Notre-Dame-des-Landes, forteresse de la biodiversité

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(grenouille dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, photo Jean-François Sérot)

Le 17 janvier 2018, au grand bonheur des zadistes et des écologistes, le Premier Ministre Édouard Philippe annonçait l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans le bocage nantais. Il aura donc fallu 50 ans de tergiversations pour qu’une « décision de raison et d’apaisement » soit définitivement prise par le gouvernement français.

Une nouvelle chaleureusement accueillie par les écologistes, donc ! Car ils ont été très nombreux à s’engager sur la question, à l’instar de l’astrophysicien Hubert Reeves  (Président d’honneur de l’association Humanité et Biodiversité), d’Europe Écologie Les Verts ou encore des Naturalistes en lutte.

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Ce qu’il faut savoir :

C’est paradoxalement grâce à ce foutu projet d’aéroport que la ZAD (« Zone A Défendre », détournement du sigle initial Zone d’Aménagement Différé),  épargnée de tout investissement agricole pendant plusieurs décennies, est devenue un lieu si riche en faune et en flore, où les grenouilles, les tritons, les libellules et les oiseaux sont maintenant reines et rois. Ce qui semble par ailleurs être la dernière des préoccupations d’Édouard Philippe, qui n’a quasiment pas parlé de biodiversité et d’écologie dans son annonce.

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Que va devenir la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

Reste maintenant à savoir ce que va devenir la ZAD. Les opposants au projet d’aéroport rêvent d’un espace sereinement partagé entre les paysans et les « squatteurs ».

Hervé Kempf, journaliste au magazine web indépendant « Reporterre », et très impliqué sur la question, résume sa vision de l’avenir dans un article du 17 janvier 2018 (en intégralité ici) :

On peut aujourd’hui commencer une nouvelle histoire. Il faut que le mouvement d’opposition à l’aéroport se transforme en un mouvement de création d’un lieu pérenne et exemplaire. Et à court terme, il parait indispensable d’ouvrir la route dite « des chicanes » – une mince départementale traversant la zone sur trois kilomètres et demi – tant pour répondre au geste pacifique du gouvernement que pour tendre la main aux habitants des villages voisins de Notre-Dame-des-Landes.

Et il faut que le mouvement et les pouvoirs publics rentrent sereinement en discussion. Si on lit bien le discours du Premier ministre, on voit qu’il ouvre la porte à la création d’un nouveau droit sur la zone, qui pourrait rendre légaux les occupants qui ne le sont pas aujourd’hui. La formule d’une société foncière commune aux paysans et habitants de la zone, recevant une forme de concessions des terres qui appartiennent à l’État, est la voie de cette légalité. Souhaitons qu’elle soit empruntée par tous, dans un esprit loyal et avec cet espoir de créer une expérience nouvelle.

Toujours dans « Reporterre », la journaliste Mathilde Bouquerel apporte d’autres éléments de réponse intéressants, le 18 janvier 2018 (article en intégralité ici) :

« La question était : comment permettre à la fois aux agriculteurs historiques d’exploiter leurs terres comme ils le veulent, et aux occupants de continuer à expérimenter de nouveaux modes de vie ? Pour ça, on a rédigé un texte en six points qui s’intitule « Parce qu’il n’y aura pas d’aéroport ». Aujourd’hui, on expérimente des formes d’auto-organisation sur nos 70 espaces de vies et d’activités, comme le Taslu, la bibliothèque de la ZAD ». Dans ce texte, on trouve notamment ce souhait : « Que les terres redistribuées chaque année par la chambre d’agriculture pour le compte d’AGO-Vinci sous la forme de baux précaires soient prises en charge par une entité issue du mouvement de lutte qui rassemblera toutes ses composantes. Que ce soit donc le mouvement anti-aéroport et non les institutions habituelles qui détermine l’usage de ces terres. » Il s’agit de créer une entité commune, qui rassemble tous les opposants au projet d’aéroport pour décider ensemble de la gestion et l’utilisation de ces terres.

Thomas Dubreuil, l’un des juristes qui apportent leur aide aux opposants à l’aéroport, juge cette solution des communs « très intéressante ». « On pourrait imaginer la création d’une société civile type SCI [société civile immobilière] qui serait chargée de réguler les usages. L’État resterait propriétaire des terres tout en permettant aux occupants de les utiliser. On se rapprocherait de la distinction entre nue-propriété (posséder un bien mais ne pas avoir le droit de l’utiliser) et usufruit (avoir le droit d’utiliser un bien sans en avoir la propriété) » explique-t-il. Cette société se chargerait alors de rendre leurs parcelles aux agriculteurs historiques, expulsés par l’État pour construire l’aéroport, et de mettre le reste des terres en commun.

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Voici quelques liens réjouissants :

  • une vidéo de 9 minutes sur la beauté et la richesse de la zone humide de Notre-Dame-des-Landes : ici
  • pour en savoir plus sur les oiseaux de Notre-Dame-des-Landes, ça se passe ici
  • le blog du collectif Naturalistes en lutte se trouve ici
  • cette année, la Journée Mondiale des Zones Humides aura lieu le 2 février (cliquez ici)
  • Hubert Reeves a publié en octobre 2017 une jolie BD éducative sur la biodiversité, pour les enfants et les adolescents, chez Lombard, dont voici la jolie couverture :

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La sagesse animiste des Palawans

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(enfant palawan, photo de Pierre de Vallombreuse)

Si vous aimez la photographie et que vous vous intéressez aux populations autochtones et/ou animistes, n’hésitez pas à aller découvrir, au musée de l’Homme et jusqu’au 02 juillet 2018, la magnifique exposition du photographe Pierre de Vallombreuse consacrée aux Palawans !

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En bourlinguant aux quatre coins du monde, Pierre de Vallombreuse s’est spécialisé dans la rencontre des peuples autochtones (il en a rencontré plus de 40). Depuis de longues années, il rend régulièrement visite aux Palawans, une population de chasseurs-cueilleurs qui vit sur l’île du même nom, au sud-ouest des Philippines. Il explique : « J’ai été submergé, ébloui par cette société vraiment passionnante et très poétique ».

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Grâce aux superbes photographies en noir et blanc de l’artiste, on découvre le mode de vie fascinant d’une ethnie qui a tissé une relation tout à fait privilégiée avec la nature. Ils savent imiter de nombreux chants d’oiseaux (l’île de Palawan abrite plus de 400 espèces d’oiseaux, dont certaines sont endémiques de ce lieu) et invoquent par exemple, lors de leurs rituels chamaniques, des entités telles que le « maître des fleurs », le « maître du riz » ou la « dame de la mousson ». Leur vision du monde, totalement respectueuse des ressources naturelles et de la biodiversité, devrait servir de leçon aux sociétés modernes…

La société des Palawans, sans hiérarchie, est fondée sur l’échange, le partage et l’empathie. Les Palawans se réfèrent quotidiennement à un droit coutumier.

Ce qu’il faut savoir : les Palawans ne sont pas propriétaires et sont donc très vulnérables, régulièrement menacés de perdre leurs terres. Des entreprises rachètent par exemple les zones sur lesquelles ils vivent, pour y développer la culture d’huile de palme ou de cacao. Quelques associations, comme Art of Change 21, travaillent à une meilleure protection du mode de vie palawan.

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Pour aller plus loin :

  • une conférence autour de l’exposition aura lieu au musée de l’Homme le 24 mars à 15h, les informations pratiques de cette conférence se trouvent ici
  • Pierre de Vallombreuse a un site officiel : ici
  • Pierre de Vallombreuse a également une page Facebook : ici
  • « Le Monde » a consacré un beau portrait à l’artiste en 2008 : ici
  • quelques mots sur l’île de Palawan : ici

Chevaux de Przewalski : retour progressif à la vie sauvage

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(un troupeau de chevaux de Przewalski)

Depuis un peu moins de 30 ans, le cheval de Przewalski, qui fait partie des 7 dernières espèces d’équidés sauvages, est progressivement réintroduit dans la nature. Ce petit cheval trapu n’a jamais été domestiqué par l’homme, en raison de son tempérament trop farouche. Sa présence sur les parois de nombreuses grottes préhistoriques, comme celle de Lascaux, s’explique par le fait qu’il a été abondamment chassé par l’homme préhistorique.

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La vie sauvage des chevaux de Przewalski

Chaque troupeau de chevaux de Przewalski est constitué d’un étalon, de plusieurs femelles et de poulains. L’étalon finit par chasser les jeunes mâles, qui entament alors une période solitaire.  Pour trouver de quoi se désaltérer et se nourrir, le cheval de Przewalski parcourt sans problème plusieurs dizaines de kilomètres en une seule journée.

Extinction de l’espèce

A la base, les chevaux de Przewalski vivaient dans toute l’Europe et dans une bonne partie de l’Asie. Malheureusement, ils ont été abondamment chassés pour alimenter les zoos. Ils ont ainsi vraisemblablement disparu d’Europe au début du 19e siècle. En Asie, on a observé le dernier cheval de Przewalski en 1968, en Mongolie. A partir de là, on en dénombrait moins de 15, et tous enfermés dans les zoos, très loin de leurs conditions de vie naturelles… 😦

En 1996, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature déclare l’espèce éteinte dans la nature. En 2008, elle reclasse le cheval de Przewalski « en danger critique », puis seulement « en danger » en 2011 suite à sa réintroduction réussie dans la nature.

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Réintroduction progressive dans la nature 

C’est paradoxalement grâce à la poignée de chevaux survivant dans les zoos que l’espèce a pu être sauvée. En 1990, on compte 1000 chevaux de Przewalski captifs. Trois associations (l’ONG International Takhi Group, l’ONG Foundation for the preservation of nature and environment et l’association française Takh) commencent à réintroduire avec succès des chevaux de Przewalski dans la nature. Quelle est leur destination ? la Mongolie principalement, mais aussi la Chine, le Kazakhstan, l’Ukraine, ou encore la Russie…

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Aujourd’hui, on compte environ 1500 chevaux de Przewalski dans de nombreux parcs zoologiques et quelques zoos. Plus de 300 autres individus ont pu être réintroduits en Mongolie depuis 1992. La population sauvage des chevaux de Przewalski augmente lentement (on comptait 387 individus en 2014). De nombreux élevages en semi-liberté (Lozère, Hongrie), gérés par les associations citées plus haut, offrent aux chevaux une transition bienfaisante.

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Pour aller plus loin :

  • voici le site officiel de l’association française TAKH : ici
  • un très beau livre a été édité chez Belin sur le sujet, avec un texte explicatif (Françoise Perriot) et de nombreuses photos magnifiques (Pierre Schwartz), il s’intitule Le dernier cheval sauvage (la fiche du bouquin est ici)
  • on peut découvrir un extrait du documentaire Le Dernier Cheval sauvage de Laurent Charbonnier ici
  • voici le site officiel de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature : ici
  • la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature se trouve ici

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En route pour 2018 !

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J’aime bien faire, chaque année, un point sur toutes les bonnes choses de l’année précédente. Voici pour 2017 :

  • j’ai assisté à des tas de conférences passionnantes, sur des thèmes aussi variés que la santé (le microbiote intestinal), la politique et l’Histoire (les murs dressés à travers le monde, Malcolm X, l’agriculture bio), la Chine (philosophie, peinture), la psychologie (la dissonance cognitive), et bien sûr les animaux (la photographie animalière, les intelligences animales, les pandas, les araignées, la libération animale, l’antispécisme…)
  • j’ai visité des musées, découvert de belles expositions (les voitures de collection au salon Rétromobile, les créations Disney au Musée de l’Art Ludique…)
  • j’ai donné mon sang régulièrement
  • j’ai découvert la peinture expressionniste de Alexej von Jawlensky et de Gabrielle Münter
  • j’ai passé une journée de rêve au Salon du Livre !
  • j’ai suivi, avec bonheur, plusieurs émissions littéraires régulièrement : « Le Masque et la Plume » sur France Inter, « Bibliothèque Médicis » sur LCP, « La Grande Librairie » sur France 5
  • j’ai beaucoup lu
  • j’ai adoré La Terre de Zola et Le Chœur des femmes de Martin Winckler
  • je suis devenue végétalienne
  • j’ai participé à la marche Fermons les abattoirs
  • j’ai découvert plusieurs restaurants végétariens, végétaliens
  • j’ai observé et appris plein de choses sur les animaux
  • j’ai passé une semaine magnifique dans le Finistère
  • j’ai moins peur du dentiste 😀
  • j’ai découvert des aliments formidables : noix du Brésil, chou kale, patate douce…
  • je me suis accrochée à mon projet de réorientation professionnelle, malgré plusieurs facteurs de doute, de stress et de découragement
  • j’ai réussi mes examens d’entrée à l’Ecole des Métiers de l’Information

Ce que je souhaite pour l’année 2018 : j’ai l’impression que le genre humain commence enfin à regarder la faune, la flore et l’environnement avec plus de respect et de curiosité, moins d’anthropocentrisme. Pourvu que ça s’accélère. La lutte continue !

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