Des conditions de travail moins sordides pour les ânes de Santorin

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(pour cet article sur les ânes de Santorin, en Grèce, j’ai choisi des photographies prises en Italie par Rachele Totaro, dans un sanctuaire qui recueille des ânes ayant souffert)

Sur la célèbre île des Cyclades, chaque jour, de nombreux ânes sont sommés d’assurer le transport des touristes et de leurs bagages, depuis le port jusqu’à la ville principale, Thera, située quelques centaines de mètres plus haut. Depuis plusieurs années, les militants de la cause animale protestent contre la surexploitation de ces pauvres équidés. On a en effet transformé ces animaux en attraction touristique et en machines à sous sans se soucier de leur bien-être et de la manière dont ils vivaient cette mission imposée.

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Mais régulièrement, les touristes clairvoyants (ou tout simplement empathiques ?) et les militants constatent que ces pauvres animaux vivent une véritable épreuve :

  • pas d’accès à l’eau
  • pas d’abri à l’ombre pendant les pauses
  • des plages de travail très importantes
  • des selles non adaptées, des brides de mauvaise qualité
  • des charges trop lourdes (bagages importants, touristes obèses)
  • de la maltraitance, des coups de la part des âniers

(un âne en paix)

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La municipalité de Santorin réagit enfin !

Suite à une nouvelle vidéo qui montre un muletier donner des coups violents à l’une de ses bêtes, un groupe de militants grecs (trois associations de défense des équidés et une association végane) sont venus s’opposer aux âniers. Une énième altercation qui a enfin poussé la municipalité de Santorin à réagir en réunissant associations et propriétaires des ânes. La mairie a ainsi déclaré le 28 juillet que plusieurs mesures seraient prises :

  • des animaux correctement abreuvés
  • des abris à l’ombre pour les temps de pause
  • des horaires de travail encadrés
  • une limitation du poids des charges
  • l’exclusion des propriétaires violents

Affaire à suivre, donc !

(deux amis)

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Pour aller plus loin :

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Lutter efficacement pour les animaux

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(illustration de Erich Heinemann)

En découvrant des illustrations aussi ravissantes et intelligentes que celle-ci, je me dis une fois de plus que la littérature enfantine est une mine d’or pour communiquer sur les sujets importants… !

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Dans le cadre du cycle Révolutions animales organisé par la Cité des Sciences et de l’Industrie, j’ai assisté samedi dernier à une conférence sur la protection animale dans le monde, animée par trois intervenants :

  • Sophie Duthoit, doctorante en droit animalier
  • Melvin Josse, doctorant en sciences politiques
  • Dirk-Jan Verdonk, président de la Coalition des Organisations de Protection des Animaux (CDON) aux Pays-Bas

Il ne s’agissait pas tant de faire un tour d’horizon de toutes les causes animales à défendre à travers la planète (projet vertigineux…) que de mettre en lumière la nécessité (et la complexité) à agir à dimension européenne ou internationale, en réunissant les ressources de plusieurs pays, pour mieux défendre certaines causes animales (exemple : les chiens errants en Roumanie).

Voilà ce que j’ai pu apprendre :

– Le mouvement animaliste regroupe des profils très différents, du plus modéré au plus radical. On peut ainsi établir un classement selon trois niveaux : le welfarisme (un état d’esprit modéré, qui cherche surtout à réformer des lois non adaptées, qui attend des améliorations), l’abolitionnisme réformiste (qui attend dans un premier temps des réformes et ensuite des abolitions) et pour finir l’abolitionnisme fondamentaliste (qui refuse en bloc les réformes et prône de façon catégorique l’abolition).

– Un constat fort : l’importance de combiner les actions d’ordre social (changer les comportements individuels) et les actions politiques (changer les règles de la société) : ces deux types d’actions sont complémentaires et doivent être pratiquées simultanément pour que les choses bougent.

– En parallèle du mouvement animaliste, plusieurs types de répressions anti-animalistes (principalement nourries par les agriculteurs, industriels de la viande, chasseurs, etc.)  ont vu le jour. Premier type de répression : la criminalisation discursive (le fait de communiquer sur l’idée que les animalistes sont des terroristes, des extrémistes ; dans le but de les discréditer). Deuxième type de répression : la criminalisation législative (faire sanctionner, par exemple, les défenseurs de la cause animale qui pénètrent illégalement dans un élevage ou un abattoir pour y prendre des photos choquantes ; dans le but de rendre opaques les méthodes non acceptables). Troisième type de répression : la criminalisation coercitive (qui consiste à intimider, faire perquisitionner, faire arrêter les individus qui défendent la cause animale). Bref, c’est la guerre…

La France est très en retard sur la législation par rapport à l’Europe et cela s’expliquerait principalement par un manque de cohérence dans les revendications et agendas des différents acteurs de la protection animale en France. Il s’agirait donc de mieux mettre en commun les ressources (financières, législatives, militantes) et de créer une coalition nationale ou une « structure relais ».

– L’association Four Paws (initialement anglaise, si je ne dis pas de bêtise), qui est devenu internationale étant donné son succès au-delà des frontières, a crée des sanctuaires pour les ours (dans les pays qui ont interdit l’utilisation des ours dans les cirques, spectacles) et les grands félins (que certains individus un peu timbrés trouvent amusant d’élever chez eux)…

– L’Union européenne reconnaît peu à peu plusieurs compétences dans le bien-être des animaux (alors qu’elle considérait jusque là que c’était tout simplement aux États membres de se débrouiller).

– Malheureusement, beaucoup de textes européens ne sont pas appliqués (concernant par exemple les poules pondeuses, les truies gestantes, l’expérimentation animale…). Le pays le plus récalcitrant serait la Pologne, mais encore une fois, la France est également hors-la-loi sur plusieurs textes.

– Un constat fort : l’importance de faire reconnaître la sentience, de créer des structures politiques autant nationales qu’européennes, de créer des entités judiciaires spécifiques au cas animal.

– Autre constat fort : l »importance de sanctionner plus sévèrement les États membres qui ne respectent pas les textes européens, et de clarifier la législation (avec l’emploi de mots justes et compréhensibles) car actuellement, à titre d’exemple, les mots « animal » ou « élevage » n’ont pas la même définition selon les pays !

– Un énième constat fort : l’importance d’avoir des arguments juridiques et scientifiques très clairs, car l’émotion (et l’agressivité) ne tiennent pas la route quand il s’agit de faire évoluer les lois.

– Les Pays-Bas sont un pays très avancé sur la question animale, avec des dizaines d’associations et des centaines de sanctuaires. D’ailleurs, les citoyens néerlandais ne mangent plus de poulet provenant des batteries. Malheureusement, les fermes intensives existent encore et le pays vit beaucoup grâce à l’exportation. Par ailleurs, la fourrure y est interdite depuis 2012 (la législation y sera appliquée en 2024). De même pour les animaux sauvages dans les cirques : c’est devenu interdit aux Pays-Bas.

– La doctorante en droit animalier a aussi souligné l’importance stratégique, dans certains cas précis, de faire acter une interdiction dans chaque pays européen plutôt que de faire valider par l’Union européenne l’amélioration des conditions des animaux. Exemple : le fois gras ou les animaux de cirque. En effet, faire valider une amélioration des conditions de ces animaux à titre européen permettrait malheureusement aux différents États qui ont déjà interdit ces méthodes, de faire marche arrière et de réintégrer l’autorisation du foie gras, des animaux de cirque.

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Pour aller plus loin :

  • l’ensemble des conférences du cycle Révolutions animales est mis en ligne ici au fil des semaines
  • la Cité des Sciences et de l’Industrie donne des conférences sur des thèmes variés toute l’année !

Bishnoïs et jaïns : deux peuples bienveillants avec les animaux

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(éléphanteaux)

Certains peuples sont plus enclins que d’autres à pratiquer l’empathie et le respect envers les animaux !

Pour nous expliquer de façon très pragmatique que les animaux exploités souffrent, Matthieu Ricard consacre plusieurs chapitres de son ouvrage Plaidoyer pour les animaux aux abattoirs et à la pêche intensive. Il prend aussi le temps de nous parler des communautés et religions qui prônent une bienveillance absolue envers les animaux. Instructif et passionnant.

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Voilà ce qu’il nous apprend sur la communauté des Bishnoïs :

Au sein de l’hindouisme, la communauté des Bishnoïs, qui vit dans les régions désertiques du Rajasthan, est celle qui a poussé le plus loin la bienveillance à l’égard des animaux et le respect de toute forme de vie, animale ou végétale. Cette communauté de 600 000 à 800 000 membres fut fondée au XVe siècle par le sage hindou Jambeshwar Bhagavan qui enseigna 29 principes, parmi lesquels la méditation, pratiquée le soir et le matin, le pardon et la compassion. Les Bishnoïs prennent grand soin des animaux. Ils construisent des abris pour les animaux vieillissants et malades. Lors des fêtes communales, ils n’allument pas de feux la nuit pour éviter que les insectes, attirés par la lumière des flammes, ne s’y brûlent. Au XVIe siècle, des centaines de Bishnoïs tentèrent d’empêcher le puissant maharadjah de Jodhpur d’abattre des arbres ; ils payèrent de leur vie cette révolte écologique avant l’heure. Les gazelles et les antilopes sont protégées par les villageois contre les attaques de chasseurs aborigènes. Ils les nourrissent et les abritent, et celles-ci se promènent sans crainte dans les villages.

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(photo : Will Stuart)

Et voici un extrait du chapitre que Matthieu Ricard a consacré au jaïnisme :

De toutes les grandes religions, seul le jaïnisme a toujours prescrit le strict végétarisme et la non-violence absolue envers les animaux. Cette religion née aux VI-Ve siècles avant J.-C. était très répandue dans l’Inde ancienne. Elle compte encore actuellement environ 5 millions d’adeptes, exerçant souvent une grande influence dans la société indienne. Les jaïns refusent les sacrifices et les combats d’animaux, la chasse et la pêche, de même que la consommation de viande. Les jaïns se font même un devoir de ne pas écraser en marchant des insectes ou des bêtes rampantes. Dans tous les foyers jaïns conservateurs, le matin, on n’allume le feu servant à faire la cuisine que quarante-cinq minutes après le lever du soleil de manière à ce qu’aucun insecte ne vienne se consumer sur la flamme ; pour la même raison, on cesse de cuisiner trois-quarts d’heure avant le coucher du soleil.

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Pour aller plus loin :

  • une fiche Wikipédia est consacrée aux Bishnoïs
  • une fiche Wikipédia est consacrée au jaïnisme
  • Matthieu Ricard a été interviewé  par Agoravox et Libre Belgique à propos de son ouvrage Plaidoyer pour les animaux

La viande, qu’est-ce que c’est ?

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(salade végétalienne, gourmande, vitaminée et protéinée)

Je viens de découvrir un texte pertinent et saisissant, écrit par la chanteuse Brigitte Fontaine, sur notre rapport complexe à la viande, sobrement intitulé La Viande :

Pour l’écouter, c’est ici !

La viande, la viande sur la table, la viande par terre, la viande sur les étals, la viande sous la pluie, la viande étalée, couverte de mouches, mangée d’asticots, la viande fraîche comme une rose ; la viande des hommes, des femmes, la viande des grisons, la viande malade de la mort, la viande folle, la viande bleue, la viande rouge s’il vous plaît, dans les restaurants américains, allemands, français, anglais, chinois, évaporée dans les restaurants thaïlandais, viets, égyptiens, mauritaniens, sénégalais. La viande, la viande qui pue et qui fait mal, qui renforce, la viande partout sur la terre, la viande sur pattes, la viande qu’est-ce que c’est, la pénurie de viande, la viande fleurie, la viande faisandée, épicée, raciale. La viande qui saigne et qui pleure, la viande qui rit sous les hommages des archiducs et des imams, des moines dodus, des friandes femmes du monde, des hommes des cavernes illuminés, la viande.

Devenir végétarienne pour les animaux

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(illustration réalisée par l’association L214)

J’ai toujours aimé les animaux, comme la plupart d’entre nous évidemment. La question du végétarisme a commencé à me préoccuper il y a quelques années, sans que je me sente pour autant capable de passer à l’action. Il m’arrivait de voir des images pénibles sur les conditions de vie et de mort des animaux d’élevage. Je culpabilisais. Et parce que c’était profondément inconfortable, je finissais par contourner le problème d’une manière ou d’une autre.

Je suis contente que les choses aient changé (à mon humble échelle, certes) et que mes actes s’accordent aujourd’hui à mes valeurs. En effet, je suis actuellement en train de devenir végétarienne, et par dessus le marché, sans difficulté ! Je ne mange plus du tout de viande (pas de viande blanche non plus). Et je suis en train d’arrêter le poisson.

Je précise que si certains végétariens n’ont jamais été des fous de viande, ce n’était pas mon cas. Un bon morceau de viande rouge bien saignant ne m’a jamais fait peur, au contraire : j’adorais ça.

Ce qui m’a aidée à passer le cap :

  • Fréquenter et observer avec émerveillement l’adorable petite chatte de la voisine. Elle est malheureusement morte il y a quelques semaines (renversée par une voiture). C’était une jolie petite chatte de gouttière, gris et blanc, absolument ravissante, gracieuse, sauvage, très peureuse mais encore plus curieuse, maligne et très éveillée.
  • Une bonne hygiène alimentaire et une curiosité pour ce qu’on l’a dans son assiette, sont une première bonne base. Passer de la malbouffe au végétarisme, personnellement, je n’aurais pas pu : trop de choses à découvrir, à intégrer, à comprendre. Donc, savoir où trouver des protéines, des fibres, du fer, c’est important. Se renseigner sur la richesse des huiles, sur l’intérêt des produits « complets »,  par exemple.
  • Savoir apprécier la saveur des aliments, ça aide aussi. Typiquement, les fruits et légumes : il n’est pas négligeable d’identifier comment on appréciera sa salade de fruits, ou comment cuisiner des lentilles pour faire un plat appétissant. Ce qui peut aider : les herbes et les épices (et d’autant plus que ces condiments alimentaires offrent aussi plein de vertus !)
  • Lire Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard. Très intéressant, pas culpabilisant, et permettant une bonne grosse prise de conscience. Trop d’humains préfèrent encore considérer que seuls leurs animaux domestiques sont dotés d’intelligence ou de sensibilité. La réalité est pourtant bien différente : la grande majorité des animaux sont des êtres sentients (doués de sentience).
  • Les conférences du cycle Révolutions animales, de la science au droit, à la Cité des Sciences et de l’Industrie (75019, métro Porte de la Villette), ont lieu les samedis, à 14h30, de septembre 2015 à janvier 2016. Il y en a 12 en tout. Elles sont gratuites et passionnantes ! Voici les prochaines : « la protection animale dans le monde » (9 janvier), « la question animale dans l’enseignement » (16 janvier), « l’animal en politique » (23 janvier), et la dernière, « vers un nouveau pacte » (30 janvier). Pour tous les détails, c’est ici que ça se passe. Chaque conférence est délivrée par 2-3 spécialistes, et dure environ 2 heures (dont 30 minutes réservées aux questions). On y apprend énormément de choses et surtout, on arrête de se voiler la face !
  • Accepter l’idée de ne plus satisfaire toutes ses pulsions alimentaires. Ca devrait être la chose la plus simple du monde, mais dans notre société occidentale, c’est compliqué ! Pourtant, apprendre à gérer quelques frustrations, ça fait du bien et ça rend tellement plus fort !
  • Un site très bien fichu pour se motiver et savoir où on va : http://www.vegetarisme.fr/

Comme vous pouvez le constater, ce magnifique et attendrissant gorille, qui illustre la campagne d’information pour les conférences du cycle Révolutions animales, a beaucoup de choses à nous dire… écoutons-le !

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