de Vie Sauvage®

Le but de ce label : reconstituer et s’assurer de la protection d’une nature totalement libre, souveraine, bois mort et espèces saproxylophages compris. De nombreuses activités sont bien évidemment bannies des Réserves de Vie Sauvage de l’ASPAS : la chasse et la pêche, cela va sans dire, mais aussi l’agriculture et l’élevage, ou encore la cueillette et les feux. Seule la promenade peut y être pratiquée 🙂

Les êtres humains doivent cesser de considérer les habitants non-humains de la planète Terre comme des esclaves ou comme une matière exploitable. Ces derniers ont une valeur intrinsèque, ils existent pour eux-mêmes.

Pour mener à bien son projet, l’ASPAS doit acquérir des terrains. Elle a donc besoin d’adhérents et de dons. Elle possède d’ores et déjà trois grands espaces : 105 hectares de bois et de landes dans la Drôme (première photo), une zone humide de 60 hectares également dans la Drôme (deuxième photo) et 60 hectares en bordure d’un fleuve dans les Côtes-d’Armor (dernière photo).

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L’Aspas cherche des terrains à acquérir et à protéger

L’appel de l’association sur son site internet est limpide. Elle souhaite être informée de la mise en vente de tout terrain de grande superficie et riche en biodiversité :

Si vous apprenez la mise en vente de milieux naturels riches en vie et répondant aux critères [terrain à grande valeur naturaliste, surface suffisamment conséquente pour permettre un réel secours à la faune qui y trouve refuge], informez-nous rapidement en nous donnant toutes les précisions nécessaires afin que le Conservatoire puisse éventuellement s’en porter acquéreur (après avis du comité scientifique).

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Pour aller plus loin :

  • en mai dernier, j’ai rédigé un article sur l’ouvrage Ré-ensauvageons la France, rédigé par deux membres de l’ASPAS, Stéphane Durand et Gilbert Cochet
  • voici le site officiel de l’ASPAS
  • l’ASPAS fait partie des nombreuses associations qui participent au projet CAP (Convergence Animaux Politique) qui a pour but d’obtenir des changements politiques majeurs en faveur des animaux (sauvages, d’élevage et domestiques)­­

Quand la cicadelle de Madagascar se prend pour une fleur…

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(cicadelle de Madagascar)

Le camouflage et le mimétisme font partie des phénomènes de la nature qui me fascinent le plus en ce moment. Entre autres articles, j’ai eu l’occasion d’en consacrer un à la différence entre camouflage et mimétisme (Animaux cryptiques : camouflage et mimétisme), un autre à la grenouille-mousse (Rencontre avec la grenouille-mousse), un autre encore aux animaux qui troquent, en hiver, leur livrée brune pour une parure blanche afin de mieux se faire oublier dans les paysages neigeux (Magie blanche chez les animaux)…

J’aimerais aujourd’hui vous parler de la cicadelle de Madagascar (Phromnia rosea), un ravissant insecte endémique de l’île malgache qui sait très bien, lui aussi, tromper l’ennemi !

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Madagascar abrite une faune extrêmement riche (il en est d’ailleurs de même pour sa flore), avec 80% d’espèces animales endémiques. Phromnia rosea fait ainsi partie des nombreuses curiosités de l’île. Cet insecte à la jolie couleur rose appartient à la famille des hémiptères (qui comprend également, à titre d’exemples, les punaises, les cigales ou encore les pucerons). Les cicadelles de Madagascar se nourrissent en suçant la sève des végétaux, grâce à leur rostre.

Mais si cette ravissante petite bête fait parler d’elle, c’est surtout pour ses facultés de mimétisme, que ce soit à l’état de larve ou au stade d’imago.

En effet, comme de nombreux insectes, la cicadelle de Madagascar passe par plusieurs étapes avant d’atteindre son stade final (imago) : elle vit d’abord sous la forme de larve, avant de prendre sa forme définitive de cicadelle.

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La larve de Phromnia rosea imite le lichen à la perfection

Il est intéressant de constater que, dès l’état de larve, la bestiole trompe très astucieusement les menaces potentielles ! En effet, la larve de Phromnia rosea, avec sa silhouette hirsute, ressemble à s’y méprendre à une petite touffe de lichen. Ainsi, lorsque les larves sont réunies en nombre, elles dupent les prédateurs en laissant croire à une branche envahie par la végétation.

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Prendre l’allure d’une branche en fleurs pour éloigner les dangers

Au stade d’imago, Phromnia rosea ressemble dorénavant à une délicate petite fleur rose. Or, à Madagascar comme dans de nombreux pays tropicaux, la cauliflorie (spécificité des arbres dont les fleurs et fruits poussent à même le tronc ou la branche, et non pas sur les tiges) est chose courante. Ainsi, lorsque les cicadelles de Madagascar se réunissent en ribambelles sur une branche, cela donne aux prédateurs l’impression qu’ils ont affaire à un simple tronc en floraison !

phromnia_rosea_adult

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Quelques exemples d’arbres cauliflores

Les photographies suivantes illustrent le phénomène de cauliflorie (fleurs et fruits qui poussent à même le tronc ou la branche) sur trois arbres différents : le cacaoyer, Syzygium moorei et le jacquier.

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Syzygium moorei
jacquier

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Pour aller plus loin :