Animaux cryptiques : pour vivre heureux, vivons cachés

saandip nandagudi

(papillon-feuille morte ou Kalima inachus, photo de Saandip Nandagudi)

Camouflage, mimétisme, couleurs cryptiques… il n’est pas forcément évident de s’y retrouver. Dans le but d’y voir plus clair, j’ai fait quelques recherches sur internet. Mais plus je lisais d’informations sur le sujet, moins j’étais sûre d’y comprendre quoi que ce soit (et de pouvoir me fier à ce que je lisais). Finalement, fidèle à mon amour des livres, j’ai décidé de me procurer un vieux bouquin repéré sur internet : Camouflage et mimétisme chez les animaux, par Michael et Patricia Fogden, paru en 1974 aux éditions Nathan.

On a beau dire, dans de nombreux domaines, les livres font la différence ! Probablement parce qu’un projet éditorial demande, par définition, un investissement important (de la matière grise, du temps, une vérification assidue des informations, une équipe, un budget…) que bon nombre de sites internet n’exigent pas…

Camouflage et mimétisme chez les animaux n’est évidemment pas exempt de petites lacunes. Dans les années 70, on ne faisait par exemple pas d’aussi belles photos qu’au XXIe siècle. Et puis, visiblement, les noms attribués aux espèces observées ont, depuis, évolué (ou se sont précisés)… Mais Michael et Patricia Fogden ont réalisé pour cet ouvrage un travail considérable, sans jamais oublier d’injecter dans leur texte une bonne dose de pédagogie. Voici comment ils font le distinguo entre camouflage et mimétisme (déguisement) :

Il est usuel de distinguer camouflage et déguisement, bien que les deux catégories diffèrent si imperceptiblement qu’il est parfois difficile d’affecter un animal cryptique à l’une ou à l’autre. Néanmoins la distinction est utile : le camouflage brise les lignes de contour d’un animal, le confondant avec l’arrière-plan, tandis que le déguisement fait un animal qui ressemble à une partie bien définie, mais inanimée de son environnement, qui n’intéresse pas les prédateurs et qui ne déclenche pas l’alarme des proies. Autrement dit, le camouflage efface l’animal du paysage, tandis que le déguisement l’empêche d’être reconnu pour ce qu’il est, même s’il est facile à voir.

Précision : les deux auteurs ne parlent pas de mimétisme mais de déguisement car le mimétisme est une notion plus vaste, qui comprend également par exemple l’imitation d’un autre animal (queue d’une chenille qui imite la tête d’un serpent, serpent inoffensif qui imite un serpent venimeux, ocelles d’un papillon qui imite des yeux impressionnants pour les prédateurs, etc).

Ce bouquin qui sent bon le vieux grenier m’a donc aidée à mieux appréhender le très large éventail des stratégies adaptatives utilisées chez les animaux pour se planquer !

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Le camouflage

engoulevent d'europe

(l’engoulevent d’Europe se camoufle grâce à une combinaison de techniques : couleurs cryptiques, immobilité, déplacement selon la position du soleil pour réduire son ombre, yeux fermés)

Exemples de techniques de camouflage (souvent combinées) :

  • évoluer dans un milieu où l’on passe inaperçu : le fennec qui arbore les couleurs du désert, le papillon de nuit qui passe ses journées incognito sur un tronc d’arbre, la panthère des neiges qui évolue dans un paysage rocailleux en toute discrétion, la vipère Atheris chlorechis qui disparaît dans le feuillage  tropical…
  • posséder une livrée qui change de couleur selon les saisons et devient blanche en hiver (hermine, lagopède alpin… j’en parlais dans un article précédent)
  • changer de couleur très rapidement : pieuvres, seiches
  • changer de couleur en quelques minutes : le caméléon
  • changer de couleur en quelques jours ou quelques semaines : certaines araignées, certains poissons…
  • arborer un pelage moucheté qui imite les trouées du soleil dans le feuillage : le faon du chevreuil
  • s’aplatir ou se plaquer à son support pour éviter l’ombre portée, qui est une source de repérage : geckos, papillons de nuit le jour…
  • se tourner graduellement vers le soleil pour limiter l’ombre portée
  • fermer ou plisser les yeux (car les cercles concentriques et la brillance des yeux sont des sources de repérage)
  • suivre le mouvement des éléments environnants (en cas de danger, le butor étoilé berce son cou au rythme des roseaux agités par le vent)

En outre, certains oiseaux qui nichent au sol pondent des œufs quasiment invisibles dans leur environnement. C’est le cas du pluvier gravelot ou de l’huîtrier. En cas de danger, les parents s’éloignent d’ailleurs du nid pour ne pas attirer l’attention du prédateur sur les œufs.

Le camouflage va de pair avec l’immobilité, et s’accommode éventuellement de mouvements lents, furtifs.

(on ne présente plus le charismatique poisson-pierre, qui sait pourtant se faire oublier parmi les rochers)

poisson-pierre

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Le mimétisme

Comme pour le camouflage, le mimétisme permet aux animaux de ne pas se faire repérer par leurs prédateurs et parfois d’approcher leurs proies avec la plus grande discrétion.

Le mimétisme donne à l’animal l’apparence d’un objet inanimé spécifique de son environnement : feuille morte, amas de feuilles, tige, fleur, bourgeon, épine, fiente d’oiseau, morceau de bois, algue…

Phyllium giganteum

(Phyllium giganteum, photo Andrea & Antonella Ferrari)

Tout le monde connaît le Phyllium giganteum. Cette créature ressemble à un amas de feuilles, par endroits grignotées par les insectes. Citons entre autres exemples : le serpent-liane, la grenouille cornue de Malaisie qui ressemble à s’y méprendre à une feuille morte, les papillons Kalima, les phasmes, la mante-orchidée, l’hippocampe-algue ou encore l’ibijau, un oiseau qui se fait passer avec un talent stupéfiant pour un morceau de bois (j’en parlais ici il y a quelques mois).

(Uroplatus phantasticus, un gecko arboricole endémique de Madagascar)

Uroplatus phantasticus

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Pour aller plus loin :

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L’être humain dans l’esthétique chinoise

hu yongkai

(peinture contemporaine de Hu Yongkai)

Quelles que soient les époques, l’esthétique chinoise a toujours décrit ou chanté la beauté de la nature, la solitude bienfaitrice ou mélancolique de l’anachorète, le plaisir des sens, le dépouillement heureux ou encore la vacuité de l’existence humaine. Et il est frappant de constater à quel point ces sujets sont encore évoqués par les artistes chinois du XXe siècle avec une fraîcheur intacte…

Dans de très nombreuses œuvres chinoises, la nature occupe toute la scène et l’humain y est quasiment absent (si ce n’est dans la description du sentiment de l’artiste face à une nature souveraine). J’ai voulu, au contraire, illustrer cet article avec quelques poèmes et peintures qui incluent la présence humaine et chantent la joie de vivre !

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Le gynécée langoureux de Hu Yongkai 

Ci-dessus et ci-dessous, deux ravissantes peintures de Hu Yongkai. L’artiste est né à Pékin en 1945 et vit actuellement aux États-Unis. Il représente principalement des femmes coquettes ou oisives, souvent dans leur intérieur. Mais la nature reste toujours présente dans les œuvres de Hu Yongkai, grâce à un paravent fleuri, un bouquet de fleurs éclatantes ou encore une fenêtre qui donne sur des éléments végétaux.

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Shitao, amoureux de la beauté 

Shitao naquit en 1642 (fin de la dynastie Ming) et fut élevé par des moines bouddhistes. Il était surnommé le moine Citrouille-Amère. Il a excellé dans tous les genres picturaux : paysages, végétaux, portraits…

La peinture ci-dessous m’émerveille littéralement. La brume y fait une apparition théâtrale et la présence humaine y est à la fois minuscule et évidente. Cette oeuvre n’aurait évidemment pas du tout la même portée si on n’y décelait aucune présence humaine. C’est la silhouette de l’ermite qui donne toute sa beauté à ce paysage onirique, car c’est grâce à elle qu’on éprouve, d’instinct, en admirant cette scène de promenade, l’émotion d’évoluer dans un tel paysage…

shitao

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La douce folie de Han Shan

Han shan est un poète et ermite chinois du IXe siècle. C’est sur des bambous, des arbres, des rochers et sur les murs des maisons que cet artiste au cœur « pur comme un lotus blanc » a écrit ses poèmes. Les villageois se moquaient de lui et le prenaient pour un dingue. Il était considéré comme un marginal ou un illuminé. Voici deux de ses textes :

une chaumière de paysan, ma demeure d’homme sauvage
devant la porte, carrosses et chevaux se font rares
dans les bois sombres, les oiseaux se rassemblent
dans le torrent profond, les poissons abondent –
accompagné de mon fils, je cueille les fruits de la montagne
avec ma femme je laboure les champs inondés –
dans la maison, qu’y a-t-il ?
juste un lit encombré de livres…

~

mes livres regorgent de poèmes de lettrés savants
ma cruche déborde du vin des sages
en balade j’aime contempler les vaches et leurs veaux
assis, le vin et les livres sont disposés à mes côtés –
le givre et la rosée imprègnent le toit de chaume
la lumière de la lune éclaire la fenêtre ronde –
après avoir bu deux coupes, je déclame deux ou trois poèmes

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Le monde « simple et tranquille » de Lao Shu

Voici maintenant une peinture et deux poèmes de l’artiste chinois contemporain Lao Shu (« vieil arbre »), de son vrai nom Liu Shuyong. Peintre-poète, Lao Shu est également critique d’art et il donne des cours à l’Institut des médias et de la culture de Pékin.

lao

Théiers dans les champs,
Luxuriance des jeunes feuilles.
Vient le temps où les fleurs tombent
Quand arrivent brumes et bruines.
Théiers dans les champs,
On cueille en chuchotant.
Le chant des oiseaux
Résonne au fond de la vallée,
Tout est poème.

~

Je songe fortement à m’évader
Pour vivre dans les montagnes désertes
Bâtir une cahute en forêt devant les fleurs.
Enfermé, j’y lirai des livres érotiques,
Dehors, je cultiverai mon potager.
Souvent, je me livrerai à des jeux amoureux,
Par hasard, des amis viendront me voir.
Je n’aurai qu’un désir : m’éloigner de la vie mondaine,
Ne pas jouer au prétentieux ou au mystificateur.
Car, en fin de compte, mes cendres
Finiront au fond d’un ravin, emportées par le flot.

*

Pour aller plus loin :

  • les éditions Moundarren proposent un sublime recueil des poèmes de Han Shan, intitulé Merveilleux le chemin de Han Shan
  • depuis 2011, le peintre-poète contemporain Lao Shu tient un blog en chinois, sur lequel il édite régulièrement ses textes et ses peintures
  • les éditions Philippe Picquier, spécialisées dans l’Asie, ont édité en octobre 2017 un très bel ouvrage consacré aux peintures et poèmes de Lao Shu : Un monde simple et tranquille (cliquer sur « extrait » pour découvrir une vingtaine de ses petits chefs d’oeuvre)

Biodiversité : renouons avec la France sauvage

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(renard curieux)

Ré-ensauvageons la France : voici le titre enthousiasmant du dernier ouvrage de Stéphane Durand et Gilbert Cochet, deux spécialistes de la biodiversité. Le livre vient de paraître aux éditions Actes Sud, dans une collection prometteuse intitulée Mondes sauvages, pour une nouvelle alliance. La collection Mondes sauvages a pour magnifique ambition de repenser notre rapport au sauvage. Elle a déjà quatre titres à son actif.

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Les deux amoureux de la nature ont travaillé sur différents films de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur, Océans, Les Saisons) et ont chacun écrit plusieurs livres. Ils sont tous les deux administrateurs de l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS). Gilbert Cochet, président de l’association Forêts sauvages, travaille également avec le Muséum national d’histoire naturelle.

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L’extraordinaire potentiel de biodiversité de la France

Le but de cet ouvrage : faire prendre conscience, aux citoyens autant qu’aux politiques (les décideurs), que la France a un potentiel extraordinaire de biodiversité et qu’avec des efforts sincères, nous pouvons lui redonner son vrai visage : celui d’un pays à la nature immensément sauvage et libre, que ce soit en termes de paysages, de faune ou de flore !

Il s’agit d’un livre résolument optimiste (parce qu’il prend la peine de récapituler tout ce qui a déjà été fait dans le bon sens, et parce qu’il imagine un avenir toujours plus encourageant), très bien renseigné et pragmatique, qui n’oublie pas de faire rêver le lecteur. Ce bouquin déconstruit également bon nombre de clichés. Exemples : les vertus prétendument régulatrices de la chasse, du pâturage ou des barrages… Haro sur la chasse, les  aménagements territoriaux, l’urbanisation ! Il nous faut apprendre à ne plus percevoir la nature comme hostile, à ne plus considérer les animaux sauvages comme nuisibles !

En évoquant tour à tour les grands milieux qu’offre le territoire français (montagnes, falaises, forêts, marais, côtes, océans), Stéphane Durand et Gilbert Cochet nous emmènent en randonnée et nous montrent tout ce qu’un ré-ensauvagement du pays (moins de déboisement, moins de pâturages, moins de barrages et de digues, moins de drainages, moins de chasse et de pêche, moins d’agriculture intensive, moins de fractionnement des espaces naturels…) apporterait en termes de diversité et de richesses naturelles 🙂

(en 40 ans, le hibou grand duc a multiplié ses effectifs par dix en France)

hibou grand duc

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Voici quelques extraits qui donnent une idée de la variété des sujets abordés au cours des 176 pages de cet ouvrage.

Le formidable potentiel économique du tourisme vert 

Aux quatre coins du monde, on remarque que l’écotourisme est très rentable.

A l’heure où l’on ne sait plus à quel saint se vouer pour faire revenir la croissance et ses richesses, nous allons démontrer que favoriser le retour à la nature sauvage dans notre pays est un excellent moyen de créer des emplois et des opportunités économiques. (…) Nous sommes persuadés que la biodiversité est l’enjeu économique de demain. Et la France a le potentiel pour devenir le leader européen. C’est un cadeau de la nature. Profitons-en !

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L’exemple du bison, déjà réintroduit en Allemagne 

A priori, le bison ne reviendra pas de lui-mêle en France, il est trop casanier pour cela. Une réintroduction par l’humain sera donc nécessaire…

Le bison, réintroduit en Allemagne à proximité de nos frontières, pourrait atteindre nos territoires, largement propices à son retour. (…) Il pourrait être réintroduit en forêt de Chaux, d’Orléans et dans les Ardennes. Les Allemands ont relâché des bisons dans le massif de Rothaargebirge, en Rhénanie-Westphalie, et se sont rendu compte qu’ils étaient très casaniers et s’accommodaient fort bien de la proximité d’une forte densité humaine.

(à quand le retour du bison dans le Vercors, les Vosges, le Jura, les Pyrénées ?)

bison

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Comment le saumon retrouve-t-il la rivière dans laquelle il est né ?

Chaque année, les saumons remontent la rivière dans laquelle ils sont nés, pour y frayer (pondre leurs œufs). Malheureusement, les barrages interrompent leur trajet, et de fait, de nombreuses structures n’ont pas encore été adaptées aux poissons migrateurs.

Comment y parviennent-ils ? En captant le goût unique de la rivière de leur naissance, un savant cocktail chimique fait de la décomposition de telles espèces de feuilles mélangées à tels et tels minéraux issus de l’érosion de la roche environnante dans des proportions uniques qui signent à coup sûr (si l’on est aussi sensibles qu’un saumon) ce ruisseau.

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Cassons les préjugés sur la répartition territoriale de notre biodiversité

De nombreuses espèces animales se limitent aux montagnes à cause de la chasse et de la destruction de leurs habitats.

Une autre belle surprise est celle de constater que les animaux que l’on pensait inféodés aux milieux rupestres sont tout à fait capables de vivre loin des rochers et des falaises. Le chamois descend des montagnes jusqu’à la Méditerranée, le grand corbeau niche en forêt de Haguenau et le hibou grand duc dans les forêts de la Dombes. Ce sont tous de « faux rupestres » qui ne le sont devenus que contraints et forcés par une traque continue exercée pendant des siècles. De même, les phoques veaux marins, désormais protégés, viennent explorer fleuves et rivières. Aujourd’hui, laissées enfin tranquilles, ces espèces se réapproprient tout simplement leurs aires de répartition normales.

(le chamois est revenu de lui-même dans les Maures)

chamois

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Un espace protégé bien trop réduit en France

On lit parfois que la France protège 20 à 30 % de son territoire, mais c’est en comptant les parcs naturels régionaux, qui n’établissent que des chartes de bonne conduite sans protection concrète sur le terrain. Les surfaces sont donc encore très faibles. A peine 1 % du territoire bénéficie d’une protection : ce sont les cœurs des parcs nationaux, les réserves naturelles, les réserves biologiques intégrales.

(une tortue caouanne est venue pondre ses œufs à Fréjus en 2016)

tortue caouanne

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Le problème typiquement français de la chasse

Les études scientifiques démontrent que la régulation de la nature par la chasse est un argument fallacieux. Les espèces s’auto-régulent, selon leur densité.

Concernant la faune forestière, le point crucial serait de parvenir enfin à réduire drastiquement le prélèvement. Nos voisins européens qui ont des territoires plus petits et des densités humaines plus grandes accueillent paradoxalement des populations animales plus importantes (2 millions de chevreuils en France et 8 millions en Allemagne). L’intense pression de chasse est un problème typiquement français, lié en partie à la crainte d’être envahis par des hordes d’animaux sauvages hors de tout contrôle.

(en 2018, les Français ont encore le droit de chasser le lagopède)

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La moule perlière, sentinelle de la pollution des eaux douces

L’agriculture non-bio pollue énormément les rivières.

Les bio-indicateurs les plus intéressants de la santé des rivières sont les moules perlières car elles sont les plus exigeantes. Elles ne supportent pas la moindre trace de nitrate. Quand les conditions sont réunies, les moules perlières peuvent être très nombreuses. Sa population en France n’est plus que de 100 000 individus dispersés dans une centaine de rivières. (…) La moule perlière est si sensible, si exigeante quant à la qualité des eaux qu’il suffit d’une seule ferme en agriculture conventionnelle pour polluer tout un bassin versant.

(la moule perlière est en déclin)

moule-perliere-kregen-dour-dous-riviere

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Pour aller plus loin :

  • l’association Aspas (Association de Protection des Animaux sauvages) rachète des forêts pour créer des réserves sous le label « Réserve de Vie Sauvage ». Seule activité humaine autorisée sur ces zones : la promenade !
  • l’association Aspas parle très bien du bouquin ici
  • voici une page de ConsoGlobe sur l’écotourisme en France
  • la biodiversité en France résumée par l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel)

Nouvelle-Guinée : un paradis pour les plus beaux oiseaux du monde

paradisaea rudolphi

(paradisier bleu ou Paradisaea rudolphi, mon préféré)

Avez-vous déjà entendu parler des oiseaux de paradis ? Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, « paradisiers » ou « oiseaux de paradis » ne sont pas des termes qui définissent l’ensemble des oiseaux d’allure exotique. Il s’agit en réalité d’un taxon (scientifique) regroupant précisément 39 oiseaux de Nouvelle-Guinée (la troisième plus grande île du monde).

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Si le mot de « paradis » a naturellement été choisi pour nommer le taxon des Paradisaeidae, c’est parce qu’ils sont tellement beaux qu’on les croirait venus d’un monde rêvé, fabuleux. Le naturaliste Alfred Russel Wallace, qui les a observés au XIXe siècle, les a décrits comme « les plus belles et les plus merveilleuses des créatures vivantes ».

Ce qui fascine les biologistes et les ornithologues chez les paradisiers :

  • leurs caractéristiques physiques (queue en ruban, plumes qui jaillissent de la tête, explosion de couleurs, teintes métalliques, etc.)
  • leurs comportements extraordinaires lors des parades nuptiales (certains se suspendent la tête en bas comme le paradisier bleu ci-dessus, d’autres rebondissent sur leurs pattes, étendent les ailes, font des éventails, etc.)
  • … mais également l’incroyable diversité des espèces de ce taxon : 39 oiseaux de paradis et tout autant de silhouettes !

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Ci-dessous, en voici quelques-uns.

Voici le paradisier gorge-d’acier (Ptiloris magnificus), à la poitrine bleu métallique, en pleine parade nuptiale. Les parades amoureuses des paradisiers se font souvent dans les hauteurs de la canopée, mais parfois aussi dans les sous-bois, comme ici.

ptiloris magnificus

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Le paradisier royal (Cicinnurus regius), rouge vif et blanc, fait partie des plus petits paradisiers connus. Lors de la parade nuptiale, il agite au-dessus de sa tête les deux disques vert émeraude situés à l’extrémité de son corps. Voici à quoi il ressemble. Quelle petite merveille !

cicinnurus regius

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Le paradisier grand émeraude (Paradisaea apoda) fut intensément chassé à la fin du XIXe siècle pour la beauté de son plumage flamboyant. Les paradisiers sont dorénavant protégés par une loi qui en interdit la chasse. Mais ils souffrent malgré tout du braconnage et de la déforestation. Ils ont tout de même plusieurs points pour eux : pas de prédateurs (félins), pas de concurrence dans la recherche de nourriture (pas de primates, pas d’écureuils). En outre, la profusion de fruits que leur offre leur environnement leur permet de mettre peu d’énergie dans la recherche de nourriture, et de consacrer beaucoup de temps à la séduction et à la reproduction.

paradisiergrand emeraude

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Le paradisier de Victoria (Ptiloris victoriae), grâce à ses plumes aux extrémités arrondies, déploie un magnifique éventail lors de la parade amoureuse. L’aérodynamisme de ses ailes est altéré par la rondeur de ses plumes, mais cela ne lui pose pas de problème majeur : dans l’environnement qui est le leur, les paradisiers n’ont pas de prédateurs.

paradisier de guillaume

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La queue du paradisier à rubans (Astrapia mayeri) est 3 fois plus longue que son corps. Comme le reste de son plumage, ses deux superbes plumes blanches tombent et repoussent annuellement, pour exposer toute leur beauté à la saison des amours.

astrapia mayeri

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Pour la parade amoureuse, le paradisier multifil (Seleucidis melanoleucus) se positionne systématiquement sur une branche verticale ou un tronc s’élevant au dessus de la forêt. Pour l’envoûter, le mâle balaye le bec de la femelle avec les douze fils (voir photo) qui terminent sa queue.

Twelve-wired Bird of Paradise (Seleucidis melanoleuca)

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Voici les caractéristiques communes aux différents oiseaux de paradis : 

  • ils vivent tous dans la même région : Nouvelle-Guinée + îles voisines + côte Nord-Est de l’Australie
  • ce sont des oiseaux forestiers, et souvent montagnards
  • ils ont une alimentation omnivore (mais mangent principalement des fruits)
  • ils présentent des pattes et becs solides (qui leur permettent d’extraire les fruits et les noix)
  • leur dimorphisme sexuel est très marqué (les femelles ne ressemblent pas aux mâles)
  • les mâles ont un plumage extravagant
  • le comportement des mâles lors des parades amoureuses est sophistiqué
  • les mâles n’ont aucun rôle parental : polygynie (ils s’accouplent avec autant de femelles que possible)
  • leur nid est en général composé de lianes et vrilles d’orchidées
  • leur espérance de vie est d’environ 30 ans
  • en général, ils pondent un œuf unique, une fois par an

Pour aller plus loin : 

Je ne peux que vous inviter, si les oiseaux de paradis vous intéressent, à découvrir le livre Oiseaux de paradis édité chez Delachaux et Niestlé, qui retrace le formidable travail du biologiste et photographe animalier Tim Laman (la plupart des photos que j’ai utilisées pour cet article sont de lui) et de l’ornithologue Edwin Scholes. Voici une fiche qui résume plutôt bien leur bouquin : ici. L’ouvrage coûte 39 euros, et je pense qu’il est disponible dans pas mal de bibliothèques.

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N’hésitez pas également à jeter un œil sur le site officiel du photographe Tim Laman, qui bosse notamment pour National Geographic : ici. Et son blog se trouve .

Pour finir, voici le site officiel du Birds of Paradise Project, mené par Tim Laman et Edwin Scholes : ici  

69396(le photographe Tim Laman perché dans un arbre)

L’enfant, un espoir pour l’animal

Comme-toi

Comment apprendre aux enfants la bienveillance envers les animaux ? comment les sensibiliser au respect de toutes ces créatures mystérieuses et pourtant si semblables aux êtres humains en de nombreux points ?

C’est ce à quoi s’est attelé Jean-Baptiste Del Amo avec ce joli livre de 24 pages, Comme toi, aux éditions Gallimard Jeunesse (septembre 2017) à 9,90 €.

Écrivain français talentueux, Jean-Baptiste Del Amo a obtenu le prix Livre Inter pour Règne animal en mai 2017 (un roman qui parlait déjà beaucoup d’animaux). Il milite pour la cause animale au sein de l’association L214.

La dessinatrice, Pauline Martin, n’en est pas à son premier ouvrage pour enfants. Elle a par exemple déjà illustré Mon amour, Un amour de petite sœur ou encore Ce que papa m’a dit.

Voici un extrait du texte de Comme toi, égrainé page après page, avec philosophie et douceur :

Comme toi, j’aime la douceur, les câlins et les caresses. Savoir que quelqu’un me protège. Comme toi j’aime jouer avec mes copains, et parfois faire des bêtises ! Comme toi j’ai mon caractère. Je suis unique parmi tous mes semblables. Et même si nous sommes tous différents, j’ai comme toi un cœur qui bat…

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Sans en avoir l’air, cet ouvrage, à lire aux enfants dès 3 ans, leur apprend énormément de choses sur ce que nous avons en commun avec les bêtes (nos animaux domestiques, mais aussi les animaux d’élevage et les animaux sauvages comme l’écureuil, le gorille ou encore le tigre). Car, comme nous :

  • les animaux ont une famille
  • ils tissent des liens, des affinités avec d’autres individus de leur « tribu »
  • ils apprécient la douceur, la tendresse, les câlins
  • ils ont besoin de leurs parents, de se sentir protégés quand ils sont jeunes
  • ils aiment jouer
  • ils souffrent physiquement
  • ils souffrent mentalement, ont des angoisses, des peurs
  • ils ont chacun leur caractère
  • ils ont des besoins vitaux, mais aussi des préférences
  • ils ne peuvent s’épanouir que dans un milieu qui répond à leurs besoins
  • ils communiquent entre eux
  • ils transmettent, inculquent et apprennent
  • ils ont besoin d’être libres de leurs mouvements pour être heureux

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Les animaux ne nous doivent rien et nous n’avons moralement pas le droit de les exploiter. C’est évidemment l’idée que souhaite transmettre Jean-Baptiste Del Amo aux enfants (naturellement ouverts à la question), sans pour autant braquer les parents (souvent moins empathiques ou moins ambitieux) : stop aux cirques, stop aux zoos, stop à la consommation de produits animaux. Si ce n’est pas vous qui faites la révolution, ce sera vos jolies têtes blondes. Encourageons-les 🙂

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Pour aller plus loin :

  • le site officiel de l’association L214 se trouve ici
  • j’ai consacré un article à la psychologue Dominique Droz, spécialisée dans les difficultés de l’enfant, suite à sa conférence sur l’importance des animaux pour les enfants, ici, en 2016 : L’animal dans le cœur des enfants
  • j’ai consacré un article au roman Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, cet été, ici : Des animaux et des brutes

 

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Poétique de la libellule

Daniel Magnin

(photographie de Daniel Magnin)

Quand on grandit au bord d’une rivière, on côtoie naturellement les libellules et les grenouilles. Ces animaux habitent mon imaginaire et avec le temps, cet attrait n’a fait que grandir. Quoi de plus merveilleux qu’une nuée de libellules batifolant au dessus de la végétation verdoyante d’un point d’eau ? quoi de plus harmonieux et de plus inspirant qu’une demoiselle qui vient délicatement se percher sur sa brindille, au dessus d’une rivière ensoleillée, royaume de saules, de joncs ou d’herbes folles ?

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L’ouvrage Ma vie de libellule vient de paraître aux éditions de la Salamandre. J’ai succombé, je l’ai acheté ! Et j’ai pu constater avec bonheur qu’il était en très bonne place sur la table du rayon Animaux de la librairie. Il s’agit du travail de collaboration de deux amoureux de la nature : le photographe Daniel Magnin et le philosophe et naturaliste Alain Cugno, qui avait déjà écrit, entre autres, La Libellule et le Philosophe, aux éditions de l’Iconoclaste.

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Ce livre retrace avec pédagogie et humour tout le cycle d’une fée d’eau douce : ponte, vie de larve, éclosion, vie aérienne, chasse, accouplement, et de nouveau, ponte. Les libellules s’y expriment à la première personne, ce qui favorise l’immersion du lecteur dans l’univers de l’animal, mais également son empathie pour ce petit être délicat.

On apprend par exemple dans cet ouvrage que les larves de libellule vivent entre 2 et 5 ans avant de ramper à la surface de l’eau et de quitter leur exuvie, ou encore que les libellules ont côtoyé les dinosaures (puisqu’il s’agit d’un des plus vieux insectes du monde) et qu’elles faisaient alors jusqu’à 70 cm d’envergure !

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Les photographes qui travaillent pour les éditions de la Salamandre s’engagent à suivre une charte rigoureuse, respectueuse des espèces et des milieux (label Photographie Nature Responsable). On retrouve l’intégralité de cette charte sur leur site internet. Il s’agit, par exemple :

  • de conserver une distance d’observation pour éviter de provoquer l’envol, la fuite ou l’effroi
  • de renoncer à prendre une photographie si cela peut perturber durablement l’animal ou son environnement
  • de pratiquer un travail très discret (pour ne pas contrarier les animaux)
  • ou encore de ne pas truquer l’image

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Pour aller plus loin :

  • une émission très sympathique de 45 minutes, intitulée Pourquoi les libellules ? sur RFI, avec 2 entomologistes (en 2 parties) : ici puis ici
  • de l’importance de protéger les zones humides : ici
  • le site internet des éditions de la Salamandre se trouve ici
  • Daniel Magnin propose, sur son site officiel, une généreuse galerie de photographies : ici

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Désobéir pour les animaux

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Désobéir n’est pas forcément synonyme de violence ou de destruction. Il y a mille et une façons de désobéir à un système qui refuse de prendre en compte les valeurs auxquelles nous croyons, comme par exemple, le respect des animaux. C’est le sujet du livre Désobéir pour les animaux, ouvrage collectif et auquel a participé Brigitte Gothière (co-fondatrice et porte-parole de l’association L214), publié en 2016 aux éditions du Passager clandestin, dans la collection Désobéir (5 € seulement). Ce petit manifeste antispéciste a plusieurs vertus :

  • il fait un état des lieux de la situation misérable des animaux en Europe
  • il récapitule l’histoire (les grands moments) de la désobéissance en faveur des animaux et souligne la portée positive de ces actes
  • il s’agit donc également d’un hommage aux militants, par exemple à Barry Horne, mort en novembre 2001 à la prison de Long Lartin, de sa dernière grève de la faim
  • il nous donne des tas de tuyaux, d’exemples, pour agir

Quelques exemples de désobéissance civile en faveur des animaux :

  • participer à des manifestations antispécistes, occuper la rue
  • distribuer des tracts
  • boycotter la vente des produits animaux (viande, poisson, lait, œufs, cuir, laine…)
  • lancer des pétitions, signer des pétitions
  • ramasser les déchets en plastique sur les plages pour éviter que les animaux marins ne les ingurgitent
  • faire barrage : à la chasse à courre, à la corrida, aux camions qui transportent les animaux vers les abattoirs…
  • filmer et diffuser la souffrance animale : montrer les réalités des industries de la mort
  • prendre contact avec la police ou la gendarmerie en cas de constat de maltraitance

Au delà de ses nombreux repères historiques et exemples d’actions, ce bouquin est également truffé de notions essentielles. En voici quelques-unes :

Communiquer efficacement

Henry Spira élabora progressivement au cours de ses campagnes une stratégie non-violente qui inspira de nombreux activistes à travers le monde. Il insiste notamment sur l’importance de garder le contact avec la réalité, de choisir un objectif en fonction de sa faisabilité et des souffrances infligées, d’établir des sources crédibles et documentées d’information, d’éviter le manichéisme, de privilégier le dialogue tout en étant prêt à la confrontation si celui-ci échouait, d’éviter la bureaucratie. Spira souligne aussi que les faits réels sont assez terribles pour qu’on ne cherche pas à exagérer les faits, ce qui compromettrait la crédibilité.

Un monde dans lequel le spécisme et le carnisme sont la norme

La consommation de viande relève d’un choix surdéterminé socialement : on commence à consommer de la viande avant d’être en mesure de comprendre qu’il s’agit de chair animale. On nous enseigne ensuite le conformisme et l’identification à notre gastronomie, particulièrement valorisée en France. Enfin, la réalité de l’élevage et de l’abattage, prix à payer pour obtenir de la viande, est dissimulée. Le marketing, en particulier, s’emploie à la fois à perpétuer la fiction d’une vie heureuse pour l’animal (à l’aide d’images bucoliques très différentes de la réalité concentrationnaire) tout en désanimalisant la chair de celui-ci qui n’est plus que « de la viande ».

Schizophrénie morale

Notre système juridique français est d’ailleurs à l’image de cette « schizophrénie morale » : il punit de deux ans d’emprisonnement et de trois mille euros d’amande « le fait d’exercer des sévices graves ou des actes de cruauté sur un animal », mais n’interdit absolument pas que l’on martyrise certains animaux tant que cela se passe dans le cadre « réglementé » de l’élevage ou du laboratoire, du gavage des canards et des oies ou de la corrida, où une « nécessité » voire « une tradition » peuvent être invoquées.

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Pour en savoir plus :

  • les éditions du Passager Clandestin ont un site internet : ici
  • comprendre l’antispécisme : ici

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