Lynx, y es-tu ?

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(les photos de lynx de cet article sont de Louis-Marie Préau)

Le loup, l’ours et le lynx boréal sont les trois grands carnivores de France métropolitaine. Les médias parlent principalement du loup, et parfois de l’ours. Cette médiatisation s’explique par le fait que ces deux animaux représentent une menace directe pour les troupeaux et des conséquences économiques pour les éleveurs. Mais que sait-on du lynx boréal ?

On parle très peu de lui. Beaucoup de Français ignorent même que des lynx arpentent le territoire français, et en particulier le massif jurassien : 90% des lynx en France vivent dans le Jura, ce qui représente actuellement environ 100 individus.

Voici une carte récapitulative de la répartition des trois grands carnivores de la France métropolitaine (réalisée sur la période 2012-2016 par l’Office National de la Chasse et de la Faune sauvage) : marron pour l’ours, gris pour le loup, jaune pour le lynx.

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A la rencontre du lynx boréal 

On connaît quatre espèces de lynx de part le monde : le lynx du Canada (Lynx canadensis), le lynx pardelle (Lynx pardinus), le lynx roux (Lynx rufus) et le lynx boréal (Lynx lynx). Celui qu’on peut rencontrer dans le Jura est le lynx boréal.

Le lynx boréal est un animal solitaire (exception faite de la femelle quand elle élève ses petits). On le reconnaît, entre autres, à ses belles oreilles terminées par un pinceau de poils noirs. Il est excellent grimpeur et excellent sauteur, mais médiocre coureur de fond (comme tous les félins). Ses yeux perçants et son audition très fine font de lui un chasseur très efficace. Il mange principalement des chevreuils (ce qui énerve certains chasseurs) et des chamois.

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Disparition puis réintroduction du lynx en France à partir des années 70

Au Moyen-Âge, le lynx boréal était présent partout en France, dans les plaines comme en montagne. Mais sa population s’est progressivement amenuisée. Cela s’explique par la volonté de l’homme (le lynx a été traqué) et par la modification du paysage (réduction des surfaces forestières). Il avait ainsi totalement disparu de France au XIXe siècle.

A partir des années 70, il a été réintroduit sur le territoire ! Il est dorénavant classé « en danger » sur la liste rouge des espèces menacées en France de l’UICN.

Pour information, de nombreux projets de réintroduction du lynx ont été mis en œuvre en Europe de 1970 à 2006 : en Slovénie, Croatie, France, Allemagne, Suisse, Italie.

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Le lynx boréal est en danger en France :

Contrairement à celle du loup ou à celle de l’ours, la population du lynx boréal n’augmente pas. Elle a même tendance à régresser. Pourquoi ?

  • collisions fréquentes : les lynx sont régulièrement percutés par les voitures (surtout les juvéniles). A titre d’exemple, 7 collisions ont été répertoriées sur le dernier trimestre 2017.
  • braconnage sous-estimé : la communauté des chasseurs se défend évidemment de pratiquer le braconnage. Et pourtant, on sait que certains corps disparaissent. Or, si ces lynx mouraient de maladie, on retrouverait leur dépouille. D’ailleurs, les petits seraient aussi porteurs de la maladie, ce qui n’est pas le cas. En outre, des cadavres de lynx criblés de balles sont parfois retrouvés…
  • fragmentation de leur habitat : d’une manière générale, la fragmentation des forêts n’arrange rien : routes, voies ferrées et zones urbanisées empêchent le lynx d’évoluer plus amplement, ralentissant ainsi le développement de sa population…

(empreinte d’un lynx)

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Le centre Athénas sauve les lynx 

Le centre Athénas, basé dans le Jura, recueille, soigne et relâche les animaux sauvages blessés, parmi lesquels les lynx victimes d’accidents : collisions, braconnage, accueil des petits qui ont perdu leur mère et qui ne sont pas encore capables de se débrouiller seuls en forêt. Ce centre de sauvegarde fait également un travail de comptabilisation.

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Qu’est-ce qu’on fait pour le lynx en 2018 ?

Pour limiter les collisions voitures/lynx, le centre Athénas, en accord avec le Conseil départemental du Jura, souhaite mettre en place une signalisation spécifique sur les routes, pour avertir les automobilistes : il s’agirait d’un panneau routier à installer d’octobre à mars, période de déplacements de l’animal. En 2018, donc, ce système devrait concerner un seul tronçon routier, considéré comme dangereux pour les lynx, en guise de test, avant une extension du système.

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Les photos de lynx qui illustrent cet article ont été réalisées par le talentueux Louis-Marie Préau, dont vous pouvez visiter le magnifique site internet. L’artiste, passionné de nature, travaille avec de nombreux médias (exemples : Terre sauvage, National Geographic, L’Oiseau Magazine…). Il a également illustré plusieurs livres, dont le très beau Vivre avec le lynx (fiche) aux éditions Hesse, avec plus de 50 photos, à 15 € :

Vivre-avec-le-lynx

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Désarmée et désarmante, Hermien, tu as gagné la bataille

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(à gauche, Hermien dans son nouvel abri)

Il y a 2 mois, Hermien, adorable limousine de 3 ans et demi, était amenée à la mort. Avec sa camarade Zus, elles réussissent à s’enfuir de l’abattoir et Hermien se cache en forêt. Rapidement, l’information circule et traverse les frontières. Une ample vague d’empathie et de solidarité naît chez les Néerlandais, qui demandent à cor et à cri à ce qu’Hermien soit épargnée et recueillie dans un lieu de repos. Pendant ce temps, Hermien reste planquée dans les bois…

L’affaire fait le tour de la toile. Le Parti pour les animaux des Pays-Bas lance une campagne de financement participatif, récoltant 50 000 euros pour offrir à Hermien une douce retraite dans un refuge. Même la famille royale a apporté son soutien à la douce créature : « nous devons sauver la vache Hermien », « achetons-la ensemble pour lui offrir la liberté ».

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Apeurée, se sentant traquée, Hermien refuse longtemps de se laisser approcher par les vétérinaires et les gens de la région. Elle restera ainsi 8 semaines dans les bois, ne quittant la forêt que la nuit, pour se nourrir près des habitations, dans les étables. Voici quelques images :

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Mais le dimanche 11 février, le vétérinaire parvient à la capturer. Hermien est artificiellement endormie et emmenée jusqu’au refuge De Leemweg, au nord des Pays-Bas, où elle a retrouvé sa compagne de cavale, Zus, et pu se faire de nouvelles camarades. Voici les images de son arrivée à bon port :

Le sanctuaire s’est ainsi exprimé : « Hermien, qui s’est battue pour sa vie, est enfin à la maison, après un chemin long, solitaire et stressant vers la liberté ».

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Ne l’oublions pas, les animaux ont une vie, et aiment la vie : ils aiment jouer, aiment construire leur habitat, aiment prendre soin de leurs petits, aiment vivre en famille, aiment faire des rencontres, aiment se promener dans la nature, aiment profiter de la caresse du soleil, aiment utiliser leurs talents, aiment faire des expériences, aiment apprendre. Ce sont des INDIVIDUS, et pas de simples représentants de leur espèce. L’exploitation dont ils sont victimes, parfois dans la violence, toujours dans l’inconfort, et toujours à des fins égoïstes et lucratives (élevages, cirques, delphinariums…), les rendent malheureux, et parfois fous (stéréotypies). Ils s’enfuient dès qu’ils le peuvent. Malheureusement, cela se termine parfois très mal. Dernier cas français médiatisé en date : en novembre 2017, la tigresse Mevy a été abattue avec un fusil à pompe en plein Paris par son propriétaire Eric Bormann, alors qu’elle avait eu le cran, malgré l’inconnu, malgré le stress, de fuir le cirque dont elle était prisonnière.

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Pour aller plus loin :

  • Eric Baratay est un historien spécialisé dans l’Histoire des animaux. Il fait un travail remarquable, nécessaire et bouleversant. Son intelligence tient à sa capacité à se mettre à la place des animaux et à raconter l’Histoire en empruntant leur « point de vue » : en décrivant leurs habitudes, leurs inquiétudes, leur détresse et leurs drames, intimement liés à ceux des humains. Il a écrit plusieurs bouquins, dont Bêtes des tranchées, des vécus oubliés en 2013 et Biographies animales en 2017

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  • On compte 3 millions d’animaux tués chaque jour en France, et 160 millions dans le monde (sans compter les 3 milliards de poissons…). Fermons les abattoirs est un événement important. Il s’agit d’une marche internationale (dans de nombreux pays, plus nombreux chaque année) qui a lieu tous les ans. Cette année, elle aura lieu le samedi 23 juin.

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Cinquante nuances de bleu

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(calliste septicolore ou Tangara chilensis)

Grâce à internet, en quelques clics, on peut découvrir des centaines d’oiseaux magnifiques vivant aux quatre coins de la planète.

Les oiseaux au plumage bleu sont nombreux. Le portail ornithologique Oiseaux.net répertorie plus de 3000 oiseaux, dont des centaines avec un plumage en partie bleu.

Ce qu’il faut savoir : les pigments bleus n’existent pas chez les oiseaux. Les magnifiques camaïeux de bleu que l’on peut admirer dans l’avifaune sont en réalité des « couleurs structurales ». Ces « couleurs structurales » sont produites par l’interaction d’une onde lumineuse avec la structure de chaque plume. La lumière est alors ré-émise dans toutes les directions, produisant le résultat qui ravit ainsi notre regard. J’ai appris ça dans le numéro 7 de l’excellente revue d’histoire naturelle Espèces. Merci Espèces 🙂

On connaît tous quelques jolis oiseaux bleus : le martin-pêcheur d’Europe (dos bleu et gorge orange), le paon (spectaculaire plumage bleu métallique ), le geai bleu (présent en Amérique) ou encore le ara hyacinthe (plumage bleu nuit)… Et quand on commence à fouiller sur internet (sur Oiseaux.net ou encore sur Pinterest, ma banque d’images préférée !), on découvre des dizaines d’autres créatures au plumage bleu, d’une beauté à couper le souffle ! Pour cet article, il a fallu que je me limite, voici donc 10 coups de cœur…

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Le rollier d’Europe (Coracias garrulus)

On peut observer cet oiseau en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie. Il ne fabrique pas de nid mais utilise les cavités naturelles ou creuse un trou. La femelle et le mâle se ressemblent (pas de dimorphisme sexuel). En France, il niche uniquement des Pyrénées-Orientales au Var, principalement dans l’Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. Il est magnifique !

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Le martin-chasseur à dos blanc (Todiramphus albonotatus)

Ce martin-chasseur fait moins de 20 cm et pèse environ 30 grammes. Il vit uniquement en Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nouvelle-Bretagne (Océanie). N’est-il pas trop mignon ? 🙂 Il existe de nombreux martins-chasseurs dont le plumage est en bonne partie bleu. Exemples : le martin-chasseur du Sénégal ou le martin-chasseur à longs brins.

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Le choucador pourpré (Lamprotornis purpureus)

Cet oiseau, de la taille d’un choucas, vit en groupe (parfois plusieurs centaines d’oiseaux réunis), ce qui lui permet de mieux se défendre contre les hiboux et les rapaces. On le rencontre uniquement en Afrique noire. Il est somptueux…

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Le Paradisier bleu (Paradisaea rudolphi)

Pour séduire les femelles, le paradisier bleu a une technique élaborée : il se suspend la tête en bas, étale les plumes de ses flancs en gardant les ailes fermées, puis secoue la tête, chante et agite son plumage. Cette belle créature fait partie des 39 oiseaux de paradis (Paradisaeidae) répertoriés en Nouvelle-Guinée. J’ai déjà eu l’occasion de parler de ces oiseaux incroyables dans un article écrit en décembre dernier, ici.

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Le Mérion couronné (Malurus coronatus)

Quel ravissant petit oiseau ! 🙂 Ce passereau de 16 cm et 10 grammes a une queue bleue et un capuchon violet. Sa femelle, comme souvent chez les oiseaux, a un plumage plus discret (tête grise). Il vit uniquement en Australie.

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La Sittelle bleue (Sitta azurea)

Il existe de nombreuses espèces de sittelles et on les reconnaît à leur silhouette spécifique (voici par exemple la sittelle torchepot et la sittelle des Philippines). Les sittelles sont des passereaux grimpeurs, qui se déplacent aisément à la verticale sur les troncs d’arbres. La sittelle bleue vit en Asie du Sud-Est, au dessus de 900 m d’altitude. Un petit bijou !

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Le coua huppé (Coua cristata)

Avec sa queue bleu violacée, sa petite huppe et son contour de l’œil bariolé, le coua huppé, endémique de l’île de Madagascar, a vraiment très belle allure 🙂

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La brève de Steere (Pitta steerii)

Qu’est-ce qu’il est mignon ! Cet oiseau à la poitrine et aux flancs bleu azur vit dans les forêts tropicales de quelques îles des Philippines. Il cherche sa nourriture au sol principalement, mais on le trouve aussi dans les hauteurs des arbres.

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Le fou à pieds bleus (Sula nebouxii)

Je pouvais difficilement terminer cet article sans faire un léger hors sujet, en évoquant bien sûr le fou à pieds bleus ! On peut observer cet oiseau marin en Amérique et en particulier sur les îles Galapagos (plus de la moitié de sa population s’y trouve). Il se nourrit en plongeant à grande vitesse dans la mer (d’où l’appellation de « fou »).

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Pour aller plus loin :

  • voici d’autres oiseaux superbes : ici
  • le site internet Maxisciences nous explique de façon limpide pourquoi certains oiseaux sont bleus
  • l’excellente revue Espèces a un site internet et une page Facebook
  • j’aurais également pu vous parler du guit guit émeraude (Clorophanes spiza), du touraco géant (Corythaeola cristata) ou du guit guit saï (Cyanerpes cyaneus), vous trouverez de nombreux oiseaux bleus sur Oiseaux.net et Pinterest !

Poèmes d’hiver du bout du monde

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(nid douillet d’une geisha)

Quelle allégresse, il neige en région parisienne !

La neige a toujours inspiré les artistes : les peintres flamands comme Peter Bruegel, les impressionnistes et Sisley en particulier, les peintres naïfs de Russie, mais aussi les artistes asiatiques.

En Chine et au Japon, chaque saison est considérée comme profondément poétique. Les beautés de l’hiver invitent à la contemplation et la neige réjouit les cœurs. L’architecture japonaise propose d’ailleurs des « fenêtres pour contempler la neige » (yukimi shoji).

Très loin des préoccupations occidentales, la poésie asiatique n’est pas une performance ou un exercice de style. Bien au contraire, elle se caractérise par le dépouillement, l’humilité : pas d’artifices, pas de rimes, pas de digressions, pas d’ego. Pourquoi ? Parce qu’en Asie, on écrit des poèmes dans le seul but de retranscrire, avec intimité, la beauté pure et intrinsèque des détails de la nature (la douceur et le silence d’un matin de neige, la silhouette émouvante d’un vieil arbre tordu, la magnificence d’un paysage de montagnes et de brumes…) et non pas d’inventer d’autres mondes pour fuir la réalité. Les lettrés japonais et chinois ne souhaitent en aucun cas transformer ce qu’ils voient. Leur seule ambition : louer la beauté du monde et les joies du corps.

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Voici quelques jolis haïkus (poèmes japonais en 3 vers et 5/7/5 syllabes) sur le thème de l’hiver et de la neige :

dénuement hivernal
des petits oiseaux picorent
l’ail odorant dans le potager
(Buson ~ 1716-1783)

elle couvre soit la tête
soit les pieds
la vieille couverture
(Buson ~ 1716-1783)

assoupi
caché en moi-même
réclusion hivernale
(Buson ~ 1716-1783)

sans leurs cris
des hérons on serait privé
matin de neige
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement
(Chiyo Ni ~ 1703-1775)

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Voici maintenant quelques poèmes chinois :

du feu plein le poêle
du vin plein la gourde
de la neige plein la cour
(Wei Chuang ~ 836-910)

j’ai assez de bûches
pour passer
cette longue nuit
(Tang Yin ~ 1470-1523)

je bourre le poêle jusqu’à ce qu’il rougeoie et mets tous mes vêtements
mais c’est seulement après une coupe que je ressens une chaleur euphorique
les gens disent qu’après le givre le froid est insupportable
ils ignorent qu’il y a du printemps dans une jarre de vin
(Yang Wan li ~ 1127-1206)

Les deux estampes japonaises de cet article sont des œuvres de Ohara Koson.

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Pour aller plus loin :