Ensorcelant Finistère

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(Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Garneray)

Bonjour à tous ! Je reviens d’un séjour dans le Finistère, un ensorcelant petit « bout du monde » qui m’a beaucoup plu 🙂 Le Finistère multiplie les paysages sauvages magnifiques, mais ce département est également marqué par un patrimoine religieux puissant, et par une réjouissante tradition de contes et légendes. Voilà pourquoi il inspire aussi les artistes. En somme, cet univers ne peut que combler les esprits romantiques et les sensibilités exacerbées. Voici quelques-unes de mes découvertes :

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Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray

Ci-dessus, voici Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray (1783-1857). L’artiste connaissait très bien la mer puisqu’il fut marin, corsaire et pirate, avant de devenir peintre et écrivain. Mer en furie, ciel noir ; sous la menace d’une déferlante, il ne reste visiblement à ce pauvre homme agrippé à sa planche que quelques secondes à vivre. On peut admirer cette huile sur toile de 82 x 100 cm au musée des Beaux-arts de Brest.

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Des plages sublimes

J’ai eu l’occasion de fouler le sable de plusieurs plages sublimes. Voici celles qui ont marqué mon esprit : Portsall, les Blancs Sablons, Ménéham. Même en plein mois d’août, elles restent très modérément fréquentées.

  • En face du port de Portsall se niche un délicieux havre de paix :

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  • La longue plage des Blancs Sablons, à proximité du Conquet, ressemble au paradis :

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  • Ménéham est un ancien village de paysans-pêcheurs-goémoniers. A proximité du bourg, la plage, avec ses dunes et ses rochers arrondis par le temps, est un enchantement :

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Émouvantes épaves 

De ci, delà, dans les villages de pêcheurs, on aperçoit quelques carcasses de bateaux de pêche. Ci-dessous, l’émouvant cimetière de bateaux de Camaret. A quelques mètres de là, la chapelle de Rocamadour abrite plusieurs ex-voto marins.

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Les photographies de Michèle Le Braz

Ce séjour en Bretagne m’a également permis de découvrir une formidable photographe brestoise : Michèle Le Braz. Son travail organique, sensuel, grave et méditatif, me touche beaucoup. Notons qu’elle s’intéresse autant aux animaux qu’aux humains.

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Michèle Le Braz a publié trois ouvrages aux éditions Rue des Scribes :

  • Chevaux du bout du monde (1998, ouvrage réédité aux éditions du Chêne en 2006) sur le thème du postier breton, un cheval de trait de la région
  • Regard sur soies (2000) : un regard audacieux, sincère et profond sur le cochon (la « soie » de porc étant le poil du cochon, rêche et épais, utilisé par exemple pour les pinceaux et les brosses)
  • La Robe abandonnée (2002) : il s’agit d’une mise en parallèle artistique entre le nu féminin et la sensualité du cheval

Une quinzaine des photos de Michèle Le Braz est actuellement exposée dans les rues de Landerneau (jusqu’en novembre 2017), en attendant la parution de son prochain ouvrage : Les Silences de la terre.

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Les pilleurs d’épaves et les naufrageurs

Les naufrages de bateaux ont longtemps permis aux habitants des côtes bretonnes d’améliorer leurs conditions de vie en pillant, sur place, les cargaisons échouées : du bois, du tissu, des denrées (alcool, épices…). Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ci-dessous, une gravure de Hippolyte Lalaisse (1810-1884) intitulée Scène de naufrage au pays de Kerlouan :

Scène_de_naufrage_au_pays_de_Kerlouan_Gravure_Hyppolyte_Lalaisse

On a longtemps raconté que les habitants de la côte provoquaient carrément les catastrophes en attirant les navires sur les écueils, grâce à des lanternes allumées en haut des falaises pour faire croire à des balises maritimes.

L’historien romantique Jules Michelet fait partie de ceux qui ont alimenté le mythe des naufrageurs en écrivant, dans Tableau de la France, paru dans La Revue des deux Mondes en 1832 :

La nature est atroce, l’homme est atroce et ils semblent s’entendre. Dès que la mer leur jette un pauvre vaisseau, ils courent à la côte, hommes, femmes et enfants, ils tombent sur cette curée. N’espérez pas arrêter ces loups ; ils pilleraient tranquillement sous le feu de la gendarmerie. Encore, s’ils attendaient toujours le naufrage, mais on assure qu’ils l’ont souvent préparé. Souvent, dit-on, une vache, promenant à ses cornes un fanal mouvant, a mené les vaisseaux sur les écueils. Dieu sait alors quelles scènes de nuit ! On en a vu qui, pour arracher une bague au doigt d’une femme qui se noyait lui coupaient le doigt avec les dents. L’homme est dur sur cette côte. Fils maudit de la création, vrai Caïn, pourquoi pardonnerait-il à Abel ? La nature ne lui pardonne pas.

Toutefois, si les pilleurs d’épaves ont bel et bien existé, le fantasme des naufrageurs n’a aucun fondement historique.

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Les enclos paroissiaux

Le Finistère tout entier est imprégné d’un passé religieux : calvaires aux croisements des routes, retables impressionnants dans certaines églises, chapelles disséminées dans tous les petits bourgs… et bien sûr, les enclos paroissiaux.

Le principe de l’enclos paroissial n’a, à la base, rien de spécifiquement breton : il s’agit d’un ensemble architectural composé d’une église, d’un cimetière, d’un muret, et parfois d’une porte monumentale, d’un calvaire, d’un ossuaire… Mais en Bretagne, et en particulier dans le Finistère, la construction des enclos paroissiaux a pris une ampleur très particulière : parce que la ferveur religieuse y était intense, parce que les villes y étaient prospères (commerce du lin, par exemple).

Il est assez délicat, voire à peu près impossible, de bien photographier un enclos paroissial dans sa globalité. J’ai finalement glané deux photos plutôt réussies sur internet. Il s’agit des enclos paroissiaux de Gouesnou et de Guimiliau :

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Beaucoup de choses m’émeuvent dans ces ensembles spectaculaires : l’investissement (religieux, créatif, émotionnel) dont ils témoignent, l’utilisation si touchante des matériaux locaux, le monde végétal (le lichen) qui envahit inexorablement le monde minéral, le muret qui ceint l’ensemble architectural pour délimiter le sacré du profane, ou encore la multitude de détails qu’offre à notre regard chaque mètre carré de ces constructions : détails religieux bien sûr, gargouilles aussi, mais également des clins d’œil aux croyances locales ou encore à la nature. Par exemple, ci-dessous, voici une représentation du serviteur de la mort, l’ankou (sur le toit d’un ossuaire) et un oiseau picorant une grappe de raisin (sur le portail d’une église) :

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Pays de bruyère et d’ajoncs

Plusieurs endroits du Finistère offrent de magnifiques paysages de bruyère, parmi lesquels l’île d’Ouessant, la pointe de Dinan (attention, pas de lien avec la ville de Dinan) ou encore, juste à côté, le Cap de la Chèvre. Mêlée aux fleurs jaunes des ajoncs, la bruyère attire des milliers d’abeilles, dont le doux bourdonnement perce dans le vent. J’ai pris les deux photos suivantes sur la pointe de Dinan :

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Le cloître de l’abbaye de Doualas

J’ai adoré découvrir cet endroit qui réunit une abbaye, une chapelle, un cimetière, un splendide jardin médicinal (voir troisième photo, glanée sur le net) et surtout, les magnifiques restes d’un cloître. D’une façon générale, je suis très sensible à la beauté et à la sérénité qu’offrent les cloîtres (sauf s’ils sont trop austères). Celui-ci, humble et bucolique, en résonance avec la nature environnante, m’a profondément émue.

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Bretagne de papier : le formidable travail de Bernard Jeunet 

Bernard Jeunet collabore régulièrement avec Bretagne Magazine depuis 2007 et c’est justement en feuilletant le vieux numéro de juillet 2009, consacré aux contes et légendes de la mer, que j’ai découvert son merveilleux travail. J’avoue être restée littéralement ébahie devant ses silhouettes poétiques : korrigans, sirènes, naufrageurs, monstres marins…

Chacune des créations de Bernard Jeunet me fait penser à un diorama (reconstitution raisonnée d’une scène, fictive ou réelle, en général dédiée aux musées). Car oui, quelque part, l’artiste nous raconte une Bretagne foncièrement authentique (celle des Bretons !), qu’elle soit réelle ou fantasmée.

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Bernard Jeunet est diplômé des Beaux-Arts de Rennes. Ses matériaux : du papier et du carton de récupération, de la gouache et du pastel. Il découpe, déchire, froisse, plie et assemble ses bouts de papier sur des fils de fer pour donner naissance à des personnages bourrés de délicatesse et de fraîcheur.

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Il a beau avoir mis les pieds dans le monde des adultes il y a maintenant un bon bout de temps, l’enfance reste l’univers privilégié de Bernard Jeunet. Il a d’ailleurs réalisé les illustrations d’une vingtaine d’albums pour les jeunes lecteurs.

Le monde moderne ne l’intéresse pas et il l’assume :

Je déteste les ordinateurs, les portables. Je suis incapable de tenir un volant et d’utiliser la technique. Mon archaïsme est une façon de dire non, une manière de résister.

A propos de son amour pour le papier, il explique :

J’ai toujours travaillé le papier, c’est presque une seconde nature. Enfant, je n’avais pas de grands moyens pour jouer et je créais déjà mes décors et mes personnages.

S’il ne cherche surtout pas la célébrité, son talent fait malgré tout parler de lui à l’étranger 🙂 et il arrive que ses œuvres passent la frontière pour les besoins d’une exposition.

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Pour aller plus loin :

  • le site officiel de Michèle Le Braz propose la visualisation d’une cinquantaine de ses photos : ici
  • une présentation du très beau site de l’abbaye de Daoulas : ici
  • les 10 plus belles plages bretonnes selon L’Express : ici
  • une présentation des enclos paroissiaux bretons : ici
  • pour en savoir plus sur l’ankou, un site consacré à la Bretagne en parle : ici
  • les lichens maritimes, un univers à part, détaillé ici
  • les livres illustrés par Bernard Jeunet sont en vente sur le net : ici
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4 réflexions sur “Ensorcelant Finistère

  1. Ouah, je suis impressionnée ! Quel article ! Originaire de l’île de Groix dans le Morbihan, la beauté de la Bretagne coule dans mes veines même si j’habite le Var depuis 20 ans. Il y aurait effectivement tant à dire, le tableau a ses zones d’ombre, y vivre demande de s’y abandonner sans conditions. Entre beautés et singularité.. Parfois étouffant, comme un cordon ombilical non coupé. Alors malgré la beauté époustouflante de la Bretagne, je suis heureuse de vivre les expériences multiculturelles en « exil » 🙂

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    1. Bonjour. A chaque fois que je vais en Bretagne, c’est une belle surprise. Votre région est si riche ! Ma seule déception pour cet été : ne pas avoir eu le temps de visiter d’île de Batz. Bel été dans le Var 🙂

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