Tsiganes, les fils du vent

les roulottes van gogh 1888

Les Caravanes, Vincent Van Gogh 

Dans 2 jours, le second tour des élections présidentielles aura lieu, avec Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Lequel de ces deux guignols va l’emporter, le suspens est à son comble. Il paraît que le débat de mercredi soir a été bien piteux. Heureusement que je n’ai pas la télévision.

Face à ce spectacle médiatico-politique vidé de sens, je préfère m’envoler pour des contrées plus stimulantes, en l’occurrence l’univers des Tsiganes. Quoi de mieux, en effet, pour éviter l’embourbement des idées et prendre un peu de hauteur, que de s’embarquer pour un voyage avec ces fils du vent ?

Ces derniers jours, mon programme a donc été le suivant :

  • revoir le film Gadjo Dilo de Tony Gatlif
  • lire le très bel ouvrage Tsiganes et Gitans : textes de Jean-Paul Clébert et photographies de Hans Silvester
  • acheter une place pour le cirque Romanès

Constat frappant : les Tsiganes font partie de ces minorités ethniques que personne n’aime (on les méprise jusqu’en Roumanie). Cette haine est généralisée. J’ai d’ailleurs entendu de mes propres oreilles des individus qui, se disant humanistes, avouaient sans vergogne qu’ils ne pouvaient pas les blairer. Intrigant !

*

Il est où, le problème ?

Le Tsigane vole, le Tsigane n’a pas de boulot régulier, le Tsigane n’alimente pas la machine consumériste de notre société. Il profite du système et il a un tempérament fier. Il n’en faut pas plus pour percevoir les Tsiganes comme une incarnation du diable.

Un esprit honnête avouera cependant que ce qui le chagrine le plus chez le Rom, c’est son insouciance et sa liberté. Le sédentaire est envieux : il amasse moultes possessions, se persuade comme il le peut que son argent et ses efforts le rendent heureux, et n’apprécie pas franchement qu’un vagabond un peu pouilleux, avec une étincelle d’or et de malice dans les yeux, vivant au jour le jour, remette en question ses précieuses certitudes sur les vertus de la propriété privée en fouillant de temps en temps dans sa poubelle.

Je suppose que mon enfance en Ardèche, sans eau courante ni électricité, avec des parents quelque peu marginaux et sans argent, explique ma vision différente des Roms. Je me souviens par exemple avec bonheur de grands trajets à sac à dos (et en auto-stop) pour rejoindre la ville et faire nos courses. D’un jardin sans clôture, avec la vallée de Thines et le paysage montagneux en guise d’immense terrain de jeu. D’un père qui m’expliqua que la rivière qui faisait notre joie n’appartenait à personne et qu’ainsi, la traversée de notre terrain par de purs inconnus descendant ou remontant cette rivière était parfaitement légale. D’une clocharde qui remontait cette même rivière, parfois, et avec laquelle mon père échangeait toujours quelques mots aimables. Un jour, souhaitant décrire le plaisir simple d’une promenade estivale, je résumais spontanément, comme une évidence : la Terre est un grand jardin. Vive les mauvaises herbes !

Ce qui me perturbe : l’entêtement de certaines personnes, en théorie pétries de bonnes intentions, à vouloir sédentariser les Roms, à les faire vivre en appartement par exemple, ce qui reviendrait, très concrètement, à demander à un sédentaire de foutre le feu à son pavillon… !

La notion de frontières et de propriété est particulièrement abstraite chez les Tsiganes. Pour moi, leur existence ressemble à un message et plus précisément à une ode à la liberté (de pensée et d’action) : on peut la jeter à terre et la fouler aux pieds, on peut aussi s’en délecter, s’en inspirer, la respecter.

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Gadjo Dilo, de Tony Gatlif

Ce film, sorti en 1997, m’avait beaucoup plu. J’avais acheté la bande musicale du film dans la foulée, et plus tard le DVD. Je l’ai re-visionné avant-hier soir. Quelle hymne à la liberté ! Acteurs principaux : Romain Duris et Rona Hartner, magnifiques.

Tony Gatlif est un réalisateur français, né d’un père kabyle et d’une mère gitane. Gadjo Dilo est le troisième volet d’une trilogie (Les Princes en 1983, Latcho Drom en 1993).

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S’il ne fallait retenir qu’un élément de ce film, ce serait bien sûr la musique sublime ! On peut en écouter certains extraits en surfant sur les liens suivants :

  • la bande-annonce du film (mauvaise qualité de l’image) : ici
  • un extrait musical particulièrement poignant, avec une voix a cappela : ici
  • j’aime aussi beaucoup le morceau intitulé Disparaîtra : ici
  • un dernier morceau, très sensuel : ici

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Tsiganes et Gitans, de Jean-Paul Clébert (textes) et Hans Silvester (photographies)

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Jean-Paul Clébert connaissait les marginaux et n’en avait pas peur. Il a voyagé en Asie et a vécu avec des clochards parisiens. Ce n’est qu’en écoutant des hommes comme Clébert qu’on peut remettre sérieusement en question ses préjugés sur les gens du voyage. Un bon petit coup de pied dans la fourmilière, ça fait parfois du bien…

Le livre Tsiganes et Gitans (qui date des années 70, mais dont les textes sont été actualisés récemment pour une nouvelle édition) est magnifique. Clébert nous y parle des traditions des Tsiganes (cérémonies, musique, religion, travaux saisonniers, tradition orale…) et de leurs talents multiples : ferronnerie, vannerie, chevaux, chiromancie, danse, chant, musique…

Quant à Hans Silvester, grand photographe, il a multiplié les voyages et les sujets (la Camargue, les chats, la vallée de l’Omo en Afrique…). Les nombreuses et très belles photos qu’il a confiées aux éditions de la Martinière pour le livre Tsiganes et Gitans sont issues de 20 ans de travail au sein des communautés tsiganes.

Ci-dessous, deux photos de Hans Silvester : on y voit des gens du voyage dans les environs de Saintes-Maries-de-la-mer, en Camargue (grand lieu de pèlerinage pour les Tsiganes).

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FRANCE, SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

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Pour aller plus loin :

  • une intervention de Clair Michalon, intitulée Roms, derniers porteurs de notre culture d’origineici
  • la FNASAT (Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage) a un site officiel : ici
  • pour mieux comprendre les gens du voyage, un livret : ici
  • le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-mer est une grande manifestation religieuse qui réunit chaque année, en mai, en Camargue, de nombreux Tsiganes. Quelques informations ici.

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Quand Tintin tombe sous le charme de la musique tsigane dans Les Bijoux de la Castafiore :

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