L’amie araignée

imao keinen oiseau bleu et araignée

(Oiseau bleu et araignée, estampe de Imao Keinen)

Pour la plupart d’entre nous, le concept « d’amie araignée » s’apparenterait plutôt à un oxymore. Et pourtant, quoi de plus inoffensif et conciliant que cette petite bestiole à huit pattes ?

Avec l’arrivée de l’automne, les araignées vont naturellement réapparaître dans nos lieux de vie, si ce n’est pas déjà fait. Elles ne s’installent pas dans les salles de bains et les chambres pour donner des sueurs froides aux humains, mais tout simplement pour trouver un partenaire et se reproduire. Nous sommes donc franchement le cadet de leurs soucis 🙂

(ci-dessous, l’artiste symboliste Odilon Redon fait de l’araignée une petite bête facétieuse – L’araignée, elle sourit, les yeux levés, 1887)

odilon redon araignée

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Délit de sale gueule

Les araignées sont très rarement dangereuses. Ce qui nous rend fébriles et belliqueux à leur égard : leurs grandes pattes, leur vélocité et leur vilain corps brun et poilu ! Ces arguments sont-ils recevables ? Peuvent-ils justifier la moindre méchanceté ? Non.

Il y a bien longtemps, il m’est arrivé, lamentablement, de dégainer la bombe insecticide pour exterminer une araignée dont la taille, plus importante que celle de ses congénères, m’horrifiait au-delà du supportable. Seule solution envisagée pour moi à l’époque : le massacre. Avec plusieurs années de recul, je suis tout simplement consternée : comment ai-je pu m’en prendre aussi violemment à des bêtes si fragiles et si peu menaçantes ? J’avais 25 ou 30 ans. J’étais jeune, impulsive, stupide. La culpabilité me dévorait ensuite pendant de longues minutes, et pour cause : le monstre, c’était bien moi.

(cette sculpture monumentale de Louise Bourgeois est un hommage à sa mère qui, loin d’être une créature effrayante, pratiquait la couture comme une araignée tisse sa toile – Maman, 1999)

maman louise bourgeois

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Colocataires

Les araignées ne méritent pas notre haine ni notre dégoût. Par respect pour la vie et pour les animaux, acceptons-les comme des colocataires dans nos jardins et sous nos toits. Voici deux haïkus (les haïkus sont des poèmes japonais de 17 syllabes) qui nous parlent des araignées avec une tendresse bouleversante (j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog, les Japonais se passionnent pour les insectes). Le premier haïku a été écrit par la bonzesse Chiyo-ni, le second par Shiki :

le liseron du matin
malgré la toile d’araignée
a éclos

tapie dans le coin d’un vieux mur
immobile
l’araignée enceinte

Et voici deux haïkus que j’ai moi-même écrits :

potager picard
entre deux fleurs d’échalote
l’araignée tricote

partageant ma salle de bains
avec une araignée
mon cœur est en paix

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Pour aller plus loin :

(l’artiste Justin Gershenson est fasciné par les insectes et les araignées)

Justin Gershenson-Gates 00

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Poèmes d’hiver du bout du monde

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(nid douillet d’une geisha)

Quelle allégresse, il neige en région parisienne !

La neige a toujours inspiré les artistes : les peintres flamands comme Peter Bruegel, les impressionnistes et Sisley en particulier, les peintres naïfs de Russie, mais aussi les artistes asiatiques.

En Chine et au Japon, chaque saison est considérée comme profondément poétique. Les beautés de l’hiver invitent à la contemplation et la neige réjouit les cœurs. L’architecture japonaise propose d’ailleurs des « fenêtres pour contempler la neige » (yukimi shoji).

Très loin des préoccupations occidentales, la poésie asiatique n’est pas une performance ou un exercice de style. Bien au contraire, elle se caractérise par le dépouillement, l’humilité : pas d’artifices, pas de rimes, pas de digressions, pas d’ego. Pourquoi ? Parce qu’en Asie, on écrit des poèmes dans le seul but de retranscrire, avec intimité, la beauté pure et intrinsèque des détails de la nature (la douceur et le silence d’un matin de neige, la silhouette émouvante d’un vieil arbre tordu, la magnificence d’un paysage de montagnes et de brumes…) et non pas d’inventer d’autres mondes pour fuir la réalité. Les lettrés japonais et chinois ne souhaitent en aucun cas transformer ce qu’ils voient. Leur seule ambition : louer la beauté du monde et les joies du corps.

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Voici quelques jolis haïkus (poèmes japonais en 3 vers et 5/7/5 syllabes) sur le thème de l’hiver et de la neige :

dénuement hivernal
des petits oiseaux picorent
l’ail odorant dans le potager
(Buson ~ 1716-1783)

elle couvre soit la tête
soit les pieds
la vieille couverture
(Buson ~ 1716-1783)

assoupi
caché en moi-même
réclusion hivernale
(Buson ~ 1716-1783)

sans leurs cris
des hérons on serait privé
matin de neige
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

herons koson.jpg

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Voici maintenant quelques poèmes chinois :

du feu plein le poêle
du vin plein la gourde
de la neige plein la cour
(Wei Chuang ~ 836-910)

j’ai assez de bûches
pour passer
cette longue nuit
(Tang Yin ~ 1470-1523)

je bourre le poêle jusqu’à ce qu’il rougeoie et mets tous mes vêtements
mais c’est seulement après une coupe que je ressens une chaleur euphorique
les gens disent qu’après le givre le froid est insupportable
ils ignorent qu’il y a du printemps dans une jarre de vin
(Yang Wan li ~ 1127-1206)

Les deux estampes japonaises de cet article sont des œuvres de Ohara Koson.

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Pour aller plus loin :

Les animaux dans l’art : chanter leur beauté sans les tuer, les brimer ou les avilir

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(insecte en bambou, patiemment et amoureusement confectionné par Noriyuki Saitoh)

Dans le rapport que l’espèce humaine entretient avec l’animal sauvage, amour rime souvent avec instinct de possession et instinct de destruction. Les animaux ont toujours été physiquement exploités, emprisonnés, voire massacrés, au service de l’Art et du Beau, ou encore du divertissement. La fascination qu’ils suscitent chez les humains, de part leur magnificence et les mystères infinis qu’ils recèlent, ne les a pas épargnés, bien au contraire, et cela jusqu’à l’extinction de certaines espèces…

Profanation

Quelques exemples affligeants parmi tant d’autres : natures mortes sanguinolentes réalisées d’après modèle, animaux tués et empaillés pour les cabinets de curiosités, trophées de chasse, art de la plumasserie,  animaux de cirque, performances d’art contemporain avec exploitation d’animaux vivants, fourrure et cuir dans la mode et la décoration…

Pourquoi l’être humain continue-t-il d’humilier et de détruire les créatures sauvages dont la beauté, la souveraineté et la liberté l’émerveillent ? éprouvera-t-il encore longtemps ce besoin ? a-t-il ainsi l’impression de s’approprier leurs pouvoirs (beauté, puissance, courage), et dans tous les cas, pourquoi ce désir pèse-t-il plus lourd dans la balance que l’éthique, la douceur, l’enchantement ? viendra-t-il une ère où violenter ainsi le règne animal sera considéré comme sacrilège ?

Chanter le règne animal

Loin de ces pulsions archaïques et mortifères, certains artistes transforment pourtant, avec bienveillance et brio, leur fascination pour le règne animal en une véritable ode à la beauté du monde et de la vie : ils parviennent, sans porter atteinte à la liberté et au bien-être des animaux, à en louer les splendeurs.

Leurs matériaux : le papier, le bambou, la peinture, les objets de récupération, le métal… Leurs atouts : la curiosité, l’étude, l’observation, l’imagination, la dextérité, la bricole, le sens des proportions… Leur état d’esprit :  l’empathie, le respect, la délicatesse et l’humilité. Leurs œuvres d’art sont plus ou moins éphémères, toujours poétiques. Voici 5 de ces artistes contemporains. On en trouve beaucoup d’autres sur internet.

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Edouard Martinet

L’artiste français Edouard Martinet, également enseignant de design graphique à la LISAA de Rennes, récupère des objets abandonnés ou usés (chaînes de vélo, ressorts, ustensiles de cuisine, poignées variées, éléments de machines à écrire, lampes de poche, porte-monnaie, compas…) pour réaliser son majestueux bestiaire de métal : fourmis, sauterelles, poissons, papillons… Il fouille dans les vide-greniers et les débarras. Il commence par dessiner de nombreux croquis, avant de s’atteler à l’étape de la sculpture. Il travaille alors sans soudure et n’utilise que l’emboîtement et la visserie. Certaines de ses réalisations lui prennent quelques semaines, tandis que d’autres exigeront plusieurs années.

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épinoche
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Ci-dessus : un papillon de 60 cm de hauteur, un scarabée rhinocéros de 30 cm de long, une épinoche de 80 cm de long, ou encore un magnifique crapaud avec une bouche en porte-monnaie (je crois bien que c’est mon préféré).

Cliquez ici pour lire l’interview qu’il a donnée à Unidivers en 2016. Son site internet permet de découvrir une galerie de ses sculptures : ici.

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Dzia

L’artiste belge Dzia exprime sa créativité sur les murs d’Anvers (où il a fait les beaux-arts de l’Académie Royale) et dans plusieurs capitales européennes. Il peint principalement des animaux sauvages, apportant ainsi de la couleur et une joyeuse énergie à des lieux tristounets : chauves-souris, grues, aigles, famille de renards, cerfs, poissons, flamands roses, libellules, écureuils, sont au rendez-vous… Le site officiel de Dzia se trouve ici.

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Diana Beltran Herrera

Avec ses créations colorées, la jeune artiste colombienne Diana Beltran Herrera nous offre un merveilleux voyage dans l’univers du papier. Pour ce qui est du règne animal, elle s’intéresse tout particulièrement aux oiseaux. Elle confectionne également des papillons. Chaque animal confectionné par Diana Beltran Herrera est immédiatement identifiable : colibri, perruche, toucan, ibis, flamand rose, quetzal, guêpier, mésange, et beaucoup d’autres !

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Diana Beltran Herrera s’aventure également dans le monde végétal : fruits, fleurs, ou encore champignons… Pour en voir davantage, son site officiel se trouve ici.

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Noriyuki Saitoh

Les Japonais sont connus pour l’intérêt qu’ils ont toujours voué aux insectes. Les écoliers nippons étudient par exemple les textes de l’entomologiste français Jean-Henri Fabre, tandis qu’en France, les enfants ne savent pas qui c’est !

Pour réaliser ses œuvres, Noriyuki Saitoh utilise un des matériaux japonais par excellence : le bambou. Son travail est saisissant de finesse et de poésie. On reconnaît sur ces photos une demoiselle, un criquet, une libellule, une cigale, et sur la photo qui chapeaute cet article, un capricorne.

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L’artiste Noriyuki Saitoh a une page Facebook (ici) sur laquelle on découvre l’avancée de ses travaux et un joli site internet avec une galerie de ses créations (ici).

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Artur Bordalo

Artur Bordalo (qui se fait appeler Bordalo II par égard pour son grand-père, également artiste) est portugais. Passionné de graffiti et inspiré par la récupération, il combine ces deux méthodes pour réaliser de grandes sculptures animalières, qu’il fixe ensuite sur les murs des villes. Son thème de prédilection : l’animal sauvage. Il explique : Je choisis toujours un animal qui a une relation forte avec l’endroit où je vais l’accrocher.

A la mi-novembre 2017, l’artiste lisboète a réalisé un castor de 8 mètres dans le 13e arrondissement de Paris (voir 4e photo), dans le quartier de la bibliothèque François Mitterrand, en référence à la Bièvre, rivière de la région parisienne qui se jetait autrefois dans la Seine, au niveau de la gare d’Austerlitz.

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Pour aller plus loin :

  • Pour chanter la beauté du règne animal, il y a évidemment aussi l’écriture ou encore la photographie. Le photographe Ludovic Sueur, vegan et antispéciste, pratique une photographie ultra-éthique : on ne dérange pas la faune, on évite d’empiéter sur le territoire des animaux, on se débrouille surtout pour ne pas provoquer la peur ou la fuite de l’animal. Ne pas porter atteinte au quotidien des animaux, à leur habitudes, à leur progéniture ni à leur environnement, voilà l’idée. Il explique sur son site internet (ici) : « La liberté des individus photographiés et la préservation de leur environnement sont prioritaires dans ma démarche photographique et font partie de ma philosophie de vie. » Ci-dessous, une huppe fasciée photographiée par Ludovic Sueur.

Sans titre

  • Le président des États-Unis Donald Trump est un amateur de chasse à l’éléphant. A  la mi-novembre 2017, sous la pression des associations pour la protection animale et de son propre parti, il a toutefois dû se résigner à geler une mesure qui consistait à ré-autoriser (après que Barack Obama l’ait interdite) l’importation de trophées d’éléphants provenant d’Afrique sur le territoire américain. Ouf ! Le quotidien « Le Monde » en a parlé : ici.

Musée imaginaire ~ à la chasse aux champignons

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(camaïeu de bruns et sensualité automnale, dessin de Pascal Moguérou)

[11e volet de mon musée imaginaire : les champignons]

Avec l’automne reviennent les journées pluvieuses, les grosses rafales de vent et… les champignons ! Cèpes, girolles, amanites, morilles, pleurotes… les champignons, traditionnellement associés à la promenade et au monde merveilleux de la forêt, ont souvent inspiré les artistes et les esthètes. Pour notre plus grand plaisir 🙂

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Pascal Moguérou, ami des fées et cueilleur de champignons

Ci-dessus, une adorable créature rousse s’accoude à un gros cèpe. Pascal Moguérou, illustrateur et conteur breton, s’est spécialisé dans le dessin des fées et des korrigans. Les fées de Moguérou vivent en forêt, les champignons font donc partie intégrante de leur univers : les héroïnes de Moguérou font leur sieste sous les bolets, dansent sur leur dôme, prennent leur bain au creux des chanterelles, papotent au milieu des morilles. Les champignons leur servent ainsi de boudoir, de scène de théâtre ou de terrain de jeu, selon les moments de la journée et l’humeur (très) changeante de ces demoiselles 🙂

 

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Les aquarelles de Jean-Henri Fabre

Infatigable observateur de la nature, l’entomologiste Jean-Henri Fabre, alliant ses compétences scientifiques à une grande sensibilité artistique, ne s’est pas contenté d’observer et d’écrire sur les insectes : il a également réalisé plus de 600 aquarelles de champignons.

Ci-dessous, deux exemples (chanterelles et amanites) de son travail, dont il a humblement dit : « avec peu de couleur, beaucoup d’eau et d’attention, il est facile de bien faire ».

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aquarelle fabre

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Un poème automnal (et végétalien) de Han Shan

Je profite de ce billet consacré aux champignons pour partager un poème chinois de Han Shan (9e siècle). Ce texte nous décrit tout un art de vivre, loin de la civilisation mais au plus près de la nature : contemplation, hédonisme, dépouillement. L’ermite Han Shan trouve sa nourriture (champignons, herbes, baies) en se promenant en montagne :

Je demeure sur ce perchoir de la montagne froide
retiré, enchanté par tant de merveilles
J’emporte un panier pour ramasser des plantes de la montagne,
une corbeille pour cueillir les baies, puis m’en retourne
Assis sur de la paille étalée je mange des légumes,
suce et mâche des champignons pourpres
Après avoir rincé ma calebasse dans l’étang limpide,
je cuis un harmonieux mélange de plantes sauvages
Assis sous le soleil, avec une couverture,
oisif, je lis des poèmes des anciens

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Le goût des champignons chez Floris Jespers

Le peintre belge Floris Jespers (1889-1965) a réalisé plusieurs natures mortes aux champignons, dont cette ravissante huile sur toile, intitulée Champignons et chapeau de paille (80 x 61 cm) en 1944. Cette oeuvre nous raconte une douce journée d’automne : promenade en forêt, cueillette, préparation en cuisine des champignons fraîchement ramassés.

JESPERS Floris champignons chapeau de paille

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Les promenades inspirées de Zhang Daqian

Zhang Daqian (1899-1983) est un artiste chinois mondialement célèbre du 20e siècle. On le connaît principalement pour ses paysages à couper le souffle, spectaculairement teintés de verre et de bleu, et pour ses peintures de lotus.

Les peintres chinois attachent, en général, autant d’importance aux paysages grandioses qu’aux plus petits détails : un séduisant bouton de fleur, un pin qui résiste élégamment au temps, l’envol enivré d’un bourdon… Ci-dessous, Zhang Daqian va au plus simple en représentant une ravissante famille de champignons. En quelques coups de pinceaux, il plante un décor et nous raconte un chemin, une forêt, une ambiance, une saison…

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Le sous-bois fantasmé de Kate Kato

Depuis qu’elle est enfant, Kate Kato (qui se fait aussi appeler Kasasagi) s’émerveille pour les créatures végétales et animales qu’elle observe dans la nature. Son travail poétique et délicat s’inspire directement de son observation de la faune et de la flore. L’artiste utilise principalement du papier recyclé, des bouts de fer et des colorants naturels. Elle s’autorise également le tissu et la broderie.

En bonne place dans son cabinet de curiosités champêtre, on trouve bien sûr les champignons. Mais aussi de la mousse, des fougères, des violettes, des perce-neige, des digitales… Les animaux ne sont pas en reste, puisque Kate Kato confectionne également des abeilles, des papillons, de nombreux coléoptères.

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Pour aller plus loin :

  • Pascal Moguérou a un site officiel : ici
  • vous trouverez davantage d’informations sur les aquarelles de Fabre sur le site du Museum National d’Histoire Naturelle : ici
  • pour admirer de très nombreuses œuvres de Zhang Daqian, n’hésitez pas à faire un tour sur le site China Online Museum (ici) et surtout sur Sotheby’s (cliquez ici puis tapez son nom en haut à droite)
  • Kate Kato a un site officiel ici et on parle aussi d’elle ici ou !
  • les champignons ont également inspiré les écrivains : ici

Fée alanguie à l’ombre d’un gros cèpe, par Pascal Moguérou :

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Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

Vue de Collioure la Jetée Henri Matisse 1905

Vue de Collioure, la jetée, Matisse (1905, huile sur toile, 38 x 46 cm)

Les températures grimpent et nous nous approchons du solstice d’été. Parler de Matisse, de couleurs et de Collioure, c’est de saison 🙂

Point de départ de cet article : il y a quelques semaines, en feuilletant un livre sur Georges Braque (qui a également eu sa période fauve), je tombe sur 3 tableaux de Matisse minusculement reproduits en marge d’une des pages du bouquin… Première réaction : leur beauté me bouleverse tant que j’en reste presque incrédule. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi beau ; dans quel jardin secret Matisse puise-t-il toute cette fraîcheur ? Chaque jour qui passe, je ne peux pas m’empêcher de rouvrir mon livre à la même page, de mettre le nez dessus, pour admirer encore et toujours ces œuvres de Matisse qui me grillent la rétine… Deuxième réaction : je suis stupéfaite que ces petites merveilles ne soient pas plus connues. Il faut que j’en parle autour de moi !! Troisième réaction : je veux en savoir plus. Je finis par fouiller sur internet (un peu en vain) et je pars à la recherche de bouquins sur le sujet (avec les livres, en général, on est bien servi 🙂 ).

But ultime de cet article : avant tout, partager ma découverte. Voici donc les 3 peintures à l’huile en question :

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Ces trois peintures ont été réalisées sur le lieu-dit de la Moulade, une zone sauvage du nord de Collioure, en 1906, c’est-à-dire quelques mois après le scandaleux Salon d’automne de 1905. Dimensions de ces tableaux : environ 25 x 35 cm.

J’ai toujours aimé Matisse (1869-1954) et bien sûr, j’ai toujours été stupéfiée par sa légèreté, sa liberté, son audace. On a l’impression qu’il est né avec un arc-en-ciel dans les mains. Sur ces trois tableaux en particulier, sa faculté enfantine à jouer avec des couleurs si gaies et pures, pour en faire les associations les plus folles, me fascine et me désarme. On en perdrait la tête 🙂

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A l’origine du fauvisme, il y a Matisse 

En mai 1905, Matisse n’est pas encore célèbre. Avec sa petite famille, il quitte Paris et descend à Collioure pour respirer, s’enivrer de lumière provençale. Il est subjugué par la beauté de l’endroit et en quelques mois, réalise 15 toiles, 40 aquarelles et environ 100 dessins. Quand il revient sur Paris en septembre, il ne sait pas encore qu’il deviendra le chef de file du fauvisme. C’est un mois plus tard, en octobre, au 3e Salon d’automne à Paris, où il expose 5 peintures, que sa production estivale prend une tournure historique : ses œuvres (et celles de ses amis, animés par le même souffle) sont considérées comme un outrage à la peinture et font littéralement scandale : les critiques d’art parlent ainsi de « pot de peinture jeté à la face du public » et de « jeux barbares et naïfs ». Un journaliste compare le salon à une cage aux fauves et c’est ainsi que naîtra le fauvisme.

Ce qu’il faut savoir : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé (sans vraiment prendre la peine de se pencher sur la question), il s’avère aujourd’hui que les trois peintures à l’huile ci-dessus ne datent pas de l’été 1905 mais de l’été 1906 (Matisse retournera effectivement plusieurs fois à Collioure, prolongeant ainsi sa période fauve).

Pour Matisse, le fauvisme naît du « courage de retrouver la pureté des moyens ». Il racontera plus tard à propos de cette période de sa vie :

Travaillant devant un paysage exaltant, je ne songeais qu’à faire chanter mes couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions.

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Matisse et Derain, une amitié à Collioure 

Lors de ce fameux été 2015, Matisse (35 ans) encourage vivement son ami Derain (10 ans de moins) à le rejoindre à Collioure. Derain arrive donc dans le joli village de pêcheurs au début du mois de juillet. On sait que pendant plusieurs mois, les deux amis vont peindre les mêmes lieux et beaucoup échanger sur leurs travaux respectifs. Ils seront tous les deux très productifs.

Ci-dessous, à gauche, le portrait de Derain par Matisse, et à droite, celui de Matisse par Derain : peau bleue, peau verte, barbe rouge, la révolution chromatique est en marche… !

portrait-of-andre-derain-1905     Matisse par Derain

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Deux tableaux de Derain, Collioure 1905 toujours :

Mes lectures m’ont amenée à de magnifiques tableaux de son ami Derain. Ci-dessous, en voilà deux : Paysage de Collioure (81 x 100 cm) et Bateaux à Collioure (60 x 73 cm). Chez Derain aussi, l’audace est décidément au rendez-vous :

paysage de collioure 1905 derain

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Dernières années de Matisse : le bonheur de vivre, encore et toujours !

Matisse meurt en 1954. A la fin de sa vie, diminué physiquement, il continue de créer sans relâche. Sa spécialité et sa passion depuis la fin des années 30 : les papiers gouachés et découpés. Cette technique lui a été inspirée par son voyage à Tahiti en 1930, durant lequel il ne peint presque rien, mais dessine beaucoup et s’imprègne de tout ce qu’il voit. Ce voyage exotique va ensuite infuser en lui pendant des années, jusqu’à donner, à partir de la fin des années 30, des œuvres aussi célèbres que la Tristesse du roi, en 1952.

Parce que j’ai découvert ce collage il y a 15 jours à l’exposition Jardins du Grand Palais (jusqu’au 24 juillet 2017), je tenais ici à parler des Acanthes, réalisé en 1953. Je pense qu’il faut voir cette oeuvre en vrai pour en apprécier toute la majesté. Moi qui ne suis pas une fanatique des papiers découpés de Matisse, je reconnais avoir été impressionnée face à cet immense collage, dynamique et équilibré, vibrant de joie ! Non seulement ses dimensions sont grandioses (voir photo prise dans un atelier de restauration, ci-dessous), mais cette composition possède une énergie particulière, une aura qui vous enveloppe de bienveillance. Elle semble avoir été réalisée par un sage, un philosophe…

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Avec le fauvisme, Matisse et ses amis travaillaient sur la simplification du trait et les aplats de couleur, tout cela avec l’envie de faire des œuvres rayonnantes. En cela, on peut considérer que ses papiers gouachés et découpés sont une continuité du fauvisme : simplification (jusqu’à l’abstraction), aplats de couleur, joie. Sur ses vieux jours, Matisse dira carrément de sa période fauviste :

A ce moment là, j’ignorais la lumière intérieure, la lumière mentale, ou morale si vous préférez. Aujourd’hui, je vis chaque jour dans cette lumière.

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Pour information, voici la liste des 5 tableaux de Matisse exposés au Salon d’automne de 1905, réalisés à Collioure :

  • Jeune femme en robe japonaise au bord de l’eau
  • Fenêtre ouverte
  • Nature morte
  • Matinée d’été (Les Toits de Collioure)
  • Femme au chapeau

Sur ce, je vous souhaite à tous une nuit pleine de rêves fleuris 🙂

Musée imaginaire : jaune et or

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Nature morte de Jan van de Velde, peintre néerlandais du Siècle d’or, vers 1651

[10e volet de mon musée imaginaire : jaune et or]

Il m’aura fallu du temps, beaucoup de temps, pour apprivoiser, ou plutôt me laisser apprivoiser, par le jaune et l’or. J’ai longtemps fui ces couleurs, probablement en raison de leur grande proximité avec le blanc (luminosité extrême). A la clarté, à la transparence, je préférais les couleurs plus profondes, chargées, mystérieuses. Même chez Van Gogh, ce n’est pas la couleur qui m’intéressait le plus (je lui préfère toujours ses bleus magnifiques, si envoûtants).

En outre, il paraît que le jaune fait partie des couleurs les moins appréciées des Français. Même Michel Pastoureau, notre historien des couleurs national, avoue ne pas avoir d’affection particulière pour cette couleur (il préfère, et de loin, le vert !).

Quoi qu’il en soit, je comprends maintenant à quel point le jaune et l’or peuvent être des couleurs chaleureuses, généreuses et physiques.

Ci-dessous, un éventail de mes œuvres jaune et or favorites !

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Une plage à l’autre bout du monde

Howard Pyle est un dessinateur américain (1853-1911). Il a illustré beaucoup de livres pour enfants et en a même écrit quelques-uns. Il a également donné des cours à de futurs grands dessinateurs. Il est connu pour avoir souvent mis en scène les aventures de pirates.

J’aime énormément ce tableau (intitulé Marooned, qui signifie abandonné), qui représente un pirate abandonné sur une île par l’équipage de son navire. J’ai découvert ce petit bijou dans la vitrine d’une librairie bretonne. Effectivement, ce tableau illustrait très joliment la couverture d’un livre intitulé D’or, de rêves et de sang, l’épopée de la flibuste (1494-1588) (bouquin écrit en 2001 par l’écrivain voyageur Michel Le Bris, celui-là même qui a fondé le festival annuel Étonnants voyageurs).

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En cas de non-respect des règles (vol, meurtre, sur son propre bateau), le pirate était abandonné sur une île par ses co-équipiers. Sur ce tableau, on comprend instinctivement le tragique de la situation : solitude, découragement, moment de désespoir, et en même temps, rien n’est perdu car évidemment, on n’a jamais vu un pirate abandonner la partie avant l’heure. C’est probablement ce qui nous plaît tellement chez ces têtes brûlées : l’endurance, l’énergie, l’instinct de survie, la niaque, plus forts que tout.

Les dessins et peintures de Howard Pyle ont une véritable puissance narrative. Ci-dessous, une bande de pirates se partagent un butin.

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Pluie de soleil

Van Dongen (1877-1968), français d’origine néerlandaise, était un peintre viscéralement habité par la couleur. Il a notamment exposé ses œuvres au Salon d’automne de 1905, événement qui a enchanté et traumatisé le public et la critique, et qui a marqué le début du fauvisme.

Le président de la République de l’époque (Loubet) refusa d’inaugurer ce salon en raison de la présence d’œuvres « inacceptables ». Un critique inconnu parla de « cage aux fauves » (expression qui donnera naissance au nom du mouvement fauviste), un autre (Marcel Nicolle) compara les œuvres exposées aux « jeux barbares et naïfs d’un enfant qui s’exerce avec la boîte à couleurs », un troisième (Camille Mauclair) résuma l’événement comme un « pot de peinture jeté à la face du public ».

Ce tableau de Van Dongen s’intitule Les lieuses (1905) (il est parfois également appelé Les Glaneuses de Chailly-en-Bière). En quelques touches de pinceaux, un univers éclot sous nos yeux : un paysage, des personnages, une activité aux champs, une lumière estivale et une température écrasante. Van Dongen nous décrit deux femmes travaillant à la réalisation des bottes, pendant la récolte.

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Plus d’informations sur le Salon d’automne de 1905 sur Wikipédia : ici.

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Lumière de Dieu

Je suis une athée convaincue, et pourtant, peut-être parce que les œuvres imprégnées de ferveur religieuse ont souvent une force inouïe, l’art religieux me fascine (sans parler du potentiel poétique et visuel des récits bibliques). L’or, symbole de lumière, y est souvent utilisé. Car rien n’est trop beau pour glorifier Dieu.

Ci-dessous, l’Annonciation vu par Ambrogio Lorenzetti, en 1344. Cette peinture est par ailleurs considérée comme la toute première oeuvre comportant des notions de perspective (voir le carrelage du sol)…

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Les icônes religieuses sont des objets dédiés à la gloire de Dieu. Elles sont traditionnellement réalisées sur un panneau de bois, dont le fond uni est souvent constitué d’or. La fabrication des icônes respecte de nombreuses contraintes (couleurs, sujets…).

Le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine du Sinaï (Egypte), fondé au VIe siècle, abrite d’immenses collections d’anciens manuscrits chrétiens, mais aussi d’icônes. Il s’agit du plus ancien monastère chrétien ayant conservé sa fonction initiale (quelques informations ici). Parmi les milliers d’icônes préservées à Sainte-Catherine, voici une Vierge à l’enfant et un Christ, tout deux datant du VIe siècle.

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Ci-dessous, deux autres bijoux : Saint Paul représenté par Lippo Memmi en 1350 et une icône russe du 17e siècle mettant en scène Marie et l’enfant Jésus. Ma che bello !

Saint Paul by Lippo Memmi 1350    icone russe 17e

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Jaune impérial 

C’est sous les dynasties Ming et Qing que Pékin est devenue la ville capitale de la Chine, et que la couleur jaune est devenue celle de l’empereur. Pour quiconque ne faisait pas partie de la famille impériale, porter un vêtement jaune était considéré comme un acte de provocation et de trahison, qui pouvait coûter la vie.

Les robes jaunes portant un dragon à cinq griffes étaient strictement réservées à l’empereur, à l’impératrice et aux premières concubines.

Ce sont les Mandchous qui, renonçant à la robe chinoise aux larges manches, imposèrent à la Cour et aux fonctionnaires chinois la fameuse « robe dragon » : une robe plus près du corps, ouverte sur les côtés, avec des manches en « fer à cheval ». Cette coupe rappelle l’origine nomade des Mandchous, leur amour pour le cheval et la liberté de mouvement que cette tradition nomade impliquait.

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Plus d’informations sur les robes impériales en Chine ici et sur la « robe dragon » ici.

Ci-dessous un bol impérial à décor floral, en porcelaine, destiné à la consommation de thé. Il date du règne de Kangxi (1662-1722). Il fait 5,6 cm de hauteur et 11,3 cm de diamètre.

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Lumière provençale 

Pierre Boncompain, né en 1938, est un artiste contemporain du Sud de la France, ce qu’on peut deviner en admirant ses peintures gorgées de lumière et d’indolence. Il expose dorénavant un peu partout dans le monde, jusqu’au Japon et aux Etats-Unis.

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Pour visiter son site officiel, ça se passe ici !

Pierre Boncompain aime particulièrement le jaune et le bleu. Il utilise énormément le pastel et c’est d’ailleurs un client fidèle de la Maison artisanale du Pastel nichée au cœur de Paris. Ce lieu passionnant et plein d’amour pour la couleur peut se visiter une fois par semaine, sur réservation.

Comme vous pouvez le constater sur la photo de droite, les bâtons de pastel, une fois fabriqués, sont déposés dans du coton. Je me souviens avoir été marquée par ce détail, qui m’avait véritablement donné l’impression que les fabricantes (deux jeunes femmes) apportaient autant de soin à leurs pastels qu’à des oisillons. Pour en savoir plus sur la maison du Pastel, ça se passe ici.

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Musée imaginaire : le martin-pêcheur

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(femme et martin-pêcheur ; peinture de Hu Yongkai, artiste chinois du XXe siècle inspiré par la grâce féminine et les ravissants animaux que sont les chats et les oiseaux…)

[10e volet de mon musée imaginaire : le martin-pêcheur]

Pourquoi le martin-pêcheur ? Parce que cette petite merveille des rivières, qui sait se faire très discrète mais qui subjugue le promeneur croisant l’éclair bleu azur de son vol rapide, me fait littéralement rêver… et que les artistes chinois ont su dépeindre sa beauté avec une délicatesse et une poésie folles !

L’ornithologue Marc Duquet classe sans hésitation le martin-pêcheur d’Europe dans la catégorie des oiseaux les plus spectaculaires de France (Les plus beaux oiseaux de France, éditions Delachaux et Niestlé, 2015). Il faut dire qu’à l’instar du rollier d’Europe et du guêpier d’Europe, son plumage très coloré nous emporte, par l’imagination, sous d’autres latitudes. En l’occurrence, les scientifiques s’accordent à dire que la tribu des martins (martins-pêcheurs et martins-chasseurs, rassemblant ainsi 92 espèces) a pour origine un lieu très exotique et foisonnant : la grande jungle humide de Malaisie.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la distribution géographique de cet oiseau ne se limite pas aux frontières de l’Europe : il vit aussi en Asie, en Russie, en Australie…

Cet oiseau sublime a beau fuir la compagnie des hommes, on peut le rencontrer si on est patient et très respectueux. Les peintres chinois ont ainsi pu l’observer, l’admirer, et ensuite lui offrir la place qu’il mérite dans l’univers fabuleux et illimité de l’art animalier.

D’une façon générale, les peintres chinois aiment à représenter de très nombreux oiseaux dans leurs œuvres, parmi lesquels les oiseaux qui fréquentent le bord de l’eau : héron, aigrette, canard mandarin… Le martin-pêcheur n’y a évidemment pas échappé 🙂

Ci-dessous, voici une petite dizaine d’exemples (choix totalement subjectif). Je vous mets au défi de rester de marbre devant tant de beauté ; attention les yeux 🙂

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Zhao Shao Ang

Zhao Shao Ang (1905-1998) est l’un des plus célèbres peintres de l’école de Ling Nan. Ci-dessous, deux de ses représentations de martin-pêcheur. Cet oiseau est connu pour vivre de façon solitaire. Deux exceptions qui confirment la règle : le couple de martins-pêcheurs (mais le mâle et la femelle se séparent peu de temps après la naissance des petits) et la fratrie des jeunes martins-pêcheurs (qui se disperseront très rapidement, pour chacun trouver un territoire à défendre).

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Qi Baishi

Raconter le monde en 2-3 coups de pinceaux… Qi Baishi (1864-1957) fait partie des peintres du XXe siècle les plus célèbres (et les mieux cotés) de Chine. D’un milieu modeste et campagnard, il a toujours observé les animaux, même les plus petits, comme la cigale. Ci-dessous, un martin-pêcheur qui lorgne sur une libellule (le martin-pêcheur ne mange pas que des poissons, il consomme aussi des insectes). Je n’ai malheureusement pas pu trouver sur internet la reproduction d’une des plus sublimes (selon moi) représentations du martin-pêcheur par Qi Baishi, mais on la trouve dans le très beau livre Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages (éditions Picquier, 2015) : Lotus et martin-pêcheur (peint en 1921).

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Wang Xuetao

Wang Xuetao (1903-1982) a également peint de nombreux martins-pêcheurs. J’imagine que quand on commence, on ne peut plus s’arrêter !! J’aime énormément cette peinture et en particulier, bien sûr, la représentation presque humoristique, en tous les cas très affectueuse, de l’animal. En outre, on est vraiment là au plus près du quotidien de l’oiseau bleu : l’artiste semble avoir élu domicile parmi le feuillage, dormi dans les fourrés, pour observer le martin-pêcheur par en dessous. Les Chinois sont vraiment des amoureux de la nature…

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Li Kuchan

Li Kuchan (1899-1983) a étudié avec Qi Baishi (voir un peu plus haut), qui le considérait comme son meilleur élève. Il est connu pour sa représentation d’oiseaux de proie. Ci-dessous, Li Kuchan nous offre le plaisir d’admirer un martin-pêcheur au cœur de son élément, parmi la végétation des bords de l’eau, surplombant son territoire (qui est en général de quelques kilomètres de long).

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Tang Yun

Tang Yun (1910-1993) a également beaucoup représenté le martin-pêcheur : certains sur rouleau, mais aussi parfois sur éventail. Celui-ci fait environ 18 cm x 55 cm. Vous aurez pu le constater tout au long de cet article : dans l’imaginaire chinois, le martin-pêcheur est quasiment indissociable du lotus. Je donnerais beaucoup pour pouvoir m’exhiber avec un pareil éventail 🙂

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Et ci-dessous, une ravissante oeuvre de 1949 (53 cm x 105 cm) :

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J’espère avoir su vous faire partager mon admiration pour ces éloges à la nature et au kingfisher.

Pour aller plus loin :

  • pour avoir une idée beaucoup plus large des nombreuses œuvres de tous ces artistes formidables, il suffit de taper leur nom sur le site MutualArt
  • un spot pour l’observation des martins-pêcheurs d’Europe conseillé par la Salamandre (revue suisse qui fait le bonheur des curieux de nature) : le centre nature de La Sauge, près de Cudrefin, en Suisse. Bon, je crois que dès que j’ai 3-4 jours, je prépare mon sac ! 🙂