Désobéir pour les animaux

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Désobéir n’est pas forcément synonyme de violence ou de destruction. Il y a mille et une façons de désobéir à un système qui refuse de prendre en compte les valeurs auxquelles nous croyons, comme par exemple, le respect des animaux. C’est le sujet du livre Désobéir pour les animaux, ouvrage collectif et auquel a participé Brigitte Gothière (co-fondatrice et porte-parole de l’association L214), publié en 2016 aux éditions du Passager clandestin, dans la collection Désobéir (5 € seulement). Ce petit manifeste antispéciste a plusieurs vertus :

  • il fait un état des lieux de la situation misérable des animaux en Europe
  • il récapitule l’histoire (les grands moments) de la désobéissance en faveur des animaux et souligne la portée positive de ces actes
  • il s’agit donc également d’un hommage aux militants, par exemple à Barry Horne, mort en novembre 2001 à la prison de Long Lartin, de sa dernière grève de la faim
  • il nous donne des tas de tuyaux, d’exemples, pour agir

Quelques exemples de désobéissance civile en faveur des animaux :

  • participer à des manifestations antispécistes, occuper la rue
  • distribuer des tracts
  • boycotter la vente des produits animaux (viande, poisson, lait, œufs, cuir, laine…)
  • lancer des pétitions, signer des pétitions
  • ramasser les déchets en plastique sur les plages pour éviter que les animaux marins ne les ingurgitent
  • faire barrage : à la chasse à courre, à la corrida, aux camions qui transportent les animaux vers les abattoirs…
  • filmer et diffuser la souffrance animale : montrer les réalités des industries de la mort
  • prendre contact avec la police ou la gendarmerie en cas de constat de maltraitance

Au delà de ses nombreux repères historiques et exemples d’actions, ce bouquin est également truffé de notions essentielles. En voici quelques-unes :

Communiquer efficacement

Henry Spira élabora progressivement au cours de ses campagnes une stratégie non-violente qui inspira de nombreux activistes à travers le monde. Il insiste notamment sur l’importance de garder le contact avec la réalité, de choisir un objectif en fonction de sa faisabilité et des souffrances infligées, d’établir des sources crédibles et documentées d’information, d’éviter le manichéisme, de privilégier le dialogue tout en étant prêt à la confrontation si celui-ci échouait, d’éviter la bureaucratie. Spira souligne aussi que les faits réels sont assez terribles pour qu’on ne cherche pas à exagérer les faits, ce qui compromettrait la crédibilité.

Un monde dans lequel le spécisme et le carnisme sont la norme

La consommation de viande relève d’un choix surdéterminé socialement : on commence à consommer de la viande avant d’être en mesure de comprendre qu’il s’agit de chair animale. On nous enseigne ensuite le conformisme et l’identification à notre gastronomie, particulièrement valorisée en France. Enfin, la réalité de l’élevage et de l’abattage, prix à payer pour obtenir de la viande, est dissimulée. Le marketing, en particulier, s’emploie à la fois à perpétuer la fiction d’une vie heureuse pour l’animal (à l’aide d’images bucoliques très différentes de la réalité concentrationnaire) tout en désanimalisant la chair de celui-ci qui n’est plus que « de la viande ».

Schizophrénie morale

Notre système juridique français est d’ailleurs à l’image de cette « schizophrénie morale » : il punit de deux ans d’emprisonnement et de trois mille euros d’amande « le fait d’exercer des sévices graves ou des actes de cruauté sur un animal », mais n’interdit absolument pas que l’on martyrise certains animaux tant que cela se passe dans le cadre « réglementé » de l’élevage ou du laboratoire, du gavage des canards et des oies ou de la corrida, où une « nécessité » voire « une tradition » peuvent être invoquées.

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Pour en savoir plus :

  • les éditions du Passager Clandestin ont un site internet : ici
  • comprendre l’antispécisme : ici

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Chaleur animale au Louvre

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(Jeune tigre jouant avec sa mère, Eugène Delacroix, 1830)

J’ai profité d’un jour de congé en milieu de semaine pour aller fureter au département des peintures (France, Europe du Nord, Italie, Espagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis) du musée du Louvre. L’Art, que ce soit pour l’artiste ou pour le spectateur, est décidément une merveilleuse manière de prendre contact avec la nature et les animaux.

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Jeune tigre jouant avec sa mère

Ci-dessus, Jeune tigre jouant avec sa mère, par Eugène Delacroix, réalisé en 1830. Delacroix, chef de file français des peintres romantiques au 19e siècle, a toujours aimé observer et représenter les animaux, et en particulier les chevaux et les fauves. Son contemporain Théophile Gautier a un jour dit à son sujet :

Il savait adoucir le caractère féroce de son masque par un sourire plein d’urbanité. Il était moelleux, velouté, câlin comme un de ces tigres dont il excelle à rendre la grâce souple et formidable.

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Le Taureau blanc à l’étable

Jean-Honoré Fragonard, peintre classique du 18e siècle, est principalement célèbre pour ses scènes galantes et ses tableaux polissons. J’aime beaucoup cette huile sur toile, pleine de douceur et de chaleur animales. L’artiste fait ici d’un simple bovidé, en le représentant de façon très réaliste et en le nimbant d’un clair-obscur bienveillant, un personnage à part entière, presque le héros d’une histoire. Car chaque animal n’est-il pas, tout simplement, le héros de sa propre vie ?

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Paysage à la chèvre

Antoine Watteau (1684-1721) est célèbre pour ses tableaux inspirés de la commedia dell’arte. Mais son Paysage à la chèvre, réalisé en 1715, nous emmène loin du théâtre et des scènes galantes. Ici, avec son ciel nuageux, sa chaude lumière de fin de journée, sa végétation montagneuse et sa joyeuse cascade, la nature est reine, malgré quelques habitations humaines. Au premier plan de cette scène pastorale, se tiennent compagnie une bergère et sa chèvre. Les animaux peuplent nos vies ; sans eux, nous ne serions rien ; et sans cette ravissante chevrette, dont on devine la tendresse et l’infatigable joie de vivre, le même tableau n’aurait pas du tout la même saveur gionesque.

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Nature morte avec cailles, hibou et échasse blanche

Paolo Porpora, peintre italien du 17e siècle, s’est spécialisé dans les natures mortes et les scènes de la nature. Il a réalisé cette Nature morte avec cailles, hibou, échasse blanche vers 1656. On y voit plusieurs éléments végétaux (roses, pensées, champignons) et surtout, de nombreux animaux : des papillons, des cailles, des crapauds (dont un en plein repas), un hibou et une échasse blanche. L’ambiance est crépusculaire, certes, mais chaque créature y déborde de vie. Peut-on franchement parler d’une nature morte ?

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Le Paradis terrestre

L’art animalier connaît un essor majeur au 17e siècle, avec des peintres comme Paul de Vos, Roelandt Savery, Frans Snijders ou Jan Fijt. C’est évidemment l’occasion pour eux de représenter des scènes de chasse, mais aussi ce qu’on appelle des paradis terrestres : des tableaux où l’humain disparaît complètement ou presque, pour laisser toute leur place à des animaux extrêmement variés, et cohabitant étrangement bien ensemble !

Paul de Vos a réalisé ce Paradis terrestre vers 1650. On lui connaît aussi une Entrée des animaux dans l’Arche de Noé.

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Deux singes pillant une corbeille

Frans Snyders (1579-1657), peintre flamand, fut un élève de Peter Bruegel le Jeune. Il s’est spécialisé dans l’art animalier, les natures mortes et les scènes de chasse. Dans Deux singes pillant une corbeille, il nous présente des capucins qui chapardent des fruits dans une corbeille. Ce qui aurait pu rester une nature morte se transforme alors en joyeux champ de bataille : hurlements des singes, fracas de la vaisselle cassée… Le site officiel du Louvre propose une fiche détaillée du tableau : ici.

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Pour aller plus loin, quelques bouquins :

  • Bestiaire du Moyen Âge, de Michel Pastoureau, aux éditions du Seuil : ici
  • L’Odyssée des animaux, les peintres animaliers flamands au XVIIe siècle, aux éditions Snoeck : ici
  • 100 sculptures animalières (20e siècle), aux éditions Somogy : ici
  • Zoo de papier, aux éditions Citadelles & Mazenod (en vente à partir d’octobre 2017) : ici

(ci-dessous : double page intérieure de la brochure de présentation de l’ouvrage Zoo de papier)

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Des animaux et des brutes

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Le brillant roman Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, paru en août 2016, nous invite à suivre l’évolution d’une exploitation agricole (un élevage de cochons) dans le Gers, sur cinq générations : du tout début du siècle, en passant par la Première Guerre, jusqu’aux années 80 où l’entreprise familiale connaîtra le coup de grâce.

Il s’agit d’une fresque réaliste, particulièrement sombre, crue, mais également riche, complexe, ultra-documentée, qui aborde de nombreux sujets difficiles : les dégâts de la Première Guerre sur les corps et sur les âmes, la violence familiale, la violence industrielle, les produits phytosanitaires qui intoxiquent et tuent, la misère sexuelle, l’alcool, le suicide, la chosification des bêtes et les conditions épouvantables dans lesquelles on les fait survivre…

Jean-Baptiste Del Amo, sans émettre de jugement, exhorte son lecteur à ouvrir les yeux. On a besoin de tels écrivains.

En outre, militant pour la cause animale et vegan, Jean-Baptiste Del Amo choisit de donner, dans son texte, autant de place aux hommes qu’aux bêtes. Effectivement, les animaux s’avèrent omniprésents dans son roman, émaillant chaque page de leur présence mystérieuse : animaux d’élevage bien sûr, mais aussi chiens de chasse, ribambelle de chats, et faune sauvage : insectes, oiseaux nocturnes, animaux de la forêt…

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Voici deux extraits du bouquin. Attention, ces deux passages sont trash.

(Que mangeaient nos soldats pendant la Première Guerre ?)

Des voitures automobiles crachent elles aussi leur fumée, s’enlisent dans les boues des ornières creusées par leurs trajets incessants. Chargées à heures fixes, elles emportent chaque jour les deux mille kilos de viande qui serviront à nourrir un régiment d’infanterie. Le rythme d’abattage est tel qu’aucun des hommes n’en a auparavant connu de semblable, mêmes ceux qui, dans les villes, ont travaillé aux abattoirs. (…) Il faut entraver la bête qui se débat en une dernière tentative de survie, puis la frapper à l’aide d’une massue, à de multiples reprises, jusqu’à dessouder les os de son crâne, réduire en bouille le cerveau qui jaillit par l’oreille lorsque l’animal tombe sur le flanc et meurt en convulsant sur un lit de boyaux encore chauds. Les lames des hachoirs sont émoussées à force de découper les os et les tendons. Les couteaux ne tranchent plus les gorges ; alors, les bouchers les scient. Des agneaux hurlent le jour et la nuit durant tandis que les mères sont attachées par les pattes, suspendues et éventrées vivantes. Le sac de leurs fressures frissonne dans la plaie, puis coule et tombe pesamment sur leur poitrail tandis qu’elle bêlent encore. Les bouchers et tous les hommes sont couverts d’excréments, de bile et de sang. Leurs yeux à eux aussi jaillissent sous un masque de boue. Ils en viennent à haïr les bêtes qui mettent si peu de bonne volonté à mourir.

(D’où vient le jambon de nos supermarchés ?)

Ils ont modelé les porcs selon leur bon vouloir, ils ont usiné des bêtes débiles, à la croissance extraordinaire, aux carcasses monstrueuses, ne produisant presque plus de graisse mais du muscle. Ils ont fabriqué des êtres énormes et fragiles à la fois, et qui n’ont même pas de vie sinon les cent-quatre-vingt-deux jours passés à végéter dans la pénombre de la porcherie, un cœur et des poumons dans le seul but de battre et d’oxygéner leur sang afin de produire toujours plus de viande maigre propre à la consommation.

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Il ne faudrait pourtant pas croire que ce roman est totalement désespéré. La délicatesse et l’enchantement y fleurissent parfois, notamment dans plusieurs descriptions de l’enfance : Éléonore qui nourrit en secret, dans l’étable, une portée de chatons ; l’adolescent Marcel recueillant et protégeant un jeune corbeau à la patte blessée, ou encore Jérôme, le gamin mutique, qui bat la campagne et vit au rythme des animaux sauvages. J’aime beaucoup l’extrait suivant :

Il rapporte à (sa grande soeur) Julie-Marie les bêtes qu’il débusque, chasse et capture, comme les chats ramènent les dépouilles de mulots et de rats des champs sur le pas de porte de l’aïeule. Elle ne se dérobe jamais au rituel : Jérôme lui apporte l’animal – souvent un papillon car il sait qu’elle les aime, parfois un phasme ou une mante religieuse -, enfermé dans un pot à confiture dont il a préalablement perforé le couvercle avec la pointe d’un tire-bouchon et enveloppé d’un torchon de cuisine. Invariablement, Julie-Marie s’étonne et s’exclame :
« Une surprise ! Mais qu’est-ce que ça peut bien être ? »
Elle dépose le précieux cadeau sur ses genoux et défait le nœud du torchon avec le plus grand soin. Elle minaude pour lui plaire. Puis, tout aussi précautionnement, écarquillant les yeux et ouvrant la bouche pour signifier que les mots lui manquent, elle soulève le pot de confiture à hauteur de ses yeux, contemple la bestiole qui galope ou volette contre le verre.
« Il est magnifique. »
Elle le garde un instant avec elle, le serre parfois contre son ventre, le temps de saisir Jérôme par la main et de l’attirer vers elle, d’embrasser son front ou de passer la main dans ses cheveux et de le laisser se blottir dans son odeur rassurante et familière, puis dit :
« Et si on le relâchait maintenant ? »
Jérôme la prend alors par la main, la guide vers les herbes hautes, au-delà de l’étendoir à linge, à l’arrière de la ferme que les pères n’entretiennent plus. Julie-Marie dévisse le couvercle du pot à confiture. Tous deux regardent le papillon virevolter ou l’insecte quelconque fuir maladroitement loin d’eux entre les broussailles…

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En 2017, en France, il est encore perçu comme indécent d’établir une analogie entre les pires violences infligées aux hommes et celles qu’on fait subir en toute impunité aux animaux, pour notre alimentation (élevages, abattoirs) ou nos loisirs (mises à mort des taureaux dans les corridas du Sud, combats de coq dans le Nord). Ce sont pourtant souvent des êtres humains profondément meurtris par la violence humaine (camps de concentration, violence familiale) qui osent cette comparaison très légitime et défendent avec ardeur la cause des bêtes. Sophie Chauveau, victime d’inceste, a ainsi écrit avec beaucoup de justesse, dans La Fabrique des pervers :

Les maltraitances envers les animaux, envers tous ceux qui sont impuissants par nature, par statut comme par destination, m’ont toujours rendue malade, et ramenée à l’enfance. Tous ceux qui ne sont pas en mesure de se défendre, de se révolter, de se venger, sont nos frères…

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Certes, notre culture de la violence plonge ses racines dans la nuit des temps, il est logique qu’elle nous colle tant aux basques. N’est-ce pas Dieu en personne qui ordonne aux hommes, sans ciller, tranquillement, verset 1:28 de la Genèse : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre » ? Mais franchement, une telle idéologie n’est-elle pas grotesque et nauséeuse ? Tournons enfin la page de ce long cauchemar, pour faire rayonner la bienveillance dans chacun de nos actes !

 

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Ensorcelant Finistère

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(Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Garneray)

Bonjour à tous ! Je reviens d’un séjour dans le Finistère, un ensorcelant petit « bout du monde » qui m’a beaucoup plu 🙂 Le Finistère multiplie les paysages sauvages magnifiques, mais ce département est également marqué par un patrimoine religieux puissant, et par une réjouissante tradition de contes et légendes. Voilà pourquoi il inspire aussi les artistes. En somme, cet univers ne peut que combler les esprits romantiques et les sensibilités exacerbées. Voici quelques-unes de mes découvertes :

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Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray

Ci-dessus, voici Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray (1783-1857). L’artiste connaissait très bien la mer puisqu’il fut marin, corsaire et pirate, avant de devenir peintre et écrivain. Mer en furie, ciel noir ; sous la menace d’une déferlante, il ne reste visiblement à ce pauvre homme agrippé à sa planche que quelques secondes à vivre. On peut admirer cette huile sur toile de 82 x 100 cm au musée des Beaux-arts de Brest.

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Des plages sublimes

J’ai eu l’occasion de fouler le sable de plusieurs plages sublimes. Voici celles qui ont marqué mon esprit : Portsall, les Blancs Sablons, Ménéham. Même en plein mois d’août, elles restent très modérément fréquentées.

  • En face du port de Portsall se niche un délicieux havre de paix :

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  • La longue plage des Blancs Sablons, à proximité du Conquet, ressemble au paradis :

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  • Ménéham est un ancien village de paysans-pêcheurs-goémoniers. A proximité du bourg, la plage, avec ses dunes et ses rochers arrondis par le temps, est un enchantement :

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Émouvantes épaves 

De ci, delà, dans les villages de pêcheurs, on aperçoit quelques carcasses de bateaux de pêche. Ci-dessous, l’émouvant cimetière de bateaux de Camaret. A quelques mètres de là, la chapelle de Rocamadour abrite plusieurs ex-voto marins.

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Les photographies de Michèle Le Braz

Ce séjour en Bretagne m’a également permis de découvrir une formidable photographe brestoise : Michèle Le Braz. Son travail organique, sensuel, grave et méditatif, me touche beaucoup. Notons qu’elle s’intéresse autant aux animaux qu’aux humains.

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Michèle Le Braz a publié trois ouvrages aux éditions Rue des Scribes :

  • Chevaux du bout du monde (1998, ouvrage réédité aux éditions du Chêne en 2006) sur le thème du postier breton, un cheval de trait de la région
  • Regard sur soies (2000) : un regard audacieux, sincère et profond sur le cochon (la « soie » de porc étant le poil du cochon, rêche et épais, utilisé par exemple pour les pinceaux et les brosses)
  • La Robe abandonnée (2002) : il s’agit d’une mise en parallèle artistique entre le nu féminin et la sensualité du cheval

Une quinzaine des photos de Michèle Le Braz est actuellement exposée dans les rues de Landerneau (jusqu’en novembre 2017), en attendant la parution de son prochain ouvrage : Les Silences de la terre.

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Les pilleurs d’épaves et les naufrageurs

Les naufrages de bateaux ont longtemps permis aux habitants des côtes bretonnes d’améliorer leurs conditions de vie en pillant, sur place, les cargaisons échouées : du bois, du tissu, des denrées (alcool, épices…). Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ci-dessous, une gravure de Hippolyte Lalaisse (1810-1884) intitulée Scène de naufrage au pays de Kerlouan :

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On a longtemps raconté que les habitants de la côte provoquaient carrément les catastrophes en attirant les navires sur les écueils, grâce à des lanternes allumées en haut des falaises pour faire croire à des balises maritimes.

L’historien romantique Jules Michelet fait partie de ceux qui ont alimenté le mythe des naufrageurs en écrivant, dans Tableau de la France, paru dans La Revue des deux Mondes en 1832 :

La nature est atroce, l’homme est atroce et ils semblent s’entendre. Dès que la mer leur jette un pauvre vaisseau, ils courent à la côte, hommes, femmes et enfants, ils tombent sur cette curée. N’espérez pas arrêter ces loups ; ils pilleraient tranquillement sous le feu de la gendarmerie. Encore, s’ils attendaient toujours le naufrage, mais on assure qu’ils l’ont souvent préparé. Souvent, dit-on, une vache, promenant à ses cornes un fanal mouvant, a mené les vaisseaux sur les écueils. Dieu sait alors quelles scènes de nuit ! On en a vu qui, pour arracher une bague au doigt d’une femme qui se noyait lui coupaient le doigt avec les dents. L’homme est dur sur cette côte. Fils maudit de la création, vrai Caïn, pourquoi pardonnerait-il à Abel ? La nature ne lui pardonne pas.

Toutefois, si les pilleurs d’épaves ont bel et bien existé, le fantasme des naufrageurs n’a aucun fondement historique.

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Les enclos paroissiaux

Le Finistère tout entier est imprégné d’un passé religieux : calvaires aux croisements des routes, retables impressionnants dans certaines églises, chapelles disséminées dans tous les petits bourgs… et bien sûr, les enclos paroissiaux.

Le principe de l’enclos paroissial n’a, à la base, rien de spécifiquement breton : il s’agit d’un ensemble architectural composé d’une église, d’un cimetière, d’un muret, et parfois d’une porte monumentale, d’un calvaire, d’un ossuaire… Mais en Bretagne, et en particulier dans le Finistère, la construction des enclos paroissiaux a pris une ampleur très particulière : parce que la ferveur religieuse y était intense, parce que les villes y étaient prospères (commerce du lin, par exemple).

Il est assez délicat, voire à peu près impossible, de bien photographier un enclos paroissial dans sa globalité. J’ai finalement glané deux photos plutôt réussies sur internet. Il s’agit des enclos paroissiaux de Gouesnou et de Guimiliau :

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Beaucoup de choses m’émeuvent dans ces ensembles spectaculaires : l’investissement (religieux, créatif, émotionnel) dont ils témoignent, l’utilisation si touchante des matériaux locaux, le monde végétal (le lichen) qui envahit inexorablement le monde minéral, le muret qui ceint l’ensemble architectural pour délimiter le sacré du profane, ou encore la multitude de détails qu’offre à notre regard chaque mètre carré de ces constructions : détails religieux bien sûr, gargouilles aussi, mais également des clins d’œil aux croyances locales ou encore à la nature. Par exemple, ci-dessous, voici une représentation du serviteur de la mort, l’ankou (sur le toit d’un ossuaire) et un oiseau picorant une grappe de raisin (sur le portail d’une église) :

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Pays de bruyère et d’ajoncs

Plusieurs endroits du Finistère offrent de magnifiques paysages de bruyère, parmi lesquels l’île d’Ouessant, la pointe de Dinan (attention, pas de lien avec la ville de Dinan) ou encore, juste à côté, le Cap de la Chèvre. Mêlée aux fleurs jaunes des ajoncs, la bruyère attire des milliers d’abeilles, dont le doux bourdonnement perce dans le vent. J’ai pris les deux photos suivantes sur la pointe de Dinan :

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Le cloître de l’abbaye de Doualas

J’ai adoré découvrir cet endroit qui réunit une abbaye, une chapelle, un cimetière, un splendide jardin médicinal (voir troisième photo, glanée sur le net) et surtout, les magnifiques restes d’un cloître. D’une façon générale, je suis très sensible à la beauté et à la sérénité qu’offrent les cloîtres (sauf s’ils sont trop austères). Celui-ci, humble et bucolique, en résonance avec la nature environnante, m’a profondément émue.

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Bretagne de papier : le formidable travail de Bernard Jeunet 

Bernard Jeunet collabore régulièrement avec Bretagne Magazine depuis 2007 et c’est justement en feuilletant le vieux numéro de juillet 2009, consacré aux contes et légendes de la mer, que j’ai découvert son merveilleux travail. J’avoue être restée littéralement ébahie devant ses silhouettes poétiques : korrigans, sirènes, naufrageurs, monstres marins…

Chacune des créations de Bernard Jeunet me fait penser à un diorama (reconstitution raisonnée d’une scène, fictive ou réelle, en général dédiée aux musées). Car oui, quelque part, l’artiste nous raconte une Bretagne foncièrement authentique (celle des Bretons !), qu’elle soit réelle ou fantasmée.

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Bernard Jeunet est diplômé des Beaux-Arts de Rennes. Ses matériaux : du papier et du carton de récupération, de la gouache et du pastel. Il découpe, déchire, froisse, plie et assemble ses bouts de papier sur des fils de fer pour donner naissance à des personnages bourrés de délicatesse et de fraîcheur.

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Il a beau avoir mis les pieds dans le monde des adultes il y a maintenant un bon bout de temps, l’enfance reste l’univers privilégié de Bernard Jeunet. Il a d’ailleurs réalisé les illustrations d’une vingtaine d’albums pour les jeunes lecteurs.

Le monde moderne ne l’intéresse pas et il l’assume :

Je déteste les ordinateurs, les portables. Je suis incapable de tenir un volant et d’utiliser la technique. Mon archaïsme est une façon de dire non, une manière de résister.

A propos de son amour pour le papier, il explique :

J’ai toujours travaillé le papier, c’est presque une seconde nature. Enfant, je n’avais pas de grands moyens pour jouer et je créais déjà mes décors et mes personnages.

S’il ne cherche surtout pas la célébrité, son talent fait malgré tout parler de lui à l’étranger 🙂 et il arrive que ses œuvres passent la frontière pour les besoins d’une exposition.

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Pour aller plus loin :

  • le site officiel de Michèle Le Braz propose la visualisation d’une cinquantaine de ses photos : ici
  • une présentation du très beau site de l’abbaye de Daoulas : ici
  • les 10 plus belles plages bretonnes selon L’Express : ici
  • une présentation des enclos paroissiaux bretons : ici
  • pour en savoir plus sur l’ankou, un site consacré à la Bretagne en parle : ici
  • les lichens maritimes, un univers à part, détaillé ici
  • les livres illustrés par Bernard Jeunet sont en vente sur le net : ici

Le bestiaire du château de Pierrefonds

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(attendrissante sculpture sur les toits du château de Pierrefonds)

Au cœur de l’Oise, dans la région bucolique et vallonnée de Compiègne, se dresse le château de Pierrefonds. Si visiter un château est toujours sympathique, c’est encore plus chouette quand le château en question abrite un bestiaire de rêve et qu’une conférencière passionnée nous aide à repérer ces nombreuses créatures, parfois savamment dissimulées dans les sculptures végétales…

Il y a quelques années, j’ai découvert cette incroyable photo sur internet (une chatte qui tient son petit dans la gueule) et je m’étais demandé dans quel contexte farfelu les ouvriers d’un grand chantier comme celui de Pierrefonds avaient bien pu trouver le temps et la liberté de sculpter une scène aussi anecdotique, intimiste, touchante…

La conférencière que j’ai rencontrée il y a 10 jours a enfin éclairé ma lanterne : Eugène Viollet-le-Duc, architecte controversé du 19e siècle et restaurateur du château de Pierrefonds, adorait les chats. Il s’est ainsi amusé à animer les façades et les toits du château d’environ 80 sculptures de chats !

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Non content de peupler les hauteurs du château de charmants félins, il a aussi fait sculpter de nombreuses créatures fantastiques, par exemple un pélican à ailes de chauves-souris. En scrutant la façade de la cour d’honneur, on découvre aussi, dans le feuillage sculpté, des écureuils, des oiseaux, un singe. Certains chapiteaux retracent également les épisodes du Roman de Renart (goupil, poules). Sans parler des gargouilles qui ont pris la forme de salamandres géantes, et plutôt effrayantes. Photos trouvées sur le net :

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A l’inverse de ces grandes salamandres démoniaques, on peut aussi déceler, en cherchant bien, et presque à hauteur d’yeux, le repos d’une charmante grenouille ou la promenade d’un adorable escargot au milieu des feuilles de chêne et des glands ; deux petites merveilles que j’ai absolument voulu prendre en photo :

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Pour aller plus loin :

  • un descriptif du château de Pierrefonds sur Wikipédia : ici
  • Viollet-le-Duc est également célèbre pour avoir restauré la cathédrale Notre-Dame de Paris et pour ses gargouilles : c’est le sujet du très beau bouquin de Michael Camille : Les Gargouilles de Notre-Dame (fiche de l’ouvrage par l’éditeur : ici) et je viens de découvrir un bel article consacré au livre en question ici !

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Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

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Vue de Collioure, la jetée, Matisse (1905, huile sur toile, 38 x 46 cm)

Les températures grimpent et nous nous approchons du solstice d’été. Parler de Matisse, de couleurs et de Collioure, c’est de saison 🙂

Point de départ de cet article : il y a quelques semaines, en feuilletant un livre sur Georges Braque (qui a également eu sa période fauve), je tombe sur 3 tableaux de Matisse minusculement reproduits en marge d’une des pages du bouquin… Première réaction : leur beauté me bouleverse tant que j’en reste presque incrédule. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi beau ; dans quel jardin secret Matisse puise-t-il toute cette fraîcheur ? Chaque jour qui passe, je ne peux pas m’empêcher de rouvrir mon livre à la même page, de mettre le nez dessus, pour admirer encore et toujours ces œuvres de Matisse qui me grillent la rétine… Deuxième réaction : je suis stupéfaite que ces petites merveilles ne soient pas plus connues. Il faut que j’en parle autour de moi !! Troisième réaction : je veux en savoir plus. Je finis par fouiller sur internet (un peu en vain) et je pars à la recherche de bouquins sur le sujet (avec les livres, en général, on est bien servi 🙂 ).

But ultime de cet article : avant tout, partager ma découverte. Voici donc les 3 peintures à l’huile en question :

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Ces trois peintures ont été réalisées sur le lieu-dit de la Moulade, une zone sauvage du nord de Collioure, en 1906, c’est-à-dire quelques mois après le scandaleux Salon d’automne de 1905. Dimensions de ces tableaux : environ 25 x 35 cm.

J’ai toujours aimé Matisse (1869-1954) et bien sûr, j’ai toujours été stupéfiée par sa légèreté, sa liberté, son audace. On a l’impression qu’il est né avec un arc-en-ciel dans les mains. Sur ces trois tableaux en particulier, sa faculté enfantine à jouer avec des couleurs si gaies et pures, pour en faire les associations les plus folles, me fascine et me désarme. On en perdrait la tête 🙂

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A l’origine du fauvisme, il y a Matisse 

En mai 1905, Matisse n’est pas encore célèbre. Avec sa petite famille, il quitte Paris et descend à Collioure pour respirer, s’enivrer de lumière provençale. Il est subjugué par la beauté de l’endroit et en quelques mois, réalise 15 toiles, 40 aquarelles et environ 100 dessins. Quand il revient sur Paris en septembre, il ne sait pas encore qu’il deviendra le chef de file du fauvisme. C’est un mois plus tard, en octobre, au 3e Salon d’automne à Paris, où il expose 5 peintures, que sa production estivale prend une tournure historique : ses œuvres (et celles de ses amis, animés par le même souffle) sont considérées comme un outrage à la peinture et font littéralement scandale : les critiques d’art parlent ainsi de « pot de peinture jeté à la face du public » et de « jeux barbares et naïfs ». Un journaliste compare le salon à une cage aux fauves et c’est ainsi que naîtra le fauvisme.

Ce qu’il faut savoir : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé (sans vraiment prendre la peine de se pencher sur la question), il s’avère aujourd’hui que les trois peintures à l’huile ci-dessus ne datent pas de l’été 1905 mais de l’été 1906 (Matisse retournera effectivement plusieurs fois à Collioure, prolongeant ainsi sa période fauve).

Pour Matisse, le fauvisme naît du « courage de retrouver la pureté des moyens ». Il racontera plus tard à propos de cette période de sa vie :

Travaillant devant un paysage exaltant, je ne songeais qu’à faire chanter mes couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions.

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Matisse et Derain, une amitié à Collioure 

Lors de ce fameux été 2015, Matisse (35 ans) encourage vivement son ami Derain (10 ans de moins) à le rejoindre à Collioure. Derain arrive donc dans le joli village de pêcheurs au début du mois de juillet. On sait que pendant plusieurs mois, les deux amis vont peindre les mêmes lieux et beaucoup échanger sur leurs travaux respectifs. Ils seront tous les deux très productifs.

Ci-dessous, à gauche, le portrait de Derain par Matisse, et à droite, celui de Matisse par Derain : peau bleue, peau verte, barbe rouge, la révolution chromatique est en marche… !

portrait-of-andre-derain-1905     Matisse par Derain

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Deux tableaux de Derain, Collioure 1905 toujours :

Mes lectures m’ont amenée à de magnifiques tableaux de son ami Derain. Ci-dessous, en voilà deux : Paysage de Collioure (81 x 100 cm) et Bateaux à Collioure (60 x 73 cm). Chez Derain aussi, l’audace est décidément au rendez-vous :

paysage de collioure 1905 derain

boats-at-collioure-1905

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Dernières années de Matisse : le bonheur de vivre, encore et toujours !

Matisse meurt en 1954. A la fin de sa vie, diminué physiquement, il continue de créer sans relâche. Sa spécialité et sa passion depuis la fin des années 30 : les papiers gouachés et découpés. Cette technique lui a été inspirée par son voyage à Tahiti en 1930, durant lequel il ne peint presque rien, mais dessine beaucoup et s’imprègne de tout ce qu’il voit. Ce voyage exotique va ensuite infuser en lui pendant des années, jusqu’à donner, à partir de la fin des années 30, des œuvres aussi célèbres que la Tristesse du roi, en 1952.

Parce que j’ai découvert ce collage il y a 15 jours à l’exposition Jardins du Grand Palais (jusqu’au 24 juillet 2017), je tenais ici à parler des Acanthes, réalisé en 1953. Je pense qu’il faut voir cette oeuvre en vrai pour en apprécier toute la majesté. Moi qui ne suis pas une fanatique des papiers découpés de Matisse, je reconnais avoir été impressionnée face à cet immense collage, dynamique et équilibré, vibrant de joie ! Non seulement ses dimensions sont grandioses (voir photo prise dans un atelier de restauration, ci-dessous), mais cette composition possède une énergie particulière, une aura qui vous enveloppe de bienveillance. Elle semble avoir été réalisée par un sage, un philosophe…

Acanti-1953

restauration-matisse-article

Avec le fauvisme, Matisse et ses amis travaillaient sur la simplification du trait et les aplats de couleur, tout cela avec l’envie de faire des œuvres rayonnantes. En cela, on peut considérer que ses papiers gouachés et découpés sont une continuité du fauvisme : simplification (jusqu’à l’abstraction), aplats de couleur, joie. Sur ses vieux jours, Matisse dira carrément de sa période fauviste :

A ce moment là, j’ignorais la lumière intérieure, la lumière mentale, ou morale si vous préférez. Aujourd’hui, je vis chaque jour dans cette lumière.

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Pour information, voici la liste des 5 tableaux de Matisse exposés au Salon d’automne de 1905, réalisés à Collioure :

  • Jeune femme en robe japonaise au bord de l’eau
  • Fenêtre ouverte
  • Nature morte
  • Matinée d’été (Les Toits de Collioure)
  • Femme au chapeau

Sur ce, je vous souhaite à tous une nuit pleine de rêves fleuris 🙂

Pour une société humanimale : Will Kymlicka

piet grobler

un être humain en harmonie avec les animaux, illustration de Piet Grobler

J’ai eu la chance d’assister hier soir à la conférence donnée par Will Kymlicka, fervent défenseur de la cause animale, à Paris 1-Panthéon Sorbonne. Nous étions entre 200 et 300 à assister à son intervention (dont une moitié d’étudiants). Will Kymlicka ne vient pas souvent en France et il a été accueilli dans l’amphithéâtre par une véritable ovation, c’était très émouvant je dois dire 🙂

Je vais essayer de résumer sa conférence ci-dessous [en mettant mes réactions entre crochets].

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Kymlicka_Will

Will Kymlicka est une figure majeure de la défense des animaux. Il est l’un des deux auteurs (avec Sue Donaldson) du bouquin référence Zoopolis, une théorie politique du droit des animaux (novembre 2011). Il est canadien ; philosophe et professeur de philosophie à la chaire de philosophie politique de l’université Queen’s à Kingston (Ontario). Il est évidemment vegan : il ne mange ni viande ni poisson ni laitage, n’utilise pas de produits d’originale animale.

En 1975, le philosophe Peter Singer publiait La Libération animale, texte fondateur de la lutte pour la protection des animaux. Ce sera le début de 40 ans de combat pour la cause des animaux. Will Kymlicka fait partie des héros qui ont repris le flambeau !

Will Kymlicka prône, comme Peter Singer, une société humanimale, dans laquelle les animaux seraient considérés comme nos voisins ou nos amis (selon qu’ils sont sauvages ou qu’ils apprécient le contact humain) : on n’en fait pas des produits de consommation, on ne les réduit pas à l’esclavage, on respecte leurs besoins. Nous partageons la même planète qu’eux, nous ne sommes pas supérieurs à eux. [Bref, comportons-nous donc avec un peu d’élégance !]

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Respecter chaque espèce

bleu

Dans le but d’instaurer une relation adaptée entre l’humain et chacun des animaux, Will Kymlicka classe les animaux en 3 catégories :

  • les animaux domestiques et de compagnie : nos co-citoyens
  • les animaux liminaires (souris, renards qu’on croise sur nos propriétés, pigeons dans nos villes…) : résidents du même territoire que nous
  • les animaux sauvages : une communauté souveraine en son royaume (c’est eux qui décident, pas nous)

L’idée : respecter les besoins de chaque animal. Certains animaux recherchent la compagnie des humains, d’autres la fuient. [On pense évidemment aux animaux de cirque : les éléphants, qui vivent spontanément en troupeau et qui font naturellement des dizaines de kilomètres pour organiser leur existence, n’ont absolument rien à faire dans un cirque ; de même pour les dauphins ou les otaries.]

[Ci-dessous, affiche pour une campagne en faveur de l’interdiction des animaux dans les cirques : « Les animaux ne sont pas des clowns »]

les animaux ne sont pas des clowns 2

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Un mot sur les animaux domestiques 

chat

Nous avons le devoir moral de nous occuper d’eux dans la mesure où c’est nous, les humains, qui les avons intégrés à notre société. Nous avons instauré, en inventant la domestication, une société inter-espèces. Prenons nos responsabilités et admettons que ces animaux domestiques (bétail, volaille, animaux de compagnie…) font partie des membres de notre société, qu’ils sont nos co-citoyens.

– étant nos co-citoyens, ils ont donc, comme nous, des droits :

  • le droit à la santé
  • le droit d’être représentés politiquement
  • le droit de ne pas « travailler » plus de tel nombre d’heures par jour (pour les animaux de ferme, pour les chiens d’aveugle, etc.)

– ils ont aussi des devoirs :

  • un devoir de socialisation (comme les enfants, à qui on apprend à vivre en société, à ne pas employer la violence)
  • un devoir de contribution (à adapter selon les aptitudes et les envies de l’animal) [on sait par exemple qu’un chat qui vit dans une maison de retraite apporte de la joie à ses habitants, tout en coulant des jours heureux]

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Un mot sur les animaux sauvages

porc-épic

Ils sont malheureusement considérés par l’être humain comme des ressources naturelles, et non comme les habitants souverains sur leur territoire. L’idée : respecter leur droit à jouir de leur espace, respecter leur droit à l’autonomie. Bref, leur foutre la paix 🙂

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Ca ne s’arrange pas

En 2017, dans de nombreuses sociétés, les animaux sont toujours perçus comme des propriétés, une sorte de caste inférieure. Non seulement la pensée humaine n’a pas évolué sur ce point, mais en plus la situation s’est dégradée : les animaux exploités et maltraités sont toujours plus nombreux (société de consommation). En outre, la biotechnologie animale (modifications génétiques, à but économique) banalise des déviances qui nous auraient tout simplement paru monstrueuses il y a quelques dizaines années.

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Mieux penser la protection des animaux

Pour une meilleure avancée des droits des animaux, Will Kymlicka considère qu’il faut favoriser les projets positifs (donner une place positive aux bêtes, impliquer l’humain dans la révolution animale) plutôt que tout miser sur la réprimande (interdire). Une nouvelle approche s’impose donc, qui projettera l’être humain dans un rapport bienveillant, curieux et positif avec ses voisins et/ou amis les z’animos.

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[Ci-dessous, quelques éléphants en promenade et en famille, loin des acrobaties ridicules que les humains leur imposent dans les cirques.]

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