Animaux cryptiques : pour vivre heureux, vivons cachés

saandip nandagudi

(papillon-feuille morte ou Kalima inachus, photo de Saandip Nandagudi)

Camouflage, mimétisme, couleurs cryptiques… il n’est pas forcément évident de s’y retrouver. Dans le but d’y voir plus clair, j’ai fait quelques recherches sur internet. Mais plus je lisais d’informations sur le sujet, moins j’étais sûre d’y comprendre quoi que ce soit (et de pouvoir me fier à ce que je lisais). Finalement, fidèle à mon amour des livres, j’ai décidé de me procurer un vieux bouquin repéré sur internet : Camouflage et mimétisme chez les animaux, par Michael et Patricia Fogden, paru en 1974 aux éditions Nathan.

On a beau dire, dans de nombreux domaines, les livres font la différence ! Probablement parce qu’un projet éditorial demande, par définition, un investissement important (de la matière grise, du temps, une vérification assidue des informations, une équipe, un budget…) que bon nombre de sites internet n’exigent pas…

Camouflage et mimétisme chez les animaux n’est évidemment pas exempt de petites lacunes. Dans les années 70, on ne faisait par exemple pas d’aussi belles photos qu’au XXIe siècle. Et puis, visiblement, les noms attribués aux espèces observées ont, depuis, évolué (ou se sont précisés)… Mais Michael et Patricia Fogden ont réalisé pour cet ouvrage un travail considérable, sans jamais oublier d’injecter dans leur texte une bonne dose de pédagogie. Voici comment ils font le distinguo entre camouflage et mimétisme (déguisement) :

Il est usuel de distinguer camouflage et déguisement, bien que les deux catégories diffèrent si imperceptiblement qu’il est parfois difficile d’affecter un animal cryptique à l’une ou à l’autre. Néanmoins la distinction est utile : le camouflage brise les lignes de contour d’un animal, le confondant avec l’arrière-plan, tandis que le déguisement fait un animal qui ressemble à une partie bien définie, mais inanimée de son environnement, qui n’intéresse pas les prédateurs et qui ne déclenche pas l’alarme des proies. Autrement dit, le camouflage efface l’animal du paysage, tandis que le déguisement l’empêche d’être reconnu pour ce qu’il est, même s’il est facile à voir.

Précision : les deux auteurs ne parlent pas de mimétisme mais de déguisement car le mimétisme est une notion plus vaste, qui comprend également par exemple l’imitation d’un autre animal (queue d’une chenille qui imite la tête d’un serpent, serpent inoffensif qui imite un serpent venimeux, ocelles d’un papillon qui imite des yeux impressionnants pour les prédateurs, etc).

Ce bouquin qui sent bon le vieux grenier m’a donc aidée à mieux appréhender le très large éventail des stratégies adaptatives utilisées chez les animaux pour se planquer !

*

Le camouflage

engoulevent d'europe

(l’engoulevent d’Europe se camoufle grâce à une combinaison de techniques : couleurs cryptiques, immobilité, déplacement selon la position du soleil pour réduire son ombre, yeux fermés)

Exemples de techniques de camouflage (souvent combinées) :

  • évoluer dans un milieu où l’on passe inaperçu : le fennec qui arbore les couleurs du désert, le papillon de nuit qui passe ses journées incognito sur un tronc d’arbre, la panthère des neiges qui évolue dans un paysage rocailleux en toute discrétion, la vipère Atheris chlorechis qui disparaît dans le feuillage  tropical…
  • posséder une livrée qui change de couleur selon les saisons et devient blanche en hiver (hermine, lagopède alpin… j’en parlais dans un article précédent)
  • changer de couleur très rapidement : pieuvres, seiches
  • changer de couleur en quelques minutes : le caméléon
  • changer de couleur en quelques jours ou quelques semaines : certaines araignées, certains poissons…
  • arborer un pelage moucheté qui imite les trouées du soleil dans le feuillage : le faon du chevreuil
  • s’aplatir ou se plaquer à son support pour éviter l’ombre portée, qui est une source de repérage : geckos, papillons de nuit le jour…
  • se tourner graduellement vers le soleil pour limiter l’ombre portée
  • fermer ou plisser les yeux (car les cercles concentriques et la brillance des yeux sont des sources de repérage)
  • suivre le mouvement des éléments environnants (en cas de danger, le butor étoilé berce son cou au rythme des roseaux agités par le vent)

En outre, certains oiseaux qui nichent au sol pondent des œufs quasiment invisibles dans leur environnement. C’est le cas du pluvier gravelot ou de l’huîtrier. En cas de danger, les parents s’éloignent d’ailleurs du nid pour ne pas attirer l’attention du prédateur sur les œufs.

Le camouflage va de pair avec l’immobilité, et s’accommode éventuellement de mouvements lents, furtifs.

(on ne présente plus le charismatique poisson-pierre, qui sait pourtant se faire oublier parmi les rochers)

poisson-pierre

*

Le mimétisme

Comme pour le camouflage, le mimétisme permet aux animaux de ne pas se faire repérer par leurs prédateurs et parfois d’approcher leurs proies avec la plus grande discrétion.

Le mimétisme donne à l’animal l’apparence d’un objet inanimé spécifique de son environnement : feuille morte, amas de feuilles, tige, fleur, bourgeon, épine, fiente d’oiseau, morceau de bois, algue…

Phyllium giganteum

(Phyllium giganteum, photo Andrea & Antonella Ferrari)

Tout le monde connaît le Phyllium giganteum. Cette créature ressemble à un amas de feuilles, par endroits grignotées par les insectes. Citons entre autres exemples : le serpent-liane, la grenouille cornue de Malaisie qui ressemble à s’y méprendre à une feuille morte, les papillons Kalima, les phasmes, la mante-orchidée, l’hippocampe-algue ou encore l’ibijau, un oiseau qui se fait passer avec un talent stupéfiant pour un morceau de bois (j’en parlais ici il y a quelques mois).

(Uroplatus phantasticus, un gecko arboricole endémique de Madagascar)

Uroplatus phantasticus

*

Pour aller plus loin :

Publicités

Islande, pays de volcans et de mousses

Sans titre mousse

(champ de lave recouvert de mousse)

Comme vous pouvez le constater, je n’en finis plus de me rouler dans la mousse ! Les scientifiques ont répertorié pas loin de 13 000 espèces de mousse à travers le monde. On trouve de la mousse aux quatre coins du globe terrestre, jusqu’en Antarctique où le réchauffement climatique accélère d’ailleurs sa prolifération… Après la mousse au Japon ou à Fontainebleau, puis au Vietnam à la rencontre de la grenouille-mousse, partons aujourd’hui en Islande 🙂

L’Islande, île de 100 000 km² située entre la Norvège et le Groenland, est célèbre pour la beauté stupéfiante de ses paysages primitifs et inhospitaliers : volcans, geysers, glaciers, champs de lave et falaises de lave, impressionnantes chutes d’eau, tourbières et marécages, plages de sable noir…

Or, si les plantes vasculaires sont souvent découragées par les zones volcaniques, les mousses et les lichens s’accommodent sans grande difficulté à cet environnement récalcitrant. C’est ainsi que la mousse (par exemple Philonotis fontana) s’étend généreusement sur les champs de lave de l’île et qu’elle recouvre 10 % du territoire islandais. Ce qui décourage une bonne partie de la flore : non seulement les déserts de lave et de cendres, mais aussi le vent constant ou encore le climat froid : 15°C maximum en été…

0122

En termes d’espèces végétales, on observe en Islande :

  • 40 espèces de fougères
  • 440 espèces de plantes à fleurs
  • 605 espèces de bryophytes (mousses)
  • 735 espèces de lichens
  • 1460 espèces d’algues
  • 2 100 espèces de champignons

Avant l’arrivée des Vikings, l’Islande était tout de même recouverte à 30 % de forêts. Mais l’être humain a déboisé l’île pour se procurer du bois de chauffage et fabriquer des habitations en bois. Le pâturage a achevé de transformer le paysage islandais, les animaux (ovins, équidés) broutant les jeunes pousses des arbres. Toutefois, l’Islande organise actuellement un reboisement de son territoire.

Philonotis fontana 01

Philonotis fontana 02

*

Pour aller plus loin, voici 3 liens qui permettent de découvrir la flore islandaise :

(un autre charme végétal islandais : la ravissante linaigrette de Scheuchzer)

linaigrette

Rencontre avec la grenouille-mousse

jim zuckerman

(photo Jim Zuckerman)

D’aussi loin que je me souvienne, la mousse m’a toujours enchantée. Il me serait difficile d’expliquer précisément pourquoi. Le fait d’avoir grandi près d’une rivière doit y être pour quelque chose. Je sais aussi que j’aime les paysages préservés et purs, qui semblent témoigner de ce qu’était notre planète avant l’arrivée des humains. On sait que les mousses sont arrivées à la surface de la terre il y a environ 440 millions d’années. Quoi qu’il en soit, il me semble évident que là où il y a de la mousse, il y a de la douceur, de la poésie et de la magie 🙂

J’ai écrit en mai 2016 un premier billet sur l’amour des Japonais pour la mousse et en mars 2018 un article sur les mousses de Fontainebleau. Que ce soit en consultant des bouquins ou en visionnant des documentaires sur les beautés de la nature, je découvre régulièrement des petites choses passionnantes sur les mousses (que les scientifiques appellent bryophytes) !

De très nombreux animaux adoptent des méthodes fascinantes pour se fondre dans leur environnement et ainsi, échapper à l’œil des prédateurs (camouflage, mimétisme). En milieu humide, la mousse est visiblement une bonne technique : certaines créatures laissent la mousse se développer sur leur corps pour devenir plus discrètes, tandis que d’autres ont tout simplement pris l’apparence de la mousse ! C’est le cas de la très ravissante grenouille-mousse (Theloderma corticale) 🙂

Dans les forêts tropicales du Nord du Vietnam, dont ce magnifique batracien est endémique (on ne le trouve que là-bas, si l’on ne compte pas les zoos et les élevages), la mousse et le lichen poussent à profusion, ce qui permet à la grenouille-mousse de se protéger des prédateurs, et probablement aussi de mieux surprendre ses petites proies.

flat,800x800,070,f

(photo Jason Weigner)

Au Vietnam comme à peu près partout ailleurs, l’expansion de l’agriculture va de pair avec la déforestation, ce qui affecte potentiellement l’habitat de la grenouille-mousse. Toutefois, le joli petit animal aime particulièrement les zones rocheuses escarpées (parois rocheuses et grottes dans les montagnes humides), ce qui peut limiter la menace qui pèse sur lui. On le rencontre aussi dans les espaces naturels protégés du pays.

La grenouille-mousse mesure entre 7 et 9 centimètres. Elle se nourrit d’insectes, de vers, de mollusques. Elle pond ses œufs dans des cavités rocheuses remplies d’eau. Les têtards y restent jusqu’au moment de la métamorphose.

drsnokozka-kornata-662

(photo jiri Kukan)

Pour aller plus loin :

  • voici une initiation aux bryophytes très accessible et intéressante
  • Wikipédia propose une fiche développée sur le mimétisme
  • voici une courte vidéo qui vous permettra de découvrir le chant doux et discret de la grenouille-mousse :

Au cœur de l’hiver, magie blanche chez les animaux

karik

(lagopède alpin – d’autres photos de Karik sont disponibles sur Flickr)

Quand arrive l’hiver, certains animaux des régions froides (au nord ou en altitude) changent d’apparence et troquent leur livrée brune pour un manteau blanc. On compte vingt espèces de mammifères et une espèce d’oiseau ayant cette spécificité.

Ces animaux n’hibernent pas. Leur camouflage leur permet à la fois d’échapper aux prédateurs (leur nouvelle livrée les rend invisibles dans le paysage neigeux) mais aussi de résister au froid (pelage plus épais).

Ce phénomène de mue progressive donne aux photographes l’occasion de réaliser des photos magnifiques, et d’autant plus que ces animaux évoluent dans de sublimes paysages de type toundra. On parle en général de trois toundras : la toundra arctique (liée au froid polaire), la toundra antarctique (même chose) et la toundra alpine (liée au climat d’altitude). La flore de la toundra offre un décor spécifique et magique : bruyère, graminées, carex, rochers couverts de mousses ou de lichens. Tout ce que j’aime… 🙂

*

Le lagopède alpin (Lagopus muta)

(voir aussi photo ci-dessus) On l’appelle également perdrix des neiges. On l’observe principalement en Arctique, mais aussi au Japon, en Scandinavie, en Ecosse et en France. Il y a 20 000 ans (dernière période glaciaire), le lagopède alpin était très répandu dans l’Hexagone. Dorénavant, les Alpes et les Pyrénées sont les derniers bastions de cet oiseau devenu rare.

roland clerc

lagopède alpin en cours de mue – Roland Clerc

oeufs lagopede jean-françois desmet

les œufs du lagopède alpin – Jean-François Desmet

Quand l’hiver arrive, l’oiseau abandonne progressivement son plumage brun et gris pour arborer un manteau blanc. Cette mue lui permet d’échapper aux aigles et aux renards.

Pour de nombreuses raisons, l’aire de répartition de ce joli gallinacé se réduit progressivement en France :

  • le réchauffement climatique le pousse à se retrancher toujours plus haut (il a besoin d’un climat froid pour s’épanouir, se reproduire)
  • l’évolution du pâturage le perturbe (car il niche au sol)
  • la présence humaine (sports d’hiver, randonnées) le fait fuir

*

Le lièvre variable (Lepus timidus)

On rencontre le lièvre variable dans les pays du nord (Russie, Groenland, Canada, Scandinavie…) mais aussi, de façon beaucoup plus limitée, dans les Alpes françaises, en Irlande, en Pologne, au Royaume-Uni ou encore au Japon.

Mountain hare running (Lepus timidus) in winter snow, Scottish Highlands, Scotland, United Kingdom

quand le lièvre variable disparaît dans le paysage…

lepus timidus 01

après l’effort, le réconfort

Sa mue le fait passer d’un pelage brun-gris à un pelage blanc. Seul le bout de ses oreilles reste noir ! Dans un environnement neigeux, il devient ainsi beaucoup plus difficile à repérer par les loups, les renards et les gloutons.

Le parc national des Écrins lui a consacré une petite fiche, Wikipédia aussi.

*

L’hermine (Mustela erminea)

L’hermine ressemble fort à la belette. Elle pèse environ 300 g pour 30 cm de long. Ce ravissant mustélidé extrêmement vif se rencontre en altitude (au delà de 1000 mètres et jusqu’à 3000 mètres).

Vallone Piantonetto

quelle petite merveille ! – Fabio Bretto

Ermine, summer coat, Lower Saxony, Germany / (Mustela erminea) / Stoat

l’hermine dans sa livrée d’été – W.Rolfes

L’hermine est carnivore et excellente chasseuse. Elle consomme principalement des rongeurs, oiseaux, insectes, mais adopte occasionnellement un régime végétarien quand les circonstances ne lui permettent pas de se mettre autre chose sous la dent.

L’hermine compte de nombreux prédateurs : oiseaux de proie, renards, chouettes, cigognes, hérons… Elle évolue donc dans des environnements qui lui permettent de se cacher facilement.

En été, elle a le dos brun, le ventre blanc et le bout de la queue noire. Pour l’hiver, elle revêt un magnifique manteau blanc, à l’exception du bout de sa queue qui reste noire.

L’association suisse Pro Natura, spécialisée dans la protection de la faune sauvage, en a fait son animal de l’année 2018.

*

Le renard polaire (Vulpes lagopus)

Comme son nom l’indique, le renard polaire aime le froid et s’accommode très bien de températures qui descendent à -50°C. Il vit dans les régions arctiques : Groenland, Russie, Canada, Alaska, Islande, Scandinavie…

Jacqueline Verstege 01

la curiosité est un joli défaut – Jacqueline Verstege

alain balthazard

renard polaire en vadrouille – Alain Balthazard

Quand l’hiver approche, son pelage passe du brun foncé au blanc. Pour dormir, il s’enroule dans sa longue queue afin de protéger ses pattes et son museau du froid. Le renard polaire se nourrit principalement de lemmings, lièvres, oiseaux, œufs.

Wikipédia propose une fiche assez fournie sur le renard polaire.

*

Réchauffement climatique : un danger pour le camouflage

Parce qu’il ne dépend pas des températures mais bien de la durée des jours selon la période de l’année, le phénomène de mue continue d’opérer malgré le réchauffement climatique. Cela met évidemment les animaux en danger : en effet, ils évoluent dorénavant dans des espaces de moins en moins enneigés, ce qui en fait des proies faciles quand ils arborent leur manteau blanc. Pour ainsi dire, l’adaptation génétique des animaux est beaucoup plus lente que les dégâts occasionnés par l’être humain…

Pourtant, certains scientifiques, et en particulier le docteur L. Scott Mills, constatent que petit à petit, une progression s’opère parmi les animaux qui blanchissent en hiver : alors que certains individus continuent de muer pour devenir blancs, d’autres gardent leur livrée d’été toute l’année. Pour plus d’informations à ce sujet, n’hésitez pas à cliquer ici.

*

Quelques images d’une beauté à couper le souffle !

Pour finir, je vous propose de découvrir une courte vidéo (2 minutes) sur ce qu’on appelle les « reliques glaciaires », ces animaux venus du froid depuis des dizaines de milliers d’années et qui vivent dans les montagnes françaises. Ces images sont tout simplement SUBLIMES. On y retrouve le lagopède alpin et le lièvre variable.

L’être humain dans l’esthétique chinoise

hu yongkai

(peinture contemporaine de Hu Yongkai)

Quelles que soient les époques, l’esthétique chinoise a toujours décrit ou chanté la beauté de la nature, la solitude bienfaitrice ou mélancolique de l’anachorète, le plaisir des sens, le dépouillement heureux ou encore la vacuité de l’existence humaine. Et il est frappant de constater à quel point ces sujets sont encore évoqués par les artistes chinois du XXe siècle avec une fraîcheur intacte…

Dans de très nombreuses œuvres chinoises, la nature occupe toute la scène et l’humain y est quasiment absent (si ce n’est dans la description du sentiment de l’artiste face à une nature souveraine). J’ai voulu, au contraire, illustrer cet article avec quelques poèmes et peintures qui incluent la présence humaine et chantent la joie de vivre !

*

Le gynécée langoureux de Hu Yongkai 

Ci-dessus et ci-dessous, deux ravissantes peintures de Hu Yongkai. L’artiste est né à Pékin en 1945 et vit actuellement aux États-Unis. Il représente principalement des femmes coquettes ou oisives, souvent dans leur intérieur. Mais la nature reste toujours présente dans les œuvres de Hu Yongkai, grâce à un paravent fleuri, un bouquet de fleurs éclatantes ou encore une fenêtre qui donne sur des éléments végétaux.

045

*

Shitao, amoureux de la beauté 

Shitao naquit en 1642 (fin de la dynastie Ming) et fut élevé par des moines bouddhistes. Il était surnommé le moine Citrouille-Amère. Il a excellé dans tous les genres picturaux : paysages, végétaux, portraits…

La peinture ci-dessous m’émerveille littéralement. La brume y fait une apparition théâtrale et la présence humaine y est à la fois minuscule et évidente. Cette oeuvre n’aurait évidemment pas du tout la même portée si on n’y décelait aucune présence humaine. C’est la silhouette de l’ermite qui donne toute sa beauté à ce paysage onirique, car c’est grâce à elle qu’on éprouve, d’instinct, en admirant cette scène de promenade, l’émotion d’évoluer dans un tel paysage…

shitao

*

La douce folie de Han Shan

Han shan est un poète et ermite chinois du IXe siècle. C’est sur des bambous, des arbres, des rochers et sur les murs des maisons que cet artiste au cœur « pur comme un lotus blanc » a écrit ses poèmes. Les villageois se moquaient de lui et le prenaient pour un dingue. Il était considéré comme un marginal ou un illuminé. Voici deux de ses textes :

une chaumière de paysan, ma demeure d’homme sauvage
devant la porte, carrosses et chevaux se font rares
dans les bois sombres, les oiseaux se rassemblent
dans le torrent profond, les poissons abondent –
accompagné de mon fils, je cueille les fruits de la montagne
avec ma femme je laboure les champs inondés –
dans la maison, qu’y a-t-il ?
juste un lit encombré de livres…

~

mes livres regorgent de poèmes de lettrés savants
ma cruche déborde du vin des sages
en balade j’aime contempler les vaches et leurs veaux
assis, le vin et les livres sont disposés à mes côtés –
le givre et la rosée imprègnent le toit de chaume
la lumière de la lune éclaire la fenêtre ronde –
après avoir bu deux coupes, je déclame deux ou trois poèmes

*

Le monde « simple et tranquille » de Lao Shu

Voici maintenant une peinture et deux poèmes de l’artiste chinois contemporain Lao Shu (« vieil arbre »), de son vrai nom Liu Shuyong. Peintre-poète, Lao Shu est également critique d’art et il donne des cours à l’Institut des médias et de la culture de Pékin.

lao

Théiers dans les champs,
Luxuriance des jeunes feuilles.
Vient le temps où les fleurs tombent
Quand arrivent brumes et bruines.
Théiers dans les champs,
On cueille en chuchotant.
Le chant des oiseaux
Résonne au fond de la vallée,
Tout est poème.

~

Je songe fortement à m’évader
Pour vivre dans les montagnes désertes
Bâtir une cahute en forêt devant les fleurs.
Enfermé, j’y lirai des livres érotiques,
Dehors, je cultiverai mon potager.
Souvent, je me livrerai à des jeux amoureux,
Par hasard, des amis viendront me voir.
Je n’aurai qu’un désir : m’éloigner de la vie mondaine,
Ne pas jouer au prétentieux ou au mystificateur.
Car, en fin de compte, mes cendres
Finiront au fond d’un ravin, emportées par le flot.

*

Pour aller plus loin :

  • les éditions Moundarren proposent un sublime recueil des poèmes de Han Shan, intitulé Merveilleux le chemin de Han Shan
  • depuis 2011, le peintre-poète contemporain Lao Shu tient un blog en chinois, sur lequel il édite régulièrement ses textes et ses peintures
  • les éditions Philippe Picquier, spécialisées dans l’Asie, ont édité en octobre 2017 un très bel ouvrage consacré aux peintures et poèmes de Lao Shu : Un monde simple et tranquille (cliquer sur « extrait » pour découvrir une vingtaine de ses petits chefs d’oeuvre)

Le Père-Lachaise, un refuge verdoyant pour les oiseaux

013

Le joli cimetière du Père-Lachaise est le lieu le plus vert de Paris (après le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, également propriétés de la Mairie de Paris), avec plus de 5 000 arbres. A l’écart du tumulte de la ville, cet espace de 44 hectares abrite donc un grand nombre d’oiseaux.

Dimanche dernier, grâce au guide Patrick Suiro, bénévole du CORIF (Centre ornithologique d’Île-de-France, en coopération avec la Ligue de Protection des Oiseaux), notre petit groupe a pu observer 23 espèces d’oiseaux en 3 heures, parmi lesquels : le pic épeiche, le geai des chênes, le traquet motteux, le grimpereau des jardins, la fauvette à tête noire, le troglodyte mignon, le pinson des arbres ou encore le verdier d’Europe !

Cette promenade instructive m’a enfin permis de faire la différence entre le pinson et le bouvreuil (je les confondais en raison de leur poitrine rose), ou encore entre le martinet et l’hirondelle (dont les deux silhouettes se ressemblent beaucoup en vol) :

0176   0174

90   Hirondelle de fenêtre Delichon urbicum Common House Martin

*

Pour se développer, la biodiversité a besoin d’un environnement sauvage

Depuis 2015, la Mairie de Paris n’utilise plus aucun produit phytosanitaire pour l’entretien de ses cimetières. Le but : préserver la santé des humains (employés et visiteurs), l’environnement ainsi que la biodiversité.

Plus on laisse la nature évoluer librement, plus la biodiversité se développe. D’où l’intérêt de stopper l’utilisation de pesticides et de ne pas supprimer les « mauvaises » herbes ou arbres morts ! Certaines zones du cimetière Père-Lachaise sont relativement épargnées par l’intervention humaine (on laisse la végétation faire sa vie !), notamment dans le sud-est du cimetière, et deviennent ainsi le lieu de prédilection (et donc de nidification) des animaux. Les naturalistes estiment toutefois que le contrôle de la nature y reste drastique (désherbage, débroussaillage), ce qui expliquerait par exemple l’absence de papillons dans la zone…

*

Highgate, un cimetière autrement plus sauvage !

Avez-vous déjà entendu parler du cimetière de Highgate, situé dans la banlieue de Londres ? Les touristes s’y rendent pour visiter la tombe de Karl Marx, mais aussi pour admirer la beauté luxuriante des lieux. Certaines zones y sont littéralement envahies par les plantes grimpantes. Les racines des arbres y renversent parfois les tombes les plus anciennes. La faune et la flore y règnent en toute tranquillité…

0111

112

*

Pour aller plus loin :

  • la LPO organise des centaines de sorties et séjours nature chaque année, partout en France
  • pour participer à une balade ornithologique au Père-Lachaise, ça se passe ici
  • voici quelques informations sur le cimetière de Highgate

 

Fleurs de béton à Paris (3)

IMG_20180310_163811

(rue du Chemin Vert)

Arpenter les rues de Paris avec un appareil photo quand il fait beau, j’adore ça ! Il suffit de lever la tête, de laisser traîner son regard sur les murs ou de se faufiler dans une impasse pour découvrir des tas de petits trésors du street art. Après mes balades de juin 2016 et d’octobre 2017, voici quelques photos de mai 2018 🙂

Manger vegan et bio, c’est fun (le lieu : Véro l’autre cantine au 30, rue Popincourt) :

IMG_20180310_164036

50 ans après mai 68, les murs du passage de la Folie-Regnault résonnent…

IMG_20180506_084806

Are you a black bloc ?

IMG_20180506_124059

Les sans-papiers s’affichent sur les murs :

IMG_20180506_124822

A deux pas du cimetière du Père-Lachaise, un chouette hommage à Jacques Higelin, monté au ciel en avril dernier…

IMG_20180506_123909

Grimper sur les toits de Paris, rien de plus simple quand on est un kraken (à deux pas du canal Saint-Martin) :

IMG_20180325_174926

Vandalisme, ou bienheureuse irruption de l’art dans le train-train quotidien ?

IMG_20180321_114323

Ici et maintenant…

IMG_20180508_155534

*

Pour aller plus loin :

  • sur le site de Lundimatin, l’article Vandalisme, Épigraphie a collecté de nombreux graffitis relatifs à la Loi Travail
  • la page La rue ou rien compile un très grand nombre de sympathiques graffitis, souvent tout frais !