Le pouvoir des fleurs

jan van huysum 1725

Nature morte avec fleurs, de Jan Van Huysum, vers 1725

En juin-juillet 2017, comme chaque été, l’école du Louvre propose des cours d’histoire de l’Art. Cette semaine, j’ai assisté à la session Représentation des fleurs dans la peinture, de la Renaissance au XIXe siècle (5 soirées), par Aude Gobet (chef du service d’étude et de documentation, département des peintures, musée du Louvre). Non seulement ces cours nous apprennent plein de trucs, mais surtout, ils nous permettent d’aiguiser notre regard en observant des dizaines d’œuvres.

Ci-dessous, une petite sélection d’œuvres que cette semaine studieuse m’a permis de découvrir ou de re-découvrir.

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Corbeille de fruits, Caravage

Pas de fleurs pour ce premier tableau, mais qu’est-ce que c’est beau !

Caravage (1571-1610) était un personnage haut en couleurs, querelleur, plusieurs fois recherché par la justice (ce qui va parfois interrompre sa carrière). Il va connaître la célébrité de son vivant et aura une grande influence sur ses contemporains. A l’époque de sa Corbeille de fruits (entre 1594 et 1602), le genre de la nature morte est encore considéré comme le genre le plus modeste, le moins gratifiant. Caravage bouscule cette idée en travaillant ses natures mortes comme il travaillerait des tableaux historiques. Certains considèrent ainsi à l’époque que Caravage fera mourir la peinture !

corbeille de fruits caravage.jpg

On sent nettement dans ce tableau le désir de réalisme du peintre. Certaines feuilles commencent à se recroqueviller, d’autres sont desséchées, on aperçoit un fruit gâté (pomme investie par un vers). La corbeille en léger déséquilibre sur son support (en partie dans le vide) est un élément typique de Caravage, qui sera repris par ses contemporains.

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Nature morte avec cerises, fraises et groseilles, Louise Moillon

Force est de constater que ma sensibilité me porte autant, voire plus, vers les représentations de fruits que vers les bouquets de fleurs. Quand on pense bouquet, on pense souvent récipient, vase, mise en scène, et composition purement décorative. Les natures mortes de fruits et de légumes ont en général quelque chose de plus trivial, de plus hédoniste. Si en plus la sobriété est de mise, alors je suis sous le charme 🙂

Louise Moillon (1609-1696) était la fille d’un peintre et marchand de tableaux. Quand son père décède, sa mère se remarie avec un autre peintre (François garnier). Louise Moillon a donc grandi dans l’univers de la peinture. Il est d’ailleurs parfois difficile de distinguer ses œuvres de celles de François Garnier (dont elle a repris le goût de la peinture de fruits). Ce qui frappe dans les œuvres de Louise Moillon : son travail minutieux associé à un profond désir de simplicité.

nature-morte-avec-cerises-fraises-et-groseilles-1630.jpg

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Madeleine Françoise Basseporte (1701-1780)

En 1743, Françoise Basseporte devient peintre du jardin du Roi. Ses dessins sur vélin sont destinés à la bibliothèque royale. Elle réalisera aussi des dessins pour la marquise de Pompadour et sera professeure des filles de Louis XV.

Je trouve que les animaux, et les insectes en particulier (papillons, libellules, abeilles…), apportent à la peinture de fleurs une dynamique réjouissante. Ils font le lien entre la fleur coupée et le jardin, la fleur coupée et les champs, la fleur coupée et l’environnement dans lequel on aime la retrouver.

madeleine basseporte.jpg

Ci-dessus, dessin sur vélin avec deux variétés de fleurs : Verbascum blattaria et Dodecatheon meadia, explorées par un joli papillon.

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Antoine Berjon (1754-1843)

Antoine Berjon fréquente beaucoup les botanistes. Originaire de Lyon, il dessine des motifs floraux pour la fabrique lyonnaise de soie et de tissu. A la Révolution, Il fuira sa région et restera à Paris jusqu’en 1810, puis reviendra à Lyon où il deviendra professeur de dessin de fleurs aux Beaux-Arts de Lyon, influençant ainsi la génération d’artistes suivante.

On aime ou on n’aime pas ce type d’oeuvres. En 2017, elles peuvent paraître complètement dépassées à certains. J’avoue qu’il y a encore 10 jours, ces tableaux m’auraient un peu effrayée. Mais j’ai vu des dizaines de natures mortes de fleurs cette semaine et je dois dire que je suis tombée sous le charme des œuvres d’Antoine Berjon, qui apportent à l’époque une véritable fraîcheur au genre de la nature morte : beaucoup de lumière, beaucoup de couleurs, beaucoup de joie !

antoine berjon    blumen_in_einer_vase berjon 1813

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Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)

Pierre-Joseph Redouté quitte sa famille à 13 ans pour suivre sa formation dans les Flandres. Il s’installe ensuite à Paris, où il va nouer des liens importants avec le milieu des botanistes. Il devient peintre et dessinateur du cabinet de la Reine, puis réalisera les vélins du Roi. Il sera également maître de dessin au Musée National d’Histoire Naturelle. Il réalise de nombreux recueils, dont Les Liliacées et Les Roses, devenus célèbres. Ses dessins de fleurs, extrêmement précis, dépassent la fonction documentaire et scientifique pour émouvoir par leur grande beauté. Pierre-Joseph Redouté est surnommé le « Raphaël des fleurs ». Ci-dessous, volubilis et hortensia :

Trichterwinde / Redoute - Morning Glory / Redoute -     redouté2

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Le Printemps, Botticelli (réalisé entre 1478 et 1482)

printemps

On connaît tous le célèbre Printemps de Botticelli, sur lequel on peut observer, sur la droite, Flore (la déesse des fleurs) qui se fait draguer par Zéphyr (le dieu du vent). On sait moins que cette peinture comprend, au total, plus de 130 fleurs identifiées ! Ci-dessous, un détail du sol fleuri :

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Le Printemps, Archimboldo (1573)

De la même façon, on connaît tous le fameux (et déconcertant) Printemps de Archimboldo (issu d’une série de quatre tableaux, pour représenter les quatre saisons), dont il existe plusieurs versions.

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Mais là encore, on n’a pas forcément conscience du nombre de fleurs que le peintre a représentées sur sa toile. Il y a en a plus de 80 ! Voici quelques détails ci-dessous. Par exemple, les dents sont représentées par quelques clochettes de muguet. Beaucoup de fleurs, donc, mais également, au niveau du torse de notre personnage, en dessous de l’imposante iris, de ravissantes petites fraises des bois (troisième détail).

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Pour aller plus loin :

Je termine cet article avec une info sympa : le musée de la Vie Romantique rend actuellement hommage à Pierre-Joseph Redouté avec l’exposition suivante, jusqu’au 1er octobre 2017. Pour en savoir plus, ça se passe ici et ici.

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Bon week-end à tous 🙂
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