Animaux marins : le plastique, c’est diabolique

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Le chiffre fait franchement froid dans le dos : 8 millions de tonnes de plastique finissent dans l’océan chaque année ! En quelques décennies, l’espèce humaine aura ainsi plastifié la planète et fait émerger, à la surface de tous les océans, plusieurs « continents de plastique ». Il s’agit d’immenses amas de déchets, dont les premières victimes sont les animaux. En effet, les déchets en plastique intoxiquent, blessent et, souvent, tuent les animaux marins 😦

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Les 5 continents de plastique

06 bisLes scientifiques identifient principalement 5 océans de plastique : des tonnes de plastique rejoignent continuellement les gyres océaniques (tourbillons formés par les courants marins) pour former d’immenses « soupes de plastique » (celle du Pacifique Nord ferait 3 fois la taille de la France, réunissant 80 000 tonnes de déchets, dont une large partie de matériel de pêche abandonné en mer, comme dans tous les océans par ailleurs).

Malheureusement, le plastique est encore et toujours un marché en expansion, et les lobbys de la production plastique sont puissants. Ainsi, les spécialistes estiment qu’en 2050, l’être humain aura déversé 12 milliards de tonnes de plastique dans les océans… au secours !

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Les animaux, premières victimes du plastique

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Les animaux (oiseaux marins compris) sont les premières victimes du plastique, et cela pour de multiples raisons :

  • les déchets de plastique les emprisonnent, les étranglent (filets de pêche), les étouffent, entravent leurs mouvements (et la croissance des jeunes), les paralysent…
  • les animaux avalent les déchets en plastique parce qu’ils les confondent avec leur nourriture, et en meurent souvent : à titre d’exemple, les tortues ingèrent des sacs en plastique en pensant qu’il s’agit de méduses (leur mets favori)
  • non seulement les déchets en plastique terminent leur étrange voyage dans l’estomac des animaux, mais en plus, ils intoxiquent leurs tissus (le plastique étant bourré de chimie)
  • le micro-plastique (plastique micro-fragmenté au fil du temps sous l’action du soleil et du sel de mer, ou encore micro-particules de plastique provenant de produits tels que les produits cosmétiques : exfoliant, dentifrice…) est présent dans tout la chaîne alimentaire, depuis le zooplancton jusqu’aux mammifères marins (et aux humains)

L’ONG WWF résume ainsi le rôle absolument dramatique que joue le plastique dans la vie des animaux :

Les plastiques, qui ont envahi nos océans en milliards de particules ou en déchets de plus grande taille, ont non seulement un impact mécanique sur les animaux qui les ingèrent ou qui s’y emmêlent, mais aussi un impact chimique car leurs composés (comme les phtalates) se dissolvent dans le milieu naturel et intègrent également la chaîne alimentaire.

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Le plastique, un monstre alimenté par nos habitudes de consommation

Depuis les années 1950, le plastique a pris une ampleur monstrueuse sur notre planète car il est devenu omniprésent dans notre quotidien : santé, loisirs, transports, récipients de produits ménagers, alimentation, jouets pour enfants, ordinateurs, téléphones…

Beach pollution. Plastic bottles and other trash on sea beach

Si l’on sait que le plastique est indispensable dans certaines domaines (matériel médical par exemple), on sait aussi qu’il est possible de faire une croix sur le plastique dans de nombreux univers : jouets pour enfants, suremballage (tout ce qu’on achète aujourd’hui est emballé…), pailles, gobelets jetables… Il ne tient donc qu’à chacun de nous de limiter les dégâts en modifiant nos habitudes de consommation !

Concrètement, dans le monde, seul 9 % du plastique est recyclé, 12 % brûlé et 79 % dispersé dans les décharges et dans l’environnement.

2 milliards d’habitants sur notre planète n’ont pas de système de ramassage/traitement des déchets. C’est le cas d’une large partie de l’Asie, alors même que cette région du monde produit une quantité particulièrement importante de plastique ! En outre, l’incinération et les déchetteries occasionnent de toute façon beaucoup de pollution et de maladies.

Ci-dessous, le surfer Dede Surinaya photographié par Zak Noyle en Indonésie, plus précisément à Java, l’une des îles les plus polluées du monde :

photographe Zak Noyle

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Pour aller plus loin :

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Chasse à courre : stop à la barbarie !

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(photo de Justin Holding)

Ce samedi 31 mars, grâce au collectif AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui), près de 1000 personnes se sont réunies sur Compiègne, haut lieu de la vénerie, pour fêter la fin de la saison de la chasse à courre (octobre-mars) : il s’agissait d’habitants de la région mais aussi de gens venus de Lille, de Bretagne ou encore de la région parisienne, comme moi. Dans le cortège, plusieurs Compiégnois m’ont expliqué que beaucoup de gens du coin, qui partageaient nos convictions, ne rejoindraient pourtant pas la manifestation, par peur des conséquences que cela engendrerait sur leurs relations sociales à Compiègne 😦

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10 heures : manifestation pacifiste dans les rues de Compiègne

Pendant deux heures, nous avons manifesté dans la ville en brandissant des banderoles et des pancartes aux messages chaleureux (« cerf-moi fort »), endeuillés (« je suis l’animal supplicié ») ou volontaristes (« ils ont les armes, on a les arguments », « vénerie abolition », « le moyen-Âge c’est fini ! », « chassons la cruauté »).

Dans le cortège se trouvaient des femmes aux cheveux ornés de fleurs, des enfants, des personnes âgées, des punks, des amoureux de la nature, des anarchistes, des écologistes, des végétariens et des vegans, des associations (Ligue de Protection des Oiseaux, One Voice…). Si les forêts n’étaient traversées et explorées que par ce genre d’humains, l’existence des animaux sauvages serait idyllique ou presque… 🙂

Notre marche sur Compiègne s’est terminée par un sympathique rassemblement sur la place de l’Hôtel de Ville, avec un stand de restauration végane et un petit concert de musique.

(ci-dessous, trois photos de Justin Holding, les autres photos qu’il a prises sont réunies ici)

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14 heures : expédition en forêt pour sauver le cerf de la mort

En début d’après-midi, lorsque nous avons appris que la dernière chasse à courre de la saison avait justement lieu ce jour, 150 d’entre nous ont rejoint la forêt avec AVA pour tenter de sauver le cerf tristement désigné. Avec pour seules armes notre empathie et notre sang-froid, nous avons investi les bois et perturbé, toute l’après-midi, les équipages (chasseurs à cheval et meutes de chien) pour empêcher le massacre.

Quoi qu’il en soit, ne l’oublions pas, le cerf aura été traqué et terrorisé par les chasseurs pendant de longues heures… 😦

Vers 17 heures, les bourreaux sont parvenus à coincer le cerf au bord d’un tout petit lac, dans lequel l’animal s’est lancé pour échapper à la torture. La préfecture a fait déplacer en urgence des dizaines de CRS qui nous ont formellement et physiquement interdit l’accès à la propriété privée et au point d’eau concerné. Finalement, en fin d’après-midi, la confrontation tenace entre les militants et les CRS, ainsi qu’une longue négociation entre l’Office National des Forêts et les chasseurs, ont débouché sur une très bonne nouvelle : vers 18 ou 19 heures, la préfecture a officiellement annoncé que le cerf était gracié.

VICTOIRE ! 

Un résumé vidéo de la journée en 9 minutes (merci Lucie Htlin) :


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Foutons la paix aux animaux de la forêt !

Le cerf est parfois appelé le « roi de la forêt ». Malheureusement, à Compiègne, les cerfs ont toujours connu l’extrême angoisse de la chasse à courre, cette tradition barbare pratiquée par des humains orgueilleux, avides de puissance et de violence.

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La chasse à courre consiste à acculer l’animal innocent pendant des heures avant de le tuer brutalement à l’arme blanche ou de laisser les chiens le dévorer vivant. Les chevreuils, les sangliers, les renards et les lièvres connaissent parfois le même sort que les cerfs…

Si elle est interdite en Allemagne depuis 1936, en Belgique depuis 1995 et en Grande-Bretagne en 2005, la chasse à courre est toujours autorisée et allègrement pratiquée en France. Elle démarre en octobre et se poursuit jusqu’en mars. Les chasseurs terrorisent et massacrent donc les animaux pendant six mois de l’année, deux fois par semaine, pour leur bon plaisir !

Les Français ne sont pourtant pas tous des pervers. 85 % d’entre eux sont clairement opposés à cette tradition cruelle.

En octobre 2017, un cerf a été acculé et sacrifié au beau milieu d’un village de la zone de Compiègne, sous l’œil effaré d’habitants qui n’ont pas pu le supporter. Leur colère a rapidement atteint, grâce aux réseaux sociaux, un grand nombre de cœurs tendres. C’est ainsi qu’un honorable mouvement de désobéissance civile est né pour veiller sur les animaux de la forêt : Abolissons la Vénerie Aujourd’hui.

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Tous les animaux souffrent de la chasse à courre 

Les aristocrates qui pratiquent la chasse à courre ne se contentent pas de terroriser les animaux sauvages. Ils dénigrent ou maltraitent également les animaux dont ils ont la charge. Ainsi, leurs chiens de meute sont entassés dans des chenils toute l’année ; ils subissent les coups de fouet, sont souvent blessés et percutent parfois mortellement des voitures lors des chasses ; ils sont finalement euthanasiés quand ils ne sont plus efficaces. Les chasseurs ne se sentent pas plus concernés par le bien-être de leurs chevaux : ces derniers sont épuisés par les courses et finissent à l’abattoir quand ils ne font plus l’affaire. Les adeptes de la chasse à courre ne considèrent leurs chiens et leurs chevaux que comme des instruments, des outils.

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Pour aller plus loin :

Fontainebleau, royaume des mousses

IMG_20180318_150042(sous la neige, avec ses pins tortueux, Fontainebleau ressemble à un jardin japonais)

Je n’avais pas mis les pieds dans la forêt de Fontainebleau depuis de longues années et c’est donc sous la neige, dimanche dernier, que je l’ai redécouverte…

La forêt de Fontainebleau s’étend sur 25 000 hectares et bénéficie de nombreuses mesures de protection, sur plusieurs parcelles plus ou moins étendues, dont quelques « réserves biologiques intégrales » (la plus ancienne étant la réserve de La Tillaie) : cela signifie que sur ces zones délimitées, la forêt s’auto-gère, l’humain ne touche à rien, on laisse les arbres se décomposer tranquillement là où ils sont tombés, l’écosystème mène sa vie comme ça lui chante. C’est le paradis des champignons et des insectes… 🙂

La forêt de Fontainebleau foisonne de vie sauvage. Selon les saisons et les températures, on peut y rencontrer une faune très diverse, comme par exemple des écureuils (c’est un écureuil qui nous a accueillis dimanche, au début du sentier), des sangliers, des cerfs, des blaireaux, des renards, des ragondins, des hérissons, des lézards, des grenouilles, beaucoup d’oiseaux… et de très nombreux insectes. La flore y est assez spécifique. On pense bien sûr aux pins et aux chênes. En été et en automne, la bruyère cendrée (Erica cinerea) et la bruyère commune (Calluna vulgaris) y magnifient le paysage grâce à leurs couleurs éclatantes. Ce qui frappe également les randonneurs : la présence de flore vasculaire y est faible (elle est découragée par le chaos gréseux de la forêt de Fontainebleau), tandis que les mousses et les lichens s’y épanouissent joyeusement.

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Le pouvoir des mousses

J’ai toujours aimé la mousse… Il y a 10 jours, j’ai assisté à une conférence sur les mousses donnée par Sébastien Filoche, qui travaille pour le Conservatoire botanique national du Bassin parisien et pour le Musée National d’Histoire Naturelle. Le botaniste nous a naturellement parlé plusieurs fois de la forêt de Fontainebleau (et du cimetière de Montparnasse). En effet, la forêt de Fontainebleau accueille presque 500 espèces de mousses (et plus de 400 espèces de lichens).

Les mousses (les scientifiques parlent de bryophytes) sont apparues sur Terre il y a 440 millions d’années. Elles n’ont pas de racines mais des rhizoïdes, qui leur permettent d’adhérer tendrement à leur support. Les oiseaux utilisent souvent les mousses pour confectionner leur nid (la mousse, ça tient chaud 🙂 ).

Parce qu’elles sont très sensibles, les mousses permettent aux scientifiques d’analyser le niveau de pollution d’un lieu. En effet, non seulement les mousses apparaissent ou disparaissent de manière sensible selon la qualité de l’air et de l’eau de leur environnement, mais elles ont aussi la particularité d’accumuler et de retenir de nombreux contaminants présents dans cet air et dans cette eau.

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Quelques photographies

Voici quelques-unes des photographies que j’ai prises dimanche à Fontainebleau. On y voit des mousses, mais aussi du lichen : le lichen n’est pas une mousse, mais la symbiose d’un champignon et d’une algue. Ci-dessous, la rencontre sensuelle d’une mousse avec les racines d’un résineux…

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Le système racinaire des pins se développe surtout à l’horizontale. Leurs somptueuses racines semblent parfois délivrer des messages codés…

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La photo suivante (j’ai enfin réalisé une macro, ou presque !) me donne l’occasion de parler de Richard Bourdoncle, notre guide, passionné et passionnant, qui nous a permis de mettre le nez sur un phénomène courant et banal, certes, mais peu connu du grand public et extrêmement discret : la fructification du lichen (boursouflures rouges).

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En mars, les insectes sont déjà de sortie, mais seulement par beau temps : quand la neige tombe sur Fontainebleau, ces petites bestioles se planquent et on n’en aperçoit pas une seule ! Nous avons tout de même pu observer et entendre plusieurs oiseaux, parmi lesquels le pinson, le rouge-gorge, le pivert, le pic noir, le pic épeiche, la mésange nonnette, la sittelle et le roitelet…

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L’eau de pluie donne naissance à des flaques et à des mares, dans lesquelles tombent invariablement, année après année, les aiguilles de pin. L’acidité de ces aiguilles donne des nuances étranges et féeriques aux points d’eau : noir-vert, rouille…

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Les mousses aiment l’humidité. Ce qui ne les empêche pas de très bien supporter la sécheresse, grâce à leur faculté de reviviscence : elles s’assèchent, entrent dans un état de vie ralentie et attendent l’humidité prochaine pour retrouver toute leur beauté 🙂 Ci-dessous, deux mousses cohabitent et créent ainsi un tapis verdoyant qui enchante le regard…

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Pour aller plus loin :

  • Richard Bourdoncle organise régulièrement des balades et randonnées en région parisienne, orientées sur la biodiversité. On le trouve par exemple sur l’agenda des sorties de Nature & Découvertes
  • voici un blog sympathique sur la biodiversité de Fontainebleau
  • le Musée National d’Histoire Naturelle a mis en ligne un livret pédagogique très intéressant sur les bryophytes
  • le Musée de l’Homme accueille en ce moment et jusqu’au 28 mai 2018 une exposition sur la mousse : créations artistiques de Emeric Chantier réalisées avec de la mousse + panneaux pédagogiques pour mieux comprendre la vie des mousses
  • le temple bouddhiste Saihoji, à Kyoto, abrite l’un des plus beaux jardins de mousses du Japon (galerie de photographies en bas de l’article)
  • le très bel ouvrage Botanicum (textes de Kathy Willis, illustrations de Katie Scott, aux éditions Casterman) consacre un chapitre aux premières plantes apparues sur notre planète et évoque ainsi les algues, les lichens, les mousses, les prêles ou encore les fougères. Ce livre au format très généreux (25 x 35 cm) est un véritable bijou graphique…

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Pour un réensauvagement de notre belle et vieille Terre

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(un Tabebuia impetiginosa – ou « arbre sacré des Incas » – en fleurs, photographie de Yann Arthus Bertrand, Guyane Française)

Les scientifiques sont formels : notre belle et vieille Terre vient d’entrer dans la sixième crise d’extinction des espèces. Le nombre d’animaux sauvages a diminué de moitié au cours des 40 dernières années. Notre planète n’avait pas connu une telle situation depuis la disparition des dinosaures…

Tandis que les cinq précédentes crises d’extinction des espèces étaient dues à des catastrophes naturelles (chutes de météores, éruptions volcaniques…), l’actuelle crise d’extinction des espèces a pour cause l’activité humaine.

L’Homme a littéralement vandalisé la planète en un temps record : surpopulation, pollution, déforestation, fragmentation des habitats des espèces, exploitation des espèces (chasse, pêche…), épuisement des ressources, réchauffement climatique, ou encore introduction artificielle d’espèces invasives qui entravent le développement d’autres espèces.

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Et ce n’est pas fini : nous sommes 7,5 milliards d’humains sur Terre en 2018 et ce chiffre devrait dépasser la barre des 11 milliards d’ici 2100. Les scientifiques sont clairs : si on ne fait rien, l’espèce humaine sera prochainement quasiment seule sur Terre… Glauque !

Seule solution : créer rapidement de nombreuses réserves et zones protégées pour limiter les dégâts. Plusieurs espaces ont ainsi été créés depuis 2010 (exemples : la réserve naturelle Termit Tin Toumma au Niger, le parc national de Yaguas au Pérou). Mais selon les écologistes, ce qui est mis en place manque cruellement d’ambition : on se borne à définir quelles espèces protéger en priorité au lieu de s’organiser pour sauver au moins la moitié des espèces sauvages…

Depuis quelques années, le célèbre biologiste et naturaliste américain Edward Osborne Wilson prône ainsi un plan de grande ampleur pour stopper l’affreux processus : réserver la moitié de notre planète à la vie sauvage. En somme, il s’agit clairement et simplement de réensauvager la Terre. Il a consacré un ouvrage à ce projet, publié en anglais en 2016 : Half-Earth, Our planet Fight for Life (ce qui signifie : « la moitié de la Terre, le combat de notre planète pour la vie »).

Edward Osborne Wilson

Si, dans le passé, E. O. Wilson a parfois suscité la controverse en raison de sa vision anthropocentrée de la nature (grosso modo, il a longtemps considéré qu’il fallait protéger la nature en tant que puits de ressources nécessaires à l’être humain), il a dorénavant évolué vers une dimension qui prend en compte la valeur intrinsèque des animaux et de la nature.

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L’exemple inspirant du Costa Rica

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(le Dynastes hercules – le plus gros scarabée rhinocéros du monde – fait partie des nombreux insectes qui s’épanouissent au Costa Rica)

Depuis 1948, le Costa Rica, situé en Amérique centrale, est un pays neutre (sans armée) qui a choisi de donner la priorité à l’éducation, à la santé et à l’environnement. Pays de forêts pluviales, de volcans et de mangroves, le Costa Rica pratique une politique active de développement des énergies durables et de protection de ses ressources naturelles. 30 % du territoire sont occupés par des parcs nationaux et des réserves. En outre, 50 % de la surface du pays sont recouverts de forêts (contre 20 % il y a 20 ans). Les grands propriétaires qui ne coupent pas leurs arbres sont récompensés financièrement par l’État.

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On trouve ainsi au Costa Rica une diversité exceptionnelle (largement favorisée par le fait que le Costa Rica est un corridor naturel pour les animaux qui se déplacent entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord). Le pays abrite énormément d’espèces de papillons, d’araignées, d’oiseaux, de reptiles et de mammifères. L’éco-tourisme s’y est ainsi énormément développé.

Tout n’est toutefois pas rose au Costa Rica. Voici quelques exemples qui font grincer des dents :

  • déforestations illégales
  • braconnage (de requins par exemple)
  • centres touristiques qui remplacent la faune et la flore par le béton
  • utilisation de pesticides
  • système de traitement des eaux usées pas du tout au point (75 % des eaux usées sont déversées dans les rivières et dans la mer)
  • recyclage des déchets peu pratiqué par les chaînes hôtelières

On sait néanmoins que le pays, en adoptant le programme « Paix avec la nature » en 2007, s’est fixé comme objectif de devenir une nation neutre en CO² en 2021 (la Norvège et les Maldives ont le même objectif). En outre, les jeunes costaricains se montrent très sensibles à l’environnement et militent avec ferveur pour une protection maximale de la biodiversité dans leur pays.

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(vipère de Schlegal ou Bothriechis schlegelii, présente au Costa Rica)

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Pour aller plus loin :

  • pour en savoir plus sur la zone de conservation de Guanacaste au Costa Rica, ça se passe ici
  • un article du Monde sur la sixième crise d’extinction des espèces est disponible en lecture libre ici
  • vous trouverez les magnifiques photos de Matthieu Berroneau sur son site internet
  • de même, vous trouverez une galerie des photos de Gerardo Colaleo ici
  • voici l’avis mitigé sur la politique écologiste du Costa Rica d’une blogueuse qui a investigué sur place

Lynx, y es-tu ?

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(les photos de lynx de cet article sont de Louis-Marie Préau)

Le loup, l’ours et le lynx boréal sont les trois grands carnivores de France métropolitaine. Les médias parlent principalement du loup, et parfois de l’ours. Cette médiatisation s’explique par le fait que ces deux animaux représentent une menace directe pour les troupeaux et des conséquences économiques pour les éleveurs. Mais que sait-on du lynx boréal ?

On parle très peu de lui. Beaucoup de Français ignorent même que des lynx arpentent le territoire français, et en particulier le massif jurassien : 90% des lynx en France vivent dans le Jura, ce qui représente actuellement environ 100 individus.

Voici une carte récapitulative de la répartition des trois grands carnivores de la France métropolitaine (réalisée sur la période 2012-2016 par l’Office National de la Chasse et de la Faune sauvage) : marron pour l’ours, gris pour le loup, jaune pour le lynx.

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A la rencontre du lynx boréal 

On connaît quatre espèces de lynx de part le monde : le lynx du Canada (Lynx canadensis), le lynx pardelle (Lynx pardinus), le lynx roux (Lynx rufus) et le lynx boréal (Lynx lynx). Celui qu’on peut rencontrer dans le Jura est le lynx boréal.

Le lynx boréal est un animal solitaire (exception faite de la femelle quand elle élève ses petits). On le reconnaît, entre autres, à ses belles oreilles terminées par un pinceau de poils noirs. Il est excellent grimpeur et excellent sauteur, mais médiocre coureur de fond (comme tous les félins). Ses yeux perçants et son audition très fine font de lui un chasseur très efficace. Il mange principalement des chevreuils (ce qui énerve certains chasseurs) et des chamois.

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Disparition puis réintroduction du lynx en France à partir des années 70

Au Moyen-Âge, le lynx boréal était présent partout en France, dans les plaines comme en montagne. Mais sa population s’est progressivement amenuisée. Cela s’explique par la volonté de l’homme (le lynx a été traqué) et par la modification du paysage (réduction des surfaces forestières). Il avait ainsi totalement disparu de France au XIXe siècle.

A partir des années 70, il a été réintroduit sur le territoire ! Il est dorénavant classé « en danger » sur la liste rouge des espèces menacées en France de l’UICN.

Pour information, de nombreux projets de réintroduction du lynx ont été mis en œuvre en Europe de 1970 à 2006 : en Slovénie, Croatie, France, Allemagne, Suisse, Italie.

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Le lynx boréal est en danger en France :

Contrairement à celle du loup ou à celle de l’ours, la population du lynx boréal n’augmente pas. Elle a même tendance à régresser. Pourquoi ?

  • collisions fréquentes : les lynx sont régulièrement percutés par les voitures (surtout les juvéniles). A titre d’exemple, 7 collisions ont été répertoriées sur le dernier trimestre 2017.
  • braconnage sous-estimé : la communauté des chasseurs se défend évidemment de pratiquer le braconnage. Et pourtant, on sait que certains corps disparaissent. Or, si ces lynx mouraient de maladie, on retrouverait leur dépouille. D’ailleurs, les petits seraient aussi porteurs de la maladie, ce qui n’est pas le cas. En outre, des cadavres de lynx criblés de balles sont parfois retrouvés…
  • fragmentation de leur habitat : d’une manière générale, la fragmentation des forêts n’arrange rien : routes, voies ferrées et zones urbanisées empêchent le lynx d’évoluer plus amplement, ralentissant ainsi le développement de sa population…

(empreinte d’un lynx)

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Le centre Athénas sauve les lynx 

Le centre Athénas, basé dans le Jura, recueille, soigne et relâche les animaux sauvages blessés, parmi lesquels les lynx victimes d’accidents : collisions, braconnage, accueil des petits qui ont perdu leur mère et qui ne sont pas encore capables de se débrouiller seuls en forêt. Ce centre de sauvegarde fait également un travail de comptabilisation.

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Qu’est-ce qu’on fait pour le lynx en 2018 ?

Pour limiter les collisions voitures/lynx, le centre Athénas, en accord avec le Conseil départemental du Jura, souhaite mettre en place une signalisation spécifique sur les routes, pour avertir les automobilistes : il s’agirait d’un panneau routier à installer d’octobre à mars, période de déplacements de l’animal. En 2018, donc, ce système devrait concerner un seul tronçon routier, considéré comme dangereux pour les lynx, en guise de test, avant une extension du système.

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Les photos de lynx présents sur cet article ont été réalisées par le talentueux Louis-Marie Préau, dont vous pouvez visiter le magnifique site internet. L’artiste, passionné de nature, travaille avec de nombreux médias (exemples : Terre sauvage, National Geographic, L’Oiseau Magazine…). Il a également illustré plusieurs livres, dont le très beau Vivre avec le lynx (fiche) aux éditions Hesse, avec plus de 50 photos, à 15 € :

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Désarmée et désarmante, Hermien, tu as gagné la bataille

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(à gauche, Hermien dans son nouvel abri)

Il y a 2 mois, Hermien, adorable limousine de 3 ans et demi, était amenée à la mort. Avec sa camarade Zus, elles réussissent à s’enfuir de l’abattoir et Hermien se cache en forêt. Rapidement, l’information circule et traverse les frontières. Une ample vague d’empathie et de solidarité naît chez les Néerlandais, qui demandent à cor et à cri à ce qu’Hermien soit épargnée et recueillie dans un lieu de repos. Pendant ce temps, Hermien reste planquée dans les bois…

L’affaire fait le tour de la toile. Le Parti pour les animaux des Pays-Bas lance une campagne de financement participatif, récoltant 50 000 euros pour offrir à Hermien une douce retraite dans un refuge. Même la famille royale a apporté son soutien à la douce créature : « nous devons sauver la vache Hermien », « achetons-la ensemble pour lui offrir la liberté ».

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Apeurée, se sentant traquée, Hermien refuse longtemps de se laisser approcher par les vétérinaires et les gens de la région. Elle restera ainsi 8 semaines dans les bois, ne quittant la forêt que la nuit, pour se nourrir près des habitations, dans les étables. Voici quelques images :

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Mais le dimanche 11 février, le vétérinaire parvient à la capturer. Hermien est artificiellement endormie et emmenée jusqu’au refuge De Leemweg, au nord des Pays-Bas, où elle a retrouvé sa compagne de cavale, Zus, et pu se faire de nouvelles camarades. Voici les images de son arrivée à bon port :

Le sanctuaire s’est ainsi exprimé : « Hermien, qui s’est battue pour sa vie, est enfin à la maison, après un chemin long, solitaire et stressant vers la liberté ».

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Ne l’oublions pas, les animaux ont une vie, et aiment la vie : ils aiment jouer, aiment construire leur habitat, aiment prendre soin de leurs petits, aiment vivre en famille, aiment faire des rencontres, aiment se promener dans la nature, aiment profiter de la caresse du soleil, aiment utiliser leurs talents, aiment faire des expériences, aiment apprendre. Ce sont des INDIVIDUS, et pas de simples représentants de leur espèce. L’exploitation dont ils sont victimes, parfois dans la violence, toujours dans l’inconfort, et toujours à des fins égoïstes et lucratives (élevages, cirques, delphinariums…), les rendent malheureux, et parfois fous (stéréotypies). Ils s’enfuient dès qu’ils le peuvent. Malheureusement, cela se termine parfois très mal. Dernier cas français médiatisé en date : en novembre 2017, la tigresse Mevy a été abattue avec un fusil à pompe en plein Paris par son propriétaire Eric Bormann, alors qu’elle avait eu le cran, malgré l’inconnu, malgré le stress, de fuir le cirque dont elle était prisonnière.

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Pour aller plus loin :

  • Eric Baratay est un historien spécialisé dans l’Histoire des animaux. Il fait un travail remarquable, nécessaire et bouleversant. Son intelligence tient à sa capacité à se mettre à la place des animaux et à raconter l’Histoire en empruntant leur « point de vue » : en décrivant leurs habitudes, leurs inquiétudes, leur détresse et leurs drames, intimement liés à ceux des humains. Il a écrit plusieurs bouquins, dont Bêtes des tranchées, des vécus oubliés en 2013 et Biographies animales en 2017

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  • On compte 3 millions d’animaux tués chaque jour en France, et 160 millions dans le monde (sans compter les 3 milliards de poissons…). Fermons les abattoirs est un événement important. Il s’agit d’une marche internationale (dans de nombreux pays, plus nombreux chaque année) qui a lieu tous les ans. Cette année, elle aura lieu le samedi 9 juin.

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Cinquante nuances de bleu

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(calliste septicolore ou Tangara chilensis)

Grâce à internet, en quelques clics, on peut découvrir des centaines d’oiseaux magnifiques vivant aux quatre coins de la planète.

Les oiseaux au plumage bleu sont nombreux. Le portail ornithologique Oiseaux.net répertorie plus de 3000 oiseaux, dont des centaines avec un plumage en partie bleu.

Ce qu’il faut savoir : les pigments bleus n’existent pas chez les oiseaux. Les magnifiques camaïeux de bleu que l’on peut admirer dans l’avifaune sont en réalité des « couleurs structurales ». Ces « couleurs structurales » sont produites par l’interaction d’une onde lumineuse avec la structure de chaque plume. La lumière est alors ré-émise dans toutes les directions, produisant le résultat qui ravit ainsi notre regard. J’ai appris ça dans le numéro 7 de l’excellente revue d’histoire naturelle Espèces. Merci Espèces 🙂

On connaît tous quelques jolis oiseaux bleus : le martin-pêcheur d’Europe (dos bleu et gorge orange), le paon (spectaculaire plumage bleu métallique ), le geai bleu (présent en Amérique) ou encore le ara hyacinthe (plumage bleu nuit)… Et quand on commence à fouiller sur internet (sur Oiseaux.net ou encore sur Pinterest, ma banque d’images préférée !), on découvre des dizaines d’autres créatures au plumage bleu, d’une beauté à couper le souffle ! Pour cet article, il a fallu que je me limite, voici donc 10 coups de cœur…

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Le rollier d’Europe (Coracias garrulus)

On peut observer cet oiseau en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie. Il ne fabrique pas de nid mais utilise les cavités naturelles ou creuse un trou. La femelle et le mâle se ressemblent (pas de dimorphisme sexuel). En France, il niche uniquement des Pyrénées-Orientales au Var, principalement dans l’Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. Il est magnifique !

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Le martin-chasseur à dos blanc (Todiramphus albonotatus)

Ce martin-chasseur fait moins de 20 cm et pèse environ 30 grammes. Il vit uniquement en Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nouvelle-Bretagne (Océanie). N’est-il pas trop mignon ? 🙂 Il existe de nombreux martins-chasseurs dont le plumage est en bonne partie bleu. Exemples : le martin-chasseur du Sénégal ou le martin-chasseur à longs brins.

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Le choucador pourpré (Lamprotornis purpureus)

Cet oiseau, de la taille d’un choucas, vit en groupe (parfois plusieurs centaines d’oiseaux réunis), ce qui lui permet de mieux se défendre contre les hiboux et les rapaces. On le rencontre uniquement en Afrique noire. Il est somptueux…

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Le Paradisier bleu (Paradisaea rudolphi)

Pour séduire les femelles, le paradisier bleu a une technique élaborée : il se suspend la tête en bas, étale les plumes de ses flancs en gardant les ailes fermées, puis secoue la tête, chante et agite son plumage. Cette belle créature fait partie des 39 oiseaux de paradis (Paradisaeidae) répertoriés en Nouvelle-Guinée. J’ai déjà eu l’occasion de parler de ces oiseaux incroyables dans un article écrit en décembre dernier, ici.

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Le Mérion couronné (Malurus coronatus)

Quel ravissant petit oiseau ! 🙂 Ce passereau de 16 cm et 10 grammes a une queue bleue et un capuchon violet. Sa femelle, comme souvent chez les oiseaux, a un plumage plus discret (tête grise). Il vit uniquement en Australie.

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La Sittelle bleue (Sitta azurea)

Il existe de nombreuses espèces de sittelles et on les reconnaît à leur silhouette spécifique (voici par exemple la sittelle torchepot et la sittelle des Philippines). Les sittelles sont des passereaux grimpeurs, qui se déplacent aisément à la verticale sur les troncs d’arbres. La sittelle bleue vit en Asie du Sud-Est, au dessus de 900 m d’altitude. Un petit bijou !

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Le coua huppé (Coua cristata)

Avec sa queue bleu violacée, sa petite huppe et son contour de l’œil bariolé, le coua huppé, endémique de l’île de Madagascar, a vraiment très belle allure 🙂

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La brève de Steere (Pitta steerii)

Qu’est-ce qu’il est mignon ! Cet oiseau à la poitrine et aux flancs bleu azur vit dans les forêts tropicales de quelques îles des Philippines. Il cherche sa nourriture au sol principalement, mais on le trouve aussi dans les hauteurs des arbres.

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Le fou à pieds bleus (Sula nebouxii)

Je pouvais difficilement terminer cet article sans faire un léger hors sujet, en évoquant bien sûr le fou à pieds bleus ! On peut observer cet oiseau marin en Amérique et en particulier sur les îles Galapagos (plus de la moitié de sa population s’y trouve). Il se nourrit en plongeant à grande vitesse dans la mer (d’où l’appellation de « fou »).

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Pour aller plus loin :

  • voici d’autres oiseaux superbes : ici
  • le site internet Maxisciences nous explique de façon limpide pourquoi certains oiseaux sont bleus
  • l’excellente revue Espèces a un site internet et une page Facebook
  • j’aurais également pu vous parler du guit guit émeraude (Clorophanes spiza), du touraco géant (Corythaeola cristata) ou du guit guit saï (Cyanerpes cyaneus), vous trouverez de nombreux oiseaux bleus sur Oiseaux.net et Pinterest !