Inspiration japonaise : les vases muraux

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(au Japon, un morceau de bambou fait naturellement office de vase)

J’ai découvert le vase mural il y a quelques années, en m’intéressant au Japon. J’aime toujours autant le concept… !

Ikebana, kesako ?

Les Japonais, un des peuples les plus raffinés qui soient, ont élevé la composition florale au rang de discipline artistique. En japonais, composition florale se dit ikebana, ce qui signifie « mettre dans l’eau des fleurs vivantes ». Autrement dit : elles sont vivantes, on en prend soin.

L’occidentale Gusty Luise Herrigel a eu l’honneur, durant les années 1920, de suivre les cours particuliers d’ikebana du maître Bokuyo Takeda. Elle raconte son expérience (très rare à l’époque pour une occidentale) dans l’ouvrage La Voie des fleurs, le zen dans l’art japonais des compositions florales (paru aux éditions Dervy). Parmi les comportements à adopter pour bien arranger les fleurs, il faut par exemple : faire silence, se vider la tête, traiter les fleurs avec tendresse, ou encore « ne demander à une fleur que ce qui est conforme à sa nature »…

Ci-dessous, un poème végétal aux couleurs d’automne à gauche et ce qui semble être un camélia (fleur d’hiver) à droite.

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Le vase mural

Le vase mural n’est qu’un type de présentation parmi d’autres. Dans la discipline de l’ikebana, on distingue trois techniques : le seikwa (avec l’idée de plantes coupées), le nageire (mode de composition libre) et le moribana (composition sous la forme d’un paysage). Le vase mural est surtout choisi pour les compositions nageire.

En outre, comme l’explique Gusty Luise Herrigel, « les plantes sarmenteuses, munies de vrilles, ou celles qui poussent naturellement penchées s’accommodent mieux des vases suspendus ou accrochés ». Encore une fois, celui qui compose le bouquet s’adapte aux végétaux qu’il a sélectionnés, pour respecter leur personnalité et mettre en valeur leur charme naturel.

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La chambre de thé

La cérémonie du thé, un rituel particulièrement codifié, offre toujours une place aux fleurs. La technique nageire (composition libre) est celle utilisée dans la chambre de thé et en général, elle est pratiquée avec un vase accroché (vase mural). Voici ce qu’écrivait Gusty Luise Herrigel à propos des fleurs choisies pour la cérémonie du thé :

Pour être associée au culte du thé et correspondre à son esprit, la plante choisie pour la Chambre de thé ne peut qu’y être présentée de la façon la plus naturelle. Souvent on n’y voit pas autre chose qu’un petit rameau soigneusement choisi, ou une fleur unique entourée de quelques feuilles vertes. Le récipient qui lui est destiné est lui-même sans prétention : un simple morceau de bambou, une calebasse, une écorce d’arbre. Il est accroché à l’un des piliers de bois précieux de la petite Chambre de thé, d’où la fleur se penche de l’air le plus naturel. Ce mode de suspension convient tout particulièrement aux plantes à liane, aux fleurs de prairie et aux végétaux sauvages.

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Alcôve japonaise 

Dans les maisons japonaises, on trouve souvent un tokonoma. Il s’agit d’une alcôve, d’un espace sacré, dans lequel dialoguent une oeuvre sur rouleau (peinture ou calligraphie) et une composition végétale fraîchement réalisée (légumes – les Japonais vénèrent également les légumes -, branchage ou fleurs). Là aussi, le récipient utilisé est souvent un vase accroché. Voici un tokonama photographié par Stéphane Barbery, passionné de culture japonaise :

Feuilles noires, fleur blanche

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Pour aller plus loin :

  • Stéphane Barbery, artiste polyvalent passionné de culture nippone (photo ci-dessus), se présente avant tout comme quelqu’un « qui apprend ». Il a un site internet et un compte Flickr sur lequel on peut admirer 20 000 de ses photos prises au Japon
  • la boutique parisienne Kimonoya vend un beau choix de paniers tressés pour compositions murales variées. On y trouve parfois aussi des vases muraux en céramique (selon arrivage). Tout est fait à la main, tout est de qualité. Ne pas se fier à leur site internet, qui ne donne pas une véritable idée de la beauté et de la richesse de ce magasin exceptionnel, situé au 11, rue du Pont Louis-Philippe.

 

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La philosophie du bernard-l’ermite

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(un bernard-l’ermite qui prend la pose)

Le bernard-l’ermite (ou bernard-l’hermite), également appelé pagure, est un des animaux les plus croquignolets qui soient 🙂 Du fait de son abdomen mou (sa carapace ne couvre que sa tête et son thorax), ce touchant crustacé est contraint, dès les premiers moments de sa vie, de se dégoter une coquille vide (de gastéropode de mer) adaptée à sa taille pour protéger son corps et ainsi limiter les attaques de prédateurs.

On référence environ 500 espèces de bernard-l’ermite à travers le monde, qui présentent des tailles et des couleurs variées. L’animal mesure entre 2 et 10 cm en moyenne. Il ressemble vaguement à un petit homard :

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Le bernard-l’ermite, au fil de sa croissance, change régulièrement d’abri pour une coquille toujours plus grande. Mais avec les déchets humains qui traînent sur les plages et en mer (j’ai écrit un article intitulé Animaux marins : le plastique, c’est diabolique il y a quelques semaines), on voit de plus en plus de pagures aux déconcertantes allures de « clochards » : certains élisent en effet domicile dans des bouchons de tubes de dentifrice (pour les plus petits) ou de détergents ménagers…

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La belle et la bête

Le bernard-l’ermite vit souvent en symbiose avec l’anémone de mer. J’ai appris ça en Bretagne. J’avais 20 ans mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai été bouleversée par cette découverte, un peu comme si on venait de me conter une version attestée, véridique, scientifique, de La Belle et la Bête.

La symbiose est un partenariat (entre deux organismes vivants) qui profite aux deux parties (à ne pas confondre avec le commensalisme : association qui ne bénéficie qu’à l’un des équipiers, sans pour autant nuire à l’autre). C’est par exemple le cas de l’espèce Dardanus pedunculatus, un bernard-l’ermite qui s’acoquine avec l’anémone Calliactis parasitica. On le voit même parfois se promener avec plusieurs anémones sur la coquille !

Le but de cette symbiose ? Tandis que le crustacé est protégé de certains prédateurs grâce aux tentacules urticants de l’anémone, cette dernière profite des restes de repas de son acolyte.

Fait surprenant mais somme toute assez logique : quand il change de coquille, l’invertébré emporte son ou ses anémones dans le déménagement : il les décroche de l’ancienne coquille pour les amarrer à son nouvel abri 🙂

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(un bernard-l’ermite et son anémone attitrée)

Toutes les coquilles sont bonnes à prendre, pourvu qu’elles présentent des dimensions adaptées et qu’elles ne soient pas trouées :

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Troc de coquilles !

Pas toujours facile de trouver coquille à son pied…

En bord de mer, avec de la chance, on peut assister à un phénomène stupéfiant : le troc collectif de coquilles ! Les pagures se rassemblent et se promènent en bande, à la recherche d’une plus grande coquille pour le plus gros d’entre eux. Quand la troupe a déniché la coquille parfaite pour le bernard-l’ermite le plus costaud, les compagnons entament un troc bien rodé : ils se mettent en file indienne, du plus grand au plus petit, et s’échangent ainsi leurs coquilles de façon rapide et efficace. Le plus gros pagure se débarrasse de son ancien abri (pour enfiler sa nouvelle armure), ce qui permet au suivant de le récupérer, et ainsi de suite. Résultat : ils retrouvent tous un nouvel abri à leurs dimensions, jusqu’au plus petit. Il faut le voir pour le croire ! Je vous propose donc une petite vidéo instructive à ce sujet :

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Le bernard-l’ermite inspire les artistes et les poètes 

  • Ode à un bernard-l’ermite, de Lucien d’Azay, est paru aux éditions Les Belles lettres Tibi en août 2015 ; un lecteur en parle en termes très favorables sur le site de Babelio
  • un passionné d’origami très prolifique, prénommé Mathieu, nous invite à découvrir sur son site internet deux jolis modèles de bernard-l’ermite en papier
  • l’artiste japonaise Aki Inomata a fabriqué, grâce au procédé de l’imprimante 3D, de superbes coquilles en plastique à destination des bernard-l’ermite. Chacune des œuvres réalisées représente un lieu célèbre (voir ci-dessous) : New York, Santorin, Honfleur… Sa démarche, très poétique, interroge néanmoins sur l’éthique d’un tel procédé : a-t-on le droit d’arracher à leur milieu naturel des animaux pour les enfermer en aquarium dans un but artistique ? En outre, symboliquement, est-il encore raisonnable en 2018 de valoriser le plastique quand on aborde le thème de la faune sauvage et de la biodiversité ? Tout cela mérite évidemment réflexion…

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Fabuleux coléoptères

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(cours de sciences naturelles ou cours de nutrition ? illustration Edward Sorel pour The New Yorker, 2000)

N’avons-nous pas tous été fascinés, enfants, par la beauté étrange et chatoyante des insectes ? Ces petits animaux, qu’on trouve à peu près partout sauf en mer (forêts équatoriales, eaux douces, déserts, tourbières, littoral marin, régions froides…), nous ouvrent les portes d’un monde onirique.

L’univers des insectes comprend de nombreuses familles, parmi lesquelles les libellules, les sauterelles, les papillons, les fourmis ou encore… les coléoptères. Concentrons-nous aujourd’hui sur cette dernière catégorie. Tous les coléoptères ont ceci en commun que leur corps est protégé par une sorte d’armure : deux ailes antérieures, solides, qu’on appelle élytres, et qui couvrent les ailes postérieures (celles, beaucoup plus fragiles, qui permettent en général à l’animal de voler). On compte 400 000 coléoptères identifiés sur la planète, dont 10 000 observables en France. De la coccinelle à l’impressionnant lucane cerf-volant, en passant par l’élégante cicindèle et la luciole qui s’allume les soirs d’été, la variété des coléoptères présents sur le territoire français est très riche 🙂

Voici quelques-uns des coléoptères qui ont enchanté mon enfance (Ardèche) :

Le carabe espagnol (Carabus hispanus)

Le carabe espagnol, qui fait 3 ou 4 cm de long, a une splendide livrée métallique et colorée. Il vit principalement dans les forêts de châtaigniers, hêtres, chênes. Il hiverne dans les souches et les talus. Ses splendides couleurs ne lui permettent pas de passer inaperçu et font de ce petit bijou sur pattes la proie des oiseaux. Ce qui explique sûrement que dans mes souvenirs d’enfance, le carabe espagnol court très vite et se planque dès qu’il le peut ! Peut-être attend-il la tombée du jour pour se déplacer en toute quiétude ?

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(photo Daniel Rydzi)

Les cétoines 

Plusieurs cétoines se ressemblent beaucoup : la grande cétoine verte (Protaetia aeruginosa), la célèbre cétoine dorée (Cetonia aurata) qui a élu domicile dans le cœur des roses, ou encore la cétoine cuivrée (Protaetia cuprea). L’entomologiste et poète Jean-Henri Fabre a beaucoup écrit sur les cétoines. Voici un court extrait des pages qu’il a consacrées à cette ravissante petite bête dans ses Souvenirs entomologiques :

Qui ne l’a vue, pareille à une grosse émeraude couchée au sein d’une rose, dont elle relève le tendre incarnat par la richesse de sa joaillerie ? En ce lit voluptueux d’étamines et de pétales, elle s’incruste, immobile ; elle y passe la nuit, elle y passe le jour, enivrée de senteur capiteuse et grisée de nectar. Il faut l’aiguillon d’un âpre soleil pour la tirer de sa béatitude et la faire envoler d’un essor bourdonnant.

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(la cétoine dorée présente de discrètes marbrures blanches)

Le gyrin

Le gyrin est un tout petit coléoptère des eaux douces (0,5 à 0,7 cm). Le gyrin nageur (Gyrinus natator) et le gyrin commun (Gyrinus substriatus) se ressemblent beaucoup, on ne peut pas les distinguer l’un de l’autre à l’œil nu.

Avec les libellules, les gerris (qu’on appelle parfois « araignées d’eau ») ou encore les notonectes, le gyrin fait partie du petit peuple des rivières. Les gyrins se regroupent à la surface de l’eau pour élaborer une mystérieuse danse collective, très vive, au cours de laquelle ils chassent leurs proies sans jamais se cogner les uns aux autres. Leur livrée métallique luit intensément sous le soleil. Chacun des deux yeux du gyrin est divisé en deux parties : une partie qui surveille les prédateurs (sous l’eau) et l’autre concentrée sur les proies à capturer (à la surface).

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(photo Kheper06)

Et voici quelques-uns des coléoptères que je rêve d’observer un jour (France) :

La rosalie des Alpes (Rosalia alpina)

Cette créature sublime semble tout droit sortie d’un rêve très audacieux. Elle mesure jusqu’à 4 cm et exhibe d’impressionnantes antennes ponctuées de touffes de poils noirs. Chez le mâle, les antennes sont plus longues que le corps. La rosalie des Alpes se promène principalement sur les troncs de hêtre et de frêne, parfois aussi d’aulne, de peuplier et de saule.

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Le rhinocéros (Oryctes nasicornis)

Ce coléoptère arbore une élégante cuirasse acajou et surtout, une corne qui lui donne très belle allure. Seul le mâle possède cet attribut, qui lui permet d’impressionner et de combattre ses concurrents avant l’accouplement. Cet insecte, qui mesure jusqu’à 4 cm de long, est le plus connu des dynastes européens. Le rhinocéros aimait autrefois passer du temps dans les tas de composts (où l’on trouvait également ses larves), mais l’utilisation généralisée des engrais chimiques l’a poussé à déserter ce type d’endroits.

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(photo Julien Arbez)

L’hoplie bleue (Hoplia coerulea)

L’hoplie bleue, considérée comme un des plus beaux scarabées européens, mesure plus ou moins 1 cm. On peut l’observer dans le Midi de la France, en particulier dans les prés à proximité des cours d’eau. Elle se nourrit principalement de pollen et de pétales. La couleur bleu azur métallisé qu’on peut observer sur cette photo est réservée au mâle, tandis que la femelle, plus discrète, possède une livrée brunâtre. L’hoplie bleue fait évidemment le bonheur des photographes, mais inspire également les recherches en biomimétisme.

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(photo Christian Pourre)

Pour aller plus loin :

Il existe de nombreux livres formidables sur les insectes et les coléoptères, dans des registres très variés. Quelques exemples :

  • l’ouvrage Musée vivant des insectes, aux éditions De La Martinière Jeunesse, est également un régal pour les adultes. Il a obtenu, à juste titre, le Prix de la Salamandre Junior 2018…
  • Surprenants insectes, aux éditions Glénat, est un petit livre carré qui fait la part belle aux photos…
  • le guide Coléoptères du monde, aux éditions Delachaux et Niestlé, est une référence pour les amoureux d’insectes
  • il en est de même pour le guide Coléoptères d’Europe, toujours chez Delachaux et Niestlé

Je termine cet article avec un exemple du travail de l’artiste Kate Kato, passionnée de faune et de flore, qui réalise des cabinets de curiosité sans cruauté (tout est en papier) :

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