L’enchantement animal : Peter de Sève

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(couverture du New Yorker par Peter de Sève, 29 janvier 2001)

Peter de Sève est un grand dessinateur new-yorkais. Ses lointaines origines françaises ont favorisé sa curiosité et son admiration pour les œuvres de Gustave Doré et de Honoré Daumier.

Depuis l’enfance, l’artiste se passionne autant pour le dessin que pour les animaux. C’est évidemment la raison pour laquelle je le trouve génial ! Certes, Peter de Sève ne dessine pas QUE des animaux. Mais il suffit de faire une brève recherche sur internet pour constater que les animaux sont omniprésents dans son oeuvre et qu’ils enrichissent profondément son univers.

(le voici avec sa chienne Darla)

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Les couvertures de Peter de Sève pour le fameux New Yorker

Peter de Sève a créé de nombreux personnages de films d’animation, dont Scrat, le fameux écureuil préhistorique de L’Age des glaces. Autres exemples de films d’animation auxquels il a participé : Ratatouille, Mulan, 1001 pattes

Mais SURTOUT, et c’est ce qui m’intéresse aujourd’hui, Peter de Sève réalise de très belles couvertures pour le New Yorker, tendres et humoristiques, depuis 20 ans, en y mettant en scène de nombreux animaux. Cet article est l’occasion de vous en montrer quelques-unes.

En observant son travail, on est franchement tenté de penser que Peter de Sève est végétarien et antispéciste. En effet, non seulement ses dessins démontrent une vraie tendresse pour les animaux, mais en plus, son travail traduit une vision du monde résolument anthropo-décentrée : chez Peter de Sève, les humains ne dominent pas la pyramide du vivant, les bêtes méritent autant de respect que les hommes. Ci-dessous, 6 coups de cœur :

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Soyons empathiques et solidaires avec les animaux

Voici un premier exemple de couverture réalisée par Peter de Sève pour le New Yorker. Une adorable bande de homards prend la poudre d’escampette (grâce à des serviettes à carreaux nouées les unes aux autres, comme pour une évasion de taulards), pendant que les humains qui ont décidé de les manger prennent insouciamment l’apéro. J’adore !

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Les animaux ne sont pas des trophées ni des matières premières 

Ici, une bourgeoise en manteau de fourrure (de raton-laveur), promenant son yorkshire sous le clair de lune. Tout irait merveilleusement bien dans le meilleur des mondes si cette pauvre dame n’était pas justement suivie par… un raton-laveur qui veut visiblement en découdre !

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La consommation et l’exhibition de fourrure, de cuir et de plumes sont des réminiscences du passé. En 2017, on peut vivre sans mutiler ou dépecer des animaux. La souffrance des bêtes ne pèse-t-elle pas plus lourd dans la balance que la satisfaction de nos petits plaisirs ? Évoluons !

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Les animaux ne sont pas des objets ni des jouets

On a tous déjà entendu parler de ces propriétaires qui laissent leurs animaux de compagnie trembler comme des feuilles, dans le froid de l’hiver, pendant qu’ils honorent un rendez-vous à la mairie, ou qu’ils vont déjeuner au restaurant. Avec les beaux jours, on a également écho de tous ces chiens qui meurent (ce n’est pas une expression) de chaud dans une voiture ou même dans le coffre d’une voiture, en plein cagnard, après de longues minutes de souffrance, pendant que leur maître est parti faire ses courses, se faire un cinéma… Sur ce dessin, les rôles sont inversés avec humour. Ca caille !

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Les animaux, eux aussi, ont des projets !

Peter de Sève est décidément un poète. Ci-dessous, une autre illustration réalisée pour le New Yorker, avec un employé de bureau qui attend son métro. A ses pieds, sous le quai, une souris dans la même tenue que lui (imperméable, cravate rouge, attaché-case, gobelet de café) part également au boulot.

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Et oui, ça laisse encore beaucoup de gens sans voix, mais les animaux ont une vie et des projets. Avez-vous déjà entendu parler de ce pauvre éléphant qui amassait consciencieusement, dans son enclos, des cailloux pour les balancer à la face des visiteurs, en guise de mécontentement ? avez-vous déjà longuement observé des oiseaux confectionner leur nid ? Les animaux ne sont pas idiots : ils analysent les situations et prennent des décisions réfléchies.

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Les animaux ne sont pas des produits de consommation

J’aime énormément cette illustration, pleine de douceur et de magie : une sorcière qui tombe sous le charme d’un petit chat noir, dans la vitrine d’une animalerie. Le coup de foudre est manifestement réciproque 🙂

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J’ai appris l’autre jour que certaines personnes superstitieuses avaient encore peur, en 2017, des chats noirs, et que cela expliquait qu’ils aient moins de succès dans les refuges !

En outre, les humains n’ont pas toujours conscience qu’en achetant des animaux au lieu de choisir l’adoption, ils favorisent un système malsain et sans morale : trafic, animaux exploités pour optimiser les portées, très mauvaises conditions de vie dans les animaleries. Pendant ce temps, les refuges et la SPA sont complètement dépassés par un trop grand nombre d’animaux abandonnés devant leur porte. Et se voient dans l’obligation d’en euthanasier des milliers…

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Les animaux, source d’inspiration et d’émerveillement

Ci-dessous, le printemps. Un employé, pour sa pause déjeuner, s’est installé sous un arbre en fleur. Une bouffée d’air frais au milieu de la grisaille ! Ce qui ne l’empêche pas de visser consciencieusement les écouteurs de son iPod sur ses oreilles, plutôt que de profiter du chant d’un petit oiseau jaune qui s’égosille joyeusement au-dessus de sa tête.

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Le magazine Télérama parle très bien de la passion de Peter de Sève pour le dessin d’animaux, dans un article du 30 juin 2012 :

Volontiers grinçant quand il croque les travers de ses contemporains, de Sève n’a de tendresse que pour les animaux. Il aime les représenter se faisant la belle, jouant des tours aux humains, prenant, comme ils peuvent, leur revanche sur une évolution qui ne leur a pas été favorable. Cette passion remonte à l’enfance, où il battait la campagne pour attraper créatures rampantes ou vrombissantes. « Je ramassais des serpents, des grenouilles qui agonisaient dans des aquariums puants. C’était plus fort que moi, trouver un animal avait quelque chose de magique… Je passais mon temps à les regarder et à les dessiner. » En grandissant, les choses ne s’arrangent pas. A force de traîner dans une boutique d’animaux de compagnie, le jeune homme finit par y être embauché. Avec son maigre salaire, il se met à collectionner toutes sortes de livres spécialisés sur la préhistoire et les espèces disparues. En plus de trente ans, il a amassé plusieurs centaines d’ouvrages et de solides connaissances en paléozoologie.

Pour lire l’article en entier, ça se passe ici.

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Pour aller plus loin :

  • Peter de Sève a un site internet : biographie, blog et joli éventail d’illustrations : ici !
  • Les éditions Akileos ont publié un bouquin sur Peter de Sève qui a bénéficié des éloges du public : L’art de Peter de Sève. L’ouvrage est considéré comme un bijou : contenu, mise en page, richesse des illustrations, qualité du papier. En voici la couverture :

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Le pouvoir des fleurs

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Nature morte avec fleurs, de Jan Van Huysum, vers 1725

En juin-juillet 2017, comme chaque été, l’école du Louvre propose des cours d’histoire de l’Art. Cette semaine, j’ai assisté à la session Représentation des fleurs dans la peinture, de la Renaissance au XIXe siècle (5 soirées), par Aude Gobet (chef du service d’étude et de documentation, département des peintures, musée du Louvre). Non seulement ces cours nous apprennent plein de trucs, mais surtout, ils nous permettent d’aiguiser notre regard en observant des dizaines d’œuvres.

Ci-dessous, une petite sélection d’œuvres que cette semaine studieuse m’a permis de découvrir ou de re-découvrir.

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Corbeille de fruits, Caravage

Pas de fleurs pour ce premier tableau, mais qu’est-ce que c’est beau !

Caravage (1571-1610) était un personnage haut en couleurs, querelleur, plusieurs fois recherché par la justice (ce qui va parfois interrompre sa carrière). Il va connaître la célébrité de son vivant et aura une grande influence sur ses contemporains. A l’époque de sa Corbeille de fruits (entre 1594 et 1602), le genre de la nature morte est encore considéré comme le genre le plus modeste, le moins gratifiant. Caravage bouscule cette idée en travaillant ses natures mortes comme il travaillerait des tableaux historiques. Certains considèrent ainsi à l’époque que Caravage fera mourir la peinture !

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On sent nettement dans ce tableau le désir de réalisme du peintre. Certaines feuilles commencent à se recroqueviller, d’autres sont desséchées, on aperçoit un fruit gâté (pomme investie par un vers). La corbeille en léger déséquilibre sur son support (en partie dans le vide) est un élément typique de Caravage, qui sera repris par ses contemporains.

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Nature morte avec cerises, fraises et groseilles, Louise Moillon

Force est de constater que ma sensibilité me porte autant, voire plus, vers les représentations de fruits que vers les bouquets de fleurs. Quand on pense bouquet, on pense souvent récipient, vase, mise en scène, et composition purement décorative. Les natures mortes de fruits et de légumes ont en général quelque chose de plus trivial, de plus hédoniste. Si en plus la sobriété est de mise, alors je suis sous le charme 🙂

Louise Moillon (1609-1696) était la fille d’un peintre et marchand de tableaux. Quand son père décède, sa mère se remarie avec un autre peintre (François garnier). Louise Moillon a donc grandi dans l’univers de la peinture. Il est d’ailleurs parfois difficile de distinguer ses œuvres de celles de François Garnier (dont elle a repris le goût de la peinture de fruits). Ce qui frappe dans les œuvres de Louise Moillon : son travail minutieux associé à un profond désir de simplicité.

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Madeleine Françoise Basseporte (1701-1780)

En 1743, Françoise Basseporte devient peintre du jardin du Roi. Ses dessins sur vélin sont destinés à la bibliothèque royale. Elle réalisera aussi des dessins pour la marquise de Pompadour et sera professeure des filles de Louis XV.

Je trouve que les animaux, et les insectes en particulier (papillons, libellules, abeilles…), apportent à la peinture de fleurs une dynamique réjouissante. Ils font le lien entre la fleur coupée et le jardin, la fleur coupée et les champs, la fleur coupée et l’environnement dans lequel on aime la retrouver.

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Ci-dessus, dessin sur vélin avec deux variétés de fleurs : Verbascum blattaria et Dodecatheon meadia, explorées par un joli papillon.

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Antoine Berjon (1754-1843)

Antoine Berjon fréquente beaucoup les botanistes. Originaire de Lyon, il dessine des motifs floraux pour la fabrique lyonnaise de soie et de tissu. A la Révolution, Il fuira sa région et restera à Paris jusqu’en 1810, puis reviendra à Lyon où il deviendra professeur de dessin de fleurs aux Beaux-Arts de Lyon, influençant ainsi la génération d’artistes suivante.

On aime ou on n’aime pas ce type d’oeuvres. En 2017, elles peuvent paraître complètement dépassées à certains. J’avoue qu’il y a encore 10 jours, ces tableaux m’auraient un peu effrayée. Mais j’ai vu des dizaines de natures mortes de fleurs cette semaine et je dois dire que je suis tombée sous le charme des œuvres d’Antoine Berjon, qui apportent à l’époque une véritable fraîcheur au genre de la nature morte : beaucoup de lumière, beaucoup de couleurs, beaucoup de joie !

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Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)

Pierre-Joseph Redouté quitte sa famille à 13 ans pour suivre sa formation dans les Flandres. Il s’installe ensuite à Paris, où il va nouer des liens importants avec le milieu des botanistes. Il devient peintre et dessinateur du cabinet de la Reine, puis réalisera les vélins du Roi. Il sera également maître de dessin au Musée National d’Histoire Naturelle. Il réalise de nombreux recueils, dont Les Liliacées et Les Roses, devenus célèbres. Ses dessins de fleurs, extrêmement précis, dépassent la fonction documentaire et scientifique pour émouvoir par leur grande beauté. Pierre-Joseph Redouté est surnommé le « Raphaël des fleurs ». Ci-dessous, volubilis et hortensia :

Trichterwinde / Redoute - Morning Glory / Redoute -     redouté2

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Le Printemps, Botticelli (réalisé entre 1478 et 1482)

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On connaît tous le célèbre Printemps de Botticelli, sur lequel on peut observer, sur la droite, Flore (la déesse des fleurs) qui se fait draguer par Zéphyr (le dieu du vent). On sait moins que cette peinture comprend, au total, plus de 130 fleurs identifiées ! Ci-dessous, un détail du sol fleuri :

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Le Printemps, Archimboldo (1573)

De la même façon, on connaît tous le fameux (et déconcertant) Printemps de Archimboldo (issu d’une série de quatre tableaux, pour représenter les quatre saisons), dont il existe plusieurs versions.

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Mais là encore, on n’a pas forcément conscience du nombre de fleurs que le peintre a représentées sur sa toile. Il y a en a plus de 80 ! Voici quelques détails ci-dessous. Par exemple, les dents sont représentées par quelques clochettes de muguet. Beaucoup de fleurs, donc, mais également, au niveau du torse de notre personnage, en dessous de l’imposante iris, de ravissantes petites fraises des bois (troisième détail).

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Pour aller plus loin :

Je termine cet article avec une info sympa : le musée de la Vie Romantique rend actuellement hommage à Pierre-Joseph Redouté avec l’exposition suivante, jusqu’au 1er octobre 2017. Pour en savoir plus, ça se passe ici et ici.

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Bon week-end à tous 🙂
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Humour féroce pour animaux sans défense

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Bonjour à tous,

Les vegans choisissent souvent d’exposer leurs arguments de façon posée, réfléchie, et selon certains, trop moralisante (réaction du carniste de base : « fous-moi la paix, on est en démocratie, je fais ce que je veux »). Les vegans ont parfaitement conscience qu’exposer leurs convictions avec plus de rage les exposerait aux pires jugements : « les vegans sont extrémistes, les vegans sont intolérants, les vegans sont dangereux !!! » Heureusement, l’humour existe et certains savent parfaitement s’en servir. Exemple : la blogueuse Insolente veggie (elle vend aussi des livres), qui met les pieds dans le plat avec un savant mélange de pédagogie et d’humour féroce. J’adore 🙂 Ci-dessous, un exemple :

insolente veggie

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Pour en savoir plus sur Insolente veggie et pour faire fonctionner ses neurones en faveur de nos amis les animaux, et cela sans maux de tête (promis), ça se passe ici :

  • son blog : ici
  • notre chère Insolente veggie interviewée par Vegactu : ici
  • quelques critiques dithyrambiques (et largement méritées) sur les bouquins d’Insolente veggie : ici
  • un autre article sympa sur Insolente veggie (avec plusieurs de ses dessins pour exemple) : ici

Bonne journée sans bidoche et sans poisson, vive les protéines végétales, vive les animaux 🙂

Animaux de nos vies, animaux de nos rêves

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(Lotus et martin-pêcheur, Qi Baishi, 1921)

Quel temps magnifique ces derniers jours ! Et quand le cœur est léger, difficile d’écrire autre chose qu’un article joyeux…

Ci-dessus, une superbe peinture du chinois Qi Baishi (1864-1957) (désolée pour l’éclairage de la reproduction, mon appareil photo et moi-même n’avons pas su faire mieux), représentant un martin-pêcheur qui fait le gué depuis son perchoir : une solide tige de lotus. Quelle sera sa prochaine proie : grenouille, petit poisson, libellule ? Dimensions de l’oeuvre : environ 24 cm x 35,5 cm. On peut l’admirer dans l’ouvrage Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages, aux éditions Picquier (ici).

Vous le savez, ce blog est végétarien, et maintenant quasiment vegan. Pour tenir compagnie à notre élégant martin-pêcheur, voici quelques haïkus (poèmes japonais en 3 vers) de Santoka Taneda, moine zen, vagabond et alcoolique du début du siècle dernier (1882-1940), sur le thème des animaux.

Très enthousiasmée par l’initiative actuelle du Quai Branly, qui met à l’honneur les insectes pendant 3 mois à travers des conférences et ateliers variés (voir ici : Au musée les insectes !), j’ai eu envie de sélectionner des haïkus de Santoka sur le thème spécifique des insectes en été :

ivre
je m’endors
avec les criquets

dans la montagne toute la journée
les fourmis elles aussi
marchent

toute la journée nu
papillons
et libellules

de retour
dans mon village natal
partout des lucioles

sur mes pieds fatigués
une libellule
s’est posée

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Ecrire des haïkus, c’est avant tout chanter la beauté de la nature et exprimer son respect pour le règne du vivant. A travers les 5 poèmes ci-dessus, Santoka nous parle de sa relation très harmonieuse avec les animaux, même les plus insignifiants en apparence. D’ailleurs, en accord avec ce que prône le bouddhisme, Santoka ne se considère nullement comme supérieur aux bêtes : les animaux sont une de ses sources d’inspiration, mais aussi de véritables compagnons de route. Santoka parlera carrément de lui-même comme d’une simple « herbe sauvage », c’est vous dire son humilité…

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Les araignées viennent parfois se fabriquer un petit coin tranquille dans nos logis. Je me suis ainsi amusée à écrire ce haïku aujourd’hui :

partageant ma salle de bain
avec toi, araignée
mon cœur est en paix

Le haïku est traditionnellement composé de 5/7/5 syllabes. Plusieurs spécialistes (à l’instar de Philippe Costa, Petit manuel pour écrire des haïku) s’accordent toutefois à dire que dès lors que nous n’écrivons pas nos haïkus en japonais, cette règle très contraignante perd son sens. J’ai tendance à penser qu’il en bon d’en tenir compte quand on démarre, et qu’il faut ensuite prendre ses libertés 🙂

Profitez bien de ce temps merveilleux 🙂

Fermons les abattoirs !

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(pancarte antispéciste, marche pour la fermeture des abattoirs, 10 juin 2017, photo Chloé Ka)

STOP AU CAUCHEMAR, FERMONS LES ABATTOIRS. Ce fut un des principaux slogans de la marche pour la fermeture des abattoirs, organisée par l’association L214, à laquelle j’ai participé ce samedi 10 juin à Paris. Nous étions 4 000 participants, 4 000 consciences, 4 000 cœurs, 4 000 êtres humains (et quelques animaux) réunis pour une véritable révolution animale !

La marche pour la fermeture des abattoirs a lieu chaque année dans les rues de nombreuses villes de la planète : Paris, Tokyo, Berlin, Dublin, Buenos Aires et j’en passe. Le but : communiquer sur la souffrance animale, faire prendre conscience que l’exploitation des animaux par les hommes est une entreprise immorale et sordide, mettre en place un monde plus juste !

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Nous étions 4 000 samedi, nous serons peut-être 10 000 ou 20 000 dans 1 an. Un nouveau monde est en marche. Des nutritionnistes sont végétaliens, des sportifs de haut niveau sont végétaliens. On sait en 2017 qu’on peut vivre en pleine santé sans produits animaux !

Sur le passage de la manifestation, nous avons rencontré beaucoup de passants émus, et reçu beaucoup d’encouragements. Des gens se sont d’ailleurs spontanément joints à nous. Le cortège, quant à lui, était animé d’une énergie folle. Parmi les organisateurs de la marche, je m’incline en particulier devant la détermination de Jules Brunois et de Res Turner, sur le premier char, qui nous ont littéralement boostés pendant 3 heures :

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Je ne résiste pas à l’envie de partager ici une dizaine de photos prises par les participants de cette journée formidable. Une bonne partie de ces photos a été prise par l’artiste Chloé Ka. Les voici :

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Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

Vue de Collioure la Jetée Henri Matisse 1905

Vue de Collioure, la jetée, Matisse (1905, huile sur toile, 38 x 46 cm)

Les températures grimpent et nous nous approchons du solstice d’été. Parler de Matisse, de couleurs et de Collioure, c’est de saison 🙂

Point de départ de cet article : il y a quelques semaines, en feuilletant un livre sur Georges Braque (qui a également eu sa période fauve), je tombe sur 3 tableaux de Matisse minusculement reproduits en marge d’une des pages du bouquin… Première réaction : leur beauté me bouleverse tant que j’en reste presque incrédule. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi beau ; dans quel jardin secret Matisse puise-t-il toute cette fraîcheur ? Chaque jour qui passe, je ne peux pas m’empêcher de rouvrir mon livre à la même page, de mettre le nez dessus, pour admirer encore et toujours ces œuvres de Matisse qui me grillent la rétine… Deuxième réaction : je suis stupéfaite que ces petites merveilles ne soient pas plus connues. Il faut que j’en parle autour de moi !! Troisième réaction : je veux en savoir plus. Je finis par fouiller sur internet (un peu en vain) et je pars à la recherche de bouquins sur le sujet (avec les livres, en général, on est bien servi 🙂 ).

But ultime de cet article : avant tout, partager ma découverte. Voici donc les 3 peintures à l’huile en question :

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Ces trois peintures ont été réalisées sur le lieu-dit de la Moulade, une zone sauvage du nord de Collioure, en 1906, c’est-à-dire quelques mois après le scandaleux Salon d’automne de 1905. Dimensions de ces tableaux : environ 25 x 35 cm.

J’ai toujours aimé Matisse (1869-1954) et bien sûr, j’ai toujours été stupéfiée par sa légèreté, sa liberté, son audace. On a l’impression qu’il est né avec un arc-en-ciel dans les mains. Sur ces trois tableaux en particulier, sa faculté enfantine à jouer avec des couleurs si gaies et pures, pour en faire les associations les plus folles, me fascine et me désarme. On en perdrait la tête 🙂

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A l’origine du fauvisme, il y a Matisse 

En mai 1905, Matisse n’est pas encore célèbre. Avec sa petite famille, il quitte Paris et descend à Collioure pour respirer, s’enivrer de lumière provençale. Il est subjugué par la beauté de l’endroit et en quelques mois, réalise 15 toiles, 40 aquarelles et environ 100 dessins. Quand il revient sur Paris en septembre, il ne sait pas encore qu’il deviendra le chef de file du fauvisme. C’est un mois plus tard, en octobre, au 3e Salon d’automne à Paris, où il expose 5 peintures, que sa production estivale prend une tournure historique : ses œuvres (et celles de ses amis, animés par le même souffle) sont considérées comme un outrage à la peinture et font littéralement scandale : les critiques d’art parlent ainsi de « pot de peinture jeté à la face du public » et de « jeux barbares et naïfs ». Un journaliste compare le salon à une cage aux fauves et c’est ainsi que naîtra le fauvisme.

Ce qu’il faut savoir : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé (sans vraiment prendre la peine de se pencher sur la question), il s’avère aujourd’hui que les trois peintures à l’huile ci-dessus ne datent pas de l’été 1905 mais de l’été 1906 (Matisse retournera effectivement plusieurs fois à Collioure, prolongeant ainsi sa période fauve).

Pour Matisse, le fauvisme naît du « courage de retrouver la pureté des moyens ». Il racontera plus tard à propos de cette période de sa vie :

Travaillant devant un paysage exaltant, je ne songeais qu’à faire chanter mes couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions.

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Matisse et Derain, une amitié à Collioure 

Lors de ce fameux été 2015, Matisse (35 ans) encourage vivement son ami Derain (10 ans de moins) à le rejoindre à Collioure. Derain arrive donc dans le joli village de pêcheurs au début du mois de juillet. On sait que pendant plusieurs mois, les deux amis vont peindre les mêmes lieux et beaucoup échanger sur leurs travaux respectifs. Ils seront tous les deux très productifs.

Ci-dessous, à gauche, le portrait de Derain par Matisse, et à droite, celui de Matisse par Derain : peau bleue, peau verte, barbe rouge, la révolution chromatique est en marche… !

portrait-of-andre-derain-1905     Matisse par Derain

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Deux tableaux de Derain, Collioure 1905 toujours :

Mes lectures m’ont amenée à de magnifiques tableaux de son ami Derain. Ci-dessous, en voilà deux : Paysage de Collioure (81 x 100 cm) et Bateaux à Collioure (60 x 73 cm). Chez Derain aussi, l’audace est décidément au rendez-vous :

paysage de collioure 1905 derain

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Dernières années de Matisse : le bonheur de vivre, encore et toujours !

Matisse meurt en 1954. A la fin de sa vie, diminué physiquement, il continue de créer sans relâche. Sa spécialité et sa passion depuis la fin des années 30 : les papiers gouachés et découpés. Cette technique lui a été inspirée par son voyage à Tahiti en 1930, durant lequel il ne peint presque rien, mais dessine beaucoup et s’imprègne de tout ce qu’il voit. Ce voyage exotique va ensuite infuser en lui pendant des années, jusqu’à donner, à partir de la fin des années 30, des œuvres aussi célèbres que la Tristesse du roi, en 1952.

Parce que j’ai découvert ce collage il y a 15 jours à l’exposition Jardins du Grand Palais (jusqu’au 24 juillet 2017), je tenais ici à parler des Acanthes, réalisé en 1953. Je pense qu’il faut voir cette oeuvre en vrai pour en apprécier toute la majesté. Moi qui ne suis pas une fanatique des papiers découpés de Matisse, je reconnais avoir été impressionnée face à cet immense collage, dynamique et équilibré, vibrant de joie ! Non seulement ses dimensions sont grandioses (voir photo prise dans un atelier de restauration, ci-dessous), mais cette composition possède une énergie particulière, une aura qui vous enveloppe de bienveillance. Elle semble avoir été réalisée par un sage, un philosophe…

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Avec le fauvisme, Matisse et ses amis travaillaient sur la simplification du trait et les aplats de couleur, tout cela avec l’envie de faire des œuvres rayonnantes. En cela, on peut considérer que ses papiers gouachés et découpés sont une continuité du fauvisme : simplification (jusqu’à l’abstraction), aplats de couleur, joie. Sur ses vieux jours, Matisse dira carrément de sa période fauviste :

A ce moment là, j’ignorais la lumière intérieure, la lumière mentale, ou morale si vous préférez. Aujourd’hui, je vis chaque jour dans cette lumière.

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Pour information, voici la liste des 5 tableaux de Matisse exposés au Salon d’automne de 1905, réalisés à Collioure :

  • Jeune femme en robe japonaise au bord de l’eau
  • Fenêtre ouverte
  • Nature morte
  • Matinée d’été (Les Toits de Collioure)
  • Femme au chapeau

Sur ce, je vous souhaite à tous une nuit pleine de rêves fleuris 🙂

Pour une société humanimale : Will Kymlicka

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un être humain en harmonie avec les animaux, illustration de Piet Grobler

J’ai eu la chance d’assister hier soir à la conférence donnée par Will Kymlicka, fervent défenseur de la cause animale, à Paris 1-Panthéon Sorbonne. Nous étions entre 200 et 300 à assister à son intervention (dont une moitié d’étudiants). Will Kymlicka ne vient pas souvent en France et il a été accueilli dans l’amphithéâtre par une véritable ovation, c’était très émouvant je dois dire 🙂

Je vais essayer de résumer sa conférence ci-dessous [en mettant mes réactions entre crochets].

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Will Kymlicka est une figure majeure de la défense des animaux. Il est l’un des deux auteurs (avec Sue Donaldson) du bouquin référence Zoopolis, une théorie politique du droit des animaux (novembre 2011). Il est canadien ; philosophe et professeur de philosophie à la chaire de philosophie politique de l’université Queen’s à Kingston (Ontario). Il est évidemment vegan : il ne mange ni viande ni poisson ni laitage, n’utilise pas de produits d’originale animale.

En 1975, le philosophe Peter Singer publiait La Libération animale, texte fondateur de la lutte pour la protection des animaux. Ce sera le début de 40 ans de combat pour la cause des animaux. Will Kymlicka fait partie des héros qui ont repris le flambeau !

Will Kymlicka prône, comme Peter Singer, une société humanimale, dans laquelle les animaux seraient considérés comme nos voisins ou nos amis (selon qu’ils sont sauvages ou qu’ils apprécient le contact humain) : on n’en fait pas des produits de consommation, on ne les réduit pas à l’esclavage, on respecte leurs besoins. Nous partageons la même planète qu’eux, nous ne sommes pas supérieurs à eux. [Bref, comportons-nous donc avec un peu d’élégance !]

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Respecter chaque espèce

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Dans le but d’instaurer une relation adaptée entre l’humain et chacun des animaux, Will Kymlicka classe les animaux en 3 catégories :

  • les animaux domestiques et de compagnie : nos co-citoyens
  • les animaux liminaires (souris, renards qu’on croise sur nos propriétés, pigeons dans nos villes…) : résidents du même territoire que nous
  • les animaux sauvages : une communauté souveraine en son royaume (c’est eux qui décident, pas nous)

L’idée : respecter les besoins de chaque animal. Certains animaux recherchent la compagnie des humains, d’autres la fuient. [On pense évidemment aux animaux de cirque : les éléphants, qui vivent spontanément en troupeau et qui font naturellement des dizaines de kilomètres pour organiser leur existence, n’ont absolument rien à faire dans un cirque ; de même pour les dauphins ou les otaries.]

[Ci-dessous, affiche pour une campagne en faveur de l’interdiction des animaux dans les cirques : « Les animaux ne sont pas des clowns »]

les animaux ne sont pas des clowns 2

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Un mot sur les animaux domestiques 

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Nous avons le devoir moral de nous occuper d’eux dans la mesure où c’est nous, les humains, qui les avons intégrés à notre société. Nous avons instauré, en inventant la domestication, une société inter-espèces. Prenons nos responsabilités et admettons que ces animaux domestiques (bétail, volaille, animaux de compagnie…) font partie des membres de notre société, qu’ils sont nos co-citoyens.

– étant nos co-citoyens, ils ont donc, comme nous, des droits :

  • le droit à la santé
  • le droit d’être représentés politiquement
  • le droit de ne pas « travailler » plus de tel nombre d’heures par jour (pour les animaux de ferme, pour les chiens d’aveugle, etc.)

– ils ont aussi des devoirs :

  • un devoir de socialisation (comme les enfants, à qui on apprend à vivre en société, à ne pas employer la violence)
  • un devoir de contribution (à adapter selon les aptitudes et les envies de l’animal) [on sait par exemple qu’un chat qui vit dans une maison de retraite apporte de la joie à ses habitants, tout en coulant des jours heureux]

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Un mot sur les animaux sauvages

porc-épic

Ils sont malheureusement considérés par l’être humain comme des ressources naturelles, et non comme les habitants souverains sur leur territoire. L’idée : respecter leur droit à jouir de leur espace, respecter leur droit à l’autonomie. Bref, leur foutre la paix 🙂

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Ca ne s’arrange pas

En 2017, dans de nombreuses sociétés, les animaux sont toujours perçus comme des propriétés, une sorte de caste inférieure. Non seulement la pensée humaine n’a pas évolué sur ce point, mais en plus la situation s’est dégradée : les animaux exploités et maltraités sont toujours plus nombreux (société de consommation). En outre, la biotechnologie animale (modifications génétiques, à but économique) banalise des déviances qui nous auraient tout simplement paru monstrueuses il y a quelques dizaines années.

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Mieux penser la protection des animaux

Pour une meilleure avancée des droits des animaux, Will Kymlicka considère qu’il faut favoriser les projets positifs (donner une place positive aux bêtes, impliquer l’humain dans la révolution animale) plutôt que tout miser sur la réprimande (interdire). Une nouvelle approche s’impose donc, qui projettera l’être humain dans un rapport bienveillant, curieux et positif avec ses voisins et/ou amis les z’animos.

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[Ci-dessous, quelques éléphants en promenade et en famille, loin des acrobaties ridicules que les humains leur imposent dans les cirques.]

elephants