Musée imaginaire : jaune et or

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Nature morte de Jan van de Velde, peintre néerlandais du Siècle d’or, vers 1651

[10e volet de mon musée imaginaire : jaune et or]

Il m’aura fallu du temps, beaucoup de temps, pour apprivoiser, ou plutôt me laisser apprivoiser, par le jaune et l’or. J’ai longtemps fui ces couleurs, probablement en raison de leur grande proximité avec le blanc (luminosité extrême). A la clarté, à la transparence, je préférais les couleurs plus profondes, chargées, mystérieuses. Même chez Van Gogh, ce n’est pas la couleur qui m’intéressait le plus (je lui préfère toujours ses bleus magnifiques, si envoûtants).

En outre, il paraît que le jaune fait partie des couleurs les moins appréciées des Français. Même Michel Pastoureau, notre historien des couleurs national, avoue ne pas avoir d’affection particulière pour cette couleur (il préfère, et de loin, le vert !).

Quoi qu’il en soit, je comprends maintenant à quel point le jaune et l’or peuvent être des couleurs chaleureuses, généreuses et physiques.

Ci-dessous, un éventail de mes œuvres jaune et or favorites !

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Une plage à l’autre bout du monde

Howard Pyle est un dessinateur américain (1853-1911). Il a illustré beaucoup de livres pour enfants et en a même écrit quelques-uns. Il a également donné des cours à de futurs grands dessinateurs. Il est connu pour avoir souvent mis en scène les aventures de pirates.

J’aime énormément ce tableau (intitulé Marooned, qui signifie abandonné), qui représente un pirate abandonné sur une île par l’équipage de son navire. J’ai découvert ce petit bijou dans la vitrine d’une librairie bretonne. Effectivement, ce tableau illustrait très joliment la couverture d’un livre intitulé D’or, de rêves et de sang, l’épopée de la flibuste (1494-1588) (bouquin écrit en 2001 par l’écrivain voyageur Michel Le Bris, celui-là même qui a fondé le festival annuel Étonnants voyageurs).

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En cas de non-respect des règles (vol, meurtre, sur son propre bateau), le pirate était abandonné sur une île par ses co-équipiers. Sur ce tableau, on comprend instinctivement le tragique de la situation : solitude, découragement, moment de désespoir, et en même temps, rien n’est perdu car évidemment, on n’a jamais vu un pirate abandonner la partie avant l’heure. C’est probablement ce qui nous plaît tellement chez ces têtes brûlées : l’endurance, l’énergie, l’instinct de survie, la niaque, plus forts que tout.

Les dessins et peintures de Howard Pyle ont une véritable puissance narrative. Ci-dessous, une bande de pirates se partagent un butin.

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Pluie de soleil

Van Dongen (1877-1968), français d’origine néerlandaise, était un peintre viscéralement habité par la couleur. Il a notamment exposé ses œuvres au Salon d’automne de 1905, événement qui a enchanté et traumatisé le public et la critique, et qui a marqué le début du fauvisme.

Le président de la République de l’époque (Loubet) refusa d’inaugurer ce salon en raison de la présence d’œuvres « inacceptables ». Un critique inconnu parla de « cage aux fauves » (expression qui donnera naissance au nom du mouvement fauviste), un autre (Marcel Nicolle) compara les œuvres exposées aux « jeux barbares et naïfs d’un enfant qui s’exerce avec la boîte à couleurs », un troisième (Camille Mauclair) résuma l’événement comme un « pot de peinture jeté à la face du public ».

Ce tableau de Van Dongen s’intitule Les lieuses (1905) (il est parfois également appelé Les Glaneuses de Chailly-en-Bière). En quelques touches de pinceaux, un univers éclot sous nos yeux : un paysage, des personnages, une activité aux champs, une lumière estivale et une température écrasante. Van Dongen nous décrit deux femmes travaillant à la réalisation des bottes, pendant la récolte.

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Plus d’informations sur le Salon d’automne de 1905 sur Wikipédia : ici.

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Lumière de Dieu

Je suis une athée convaincue, et pourtant, peut-être parce que les œuvres imprégnées de ferveur religieuse ont souvent une force inouïe, l’art religieux me fascine (sans parler du potentiel poétique et visuel des récits bibliques). L’or, symbole de lumière, y est souvent utilisé. Car rien n’est trop beau pour glorifier Dieu.

Ci-dessous, l’Annonciation vu par Ambrogio Lorenzetti, en 1344. Cette peinture est par ailleurs considérée comme la toute première oeuvre comportant des notions de perspective (voir le carrelage du sol)…

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Les icônes religieuses sont des objets dédiés à la gloire de Dieu. Elles sont traditionnellement réalisées sur un panneau de bois, dont le fond uni est souvent constitué d’or. La fabrication des icônes respecte de nombreuses contraintes (couleurs, sujets…).

Le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine du Sinaï (Egypte), fondé au VIe siècle, abrite d’immenses collections d’anciens manuscrits chrétiens, mais aussi d’icônes. Il s’agit du plus ancien monastère chrétien ayant conservé sa fonction initiale (quelques informations ici). Parmi les milliers d’icônes préservées à Sainte-Catherine, voici une Vierge à l’enfant et un Christ, tout deux datant du VIe siècle.

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Ci-dessous, deux autres bijoux : Saint Paul représenté par Lippo Memmi en 1350 et une icône russe du 17e siècle mettant en scène Marie et l’enfant Jésus. Ma che bello !

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Jaune impérial 

C’est sous les dynasties Ming et Qing que Pékin est devenue la ville capitale de la Chine, et que la couleur jaune est devenue celle de l’empereur. Pour quiconque ne faisait pas partie de la famille impériale, porter un vêtement jaune était considéré comme un acte de provocation et de trahison, qui pouvait coûter la vie.

Les robes jaunes portant un dragon à cinq griffes étaient strictement réservées à l’empereur, à l’impératrice et aux premières concubines.

Ce sont les Mandchous qui, renonçant à la robe chinoise aux larges manches, imposèrent à la Cour et aux fonctionnaires chinois la fameuse « robe dragon » : une robe plus près du corps, ouverte sur les côtés, avec des manches en « fer à cheval ». Cette coupe rappelle l’origine nomade des Mandchous, leur amour pour le cheval et la liberté de mouvement que cette tradition nomade impliquait.

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Plus d’informations sur les robes impériales en Chine ici et sur la « robe dragon » ici.

Ci-dessous un bol impérial à décor floral, en porcelaine, destiné à la consommation de thé. Il date du règne de Kangxi (1662-1722). Il fait 5,6 cm de hauteur et 11,3 cm de diamètre.

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Lumière provençale 

Pierre Boncompain, né en 1938, est un artiste contemporain du Sud de la France, ce qu’on peut deviner en admirant ses peintures gorgées de lumière et d’indolence. Il expose dorénavant un peu partout dans le monde, jusqu’au Japon et aux Etats-Unis.

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Pour visiter son site officiel, ça se passe ici !

Pierre Boncompain aime particulièrement le jaune et le bleu. Il utilise énormément le pastel et c’est d’ailleurs un client fidèle de la Maison artisanale du Pastel nichée au cœur de Paris. Ce lieu passionnant et plein d’amour pour la couleur peut se visiter une fois par semaine, sur réservation.

Comme vous pouvez le constater sur la photo de droite, les bâtons de pastel, une fois fabriqués, sont déposés dans du coton. Je me souviens avoir été marquée par ce détail, qui m’avait véritablement donné l’impression que les fabricantes (deux jeunes femmes) apportaient autant de soin à leurs pastels qu’à des oisillons. Pour en savoir plus sur la maison du Pastel, ça se passe ici.

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