La philosophie du bernard-l’ermite

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(un bernard-l’ermite qui prend la pose)

Le bernard-l’ermite (ou bernard-l’hermite), également appelé pagure, est un des animaux les plus croquignolets qui soient 🙂 Du fait de son abdomen mou (sa carapace ne couvre que sa tête et son thorax), ce touchant crustacé est contraint, dès les premiers moments de sa vie, de se dégoter une coquille vide (de gastéropode de mer) adaptée à sa taille pour protéger son corps et ainsi limiter les attaques de prédateurs.

On référence environ 500 espèces de bernard-l’ermite à travers le monde, qui présentent des tailles et des couleurs variées. L’animal mesure entre 2 et 10 cm en moyenne. Il ressemble vaguement à un petit homard :

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Le bernard-l’ermite, au fil de sa croissance, change régulièrement d’abri pour une coquille toujours plus grande. Mais avec les déchets humains qui traînent sur les plages et en mer (j’ai écrit un article intitulé Animaux marins : le plastique, c’est diabolique il y a quelques semaines), on voit de plus en plus de pagures aux déconcertantes allures de « clochards » : certains élisent en effet domicile dans des bouchons de tubes de dentifrice (pour les plus petits) ou de détergents ménagers…

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La belle et la bête

Le bernard-l’ermite vit souvent en symbiose avec l’anémone de mer. J’ai appris ça en Bretagne. J’avais 20 ans mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai été bouleversée par cette découverte, un peu comme si on venait de me conter une version attestée, véridique, scientifique, de La Belle et la Bête.

La symbiose est un partenariat (entre deux organismes vivants) qui profite aux deux parties (à ne pas confondre avec le commensalisme : association qui ne bénéficie qu’à l’un des équipiers, sans pour autant nuire à l’autre). C’est par exemple le cas de l’espèce Dardanus pedunculatus, un bernard-l’ermite qui s’acoquine avec l’anémone Calliactis parasitica. On le voit même parfois se promener avec plusieurs anémones sur la coquille !

Le but de cette symbiose ? Tandis que le crustacé est protégé de certains prédateurs grâce aux tentacules urticants de l’anémone, cette dernière profite des restes de repas de son acolyte.

Fait surprenant mais somme toute assez logique : quand il change de coquille, l’invertébré emporte son ou ses anémones dans le déménagement : il les décroche de l’ancienne coquille pour les amarrer à son nouvel abri 🙂

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(un bernard-l’ermite et son anémone attitrée)

Toutes les coquilles sont bonnes à prendre, pourvu qu’elles présentent des dimensions adaptées et qu’elles ne soient pas trouées :

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Troc de coquilles !

Pas toujours facile de trouver coquille à son pied…

En bord de mer, avec de la chance, on peut assister à un phénomène stupéfiant : le troc collectif de coquilles ! Les pagures se rassemblent et se promènent en bande, à la recherche d’une plus grande coquille pour le plus gros d’entre eux. Quand la troupe a déniché la coquille parfaite pour le bernard-l’ermite le plus costaud, les compagnons entament un troc bien rodé : ils se mettent en file indienne, du plus grand au plus petit, et s’échangent ainsi leurs coquilles de façon rapide et efficace. Le plus gros pagure se débarrasse de son ancien abri (pour enfiler sa nouvelle armure), ce qui permet au suivant de le récupérer, et ainsi de suite. Résultat : ils retrouvent tous un nouvel abri à leurs dimensions, jusqu’au plus petit. Il faut le voir pour le croire ! Je vous propose donc une petite vidéo instructive à ce sujet :

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Le bernard-l’ermite inspire les artistes et les poètes 

  • Ode à un bernard-l’ermite, de Lucien d’Azay, est paru aux éditions Les Belles lettres Tibi en août 2015 ; un lecteur en parle en termes très favorables sur le site de Babelio
  • un passionné d’origami très prolifique, prénommé Mathieu, nous invite à découvrir sur son site internet deux jolis modèles de bernard-l’ermite en papier
  • l’artiste japonaise Aki Inomata a fabriqué, grâce au procédé de l’imprimante 3D, de superbes coquilles en plastique à destination des bernard-l’ermite. Chacune des œuvres réalisées représente un lieu célèbre (voir ci-dessous) : New York, Santorin, Honfleur… Sa démarche, très poétique, interroge néanmoins sur l’éthique d’un tel procédé : a-t-on le droit d’arracher à leur milieu naturel des animaux pour les enfermer en aquarium dans un but artistique ? En outre, symboliquement, est-il encore raisonnable en 2018 de valoriser le plastique quand on aborde le thème de la faune sauvage et de la biodiversité ? Tout cela mérite évidemment réflexion…

bernard japonais

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