Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

Vue de Collioure la Jetée Henri Matisse 1905

Vue de Collioure, la jetée, Matisse (1905, huile sur toile, 38 x 46 cm)

Les températures grimpent et nous nous approchons du solstice d’été. Parler de Matisse, de couleurs et de Collioure, c’est de saison 🙂

Point de départ de cet article : il y a quelques semaines, en feuilletant un livre sur Georges Braque (qui a également eu sa période fauve), je tombe sur 3 tableaux de Matisse minusculement reproduits en marge d’une des pages du bouquin… Première réaction : leur beauté me bouleverse tant que j’en reste presque incrédule. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi beau ; dans quel jardin secret Matisse puise-t-il toute cette fraîcheur ? Chaque jour qui passe, je ne peux pas m’empêcher de rouvrir mon livre à la même page, de mettre le nez dessus, pour admirer encore et toujours ces œuvres de Matisse qui me grillent la rétine… Deuxième réaction : je suis stupéfaite que ces petites merveilles ne soient pas plus connues. Il faut que j’en parle autour de moi !! Troisième réaction : je veux en savoir plus. Je finis par fouiller sur internet (un peu en vain) et je pars à la recherche de bouquins sur le sujet (avec les livres, en général, on est bien servi 🙂 ).

But ultime de cet article : avant tout, partager ma découverte. Voici donc les 3 peintures à l’huile en question :

marine bord de mer 1906 matisse

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Ces trois peintures ont été réalisées sur le lieu-dit de la Moulade, une zone sauvage du nord de Collioure, en 1906, c’est-à-dire quelques mois après le scandaleux Salon d’automne de 1905. Dimensions de ces tableaux : environ 25 x 35 cm.

J’ai toujours aimé Matisse (1869-1954) et bien sûr, j’ai toujours été stupéfiée par sa légèreté, sa liberté, son audace. On a l’impression qu’il est né avec un arc-en-ciel dans les mains. Sur ces trois tableaux en particulier, sa faculté enfantine à jouer avec des couleurs si gaies et pures, pour en faire les associations les plus folles, me fascine et me désarme. On en perdrait la tête 🙂

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A l’origine du fauvisme, il y a Matisse 

En mai 1905, Matisse n’est pas encore célèbre. Avec sa petite famille, il quitte Paris et descend à Collioure pour respirer, s’enivrer de lumière provençale. Il est subjugué par la beauté de l’endroit et en quelques mois, réalise 15 toiles, 40 aquarelles et environ 100 dessins. Quand il revient sur Paris en septembre, il ne sait pas encore qu’il deviendra le chef de file du fauvisme. C’est un mois plus tard, en octobre, au 3e Salon d’automne à Paris, où il expose 5 peintures, que sa production estivale prend une tournure historique : ses œuvres (et celles de ses amis, animés par le même souffle) sont considérées comme un outrage à la peinture et font littéralement scandale : les critiques d’art parlent ainsi de « pot de peinture jeté à la face du public » et de « jeux barbares et naïfs ». Un journaliste compare le salon à une cage aux fauves et c’est ainsi que naîtra le fauvisme.

Ce qu’il faut savoir : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé (sans vraiment prendre la peine de se pencher sur la question), il s’avère aujourd’hui que les trois peintures à l’huile ci-dessus ne datent pas de l’été 1905 mais de l’été 1906 (Matisse retournera effectivement plusieurs fois à Collioure, prolongeant ainsi sa période fauve).

Pour Matisse, le fauvisme naît du « courage de retrouver la pureté des moyens ». Il racontera plus tard à propos de cette période de sa vie :

Travaillant devant un paysage exaltant, je ne songeais qu’à faire chanter mes couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions.

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Matisse et Derain, une amitié à Collioure 

Lors de ce fameux été 2015, Matisse (35 ans) encourage vivement son ami Derain (10 ans de moins) à le rejoindre à Collioure. Derain arrive donc dans le joli village de pêcheurs au début du mois de juillet. On sait que pendant plusieurs mois, les deux amis vont peindre les mêmes lieux et beaucoup échanger sur leurs travaux respectifs. Ils seront tous les deux très productifs.

Ci-dessous, à gauche, le portrait de Derain par Matisse, et à droite, celui de Matisse par Derain : peau bleue, peau verte, barbe rouge, la révolution chromatique est en marche… !

portrait-of-andre-derain-1905     Matisse par Derain

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Deux tableaux de Derain, Collioure 1905 toujours :

Mes lectures m’ont amenée à de magnifiques tableaux de son ami Derain. Ci-dessous, en voilà deux : Paysage de Collioure (81 x 100 cm) et Bateaux à Collioure (60 x 73 cm). Chez Derain aussi, l’audace est décidément au rendez-vous :

paysage de collioure 1905 derain

boats-at-collioure-1905

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Dernières années de Matisse : le bonheur de vivre, encore et toujours !

Matisse meurt en 1954. A la fin de sa vie, diminué physiquement, il continue de créer sans relâche. Sa spécialité et sa passion depuis la fin des années 30 : les papiers gouachés et découpés. Cette technique lui a été inspirée par son voyage à Tahiti en 1930, durant lequel il ne peint presque rien, mais dessine beaucoup et s’imprègne de tout ce qu’il voit. Ce voyage exotique va ensuite infuser en lui pendant des années, jusqu’à donner, à partir de la fin des années 30, des œuvres aussi célèbres que la Tristesse du roi, en 1952.

Parce que j’ai découvert ce collage il y a 15 jours à l’exposition Jardins du Grand Palais (jusqu’au 24 juillet 2017), je tenais ici à parler des Acanthes, réalisé en 1953. Je pense qu’il faut voir cette oeuvre en vrai pour en apprécier toute la majesté. Moi qui ne suis pas une fanatique des papiers découpés de Matisse, je reconnais avoir été impressionnée face à cet immense collage, dynamique et équilibré, vibrant de joie ! Non seulement ses dimensions sont grandioses (voir photo prise dans un atelier de restauration, ci-dessous), mais cette composition possède une énergie particulière, une aura qui vous enveloppe de bienveillance. Elle semble avoir été réalisée par un sage, un philosophe…

Acanti-1953

restauration-matisse-article

Avec le fauvisme, Matisse et ses amis travaillaient sur la simplification du trait et les aplats de couleur, tout cela avec l’envie de faire des œuvres rayonnantes. En cela, on peut considérer que ses papiers gouachés et découpés sont une continuité du fauvisme : simplification (jusqu’à l’abstraction), aplats de couleur, joie. Sur ses vieux jours, Matisse dira carrément de sa période fauviste :

A ce moment là, j’ignorais la lumière intérieure, la lumière mentale, ou morale si vous préférez. Aujourd’hui, je vis chaque jour dans cette lumière.

*

Pour information, voici la liste des 5 tableaux de Matisse exposés au Salon d’automne de 1905, réalisés à Collioure :

  • Jeune femme en robe japonaise au bord de l’eau
  • Fenêtre ouverte
  • Nature morte
  • Matinée d’été (Les Toits de Collioure)
  • Femme au chapeau

Sur ce, je vous souhaite à tous une nuit pleine de rêves fleuris 🙂

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2 réflexions sur “Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

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