Poèmes d’hiver du bout du monde

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(nid douillet d’une geisha)

Quelle allégresse, il neige en région parisienne !

La neige a toujours inspiré les artistes : les peintres flamands comme Peter Bruegel, les impressionnistes et Sisley en particulier, les peintres naïfs de Russie, mais aussi les artistes asiatiques.

En Chine et au Japon, chaque saison est considérée comme profondément poétique. Les beautés de l’hiver invitent à la contemplation et la neige réjouit les cœurs. L’architecture japonaise propose d’ailleurs des « fenêtres pour contempler la neige » (yukimi shoji).

Très loin des préoccupations occidentales, la poésie asiatique n’est pas une performance ou un exercice de style. Bien au contraire, elle se caractérise par le dépouillement, l’humilité : pas d’artifices, pas de rimes, pas de digressions, pas d’ego. Pourquoi ? Parce qu’en Asie, on écrit des poèmes dans le seul but de retranscrire, avec intimité, la beauté pure et intrinsèque des détails de la nature (la douceur et le silence d’un matin de neige, la silhouette émouvante d’un vieil arbre tordu, la magnificence d’un paysage de montagnes et de brumes…) et non pas d’inventer d’autres mondes pour fuir la réalité. Les lettrés japonais et chinois ne souhaitent en aucun cas transformer ce qu’ils voient. Leur seule ambition : louer la beauté du monde et les joies du corps.

*

Voici quelques jolis haïkus (poèmes japonais en 3 vers et 5/7/5 syllabes) sur le thème de l’hiver et de la neige :

dénuement hivernal
des petits oiseaux picorent
l’ail odorant dans le potager
(Buson ~ 1716-1783)

elle couvre soit la tête
soit les pieds
la vieille couverture
(Buson ~ 1716-1783)

assoupi
caché en moi-même
réclusion hivernale
(Buson ~ 1716-1783)

sans leurs cris
des hérons on serait privé
matin de neige
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

herons koson.jpg

*

Voici maintenant quelques poèmes chinois :

du feu plein le poêle
du vin plein la gourde
de la neige plein la cour
(Wei Chuang ~ 836-910)

j’ai assez de bûches
pour passer
cette longue nuit
(Tang Yin ~ 1470-1523)

je bourre le poêle jusqu’à ce qu’il rougeoie et mets tous mes vêtements
mais c’est seulement après une coupe que je ressens une chaleur euphorique
les gens disent qu’après le givre le froid est insupportable
ils ignorent qu’il y a du printemps dans une jarre de vin
(Yang Wan li ~ 1127-1206)

Les deux estampes japonaises de cet article sont des œuvres de Ohara Koson.

koson 02.jpg

*

Pour aller plus loin :

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