Rêve de neige

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J’adore les personnages de l’artiste Katya Guseva. Cette réalisation magnifique nous raconte la magie de l’hiver, la poésie des saisons. Quel plaisir de découvrir, un matin, son paysage familier soudainement recouvert de neige  🙂

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(ci-dessus, illustration de Renata Liwska)

Pour Noël, j’ai passé quelques jours très sympathiques en Vendée, avec la famille. Convivialité, cadeaux, repos, lecture, assiettes végétariennes, observation de la nature et des animaux, promenades… J’apprécie de plus en plus les balades sur la plage. J’ai tout de même été frappée par le nombre hallucinant de cochonneries en plastique rapportées par la mer, traînant lamentablement dans le sable, et que les animaux marins avaleront peut-être par mégarde à la prochaine marée  😦 Dorénavant, je ramasserai ce que je peux à l’aide d’un sac. Et je me suis fait la réflexion, très pragmatique, que si tout le monde s’y mettait, y’aurait des résultats  🙂

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Nous sommes le 29 décembre. Cette année, je ne sortirai pas pour « fêter » le Nouvel An : je préfère le passer at home, au chaud, avec un ou plusieurs bouquins. Une soupe et au lit, ou presque  🙂 Et surtout, j’attends le 1er janvier avec impatience : c’est traditionnellement le jour où je sors tous mes carnets, notes, agenda, pour faire un bon gros point sur l’année qui vient de se terminer, tout ça en restant bien sûr planquée sous la couette  🙂  Je ne repointerai le bout de mon nez que le 2 janvier.

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François Cheng, merci

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François Cheng, de tout mon cœur, merci.

Merci pour vos essais sur l’esthétique chinoise. Je découvre vos très beaux bouquins depuis quelques semaines, grâce au vaste réseau des bibliothèques parisiennes.

Pour être plus exacte, ma maman m’a offert Shitao, la saveur du monde (éditions Phébus) à mon 16e ou 17e anniversaire. Je découvrais ainsi votre précieux travail sans me poser la moindre question sur l’auteur du texte, vous, et donc sans rien savoir de votre histoire, de votre parcours, de vos préoccupations. J’étais bien jeune ! Mais c’est ce qui fait, aussi, je crois, l’intelligence de vos ouvrages : vous vous effaceriez presque pour mieux mettre en valeur les artistes que vous vénérez.

Et puis voilà ; je reviens vers vos livres en 2016, suite à un intérêt soudain et enflammé pour les monts Huang, spectaculaire royaume de montagnes et de brumes en Chine, chanté depuis des siècles par les poètes et les peintres du pays.

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Depuis quelques soirs, je plonge et plonge encore, avec un bonheur total, entre les pages de D’où jaillit le chant et de Toute beauté est singulière : je plonge avec l’oiseau, je batifole avec le papillon, je file avec la libellule… Je remonte la montagne, passe sous la cascade, me cache sous un saule, furète parmi les roseaux, tombe nez à nez avec le reflet de la lune… Je rencontre un artiste qui peint avec ses cheveux, un autre avec ses doigts ; un troisième qui a fait vœu de silence, un quatrième qu’on a jeté en prison pour outrage au gouvernement ;  sans parler de celui qui ne peint que des animaux fâchés (oui, fâchés, et franchement, c’est réjouissant !) ou de cet autre qui s’obstine à ne peindre que des oies sauvages… Je vais de surprise en surprise, je jubile, je plane, je m’extasie…

Votre regard, vos choix, votre sensibilité accrue, transforment ce qui pourrait être de simples très beaux livres en véritables objets spirituels précieux.

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Ci-dessous, piochés dans vos ouvrages où vous les commentez si délicatement et si richement, voici quelques exemples de peintures de paysage (shanshui) :

Ici, un rouleau de Tang Yin, intitulé Dans ma cabane, rêvant d’immortalité, où l’on voit un lettré endormi à sa fenêtre qui, dans un songe débridé, plane au dessus des nuages.

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Ci-dessous, une magnifique peinture de Shitao : Dernière randonnée. Je la trouve très émouvante…

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Quand le soleil perce la brume, cela donne Lumière sur un village de pêcheurs, peinture de Muqi :

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Ici, une peinture de Ma Yan intitulée Dialogue avec le vent, où l’on observe, en même temps que le lettré, un couple d’oiseaux jouer dans les airs.

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Et maintenant, picorés également dans vos livres, quelques exemples de peinture de fleurs et oiseaux (hua niao), une thématique chinoise qui ouvre en réalité la porte à tous les animaux, et à tous les végétaux.

Ce petit oiseau joufflu de Lin Chun n’est-il pas merveilleux (Fin d’été) ?

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Ci-dessous, Chen Chun a ici représenté une branche de grenadier généreusement alourdie par ses fruits (Bientôt mûres à point) :

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Quel bijou que cette peinture de Ju Lian, représentant un insecte en promenade (Branche fleurie d’hibiscus)…

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Et pour finir, voici deux oies sauvages de Bian Shoumin, au cœur de leur univers familier : la rive, la végétation des bords de l’eau.

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Monsieur Cheng, j’imagine que vous êtes au courant : votre livre intitulé L’Espace du rêve, mille ans de peinture chinoise est devenu totalement inaccessible financièrement, sur internet comme dans les librairies d’occasion (plus de 100 euros, souvent 200 euros). Heureusement, la réserve centrale des bibliothèques de Paris est là pour mettre, à la disposition des lecteurs les plus acharnés, les bouquins qui font référence.

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Mes autres lectures du moment sur la Chine (en termes de bouquins, les infidélités n’ont que du bon) :

Grammaire de l’objet chinois (éditions de l’Amateur) : sur les flacons à tabac, les cages à oiseaux, le jade, la culture des cerfs-volants ou encore le bestiaire chinois…
La beauté autrement, introduction à l’esthétique chinoise (éditions You-Feng) : où l’on apprend pourquoi les peintures chinoises sont accompagnées de calligraphies, comment la monochromie est devenue une règle d’or en Chine, ou encore ce qu’est le « point de mousse »…

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Un autre livre de vous, François Cheng, auquel je n’échapperai pas, plus petit et plus léger cette fois, et donc parfait pour les transports en commun :

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L’Asie a tellement de choses à nous apprendre et à nous offrir !

Peinture de montagne et d’eau : peinture shanshui

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Promenade d’automne en montagne, Zhang Daqian

En Chine, la peinture de paysage est un genre majeur. Tandis qu’en Europe, elle apparaît au XVe siècle, les Chinois accordaient déjà une place capitale au paysage depuis plusieurs siècles. En outre, cette culture du paysage n’a jamais disparu, même pendant la période maoïste. La peinture de paysage est placée au sommet de la hiérarchie artistique en Chine.

Dans ces peintures, qui célèbrent la majesté et la grandeur d’une nature à l’état brut, l’être humain est représenté à l’échelle qu’il devrait tout naturellement occuper sur terre : minuscule silhouette humaine (voir ci-dessus et plus bas), cabane perdue dans les montagnes, barque discrète au fil de l’eau…

Dans l’empire du Milieu, la peinture de paysage est appelée « peinture shanshui », ce qui signifie « peinture de montagne et eau ». En effet, les montagnes (yang) et l’eau (yin) sont deux thèmes essentiels de l’inspiration chinoise, et qui permettent d’infinies combinaisons. Par « eau », il faut entendre, bien sûr, l’eau sous toutes ses formes : cascades, rivières, lacs, fleuves, brumes et brouillards, nuages, pluie, mer…

Dans la peinture shanshui, l’artiste ne cherche pas à reproduire un paysage existant. La peinture exécutée n’est pas issue de l’apparence directe de la nature, il s’agit plutôt d’une interprétation : l’artiste choisit des éléments qu’il a pu admirer lors de ses promenades puis les réunit selon l’inspiration et ainsi, il recompose un paysage.

Wang Wei (699-759 ou 701-761), également poète et musicien, est considéré comme l’ancêtre de la peinture shanshui. Il est une référence pour les lettrés chinois. Toutefois, aucune peinture ne peut lui être attribuée de façon catégorique.

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Voici quelques exemples de peinture shanshui (du XIIe siècle à nos jours)

Ci-dessous, une peinture de Zhao Ji (1082-1135) et une peinture de Wu Zhan (1280-1354) :

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Voici une émouvante peinture de Shen Zhou (1427-1509), intitulée Le Poète, où l’on voit une mer de nuages déambuler parmi les montagnes :

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Voici une peinture de Tang Yin (1470-1524). Là encore, la présence humaine est toute relative :

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Ici, une peinture pleine de douceur de Wang Hui (1632-1717), mettant en scène un bateau et une rivière où se penchent des pêchers en fleurs, sous la pluie :

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Et ci-dessous, voici deux peintures de Huang Junbi (1898-1991) sur lesquelles la cascade (et la cabane de l’ermite) est mise à l’honneur :

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Partir à la découverte de l’art chinois !

J’ai découvert un site génial : China Online Museum, qui répertorie les chefs-d’œuvre et les maîtres de l’art chinois (peinture, calligraphie, céramique…). L’une de leur page permet par exemple de faire connaissance avec les maîtres de la peinture chinoise. Ce site, très bien pensé, vaut vraiment le détour  🙂

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Zhang Daqian, grand peintre chinois du XXe siècle

Zhang Daqian (1899-1983), célèbre peintre chinois du XXe siècle, est internationalement reconnu. Si ses premières œuvres sont entièrement nourries de tradition chinoise, son travail a ensuite évolué pour combiner peinture traditionnelle chinoise et inspiration occidentale (il a par exemple rencontré Picasso). En mai 2011, son tableau Lotus and Madarin Ducks fut adjugé au prix record de 191 millions de dollars de Hong-Kong (19 millions d’euros). Un article parmi d’autres à ce sujet : ici. Je suis complètement fan de ses peintures et j’adore l’audace avec laquelle il utilise les couleurs.

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Pour se plonger avec ivresse dans l’univers de Zhang Daqian, rien de tel que de se rendre sur le site officiel de Sotheby’s et de taper le nom de l’artiste dans le moteur de recherche (en haut à droite). Calligraphies, paysages, peintures de lotus et peintures d’oiseaux, un véritable délice pour les yeux… Zhang Daqian a également peint quelques éventails, comme celui-ci ou celui-là !

Ci-dessous, un sympathique cliché de Zhang Daqian en promenade.

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Les monts Huang (Huangshan)

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Le site enchanteur des monts Huang est un des symboles de la Chine, mais aussi de l’histoire de l’art chinois. En effet, il a énormément inspiré les artistes (dont Zhang Daqian, évoqué ci-dessus) : peinture, poésie, calligraphie.

Les monts Huang sont réputés pour leurs paysages splendides : pics granitiques, pins noueux et brumes spectaculaires. Classé au patrimoine de l’Unesco, ce site grandiose présente une grande richesse botanique et abrite de nombreux animaux, dont la panthère Neofelis nebulosa.

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Quand le photographe Marc Riboud découvre les monts Huang…

A l’instar de nombreux bourlingueurs, Marc Riboud, célèbre artiste et reporter-photo (on connaît tous certaines de ses photographies) (mort en août 2016 à l’âge de 93 ans), est allé découvrir les monts Huang et en saisir toute la beauté.

Voici ce qu’il écrira à propos des monts Huang :

Tout Chinois qui parvient au Huang Shan éprouve l’étrange sensation de retrouver « son lieu et son milieu », de « toucher au but ». Pour peu qu’il s’y attarde toutefois, il fait l’expérience d’un amour passionnel qui le dépasse, il éprouve la présence d’un être combien réel et pourtant désespérément inaccessible, à la fois comblé de beautés palpables et chargé d’indicibles mystères, tour à tour attirant et fuyant, révélant et cachant… Rien d’étonnant à ce que, de tout temps, poètes et peintres le comparent à une ensorcelante figure féminine qui hante et féconde leur imagination.

Son travail en noir & blanc donne un résultat envoûtant :

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J’en profite pour publier ici ce qu’il a très joliment écrit sur le lien qui unie les Chinois aux brumes et aux nuages, décrivant ainsi une relation sensuelle tout à fait réjouissante :

Faute de mots, là aussi, pour les décrire, nous nous contentons de souligner, une fois encore, les sentiments profonds que nourrissent les Chinois pour les brumes et les nuages. Matière insaisissable et évanescente entre toutes, ceux-ci leur apparaissent pourtant comme des substances charnelles. Dès lors, ils entretiennent avec eux des rapports quasiment « sensuels ». Les poètes ne parlent-ils pas de « dormir au sein des brumes et nuages » ou de « caresser brumes et nuages » ? Et les adeptes du taoïsme conseillent, eux, de se « nourrir de brumes et nuages ».

Un vrai bonheur que de préparer cet article ! J’espère que le plaisir fut partagé par ceux qui m’ont lue jusqu’au bout  🙂