Cocon précieux

124

(cocon précieux de Hubert Duprat : quand la frontière entre construction animale et réalisation artistique humaine devient floue, très floue !)

Au début des années 80, l’artiste Hubert Duprat a une idée géniale : solliciter les talents d’architecte de la phrygane (petit insecte qui vit à l’état de larve et se fabrique un abri avant sa métamorphose) pour lui faire fabriquer des fourreaux précieux : en or, pierres précieuses et perles. Tout un concept !

A l’âge adulte, la phrygane (ou trichoptère) ressemble à une mite ou à un petit papillon très discret (voir photo plus bas). Mais avant sa métamorphose, il s’agit d’une larve aquatique, qu’on rencontre dans les ruisseaux et les rivières non pollués. Pour se protéger des prédateurs qu’elle croise dans l’eau, la larve de la phrygane se fabrique un fourreau avec les débris qu’elle accumule dans son environnement : micro-cailloux, brindilles, débris de bois, etc. C’est également dans cet étui solide, à l’abri, qu’elle va réaliser sa métamorphose. Ci-dessous, des fourreaux de phrygane (dont un encore habité), et une phrygane à l’âge adulte :

128129

*

Voici comment Hubert Duprat décide de mettre le talent des phryganes au service de l’art, de la beauté et de l’étrange : ils les installe dans un aquarium où, à défaut de pouvoir constituer leur abri avec des débris végétaux et autres petits cailloux, les phryganes ont à leur disposition des paillettes d’or, des perles ainsi que des pierres précieuses et fines : diamants, émeraudes, rubis, saphirs, turquoises, opales, lapis-lazuli.

Et voilà le joli résultat, poétique et merveilleux !

123120

*

A la base de cette expérience très spéciale, à mi-chemin entre sciences naturelles et joaillerie, Hubert Duprat s’est inspiré des travaux de l’entomologiste Jean-Henri Fabre (1823-1915). Le célèbre scientifique et écrivain parlait ainsi de la phrygane dans ses Souvenirs entomologiques :

Parmi les insectes qui s’habillent, bien peu la dépassent en ingéniosité d’accoutrement. Les eaux de mon voisinage m’en livrent cinq ou six espèces, ayant chacune son art spécial. Une seule aura pour aujourd’hui les honneurs de l’histoire. Elle me vient des eaux dormantes, à fond boueux, encombrées de menus roseaux. Autant qu’on peut en juger d’après la demeure seule, ce serait, disent les maîtres spécialistes, le Limnophilus flavicornis. Son ouvrage a valu à toute la corporation le joli nom de Phrygane, terme grec signifiant morceau de bois, bûchette. De façon non moins expressive, le paysan provençal la nomme lou porto-fais, lou porto-canèu. C’est la bestiole des eaux dormantes portant un fagot en menus chaumes, débris du roseau.

Son fourreau, maison ambulante, est œuvre composite et barbare, amoncellement cyclopéen où l’art cède la place à l’informe robusticité. Les matériaux en sont très variés, à tel point qu’on s’imaginerait avoir sous les yeux le travail de constructeurs dissemblables, si de fréquentes transitions n’avertissaient du contraire.

*

En 1983, Hubert Duprat (photo ci-dessous) dépose un brevet pour protéger son innovation.

126

*

Ci-dessous, une illustration de la phrygate (à l’état de larve en bas, puis à l’âge adulte à la surface de l’eau) par Annika Bernhard, pour Freshwater Pond Coloring Book (2000), un ouvrage à destination des enfants sur les habitants des eaux douces :

bernhard-annika-publication-2000

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s