Animaux cryptiques : pour vivre heureux, vivons cachés

saandip nandagudi

(papillon-feuille morte ou Kalima inachus, photo de Saandip Nandagudi)

Camouflage, mimétisme, couleurs cryptiques… il n’est pas forcément évident de s’y retrouver. Dans le but d’y voir plus clair, j’ai fait quelques recherches sur internet. Mais plus je lisais d’informations sur le sujet, moins j’étais sûre d’y comprendre quoi que ce soit (et de pouvoir me fier à ce que je lisais). Finalement, fidèle à mon amour des livres, j’ai décidé de me procurer un vieux bouquin repéré sur internet : Camouflage et mimétisme chez les animaux, par Michael et Patricia Fogden, paru en 1974 aux éditions Nathan.

On a beau dire, dans de nombreux domaines, les livres font la différence ! Probablement parce qu’un projet éditorial demande, par définition, un investissement important (de la matière grise, du temps, une vérification assidue des informations, une équipe, un budget…) que bon nombre de sites internet n’exigent pas…

Camouflage et mimétisme chez les animaux n’est évidemment pas exempt de petites lacunes. Dans les années 70, on ne faisait par exemple pas d’aussi belles photos qu’au XXIe siècle. Et puis, visiblement, les noms attribués aux espèces observées ont, depuis, évolué (ou se sont précisés)… Mais Michael et Patricia Fogden ont réalisé pour cet ouvrage un travail considérable, sans jamais oublier d’injecter dans leur texte une bonne dose de pédagogie. Voici comment ils font le distinguo entre camouflage et mimétisme (déguisement) :

Il est usuel de distinguer camouflage et déguisement, bien que les deux catégories diffèrent si imperceptiblement qu’il est parfois difficile d’affecter un animal cryptique à l’une ou à l’autre. Néanmoins la distinction est utile : le camouflage brise les lignes de contour d’un animal, le confondant avec l’arrière-plan, tandis que le déguisement fait un animal qui ressemble à une partie bien définie, mais inanimée de son environnement, qui n’intéresse pas les prédateurs et qui ne déclenche pas l’alarme des proies. Autrement dit, le camouflage efface l’animal du paysage, tandis que le déguisement l’empêche d’être reconnu pour ce qu’il est, même s’il est facile à voir.

Précision : les deux auteurs ne parlent pas de mimétisme mais de déguisement car le mimétisme est une notion plus vaste, qui comprend également par exemple l’imitation d’un autre animal (queue d’une chenille qui imite la tête d’un serpent, serpent inoffensif qui imite un serpent venimeux, ocelles d’un papillon qui imite des yeux impressionnants pour les prédateurs, etc).

Ce bouquin qui sent bon le vieux grenier m’a donc aidée à mieux appréhender le très large éventail des stratégies adaptatives utilisées chez les animaux pour se planquer !

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Le camouflage

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(l’engoulevent d’Europe se camoufle grâce à une combinaison de techniques : couleurs cryptiques, immobilité, déplacement selon la position du soleil pour réduire son ombre, yeux fermés)

Exemples de techniques de camouflage (souvent combinées) :

  • évoluer dans un milieu où l’on passe inaperçu : le fennec qui arbore les couleurs du désert, le papillon de nuit qui passe ses journées incognito sur un tronc d’arbre, la panthère des neiges qui évolue dans un paysage rocailleux en toute discrétion, la vipère Atheris chlorechis qui disparaît dans le feuillage  tropical…
  • posséder une livrée qui change de couleur selon les saisons et devient blanche en hiver (hermine, lagopède alpin… j’en parlais dans un article précédent)
  • changer de couleur très rapidement : pieuvres, seiches
  • changer de couleur en quelques minutes : le caméléon
  • changer de couleur en quelques jours ou quelques semaines : certaines araignées, certains poissons…
  • arborer un pelage moucheté qui imite les trouées du soleil dans le feuillage : le faon du chevreuil
  • s’aplatir ou se plaquer à son support pour éviter l’ombre portée, qui est une source de repérage : geckos, papillons de nuit le jour…
  • se tourner graduellement vers le soleil pour limiter l’ombre portée
  • fermer ou plisser les yeux (car les cercles concentriques et la brillance des yeux sont des sources de repérage)
  • suivre le mouvement des éléments environnants (en cas de danger, le butor étoilé berce son cou au rythme des roseaux agités par le vent)

En outre, certains oiseaux qui nichent au sol pondent des œufs quasiment invisibles dans leur environnement. C’est le cas du pluvier gravelot ou de l’huîtrier. En cas de danger, les parents s’éloignent d’ailleurs du nid pour ne pas attirer l’attention du prédateur sur les œufs.

Le camouflage va de pair avec l’immobilité, et s’accommode éventuellement de mouvements lents, furtifs.

(on ne présente plus le charismatique poisson-pierre, qui sait pourtant se faire oublier parmi les rochers)

poisson-pierre

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Le mimétisme

Comme pour le camouflage, le mimétisme permet aux animaux de ne pas se faire repérer par leurs prédateurs et parfois d’approcher leurs proies avec la plus grande discrétion.

Le mimétisme donne à l’animal l’apparence d’un objet inanimé spécifique de son environnement : feuille morte, amas de feuilles, tige, fleur, bourgeon, épine, fiente d’oiseau, morceau de bois, algue…

Phyllium giganteum

(Phyllium giganteum, photo Andrea & Antonella Ferrari)

Tout le monde connaît le Phyllium giganteum. Cette créature ressemble à un amas de feuilles, par endroits grignotées par les insectes. Citons entre autres exemples : le serpent-liane, la grenouille cornue de Malaisie qui ressemble à s’y méprendre à une feuille morte, les papillons Kalima, les phasmes, la mante-orchidée, l’hippocampe-algue ou encore l’ibijau, un oiseau qui se fait passer avec un talent stupéfiant pour un morceau de bois (j’en parlais ici il y a quelques mois).

(Uroplatus phantasticus, un gecko arboricole endémique de Madagascar)

Uroplatus phantasticus

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Pour aller plus loin :

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Islande, pays de volcans et de mousses

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(champ de lave recouvert de mousse)

Comme vous pouvez le constater, je n’en finis plus de me rouler dans la mousse ! Les scientifiques ont répertorié pas loin de 13 000 espèces de mousse à travers le monde. On trouve de la mousse aux quatre coins du globe terrestre, jusqu’en Antarctique où le réchauffement climatique accélère d’ailleurs sa prolifération… Après la mousse au Japon ou à Fontainebleau, puis au Vietnam à la rencontre de la grenouille-mousse, partons aujourd’hui en Islande 🙂

L’Islande, île de 100 000 km² située entre la Norvège et le Groenland, est célèbre pour la beauté stupéfiante de ses paysages primitifs et inhospitaliers : volcans, geysers, glaciers, champs de lave et falaises de lave, impressionnantes chutes d’eau, tourbières et marécages, plages de sable noir…

Or, si les plantes vasculaires sont souvent découragées par les zones volcaniques, les mousses et les lichens s’accommodent sans grande difficulté à cet environnement récalcitrant. C’est ainsi que la mousse (par exemple Philonotis fontana) s’étend généreusement sur les champs de lave de l’île et qu’elle recouvre 10 % du territoire islandais. Ce qui décourage une bonne partie de la flore : non seulement les déserts de lave et de cendres, mais aussi le vent constant ou encore le climat froid : 15°C maximum en été…

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En termes d’espèces végétales, on observe en Islande :

  • 40 espèces de fougères
  • 440 espèces de plantes à fleurs
  • 605 espèces de bryophytes (mousses)
  • 735 espèces de lichens
  • 1460 espèces d’algues
  • 2 100 espèces de champignons

Avant l’arrivée des Vikings, l’Islande était tout de même recouverte à 30 % de forêts. Mais l’être humain a déboisé l’île pour se procurer du bois de chauffage et fabriquer des habitations en bois. Le pâturage a achevé de transformer le paysage islandais, les animaux (ovins, équidés) broutant les jeunes pousses des arbres. Toutefois, l’Islande organise actuellement un reboisement de son territoire.

Philonotis fontana 01

Philonotis fontana 02

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Pour aller plus loin, voici 3 liens qui permettent de découvrir la flore islandaise :

(un autre charme végétal islandais : la ravissante linaigrette de Scheuchzer)

linaigrette

Rencontre avec la grenouille-mousse

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(photo Jim Zuckerman)

D’aussi loin que je me souvienne, la mousse m’a toujours enchantée. Il me serait difficile d’expliquer précisément pourquoi. Le fait d’avoir grandi près d’une rivière doit y être pour quelque chose. Je sais aussi que j’aime les paysages préservés et purs, qui semblent témoigner de ce qu’était notre planète avant l’arrivée des humains. On sait que les mousses sont arrivées à la surface de la terre il y a environ 440 millions d’années. Quoi qu’il en soit, il me semble évident que là où il y a de la mousse, il y a de la douceur, de la poésie et de la magie 🙂

J’ai écrit en mai 2016 un premier billet sur l’amour des Japonais pour la mousse et en mars 2018 un article sur les mousses de Fontainebleau. Que ce soit en consultant des bouquins ou en visionnant des documentaires sur les beautés de la nature, je découvre régulièrement des petites choses passionnantes sur les mousses (que les scientifiques appellent bryophytes) !

De très nombreux animaux adoptent des méthodes fascinantes pour se fondre dans leur environnement et ainsi, échapper à l’œil des prédateurs (camouflage, mimétisme). En milieu humide, la mousse est visiblement une bonne technique : certaines créatures laissent la mousse se développer sur leur corps pour devenir plus discrètes, tandis que d’autres ont tout simplement pris l’apparence de la mousse ! C’est le cas de la très ravissante grenouille-mousse (Theloderma corticale) 🙂

Dans les forêts tropicales du Nord du Vietnam, dont ce magnifique batracien est endémique (on ne le trouve que là-bas, si l’on ne compte pas les zoos et les élevages), la mousse et le lichen poussent à profusion, ce qui permet à la grenouille-mousse de se protéger des prédateurs, et probablement aussi de mieux surprendre ses petites proies.

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(photo Jason Weigner)

Au Vietnam comme à peu près partout ailleurs, l’expansion de l’agriculture va de pair avec la déforestation, ce qui affecte potentiellement l’habitat de la grenouille-mousse. Toutefois, le joli petit animal aime particulièrement les zones rocheuses escarpées (parois rocheuses et grottes dans les montagnes humides), ce qui peut limiter la menace qui pèse sur lui. On le rencontre aussi dans les espaces naturels protégés du pays.

La grenouille-mousse mesure entre 7 et 9 centimètres. Elle se nourrit d’insectes, de vers, de mollusques. Elle pond ses œufs dans des cavités rocheuses remplies d’eau. Les têtards y restent jusqu’au moment de la métamorphose.

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(photo jiri Kukan)

Pour aller plus loin :

  • voici une initiation aux bryophytes très accessible et intéressante
  • Wikipédia propose une fiche développée sur le mimétisme
  • voici une courte vidéo qui vous permettra de découvrir le chant doux et discret de la grenouille-mousse :