Musée imaginaire : le martin-pêcheur

hu-yongkai

(femme et martin-pêcheur ; peinture de Hu Yongkai, artiste chinois du XXe siècle inspiré par la grâce féminine et les ravissants animaux que sont les chats et les oiseaux…)

[10e volet de mon musée imaginaire : le martin-pêcheur]

Pourquoi le martin-pêcheur ? Parce que cette petite merveille des rivières, qui sait se faire très discrète mais qui subjugue le promeneur croisant l’éclair bleu azur de son vol rapide, me fait littéralement rêver… et que les artistes chinois ont su dépeindre sa beauté avec une délicatesse et une poésie folles !

L’ornithologue Marc Duquet classe sans hésitation le martin-pêcheur d’Europe dans la catégorie des oiseaux les plus spectaculaires de France (Les plus beaux oiseaux de France, éditions Delachaux et Niestlé, 2015). Il faut dire qu’à l’instar du rollier d’Europe et du guêpier d’Europe, son plumage très coloré nous emporte, par l’imagination, sous d’autres latitudes. En l’occurrence, les scientifiques s’accordent à dire que la tribu des martins (martins-pêcheurs et martins-chasseurs, rassemblant ainsi 92 espèces) a pour origine un lieu très exotique et foisonnant : la grande jungle humide de Malaisie.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la distribution géographique de cet oiseau ne se limite pas aux frontières de l’Europe : il vit aussi en Asie, en Russie, en Australie…

Cet oiseau sublime a beau fuir la compagnie des hommes, on peut le rencontrer si on est patient et très respectueux. Les peintres chinois ont ainsi pu l’observer, l’admirer, et ensuite lui offrir la place qu’il mérite dans l’univers fabuleux et illimité de l’art animalier.

D’une façon générale, les peintres chinois aiment à représenter de très nombreux oiseaux dans leurs œuvres, parmi lesquels les oiseaux qui fréquentent le bord de l’eau : héron, aigrette, canard mandarin… Le martin-pêcheur n’y a évidemment pas échappé 🙂

Ci-dessous, voici une petite dizaine d’exemples (choix totalement subjectif). Je vous mets au défi de rester de marbre devant tant de beauté ; attention les yeux 🙂

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Zhao Shao Ang

Zhao Shao Ang (1905-1998) est l’un des plus célèbres peintres de l’école de Ling Nan. Ci-dessous, deux de ses représentations de martin-pêcheur. Cet oiseau est connu pour vivre de façon solitaire. Deux exceptions qui confirment la règle : le couple de martins-pêcheurs (mais le mâle et la femelle se séparent peu de temps après la naissance des petits) et la fratrie des jeunes martins-pêcheurs (qui se disperseront très rapidement, pour chacun trouver un territoire à défendre).

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Qi Baishi

Raconter le monde en 2-3 coups de pinceaux… Qi Baishi (1864-1957) fait partie des peintres du XXe siècle les plus célèbres (et les mieux cotés) de Chine. D’un milieu modeste et campagnard, il a toujours observé les animaux, même les plus petits, comme la cigale. Ci-dessous, un martin-pêcheur qui lorgne sur une libellule (le martin-pêcheur ne mange pas que des poissons, il consomme aussi des insectes). Je n’ai malheureusement pas pu trouver sur internet la reproduction d’une des plus sublimes (selon moi) représentations du martin-pêcheur par Qi Baishi, mais on la trouve dans le très beau livre Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages (éditions Picquier, 2015) : Lotus et martin-pêcheur (peint en 1921).

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Wang Xuetao

Wang Xuetao (1903-1982) a également peint de nombreux martins-pêcheurs. J’imagine que quand on commence, on ne peut plus s’arrêter !! J’aime énormément cette peinture et en particulier, bien sûr, la représentation presque humoristique, en tous les cas très affectueuse, de l’animal. En outre, on est vraiment là au plus près du quotidien de l’oiseau bleu : l’artiste semble avoir élu domicile parmi le feuillage, dormi dans les fourrés, pour observer le martin-pêcheur par en dessous. Les Chinois sont vraiment des amoureux de la nature…

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Li Kuchan

Li Kuchan (1899-1983) a étudié avec Qi Baishi (voir un peu plus haut), qui le considérait comme son meilleur élève. Il est connu pour sa représentation d’oiseaux de proie. Ci-dessous, Li Kuchan nous offre le plaisir d’admirer un martin-pêcheur au cœur de son élément, parmi la végétation des bords de l’eau, surplombant son territoire (qui est en général de quelques kilomètres de long).

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Tang Yun

Tang Yun (1910-1993) a également beaucoup représenté le martin-pêcheur : certains sur rouleau, mais aussi parfois sur éventail. Celui-ci fait environ 18 cm x 55 cm. Vous aurez pu le constater tout au long de cet article : dans l’imaginaire chinois, le martin-pêcheur est quasiment indissociable du lotus. Je donnerais beaucoup pour pouvoir m’exhiber avec un pareil éventail 🙂

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Et ci-dessous, une ravissante oeuvre de 1949 (53 cm x 105 cm) :

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J’espère avoir su vous faire partager mon admiration pour ces éloges à la nature et au kingfisher.

Pour aller plus loin :

  • pour avoir une idée beaucoup plus large des nombreuses œuvres de tous ces artistes formidables, il suffit de taper leur nom sur le site MutualArt
  • un spot pour l’observation des martins-pêcheurs d’Europe conseillé par la Salamandre (revue suisse qui fait le bonheur des curieux de nature) : le centre nature de La Sauge, près de Cudrefin, en Suisse. Bon, je crois que dès que j’ai 3-4 jours, je prépare mon sac ! 🙂
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