Antarctique : to krill or not to krill

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(gros plan d’un krill, photo de Paul Nicklen)

Quand on tape « krill » sur internet, les moteurs de recherche nous proposent en premier lieu des sites commerciaux : vente, en gros ou en détail, d’huile de krill, de compléments alimentaires à base de krill ou encore de nourriture pour poissons d’ornement. Pourtant, bien avant d’être une source d’antioxydants ou d’oméga 3 en vogue chez les Européens et les Américains argentés, le krill (krill antarctique ou Euphausia superba) est une petite bête absolument essentielle à son environnement : elle est la base de toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique !

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La base de la chaîne alimentaire en Antarctique

Le krill est un petit crustacé qui ressemble à une crevette. Les krills consomment du phytoplancton et se déplacent en essaims immenses. Toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique dépend du krill : les baleines, les phoques, les manchots, les otaries, les poissons et les oiseaux (albatros, pétrels…). Les scientifiques considèrent que du point de vue de la biomasse, le krill pèse entre 125 et 725 millions de tonnes.

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(léopard de mer, photo de Paul Nicklen)

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Le krill en danger

Depuis plusieurs décennies, le krill est en danger. Qu’est-ce qui le menace ? En premier lieu, le réchauffement climatique. En effet, celui-ci entraîne une diminution de l’aliment principal du krill : le phytoplancton. En outre, le krill, dans les premiers stades de son évolution, a besoin de la banquise pour survivre, or cette dernière se réduit comme peau de chagrin à cause du réchauffement climatique.

Deuxième menace pour le krill : le déclin des réserves de poisson lié à la surpêche. En effet, pour compenser le manque de poissons, la pêche internationale pratique de plus en plus la pêche au krill. 100 000 tonnes de krill sont pêchés chaque année.

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(manchot papou qui jette un oeil sous l’eau, photo de Paul Nicklen)

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Actions, victoires et projets de Greenpeace

En mars 2018, après 3 mois d’expédition, l’ONG Greenpeace a établi un rapport qui démontre que la pêche au krill en Antarctique, en plus de faire directement concurrence aux animaux qui en consomment, les dérange sur leurs lieux de vie et s’avère potentiellement très polluante.

Début juillet 2018, grâce à de fervents défenseurs de l’Antarctique comme Greenpeace, plusieurs industriels de la pêche au krill, et pas des moindres (ils représentent 85 % de la pêche au krill en Antarctique) se sont engagés à ne plus pêcher sur de larges zones sensibles du continent austral. Une belle victoire pour l’écosystème de l’Antarctique !

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(essaim de krills, photo de Paul Nicklen)

Défendre le krill est évidemment pour Greenpeace un moyen parmi d’autres de protéger le dernier lieu encore à peu près préservé de notre planète. L’idée : limiter au maximum toute exploitation commerciale, ralentir la colonisation humaine. L’ONG met d’ailleurs en ce moment tout en oeuvre pour qu’une deuxième Aire Marine Protégée (après celle de la mer de Ross, 1,55 million de km2 de superficie, effective depuis 2017) soit créée en 2018 : celle de la mer de Weddell, qui deviendrait ainsi le plus grand sanctuaire marin du monde avec 1,8 million de km2 de superficie.

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(carte publiée par la revue L’Éléphant en février 2018)

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Pour aller plus loin :

  • la pétition de Greenpeace pour la création du sanctuaire marin de Wedell est toujours ouverte aux signatures, n’hésitez pas à y mettre votre grain de sel 🙂
  • Hélène Bourges, responsable du pôle Océan chez Greenpeace, a donné une interview à France Inter sur le projet de statut d’Aire Marine Protégée pour la mer de Weddell
  • toutes les photos de cet article ont été prises en Antarctique par Paul Nicklen, biologiste et photographe passionné par les pôles (voilà son site internet). Il a notamment publié un magnifique ouvrage intitulé Sublimes Pôles, aux éditions du National Geographic, dans lequel il décrit, avec des photos et quelques textes, le lien très particulier qui l’unit à la vie sauvage de l’Arctique (où il a grandi) et de l’Antarctique :

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La philosophie du bernard-l’ermite

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(un bernard-l’ermite qui prend la pose)

Le bernard-l’ermite (ou bernard-l’hermite), également appelé pagure, est un des animaux les plus croquignolets qui soient 🙂 Du fait de son abdomen mou (sa carapace ne couvre que sa tête et son thorax), ce touchant crustacé est contraint, dès les premiers moments de sa vie, de se dégoter une coquille vide (de gastéropode de mer) adaptée à sa taille pour protéger son corps et ainsi limiter les attaques de prédateurs.

On référence environ 500 espèces de bernard-l’ermite à travers le monde, qui présentent des tailles et des couleurs variées. L’animal mesure entre 2 et 10 cm en moyenne. Il ressemble vaguement à un petit homard :

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Le bernard-l’ermite, au fil de sa croissance, change régulièrement d’abri pour une coquille toujours plus grande. Mais avec les déchets humains qui traînent sur les plages et en mer (j’ai écrit un article intitulé Animaux marins : le plastique, c’est diabolique il y a quelques semaines), on voit de plus en plus de pagures aux déconcertantes allures de « clochards » : certains élisent en effet domicile dans des bouchons de tubes de dentifrice (pour les plus petits) ou de détergents ménagers…

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La belle et la bête

Le bernard-l’ermite vit souvent en symbiose avec l’anémone de mer. J’ai appris ça en Bretagne. J’avais 20 ans mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai été bouleversée par cette découverte, un peu comme si on venait de me conter une version attestée, véridique, scientifique, de La Belle et la Bête.

La symbiose est un partenariat (entre deux organismes vivants) qui profite aux deux parties (à ne pas confondre avec le commensalisme : association qui ne bénéficie qu’à l’un des équipiers, sans pour autant nuire à l’autre). C’est par exemple le cas de l’espèce Dardanus pedunculatus, un bernard-l’ermite qui s’acoquine avec l’anémone Calliactis parasitica. On le voit même parfois se promener avec plusieurs anémones sur la coquille !

Le but de cette symbiose ? Tandis que le crustacé est protégé de certains prédateurs grâce aux tentacules urticants de l’anémone, cette dernière profite des restes de repas de son acolyte.

Fait surprenant mais somme toute assez logique : quand il change de coquille, l’invertébré emporte son ou ses anémones dans le déménagement : il les décroche de l’ancienne coquille pour les amarrer à son nouvel abri 🙂

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(un bernard-l’ermite et son anémone attitrée)

Toutes les coquilles sont bonnes à prendre, pourvu qu’elles présentent des dimensions adaptées et qu’elles ne soient pas trouées :

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Troc de coquilles !

Pas toujours facile de trouver coquille à son pied…

En bord de mer, avec de la chance, on peut assister à un phénomène stupéfiant : le troc collectif de coquilles ! Les pagures se rassemblent et se promènent en bande, à la recherche d’une plus grande coquille pour le plus gros d’entre eux. Quand la troupe a déniché la coquille parfaite pour le bernard-l’ermite le plus costaud, les compagnons entament un troc bien rodé : ils se mettent en file indienne, du plus grand au plus petit, et s’échangent ainsi leurs coquilles de façon rapide et efficace. Le plus gros pagure se débarrasse de son ancien abri (pour enfiler sa nouvelle armure), ce qui permet au suivant de le récupérer, et ainsi de suite. Résultat : ils retrouvent tous un nouvel abri à leurs dimensions, jusqu’au plus petit. Il faut le voir pour le croire ! Je vous propose donc une petite vidéo instructive à ce sujet :

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Le bernard-l’ermite inspire les artistes et les poètes 

  • Ode à un bernard-l’ermite, de Lucien d’Azay, est paru aux éditions Les Belles lettres Tibi en août 2015 ; un lecteur en parle en termes très favorables sur le site de Babelio
  • un passionné d’origami très prolifique, prénommé Mathieu, nous invite à découvrir sur son site internet deux jolis modèles de bernard-l’ermite en papier
  • l’artiste japonaise Aki Inomata a fabriqué, grâce au procédé de l’imprimante 3D, de superbes coquilles en plastique à destination des bernard-l’ermite. Chacune des œuvres réalisées représente un lieu célèbre (voir ci-dessous) : New York, Santorin, Honfleur… Sa démarche, très poétique, interroge néanmoins sur l’éthique d’un tel procédé : a-t-on le droit d’arracher à leur milieu naturel des animaux pour les enfermer en aquarium dans un but artistique ? En outre, symboliquement, est-il encore raisonnable en 2018 de valoriser le plastique quand on aborde le thème de la faune sauvage et de la biodiversité ? Tout cela mérite évidemment réflexion…

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Fabuleux coléoptères

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(cours de sciences naturelles ou cours de nutrition ? illustration Edward Sorel pour The New Yorker, 2000)

N’avons-nous pas tous été fascinés, enfants, par la beauté étrange et chatoyante des insectes ? Ces petits animaux, qu’on trouve à peu près partout sauf en mer (forêts équatoriales, eaux douces, déserts, tourbières, littoral marin, régions froides…), nous ouvrent les portes d’un monde onirique.

L’univers des insectes comprend de nombreuses familles, parmi lesquelles les libellules, les sauterelles, les papillons, les fourmis ou encore… les coléoptères. Concentrons-nous aujourd’hui sur cette dernière catégorie. Tous les coléoptères ont ceci en commun que leur corps est protégé par une sorte d’armure : deux ailes antérieures, solides, qu’on appelle élytres, et qui couvrent les ailes postérieures (celles, beaucoup plus fragiles, qui permettent en général à l’animal de voler). On compte 400 000 coléoptères identifiés sur la planète, dont 10 000 observables en France. De la coccinelle à l’impressionnant lucane cerf-volant, en passant par l’élégante cicindèle et la luciole qui s’allume les soirs d’été, la variété des coléoptères présents sur le territoire français est très riche 🙂

Voici quelques-uns des coléoptères qui ont enchanté mon enfance (Ardèche) :

Le carabe espagnol (Carabus hispanus)

Le carabe espagnol, qui fait 3 ou 4 cm de long, a une splendide livrée métallique et colorée. Il vit principalement dans les forêts de châtaigniers, hêtres, chênes. Il hiverne dans les souches et les talus. Ses splendides couleurs ne lui permettent pas de passer inaperçu et font de ce petit bijou sur pattes la proie des oiseaux. Ce qui explique sûrement que dans mes souvenirs d’enfance, le carabe espagnol court très vite et se planque dès qu’il le peut ! Peut-être attend-il la tombée du jour pour se déplacer en toute quiétude ?

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(photo Daniel Rydzi)

Les cétoines 

Plusieurs cétoines se ressemblent beaucoup : la grande cétoine verte (Protaetia aeruginosa), la célèbre cétoine dorée (Cetonia aurata) qui a élu domicile dans le cœur des roses, ou encore la cétoine cuivrée (Protaetia cuprea). L’entomologiste et poète Jean-Henri Fabre a beaucoup écrit sur les cétoines. Voici un court extrait des pages qu’il a consacrées à cette ravissante petite bête dans ses Souvenirs entomologiques :

Qui ne l’a vue, pareille à une grosse émeraude couchée au sein d’une rose, dont elle relève le tendre incarnat par la richesse de sa joaillerie ? En ce lit voluptueux d’étamines et de pétales, elle s’incruste, immobile ; elle y passe la nuit, elle y passe le jour, enivrée de senteur capiteuse et grisée de nectar. Il faut l’aiguillon d’un âpre soleil pour la tirer de sa béatitude et la faire envoler d’un essor bourdonnant.

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(la cétoine dorée présente de discrètes marbrures blanches)

Le gyrin

Le gyrin est un tout petit coléoptère des eaux douces (0,5 à 0,7 cm). Le gyrin nageur (Gyrinus natator) et le gyrin commun (Gyrinus substriatus) se ressemblent beaucoup, on ne peut pas les distinguer l’un de l’autre à l’œil nu.

Avec les libellules, les gerris (qu’on appelle parfois « araignées d’eau ») ou encore les notonectes, le gyrin fait partie du petit peuple des rivières. Les gyrins se regroupent à la surface de l’eau pour élaborer une mystérieuse danse collective, très vive, au cours de laquelle ils chassent leurs proies sans jamais se cogner les uns aux autres. Leur livrée métallique luit intensément sous le soleil. Chacun des deux yeux du gyrin est divisé en deux parties : une partie qui surveille les prédateurs (sous l’eau) et l’autre concentrée sur les proies à capturer (à la surface).

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(photo Kheper06)

Et voici quelques-uns des coléoptères que je rêve d’observer un jour (France) :

La rosalie des Alpes (Rosalia alpina)

Cette créature sublime semble tout droit sortie d’un rêve très audacieux. Elle mesure jusqu’à 4 cm et exhibe d’impressionnantes antennes ponctuées de touffes de poils noirs. Chez le mâle, les antennes sont plus longues que le corps. La rosalie des Alpes se promène principalement sur les troncs de hêtre et de frêne, parfois aussi d’aulne, de peuplier et de saule.

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Le rhinocéros (Oryctes nasicornis)

Ce coléoptère arbore une élégante cuirasse acajou et surtout, une corne qui lui donne très belle allure. Seul le mâle possède cet attribut, qui lui permet d’impressionner et de combattre ses concurrents avant l’accouplement. Cet insecte, qui mesure jusqu’à 4 cm de long, est le plus connu des dynastes européens. Le rhinocéros aimait autrefois passer du temps dans les tas de composts (où l’on trouvait également ses larves), mais l’utilisation généralisée des engrais chimiques l’a poussé à déserter ce type d’endroits.

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(photo Julien Arbez)

L’hoplie bleue (Hoplia coerulea)

L’hoplie bleue, considérée comme un des plus beaux scarabées européens, mesure plus ou moins 1 cm. On peut l’observer dans le Midi de la France, en particulier dans les prés à proximité des cours d’eau. Elle se nourrit principalement de pollen et de pétales. La couleur bleu azur métallisé qu’on peut observer sur cette photo est réservée au mâle, tandis que la femelle, plus discrète, possède une livrée brunâtre. L’hoplie bleue fait évidemment le bonheur des photographes, mais inspire également les recherches en biomimétisme.

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(photo Christian Pourre)

Pour aller plus loin :

Il existe de nombreux livres formidables sur les insectes et les coléoptères, dans des registres très variés. Quelques exemples :

  • l’ouvrage Musée vivant des insectes, aux éditions De La Martinière Jeunesse, est également un régal pour les adultes. Il a obtenu, à juste titre, le Prix de la Salamandre Junior 2018…
  • Surprenants insectes, aux éditions Glénat, est un petit livre carré qui fait la part belle aux photos…
  • le guide Coléoptères du monde, aux éditions Delachaux et Niestlé, est une référence pour les amoureux d’insectes
  • il en est de même pour le guide Coléoptères d’Europe, toujours chez Delachaux et Niestlé

Je termine cet article avec un exemple du travail de l’artiste Kate Kato, passionnée de faune et de flore, qui réalise des cabinets de curiosité sans cruauté (tout est en papier) :

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Animaux cryptiques : camouflage et mimétisme

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(papillon-feuille morte ou Kalima inachus, photo de Saandip Nandagudi)

Camouflage, mimétisme, couleurs cryptiques… il n’est pas forcément évident de s’y retrouver. Dans le but d’y voir plus clair, j’ai fait quelques recherches sur internet. Mais plus je lisais d’informations sur le sujet, moins j’étais sûre d’y comprendre quoi que ce soit (et de pouvoir me fier à ce que je lisais). Finalement, fidèle à mon amour des livres, j’ai décidé de me procurer un vieux bouquin repéré sur internet : Camouflage et mimétisme chez les animaux, par Michael et Patricia Fogden, paru en 1974 aux éditions Nathan.

On a beau dire, dans de nombreux domaines, les livres font la différence ! Probablement parce qu’un projet éditorial demande, par définition, un investissement important (de la matière grise, du temps, une vérification assidue des informations, une équipe, un budget…) que bon nombre de sites internet n’exigent pas…

Camouflage et mimétisme chez les animaux n’est évidemment pas exempt de petites lacunes. Dans les années 70, on ne faisait par exemple pas d’aussi belles photos qu’au XXIe siècle. Et puis, visiblement, les noms attribués aux espèces observées ont, depuis, évolué (ou se sont précisés)… Mais Michael et Patricia Fogden ont réalisé pour cet ouvrage un travail considérable, sans jamais oublier d’injecter dans leur texte une bonne dose de pédagogie. Voici comment ils font le distinguo entre camouflage et mimétisme (déguisement) :

Il est usuel de distinguer camouflage et déguisement, bien que les deux catégories diffèrent si imperceptiblement qu’il est parfois difficile d’affecter un animal cryptique à l’une ou à l’autre. Néanmoins la distinction est utile : le camouflage brise les lignes de contour d’un animal, le confondant avec l’arrière-plan, tandis que le déguisement fait un animal qui ressemble à une partie bien définie, mais inanimée de son environnement, qui n’intéresse pas les prédateurs et qui ne déclenche pas l’alarme des proies. Autrement dit, le camouflage efface l’animal du paysage, tandis que le déguisement l’empêche d’être reconnu pour ce qu’il est, même s’il est facile à voir.

Précision : les deux auteurs ne parlent pas de mimétisme mais de déguisement car le mimétisme est une notion plus vaste, qui comprend également par exemple l’imitation d’un autre animal (queue d’une chenille qui imite la tête d’un serpent, serpent inoffensif qui imite un serpent venimeux, ocelles d’un papillon qui imite des yeux impressionnants pour les prédateurs, etc).

Ce bouquin qui sent bon le vieux grenier m’a donc aidée à mieux appréhender le très large éventail des stratégies adaptatives utilisées chez les animaux pour se planquer !

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Le camouflage

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(l’engoulevent d’Europe se camoufle grâce à une combinaison de techniques : couleurs cryptiques, immobilité, déplacement selon la position du soleil pour réduire son ombre, yeux fermés)

Exemples de techniques de camouflage (souvent combinées) :

  • évoluer dans un milieu où l’on passe inaperçu : le fennec qui arbore les couleurs du désert, le papillon de nuit qui passe ses journées incognito sur un tronc d’arbre, la panthère des neiges qui évolue dans un paysage rocailleux en toute discrétion, la vipère Atheris chlorechis qui disparaît dans le feuillage  tropical…
  • posséder une livrée qui change de couleur selon les saisons et devient blanche en hiver (hermine, lagopède alpin… j’en parlais dans un article précédent)
  • changer de couleur très rapidement : pieuvres, seiches
  • changer de couleur en quelques minutes : le caméléon
  • changer de couleur en quelques jours ou quelques semaines : certaines araignées, certains poissons…
  • arborer un pelage moucheté qui imite les trouées du soleil dans le feuillage : le faon du chevreuil
  • s’aplatir ou se plaquer à son support pour éviter l’ombre portée, qui est une source de repérage : geckos, papillons de nuit le jour…
  • se tourner graduellement vers le soleil pour limiter l’ombre portée
  • fermer ou plisser les yeux (car les cercles concentriques et la brillance des yeux sont des sources de repérage)
  • suivre le mouvement des éléments environnants (en cas de danger, le butor étoilé berce son cou au rythme des roseaux agités par le vent)

En outre, certains oiseaux qui nichent au sol pondent des œufs quasiment invisibles dans leur environnement. C’est le cas du pluvier gravelot ou de l’huîtrier. En cas de danger, les parents s’éloignent d’ailleurs du nid pour ne pas attirer l’attention du prédateur sur les œufs.

Le camouflage va de pair avec l’immobilité, et s’accommode éventuellement de mouvements lents, furtifs.

(on ne présente plus le charismatique poisson-pierre, qui sait pourtant se faire oublier parmi les rochers)

poisson-pierre

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Le mimétisme

Comme pour le camouflage, le mimétisme permet aux animaux de ne pas se faire repérer par leurs prédateurs et parfois d’approcher leurs proies avec la plus grande discrétion.

Le mimétisme donne à l’animal l’apparence d’un objet inanimé spécifique de son environnement : feuille morte, amas de feuilles, tige, fleur, bourgeon, épine, fiente d’oiseau, morceau de bois, algue…

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(Phyllium giganteum, photo Andrea & Antonella Ferrari)

Tout le monde connaît le Phyllium giganteum. Cette créature ressemble à un amas de feuilles, par endroits grignotées par les insectes. Citons entre autres exemples : le serpent-liane, la grenouille cornue de Malaisie qui ressemble à s’y méprendre à une feuille morte, les papillons Kalima, les phasmes, la mante-orchidée, l’hippocampe-algue ou encore l’ibijau, un oiseau qui se fait passer avec un talent stupéfiant pour un morceau de bois (j’en parlais ici il y a quelques mois).

(Uroplatus phantasticus, un gecko arboricole endémique de Madagascar)

Uroplatus phantasticus

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Pour aller plus loin :

Islande, pays de volcans et de mousses

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(champ de lave recouvert de mousse)

Comme vous pouvez le constater, je n’en finis plus de me rouler dans la mousse ! Les scientifiques ont répertorié pas loin de 13 000 espèces de mousse à travers le monde. On trouve de la mousse aux quatre coins du globe terrestre, jusqu’en Antarctique où le réchauffement climatique accélère d’ailleurs sa prolifération… Après la mousse au Japon ou à Fontainebleau, puis au Vietnam à la rencontre de la grenouille-mousse, partons aujourd’hui en Islande 🙂

L’Islande, île de 100 000 km² située entre la Norvège et le Groenland, est célèbre pour la beauté stupéfiante de ses paysages primitifs et inhospitaliers : volcans, geysers, glaciers, champs de lave et falaises de lave, impressionnantes chutes d’eau, tourbières et marécages, plages de sable noir…

Or, si les plantes vasculaires sont souvent découragées par les zones volcaniques, les mousses et les lichens s’accommodent sans grande difficulté à cet environnement récalcitrant. C’est ainsi que la mousse (par exemple Philonotis fontana) s’étend généreusement sur les champs de lave de l’île et qu’elle recouvre 10 % du territoire islandais. Ce qui décourage une bonne partie de la flore : non seulement les déserts de lave et de cendres, mais aussi le vent constant ou encore le climat froid : 15°C maximum en été…

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En termes d’espèces végétales, on observe en Islande :

  • 40 espèces de fougères
  • 440 espèces de plantes à fleurs
  • 605 espèces de bryophytes (mousses)
  • 735 espèces de lichens
  • 1460 espèces d’algues
  • 2 100 espèces de champignons

Avant l’arrivée des Vikings, l’Islande était tout de même recouverte à 30 % de forêts. Mais l’être humain a déboisé l’île pour se procurer du bois de chauffage et fabriquer des habitations en bois. Le pâturage a achevé de transformer le paysage islandais, les animaux (ovins, équidés) broutant les jeunes pousses des arbres. Toutefois, l’Islande organise actuellement un reboisement de son territoire.

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Philonotis fontana 02

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Pour aller plus loin, voici 3 liens qui permettent de découvrir la flore islandaise :

(un autre charme végétal islandais : la ravissante linaigrette de Scheuchzer)

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Rencontre avec la grenouille-mousse

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(photo Jim Zuckerman)

D’aussi loin que je me souvienne, la mousse m’a toujours enchantée. Il me serait difficile d’expliquer précisément pourquoi. Le fait d’avoir grandi près d’une rivière doit y être pour quelque chose. Je sais aussi que j’aime les paysages préservés et purs, qui semblent témoigner de ce qu’était notre planète avant l’arrivée des humains. On sait que les mousses sont arrivées à la surface de la terre il y a environ 440 millions d’années. Quoi qu’il en soit, il me semble évident que là où il y a de la mousse, il y a de la douceur, de la poésie et de la magie 🙂

J’ai écrit en mai 2016 un premier billet sur l’amour des Japonais pour la mousse et en mars 2018 un article sur les mousses de Fontainebleau. Que ce soit en consultant des bouquins ou en visionnant des documentaires sur les beautés de la nature, je découvre régulièrement des petites choses passionnantes sur les mousses (que les scientifiques appellent bryophytes) !

De très nombreux animaux adoptent des méthodes fascinantes pour se fondre dans leur environnement et ainsi, échapper à l’œil des prédateurs (camouflage, mimétisme). En milieu humide, la mousse est visiblement une bonne technique : certaines créatures laissent la mousse se développer sur leur corps pour devenir plus discrètes, tandis que d’autres ont tout simplement pris l’apparence de la mousse ! C’est le cas de la très ravissante grenouille-mousse (Theloderma corticale) 🙂

Dans les forêts tropicales du Nord du Vietnam, dont ce magnifique batracien est endémique (on ne le trouve que là-bas, si l’on ne compte pas les zoos et les élevages), la mousse et le lichen poussent à profusion, ce qui permet à la grenouille-mousse de se protéger des prédateurs, et probablement aussi de mieux surprendre ses petites proies.

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(photo Jason Weigner)

Au Vietnam comme à peu près partout ailleurs, l’expansion de l’agriculture va de pair avec la déforestation, ce qui affecte potentiellement l’habitat de la grenouille-mousse. Toutefois, le joli petit animal aime particulièrement les zones rocheuses escarpées (parois rocheuses et grottes dans les montagnes humides), ce qui peut limiter la menace qui pèse sur lui. On le rencontre aussi dans les espaces naturels protégés du pays.

La grenouille-mousse mesure entre 7 et 9 centimètres. Elle se nourrit d’insectes, de vers, de mollusques. Elle pond ses œufs dans des cavités rocheuses remplies d’eau. Les têtards y restent jusqu’au moment de la métamorphose.

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(photo jiri Kukan)

Pour aller plus loin :

  • voici une initiation aux bryophytes très accessible et intéressante
  • Wikipédia propose une fiche développée sur le mimétisme
  • voici une courte vidéo qui vous permettra de découvrir le chant doux et discret de la grenouille-mousse :

Au cœur de l’hiver, magie blanche chez les animaux

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(lagopède alpin – d’autres photos de Karik sont disponibles sur Flickr)

Quand arrive l’hiver, certains animaux des régions froides (au nord ou en altitude) changent d’apparence et troquent leur livrée brune pour un manteau blanc. On compte vingt espèces de mammifères et une espèce d’oiseau ayant cette spécificité.

Ces animaux n’hibernent pas. Leur camouflage leur permet à la fois d’échapper aux prédateurs (leur nouvelle livrée les rend invisibles dans le paysage neigeux) mais aussi de résister au froid (pelage plus épais).

Ce phénomène de mue progressive donne aux photographes l’occasion de réaliser des photos magnifiques, et d’autant plus que ces animaux évoluent dans de sublimes paysages de type toundra. On parle en général de trois toundras : la toundra arctique (liée au froid polaire), la toundra antarctique (même chose) et la toundra alpine (liée au climat d’altitude). La flore de la toundra offre un décor spécifique et magique : bruyère, graminées, carex, rochers couverts de mousses ou de lichens. Tout ce que j’aime… 🙂

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Le lagopède alpin (Lagopus muta)

(voir aussi photo ci-dessus) On l’appelle également perdrix des neiges. On l’observe principalement en Arctique, mais aussi au Japon, en Scandinavie, en Ecosse et en France. Il y a 20 000 ans (dernière période glaciaire), le lagopède alpin était très répandu dans l’Hexagone. Dorénavant, les Alpes et les Pyrénées sont les derniers bastions de cet oiseau devenu rare.

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lagopède alpin en cours de mue – Roland Clerc

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les œufs du lagopède alpin – Jean-François Desmet

Quand l’hiver arrive, l’oiseau abandonne progressivement son plumage brun et gris pour arborer un manteau blanc. Cette mue lui permet d’échapper aux aigles et aux renards.

Pour de nombreuses raisons, l’aire de répartition de ce joli gallinacé se réduit progressivement en France :

  • le réchauffement climatique le pousse à se retrancher toujours plus haut (il a besoin d’un climat froid pour s’épanouir, se reproduire)
  • l’évolution du pâturage le perturbe (car il niche au sol)
  • la présence humaine (sports d’hiver, randonnées) le fait fuir

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Le lièvre variable (Lepus timidus)

On rencontre le lièvre variable dans les pays du nord (Russie, Groenland, Canada, Scandinavie…) mais aussi, de façon beaucoup plus limitée, dans les Alpes françaises, en Irlande, en Pologne, au Royaume-Uni ou encore au Japon.

Mountain hare running (Lepus timidus) in winter snow, Scottish Highlands, Scotland, United Kingdom

quand le lièvre variable disparaît dans le paysage…

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après l’effort, le réconfort

Sa mue le fait passer d’un pelage brun-gris à un pelage blanc. Seul le bout de ses oreilles reste noir ! Dans un environnement neigeux, il devient ainsi beaucoup plus difficile à repérer par les loups, les renards et les gloutons.

Le parc national des Écrins lui a consacré une petite fiche, Wikipédia aussi.

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L’hermine (Mustela erminea)

L’hermine ressemble fort à la belette. Elle pèse environ 300 g pour 30 cm de long. Ce ravissant mustélidé extrêmement vif se rencontre en altitude (au delà de 1000 mètres et jusqu’à 3000 mètres).

Vallone Piantonetto

quelle petite merveille ! – Fabio Bretto

Ermine, summer coat, Lower Saxony, Germany / (Mustela erminea) / Stoat

l’hermine dans sa livrée d’été – W.Rolfes

L’hermine est carnivore et excellente chasseuse. Elle consomme principalement des rongeurs, oiseaux, insectes, mais adopte occasionnellement un régime végétarien quand les circonstances ne lui permettent pas de se mettre autre chose sous la dent.

L’hermine compte de nombreux prédateurs : oiseaux de proie, renards, chouettes, cigognes, hérons… Elle évolue donc dans des environnements qui lui permettent de se cacher facilement.

En été, elle a le dos brun, le ventre blanc et le bout de la queue noire. Pour l’hiver, elle revêt un magnifique manteau blanc, à l’exception du bout de sa queue qui reste noire.

L’association suisse Pro Natura, spécialisée dans la protection de la faune sauvage, en a fait son animal de l’année 2018.

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Le renard polaire (Vulpes lagopus)

Comme son nom l’indique, le renard polaire aime le froid et s’accommode très bien de températures qui descendent à -50°C. Il vit dans les régions arctiques : Groenland, Russie, Canada, Alaska, Islande, Scandinavie…

Jacqueline Verstege 01

la curiosité est un joli défaut – Jacqueline Verstege

alain balthazard

renard polaire en vadrouille – Alain Balthazard

Quand l’hiver approche, son pelage passe du brun foncé au blanc. Pour dormir, il s’enroule dans sa longue queue afin de protéger ses pattes et son museau du froid. Le renard polaire se nourrit principalement de lemmings, lièvres, oiseaux, œufs.

Wikipédia propose une fiche assez fournie sur le renard polaire.

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Réchauffement climatique : un danger pour le camouflage

Parce qu’il ne dépend pas des températures mais bien de la durée des jours selon la période de l’année, le phénomène de mue continue d’opérer malgré le réchauffement climatique. Cela met évidemment les animaux en danger : en effet, ils évoluent dorénavant dans des espaces de moins en moins enneigés, ce qui en fait des proies faciles quand ils arborent leur manteau blanc. Pour ainsi dire, l’adaptation génétique des animaux est beaucoup plus lente que les dégâts occasionnés par l’être humain…

Pourtant, certains scientifiques, et en particulier le docteur L. Scott Mills, constatent que petit à petit, une progression s’opère parmi les animaux qui blanchissent en hiver : alors que certains individus continuent de muer pour devenir blancs, d’autres gardent leur livrée d’été toute l’année. Pour plus d’informations à ce sujet, n’hésitez pas à cliquer ici.

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Quelques images d’une beauté à couper le souffle !

Pour finir, je vous propose de découvrir une courte vidéo (2 minutes) sur ce qu’on appelle les « reliques glaciaires », ces animaux venus du froid depuis des dizaines de milliers d’années et qui vivent dans les montagnes françaises. Ces images sont tout simplement SUBLIMES. On y retrouve le lagopède alpin et le lièvre variable.