Un grand bol de nature en Auvergne !

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(panorama de la chaîne des volcans d’Auvergne, depuis le puy de Dôme)

Rien de tel qu’un séjour en Auvergne pour admirer les merveilles de la nature, prendre un grand bol d’air et décompresser complètement 🙂

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Le puy de Pariou, joli petit nombril de la chaîne des volcans

Le 2 juillet 2018, les Auvergnats apprenaient avec joie que les volcans d’Auvergne faisaient leur entrée officielle au patrimoine mondial de l’Unesco. En effet, si l’Unesco a d’abord rechigné à leur attribuer ce statut très exigeant – en raison des activités humaines effectives sur cette zone habitée, pâturée et cultivée -, l’argument géologique a finalement pris le dessus.

Mon coup de cœur ? Le puy de Pariou, un volcan de type strombolien de 200 mètres de diamètre et de 90 mètres de profondeur. Il me fait penser à un joli petit nombril qui ponctuerait la ligne sensuelle des volcans… Non seulement les randonneurs peuvent en faire le tour, mais un sentier a également été tracé pour rejoindre le cœur du puy. Et pour en avoir fait l’expérience, je peux vous dire que descendre au fond du Pariou est profondément apaisant : une fois en bas, le temps s’arrête, vous vous sentez délestée et légère, un immense sentiment d’harmonie intérieure et de beauté vous envahit…

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Une région à papillons

On croise de nombreux papillons en Auvergne, tels que le machaon, le vulcain, le tabac d’Espagne, les azurés ou encore les argus. Mais ce fut aussi pour moi l’occasion de découvrir quelques espèces, comme la zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae) et l’apollon (Parnassius apollo), un grand lépidoptère absolument ravissant (photos dénichées sur internet) :

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Art roman auvergnat

Si l’on connaît surtout l’Auvergne pour ses volcans, ses lacs et ses forêts, la région offre aussi l’occasion de visiter de magnifiques églises romanes. Ma préférée : la basilique Notre-Dame-du-Port, nichée dans un quartier populaire de Clermont-Ferrand. Un belvédère situé en face permet d’en admirer le chevet et les multiples chapelles.

Quelle beauté !

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L’âne à la lyre

Les chapiteaux historiés (qui racontent une histoire) sont nombreux dans les églises romanes. L’âne à la lyre est une scénette caractéristique du bestiaire roman. Elle représente un âne incapable de pincer les cordes d’un instrument de musique, puisque pourvu de sabots. Cette image très répandue proviendrait d’une fable de Phèdre dans laquelle l’âne musicien représente l’homme trivial qui pense pouvoir apprendre alors qu’il n’en a pas les moyens spirituels. Ci-dessous, l’âne à la lyre que l’on peut admirer dans l’église romane de Saint-Nectaire :

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Voici ce qu’écrit Michel Pastoureau à propos de l’âne dans la religion, dans son ouvrage Les Animaux célèbres :

Pour les Pères de l’Eglise, l’âne est symbole d’ignorance, de stupidité, d’entêtement, de paresse, et surtout de lubricité. Ils en font l’image de l’homme incapable de s’élever au monde spirituel, esclave de ses appétits charnels et de ses instincts primaires.

Un bien vilain procès fait aux ânes, donc !

Mais Michel Pastoureau rappelle ensuite que l’âne peut également être pris en bonne part et revêtir des connotations très positives dans la religion (humilité, labeur, obéissance, persévérance), comme par exemple dans l’épisode de la fuite en Egypte (un âne transporte Marie et Jésus) ou celui de la Nativité (l’âne et le bœuf, aux premières loges, sont deux animaux bienveillants).

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Une curiosité architecturale : les peddes

Un passage couvert qui relie deux maisons en enjambant une rue : voilà une charmante curiosité architecturale que, depuis des années, je ne savais pas comment nommer ! En Auvergne, cette construction a son petit nom bien à elle : il s’agit d’une pedde. A Thiers, cité médiévale, on peut en observer trois : la pedde du Coin des Hasards (4 étages tout de même !), celle du Penail et la pedde Saint-Genès. On trouve également quelques peddes dans le centre médiéval de Billom, comme dans cette très vieille rue :

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La vallée de Chaudefour, un magnifique écrin pour la biodiversité

La vallée de Chaudefour, classée Réserve Naturelle depuis 1991, abrite 426 espèces de plantes herbacées ou ligneuses, 90 espèces d’oiseaux et 39 espèces de mammifères.

J’ai découvert cette vallée grâce à une randonnée organisée par Eric Vallé, conservateur de la Réserve, incollable sur la biodiversité et la géologie des lieux. Cette longue balade de 10 heures, tantôt sportive, tantôt contemplative, nous a permis de découvrir les nombreuses facettes de Chaudefour : falaises, ruisseaux, cascades, plateaux, forêts, tourbières… Nous avons observé des chamois et des mouflons, ramassé des groseilles et des myrtilles, découvert les vertus de nombreuses plantes, bu à la source une eau naturellement gazeuse, exploré une tourbière !

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La silhouette arquée des hêtres de la vallée de Chaudefour témoigne des grandes quantités de neige amenées par-dessus la montagne par le vent :

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Les tourbières de Chaudefour

L’Auvergne fait partie des régions françaises riches en tourbières. Grâce à Eric Vallé (voir plus haut), nous avons eu la chance d’en explorer une. Les tourbières sont des lieux fragiles et souvent interdits d’accès, par souci de préservation de la biodiversité. Arpenter une tourbière, de surcroît avec un connaisseur, est donc un moment rare et privilégié. Une expérience tout à fait extraordinaire !

Une tourbière est une zone humide dont le sol, composé de débris végétaux en lente décomposition, s’épaissit au fil des siècles et des millénaires. Elle est couverte d’une sphaigne gorgée d’eau. Les tourbières sont de véritables viviers où l’on peut observer de nombreuses espèces animales et végétales. Chaque mètre carré y grouille de vie ! Nous avons ainsi observé des grenouilles, des papillons, des criquets, des lézards, des araignées, des plantes carnivores et de nombreuses fleurs. Je n’ai pas tout photographié, mais voici tout de même quelques exemples :

La linaigrette, qui pousse à profusion dans les tourbières, est ornée d’un délicat pinceau plus doux que le coton…

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A quelques centimètres du sol, voici la chenille du petit paon de nuit (Saturnia pavonia), arborant une robe verte à verrues jaunes cernées de noir.

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Autre bijou de la tourbière que nous avons explorée vendredi, l’élégante parnassie des marais (Parnassia palustris), qui côtoie plusieurs plantes carnivores, dont les droséras…

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Les criquets, extrêmement nombreux, semblent parfois se camoufler dans le paysage. Celui-ci, habillé de vert et de brun, a visiblement trouvé la bonne cachette grâce à une plante qui présente exactement le même duo de couleurs que lui.

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L’Auvergne vue par les artistes et les poètes 

Je ne pouvais pas terminer cet article sans parler du plus beau tableau du musée de peinture de Murol 🙂

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(Groire à la tombée de la nuit, Léon Boudal)

On ne parle pas beaucoup de l’école de peinture de Murol, qui a pourtant réuni une cinquantaine d’artistes très inspirés par les paysages d’hiver auvergnats, entre 1910 et 1930. Léon Boudal (1858-1934), abbé mais aussi peintre autodidacte, en était le chef de file. Sur ce tableau, il a représenté Groire, un hameau situé à proximité de Murol. Le polonais Wladimir de Terlikowski a également réalisé de très belles peintures d’hiver au sein de cette école de peinture.

Cet émouvant tableau fait pour moi écho à ce que le journaliste et écrivain Alexandre Vialatte, amoureux de l’Auvergne, a écrit de cette région :

L’Auvergne est un meuble pauvre que la France a relégué longtemps dans sa mansarde. Elle s’y est imprégnée d’une odeur de grenier, de vieux temps, de rêve, de bois de sapin. Elle sent la bure et la fumée. C’est un secret plutôt qu’une province. Elle vous tourmente toujours d’un songe.

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Pour aller plus loin :

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Antarctique : to krill or not to krill

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(gros plan d’un krill, photo de Paul Nicklen)

Quand on tape « krill » sur internet, les moteurs de recherche nous proposent en premier lieu des sites commerciaux : vente, en gros ou en détail, d’huile de krill, de compléments alimentaires à base de krill ou encore de nourriture pour poissons d’ornement. Pourtant, bien avant d’être une source d’antioxydants ou d’oméga 3 en vogue chez les Européens et les Américains argentés, le krill (krill antarctique ou Euphausia superba) est une petite bête absolument essentielle à son environnement : elle est la base de toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique !

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La base de la chaîne alimentaire en Antarctique

Le krill est un petit crustacé qui ressemble à une crevette. Les krills consomment du phytoplancton et se déplacent en essaims immenses. Toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique dépend du krill : les baleines, les phoques, les manchots, les otaries, les poissons et les oiseaux (albatros, pétrels…). Les scientifiques considèrent que du point de vue de la biomasse, le krill pèse entre 125 et 725 millions de tonnes.

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(léopard de mer, photo de Paul Nicklen)

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Le krill en danger

Depuis plusieurs décennies, le krill est en danger. Qu’est-ce qui le menace ? En premier lieu, le réchauffement climatique. En effet, celui-ci entraîne une diminution de l’aliment principal du krill : le phytoplancton. En outre, le krill, dans les premiers stades de son évolution, a besoin de la banquise pour survivre, or cette dernière se réduit comme peau de chagrin à cause du réchauffement climatique.

Deuxième menace pour le krill : le déclin des réserves de poisson lié à la surpêche. En effet, pour compenser le manque de poissons, la pêche internationale pratique de plus en plus la pêche au krill. 100 000 tonnes de krill sont pêchés chaque année.

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(manchot papou qui jette un oeil sous l’eau, photo de Paul Nicklen)

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Actions, victoires et projets de Greenpeace

En mars 2018, après 3 mois d’expédition, l’ONG Greenpeace a établi un rapport qui démontre que la pêche au krill en Antarctique, en plus de faire directement concurrence aux animaux qui en consomment, les dérange sur leurs lieux de vie et s’avère potentiellement très polluante.

Début juillet 2018, grâce à de fervents défenseurs de l’Antarctique comme Greenpeace, plusieurs industriels de la pêche au krill, et pas des moindres (ils représentent 85 % de la pêche au krill en Antarctique) se sont engagés à ne plus pêcher sur de larges zones sensibles du continent austral. Une belle victoire pour l’écosystème de l’Antarctique !

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(essaim de krills, photo de Paul Nicklen)

Défendre le krill est évidemment pour Greenpeace un moyen parmi d’autres de protéger le dernier lieu encore à peu près préservé de notre planète. L’idée : limiter au maximum toute exploitation commerciale, ralentir la colonisation humaine. L’ONG met d’ailleurs en ce moment tout en oeuvre pour qu’une deuxième Aire Marine Protégée (après celle de la mer de Ross, 1,55 million de km2 de superficie, effective depuis 2017) soit créée en 2018 : celle de la mer de Weddell, qui deviendrait ainsi le plus grand sanctuaire marin du monde avec 1,8 million de km2 de superficie.

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(carte publiée par la revue L’Éléphant en février 2018)

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Pour aller plus loin :

  • la pétition de Greenpeace pour la création du sanctuaire marin de Wedell est toujours ouverte aux signatures, n’hésitez pas à y mettre votre grain de sel 🙂
  • Hélène Bourges, responsable du pôle Océan chez Greenpeace, a donné une interview à France Inter sur le projet de statut d’Aire Marine Protégée pour la mer de Weddell
  • toutes les photos de cet article ont été prises en Antarctique par Paul Nicklen, biologiste et photographe passionné par les pôles (voilà son site internet). Il a notamment publié un magnifique ouvrage intitulé Sublimes Pôles, aux éditions du National Geographic, dans lequel il décrit, avec des photos et quelques textes, le lien très particulier qui l’unit à la vie sauvage de l’Arctique (où il a grandi) et de l’Antarctique :

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Qi Baishi, pour l’amour des fleurs et des oiseaux

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(peinture sur éventail, représentant une sauterelle et une renouée en fleurs)

Qi Baishi (1864-1957) est considéré comme l’un des grands maîtres de la peinture chinoise du début du 20e siècle. Il fait dorénavant partie des artistes les plus cotés du monde, à l’instar de son contemporain Zhang Daqian (1899-1983).

Aîné de sa fratrie mais également enfant à la santé fragile, Qi Baishi a été profondément aimé par ses parents et grands-parents. D’origine paysanne, issu d’une famille pauvre, il restera toute sa vie très attaché à ses racines et à sa région natale.

Tout petit, il prend déjà un plaisir fou à reproduire sur papier ce qui l’entoure : il se passionne pour le dessin. A l’adolescence, pour subvenir aux besoins de sa famille, il apprend et pratique plusieurs métiers : charpentier, menuisier, puis graveur de sceaux et peu à peu, peintre. A 20 ans, il découvre avec ivresse le fameux Traité de peinture du jardin grand comme un grain de moutarde (une méthode encyclopédique d’apprentissage de la peinture), une révélation dont il dira plus tard :

Tomber sur ce traité de peinture, c’était comme trouver par hasard un trésor, j’avais envie de l’étudier à fond, de le copier et le recopier des dizaines de fois.

C’est ainsi qu’il devient progressivement peintre. Mais ce n’est qu’à partir de l’âge de 40 ans qu’il va se spécialiser dans la représentation des fleurs, oiseaux, insectes. En outre, Qi Baishi deviendra célèbre sur le tard.

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(l’univers studieux et apaisant de Qi Baishi)

Amoureux de la nature et foncièrement épris de solitude, Qi Baishi s’attribue plusieurs surnoms qui décrivent sa personnalité, parmi lesquels : Ermite du bois (parce qu’il a appris à travailler le bois), Vieil Habitant de la vallée des abricots, Vieille Lentille d’eau ou encore Vieillard qui profite de la montagne…

Son intérêt pour les beautés de la faune et de la flore le conduira à peindre de nombreuses espèces végétales (chrysanthème, magnolia, lotus, volubilis, bégonia, palmier, saule, glycine…), beaucoup de fruits et de légumes (courge, piment, chou, aubergine, prune, grenade, pêche, litchi…) mais également de nombreux animaux. Il se passionne pour l’observation des oiseaux (martin-pêcheur, moineau, hirondelle, aigle, poussin, canard…), des insectes (guêpe, abeille, libellule, vers à soie, papillon, cigale, mante, criquet, sauterelle, punaise…) et prend d’une façon générale beaucoup de plaisir à représenter le règne animal (araignée, crevette, crabe, poisson, grenouille, têtard, buffle, tortue, écureuil…). Voici un buffle sous un saule :

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Esthète et contemplatif

Au cours de sa vie, Qi Baishi a beaucoup voyagé et déménagé. C’est ce qui explique l’un de ses surnoms, Vieille Lentille d’eau : la lentille d’eau n’étant pas arrimée, elle vit au gré du courant.

La manière dont il décrit l’une de ses habitations souligne son tempérament contemplatif :

Autour du temple Meigong, en plus des pruniers, il y avait beaucoup d’hibiscus et quand les fleurs étaient écloses, on aurait dit que l’on avait déployé une immense pièce de brocart brodé, c’était magnifique. A l’intérieur du temple, il y avait un espace laissé vide, où j’aménageai un cabinet de travail que j’appelai « Logis poétique emprunté à la montagne ». Devant cette pièce, à l’arrière de l’habitation, je plantai plusieurs bananiers. En été, ils étendaient leur ombre verte rafraîchissante ; en automne, par les nuits pluvieuses et venteuses, le bruissement de l’eau sur leurs feuilles était particulièrement propice à la composition de poèmes.

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Des œuvres variées

Qi Baishi a beaucoup peint les détails de la nature, mais également réalisé des portraits et de somptueux paysages. Voici à gauche une feuille de lotus et à droite, une humble embarcation naviguant entre d’immenses rochers :

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Observateur de la nature

En esthète, Qi Baishi percevait la beauté dans chaque fruit, chaque légume. Voici comment est né son intérêt pour les litchis :

Quand nous retournâmes à Qinzhou, c’était la saison des litchis. Les arbres dans les champs que j’apercevais de la route portaient abondance de fruits, c’était très beau. A partir de ce jour-là, je me mis à peindre des litchis. Une fois, quelqu’un vint m’apporter tout un chargement de litchis que j’échangeai contre une peinture, c’était un troc élégant.

Ici, Qi Baishi décrit le moment qui lui a donné envie de peindre des volubilis  :

Mei Lanfang était très affable, extrêmement poli, et d’une rare élégance. A l’époque il habitait à Beilucaoyuan, dans le quartier de Qianmenwai, son cabinet de travail s’appelait le « Pavillon aux jades rassemblés » et était arrangé avec beaucoup de goût. Il cultivait beaucoup de fleurs et de plantes chez lui ; des volubilis par exemple, il en avait une centaine de variétés différentes dont certaines avaient des fleurs de la taille d’un bol, je n’avais jamais vu cela. A partir de ce moment-là, je me mis à peindre des volubilis et des liserons.

(ci-dessous, peinture représentant une cigale et un feuillage d’automne)

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Pour aller plus loin :

  • à Xiangtan, à proximité de son village natal, un musée mémorial est consacré à Qi Baishi
  • Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages est un magnifique ouvrage paru aux éditions Picquier : il comprend plus de 100 peintures, mais aussi le récit autobiographique de l’artiste (qui s’était confié à son élève Zhang Cixi quelques années avant sa mort)
  • la librairie parisienne Le Phénix (72, bd de Sébastopol, 75003), spécialiste de l’Asie, propose de nombreux livres sur la Chine, la Corée, le Japon, la Mongolie ou encore le Tibet, avec un rayon de bouquins sur les beaux-arts asiatiques !

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Inspiration japonaise : les vases muraux

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(au Japon, un morceau de bambou fait naturellement office de vase)

J’ai découvert le vase mural il y a quelques années, en m’intéressant au Japon. J’aime toujours autant le concept… !

Ikebana, kesako ?

Les Japonais, un des peuples les plus raffinés qui soient, ont élevé la composition florale au rang de discipline artistique. En japonais, composition florale se dit ikebana, ce qui signifie « mettre dans l’eau des fleurs vivantes ». Autrement dit : elles sont vivantes, on en prend soin.

L’occidentale Gusty Luise Herrigel a eu l’honneur, durant les années 1920, de suivre les cours particuliers d’ikebana du maître Bokuyo Takeda. Elle raconte son expérience (très rare à l’époque pour une occidentale) dans l’ouvrage La Voie des fleurs, le zen dans l’art japonais des compositions florales (paru aux éditions Dervy). Parmi les comportements à adopter pour bien arranger les fleurs, il faut par exemple : faire silence, se vider la tête, traiter les fleurs avec tendresse, ou encore « ne demander à une fleur que ce qui est conforme à sa nature »…

Ci-dessous, un poème végétal aux couleurs d’automne à gauche et ce qui semble être un camélia (fleur d’hiver) à droite.

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Le vase mural

Le vase mural n’est qu’un type de présentation parmi d’autres. Dans la discipline de l’ikebana, on distingue trois techniques : le seikwa (avec l’idée de plantes coupées), le nageire (mode de composition libre) et le moribana (composition sous la forme d’un paysage). Le vase mural est surtout choisi pour les compositions nageire.

En outre, comme l’explique Gusty Luise Herrigel, « les plantes sarmenteuses, munies de vrilles, ou celles qui poussent naturellement penchées s’accommodent mieux des vases suspendus ou accrochés ». Encore une fois, celui qui compose le bouquet s’adapte aux végétaux qu’il a sélectionnés, pour respecter leur personnalité et mettre en valeur leur charme naturel.

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La chambre de thé

La cérémonie du thé, un rituel particulièrement codifié, offre toujours une place aux fleurs. La technique nageire (composition libre) est celle utilisée dans la chambre de thé et en général, elle est pratiquée avec un vase accroché (vase mural). Voici ce qu’écrivait Gusty Luise Herrigel à propos des fleurs choisies pour la cérémonie du thé :

Pour être associée au culte du thé et correspondre à son esprit, la plante choisie pour la Chambre de thé ne peut qu’y être présentée de la façon la plus naturelle. Souvent on n’y voit pas autre chose qu’un petit rameau soigneusement choisi, ou une fleur unique entourée de quelques feuilles vertes. Le récipient qui lui est destiné est lui-même sans prétention : un simple morceau de bambou, une calebasse, une écorce d’arbre. Il est accroché à l’un des piliers de bois précieux de la petite Chambre de thé, d’où la fleur se penche de l’air le plus naturel. Ce mode de suspension convient tout particulièrement aux plantes à liane, aux fleurs de prairie et aux végétaux sauvages.

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Alcôve japonaise 

Dans les maisons japonaises, on trouve souvent un tokonoma. Il s’agit d’une alcôve, d’un espace sacré, dans lequel dialoguent une oeuvre sur rouleau (peinture ou calligraphie) et une composition végétale fraîchement réalisée (légumes – les Japonais vénèrent également les légumes -, branchage ou fleurs). Là aussi, le récipient utilisé est souvent un vase accroché. Voici un tokonama photographié par Stéphane Barbery, passionné de culture japonaise :

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Pour aller plus loin :

  • Stéphane Barbery, artiste polyvalent passionné de culture nippone (photo ci-dessus), se présente avant tout comme quelqu’un « qui apprend ». Il a un site internet et un compte Flickr sur lequel on peut admirer 20 000 de ses photos prises au Japon
  • la boutique parisienne Kimonoya vend un beau choix de paniers tressés pour compositions murales variées. On y trouve parfois aussi des vases muraux en céramique (selon arrivage). Tout est fait à la main, tout est de qualité. Ne pas se fier à leur site internet, qui ne donne pas une véritable idée de la beauté et de la richesse de ce magasin exceptionnel, situé au 11, rue du Pont Louis-Philippe.

 

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La philosophie du bernard-l’ermite

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(un bernard-l’ermite qui prend la pose)

Le bernard-l’ermite (ou bernard-l’hermite), également appelé pagure, est un des animaux les plus croquignolets qui soient 🙂 Du fait de son abdomen mou (sa carapace ne couvre que sa tête et son thorax), ce touchant crustacé est contraint, dès les premiers moments de sa vie, de se dégoter une coquille vide (de gastéropode de mer) adaptée à sa taille pour protéger son corps et ainsi limiter les attaques de prédateurs.

On référence environ 500 espèces de bernard-l’ermite à travers le monde, qui présentent des tailles et des couleurs variées. L’animal mesure entre 2 et 10 cm en moyenne. Il ressemble vaguement à un petit homard :

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Le bernard-l’ermite, au fil de sa croissance, change régulièrement d’abri pour une coquille toujours plus grande. Mais avec les déchets humains qui traînent sur les plages et en mer (j’ai écrit un article intitulé Animaux marins : le plastique, c’est diabolique il y a quelques semaines), on voit de plus en plus de pagures aux déconcertantes allures de « clochards » : certains élisent en effet domicile dans des bouchons de tubes de dentifrice (pour les plus petits) ou de détergents ménagers…

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La belle et la bête

Le bernard-l’ermite vit souvent en symbiose avec l’anémone de mer. J’ai appris ça en Bretagne. J’avais 20 ans mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai été bouleversée par cette découverte, un peu comme si on venait de me conter une version attestée, véridique, scientifique, de La Belle et la Bête.

La symbiose est un partenariat (entre deux organismes vivants) qui profite aux deux parties (à ne pas confondre avec le commensalisme : association qui ne bénéficie qu’à l’un des équipiers, sans pour autant nuire à l’autre). C’est par exemple le cas de l’espèce Dardanus pedunculatus, un bernard-l’ermite qui s’acoquine avec l’anémone Calliactis parasitica. On le voit même parfois se promener avec plusieurs anémones sur la coquille !

Le but de cette symbiose ? Tandis que le crustacé est protégé de certains prédateurs grâce aux tentacules urticants de l’anémone, cette dernière profite des restes de repas de son acolyte.

Fait surprenant mais somme toute assez logique : quand il change de coquille, l’invertébré emporte son ou ses anémones dans le déménagement : il les décroche de l’ancienne coquille pour les amarrer à son nouvel abri 🙂

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(un bernard-l’ermite et son anémone attitrée)

Toutes les coquilles sont bonnes à prendre, pourvu qu’elles présentent des dimensions adaptées et qu’elles ne soient pas trouées :

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Troc de coquilles !

Pas toujours facile de trouver coquille à son pied…

En bord de mer, avec de la chance, on peut assister à un phénomène stupéfiant : le troc collectif de coquilles ! Les pagures se rassemblent et se promènent en bande, à la recherche d’une plus grande coquille pour le plus gros d’entre eux. Quand la troupe a déniché la coquille parfaite pour le bernard-l’ermite le plus costaud, les compagnons entament un troc bien rodé : ils se mettent en file indienne, du plus grand au plus petit, et s’échangent ainsi leurs coquilles de façon rapide et efficace. Le plus gros pagure se débarrasse de son ancien abri (pour enfiler sa nouvelle armure), ce qui permet au suivant de le récupérer, et ainsi de suite. Résultat : ils retrouvent tous un nouvel abri à leurs dimensions, jusqu’au plus petit. Il faut le voir pour le croire ! Je vous propose donc une petite vidéo instructive à ce sujet :

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Le bernard-l’ermite inspire les artistes et les poètes 

  • Ode à un bernard-l’ermite, de Lucien d’Azay, est paru aux éditions Les Belles lettres Tibi en août 2015 ; un lecteur en parle en termes très favorables sur le site de Babelio
  • un passionné d’origami très prolifique, prénommé Mathieu, nous invite à découvrir sur son site internet deux jolis modèles de bernard-l’ermite en papier
  • l’artiste japonaise Aki Inomata a fabriqué, grâce au procédé de l’imprimante 3D, de superbes coquilles en plastique à destination des bernard-l’ermite. Chacune des œuvres réalisées représente un lieu célèbre (voir ci-dessous) : New York, Santorin, Honfleur… Sa démarche, très poétique, interroge néanmoins sur l’éthique d’un tel procédé : a-t-on le droit d’arracher à leur milieu naturel des animaux pour les enfermer en aquarium dans un but artistique ? En outre, symboliquement, est-il encore raisonnable en 2018 de valoriser le plastique quand on aborde le thème de la faune sauvage et de la biodiversité ? Tout cela mérite évidemment réflexion…

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Fabuleux coléoptères

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(cours de sciences naturelles ou cours de nutrition ? illustration Edward Sorel pour The New Yorker, 2000)

N’avons-nous pas tous été fascinés, enfants, par la beauté étrange et chatoyante des insectes ? Ces petits animaux, qu’on trouve à peu près partout sauf en mer (forêts équatoriales, eaux douces, déserts, tourbières, littoral marin, régions froides…), nous ouvrent les portes d’un monde onirique.

L’univers des insectes comprend de nombreuses familles, parmi lesquelles les libellules, les sauterelles, les papillons, les fourmis ou encore… les coléoptères. Concentrons-nous aujourd’hui sur cette dernière catégorie. Tous les coléoptères ont ceci en commun que leur corps est protégé par une sorte d’armure : deux ailes antérieures, solides, qu’on appelle élytres, et qui couvrent les ailes postérieures (celles, beaucoup plus fragiles, qui permettent en général à l’animal de voler). On compte 400 000 coléoptères identifiés sur la planète, dont 10 000 observables en France. De la coccinelle à l’impressionnant lucane cerf-volant, en passant par l’élégante cicindèle et la luciole qui s’allume les soirs d’été, la variété des coléoptères présents sur le territoire français est très riche 🙂

Voici quelques-uns des coléoptères qui ont enchanté mon enfance (Ardèche) :

Le carabe espagnol (Carabus hispanus)

Le carabe espagnol, qui fait 3 ou 4 cm de long, a une splendide livrée métallique et colorée. Il vit principalement dans les forêts de châtaigniers, hêtres, chênes. Il hiverne dans les souches et les talus. Ses splendides couleurs ne lui permettent pas de passer inaperçu et font de ce petit bijou sur pattes la proie des oiseaux. Ce qui explique sûrement que dans mes souvenirs d’enfance, le carabe espagnol court très vite et se planque dès qu’il le peut ! Peut-être attend-il la tombée du jour pour se déplacer en toute quiétude ?

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(photo Daniel Rydzi)

Les cétoines 

Plusieurs cétoines se ressemblent beaucoup : la grande cétoine verte (Protaetia aeruginosa), la célèbre cétoine dorée (Cetonia aurata) qui a élu domicile dans le cœur des roses, ou encore la cétoine cuivrée (Protaetia cuprea). L’entomologiste et poète Jean-Henri Fabre a beaucoup écrit sur les cétoines. Voici un court extrait des pages qu’il a consacrées à cette ravissante petite bête dans ses Souvenirs entomologiques :

Qui ne l’a vue, pareille à une grosse émeraude couchée au sein d’une rose, dont elle relève le tendre incarnat par la richesse de sa joaillerie ? En ce lit voluptueux d’étamines et de pétales, elle s’incruste, immobile ; elle y passe la nuit, elle y passe le jour, enivrée de senteur capiteuse et grisée de nectar. Il faut l’aiguillon d’un âpre soleil pour la tirer de sa béatitude et la faire envoler d’un essor bourdonnant.

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(la cétoine dorée présente de discrètes marbrures blanches)

Le gyrin

Le gyrin est un tout petit coléoptère des eaux douces (0,5 à 0,7 cm). Le gyrin nageur (Gyrinus natator) et le gyrin commun (Gyrinus substriatus) se ressemblent beaucoup, on ne peut pas les distinguer l’un de l’autre à l’œil nu.

Avec les libellules, les gerris (qu’on appelle parfois « araignées d’eau ») ou encore les notonectes, le gyrin fait partie du petit peuple des rivières. Les gyrins se regroupent à la surface de l’eau pour élaborer une mystérieuse danse collective, très vive, au cours de laquelle ils chassent leurs proies sans jamais se cogner les uns aux autres. Leur livrée métallique luit intensément sous le soleil. Chacun des deux yeux du gyrin est divisé en deux parties : une partie qui surveille les prédateurs (sous l’eau) et l’autre concentrée sur les proies à capturer (à la surface).

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(photo Kheper06)

Et voici quelques-uns des coléoptères que je rêve d’observer un jour (France) :

La rosalie des Alpes (Rosalia alpina)

Cette créature sublime semble tout droit sortie d’un rêve très audacieux. Elle mesure jusqu’à 4 cm et exhibe d’impressionnantes antennes ponctuées de touffes de poils noirs. Chez le mâle, les antennes sont plus longues que le corps. La rosalie des Alpes se promène principalement sur les troncs de hêtre et de frêne, parfois aussi d’aulne, de peuplier et de saule.

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Le rhinocéros (Oryctes nasicornis)

Ce coléoptère arbore une élégante cuirasse acajou et surtout, une corne qui lui donne très belle allure. Seul le mâle possède cet attribut, qui lui permet d’impressionner et de combattre ses concurrents avant l’accouplement. Cet insecte, qui mesure jusqu’à 4 cm de long, est le plus connu des dynastes européens. Le rhinocéros aimait autrefois passer du temps dans les tas de composts (où l’on trouvait également ses larves), mais l’utilisation généralisée des engrais chimiques l’a poussé à déserter ce type d’endroits.

Oryctes nasicornis - julien arbez

(photo Julien Arbez)

L’hoplie bleue (Hoplia coerulea)

L’hoplie bleue, considérée comme un des plus beaux scarabées européens, mesure plus ou moins 1 cm. On peut l’observer dans le Midi de la France, en particulier dans les prés à proximité des cours d’eau. Elle se nourrit principalement de pollen et de pétales. La couleur bleu azur métallisé qu’on peut observer sur cette photo est réservée au mâle, tandis que la femelle, plus discrète, possède une livrée brunâtre. L’hoplie bleue fait évidemment le bonheur des photographes, mais inspire également les recherches en biomimétisme.

christian pourre - hoplie bleue

(photo Christian Pourre)

Pour aller plus loin :

Il existe de nombreux livres formidables sur les insectes et les coléoptères, dans des registres très variés. Quelques exemples :

  • l’ouvrage Musée vivant des insectes, aux éditions De La Martinière Jeunesse, est également un régal pour les adultes. Il a obtenu, à juste titre, le Prix de la Salamandre Junior 2018…
  • Surprenants insectes, aux éditions Glénat, est un petit livre carré qui fait la part belle aux photos…
  • le guide Coléoptères du monde, aux éditions Delachaux et Niestlé, est une référence pour les amoureux d’insectes
  • il en est de même pour le guide Coléoptères d’Europe, toujours chez Delachaux et Niestlé

Je termine cet article avec un exemple du travail de l’artiste Kate Kato, passionnée de faune et de flore, qui réalise des cabinets de curiosité sans cruauté (tout est en papier) :

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Animaux cryptiques : camouflage et mimétisme

saandip nandagudi

(papillon-feuille morte ou Kalima inachus, photo de Saandip Nandagudi)

Camouflage, mimétisme, couleurs cryptiques… il n’est pas forcément évident de s’y retrouver. Dans le but d’y voir plus clair, j’ai fait quelques recherches sur internet. Mais plus je lisais d’informations sur le sujet, moins j’étais sûre d’y comprendre quoi que ce soit (et de pouvoir me fier à ce que je lisais). Finalement, fidèle à mon amour des livres, j’ai décidé de me procurer un vieux bouquin repéré sur internet : Camouflage et mimétisme chez les animaux, par Michael et Patricia Fogden, paru en 1974 aux éditions Nathan.

On a beau dire, dans de nombreux domaines, les livres font la différence ! Probablement parce qu’un projet éditorial demande, par définition, un investissement important (de la matière grise, du temps, une vérification assidue des informations, une équipe, un budget…) que bon nombre de sites internet n’exigent pas…

Camouflage et mimétisme chez les animaux n’est évidemment pas exempt de petites lacunes. Dans les années 70, on ne faisait par exemple pas d’aussi belles photos qu’au XXIe siècle. Et puis, visiblement, les noms attribués aux espèces observées ont, depuis, évolué (ou se sont précisés)… Mais Michael et Patricia Fogden ont réalisé pour cet ouvrage un travail considérable, sans jamais oublier d’injecter dans leur texte une bonne dose de pédagogie. Voici comment ils font le distinguo entre camouflage et mimétisme (déguisement) :

Il est usuel de distinguer camouflage et déguisement, bien que les deux catégories diffèrent si imperceptiblement qu’il est parfois difficile d’affecter un animal cryptique à l’une ou à l’autre. Néanmoins la distinction est utile : le camouflage brise les lignes de contour d’un animal, le confondant avec l’arrière-plan, tandis que le déguisement fait un animal qui ressemble à une partie bien définie, mais inanimée de son environnement, qui n’intéresse pas les prédateurs et qui ne déclenche pas l’alarme des proies. Autrement dit, le camouflage efface l’animal du paysage, tandis que le déguisement l’empêche d’être reconnu pour ce qu’il est, même s’il est facile à voir.

Précision : les deux auteurs ne parlent pas de mimétisme mais de déguisement car le mimétisme est une notion plus vaste, qui comprend également par exemple l’imitation d’un autre animal (queue d’une chenille qui imite la tête d’un serpent, serpent inoffensif qui imite un serpent venimeux, ocelles d’un papillon qui imite des yeux impressionnants pour les prédateurs, etc).

Ce bouquin qui sent bon le vieux grenier m’a donc aidée à mieux appréhender le très large éventail des stratégies adaptatives utilisées chez les animaux pour se planquer !

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Le camouflage

engoulevent d'europe

(l’engoulevent d’Europe se camoufle grâce à une combinaison de techniques : couleurs cryptiques, immobilité, déplacement selon la position du soleil pour réduire son ombre, yeux fermés)

Exemples de techniques de camouflage (souvent combinées) :

  • évoluer dans un milieu où l’on passe inaperçu : le fennec qui arbore les couleurs du désert, le papillon de nuit qui passe ses journées incognito sur un tronc d’arbre, la panthère des neiges qui évolue dans un paysage rocailleux en toute discrétion, la vipère Atheris chlorechis qui disparaît dans le feuillage  tropical…
  • posséder une livrée qui change de couleur selon les saisons et devient blanche en hiver (hermine, lagopède alpin… j’en parlais dans un article précédent)
  • changer de couleur très rapidement : pieuvres, seiches
  • changer de couleur en quelques minutes : le caméléon
  • changer de couleur en quelques jours ou quelques semaines : certaines araignées, certains poissons…
  • arborer un pelage moucheté qui imite les trouées du soleil dans le feuillage : le faon du chevreuil
  • s’aplatir ou se plaquer à son support pour éviter l’ombre portée, qui est une source de repérage : geckos, papillons de nuit le jour…
  • se tourner graduellement vers le soleil pour limiter l’ombre portée
  • fermer ou plisser les yeux (car les cercles concentriques et la brillance des yeux sont des sources de repérage)
  • suivre le mouvement des éléments environnants (en cas de danger, le butor étoilé berce son cou au rythme des roseaux agités par le vent)

En outre, certains oiseaux qui nichent au sol pondent des œufs quasiment invisibles dans leur environnement. C’est le cas du pluvier gravelot ou de l’huîtrier. En cas de danger, les parents s’éloignent d’ailleurs du nid pour ne pas attirer l’attention du prédateur sur les œufs.

Le camouflage va de pair avec l’immobilité, et s’accommode éventuellement de mouvements lents, furtifs.

(on ne présente plus le charismatique poisson-pierre, qui sait pourtant se faire oublier parmi les rochers)

poisson-pierre

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Le mimétisme

Comme pour le camouflage, le mimétisme permet aux animaux de ne pas se faire repérer par leurs prédateurs et parfois d’approcher leurs proies avec la plus grande discrétion.

Le mimétisme donne à l’animal l’apparence d’un objet inanimé spécifique de son environnement : feuille morte, amas de feuilles, tige, fleur, bourgeon, épine, fiente d’oiseau, morceau de bois, algue…

Phyllium giganteum

(Phyllium giganteum, photo Andrea & Antonella Ferrari)

Tout le monde connaît le Phyllium giganteum. Cette créature ressemble à un amas de feuilles, par endroits grignotées par les insectes. Citons entre autres exemples : le serpent-liane, la grenouille cornue de Malaisie qui ressemble à s’y méprendre à une feuille morte, les papillons Kalima, les phasmes, la mante-orchidée, l’hippocampe-algue ou encore l’ibijau, un oiseau qui se fait passer avec un talent stupéfiant pour un morceau de bois (j’en parlais ici il y a quelques mois).

(Uroplatus phantasticus, un gecko arboricole endémique de Madagascar)

Uroplatus phantasticus

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Pour aller plus loin :