Musée imaginaire ~ le brouillard

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Les monts Huang, en Chine, souvent plongés dans une mer de brume, sont inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco. Depuis des siècles, ils inspirent les poètes, les peintres et les photographes…

[9e volet de mon musée imaginaire : le brouillard]

Octobre, novembre, décembre… des mots un peu tristounets pour parler de périodes de l’année, en comparaison aux jolies évocations que nous a proposé le calendrier révolutionnaire français (ou calendrier républicain français) de 1792 à 1806. Ainsi, le joli mois de Brumaire correspondait à la période du 22 octobre au 20 novembre (c’est maintenant !) : la période « des brumes et des brouillards ». Et là, tout est dit avec poésie  🙂

Disserter sur le brouillard et la brume semble presque sacrilège : on aimerait leur faire honneur avec un silence plein d’humilité, plutôt qu’avec des mots… Et pourtant, il y a vraiment de quoi faire l’éloge de ce phénomène météorologique qui touche au rêve, au mystère, à la magie et aux peurs archaïques.

Certains artistes ne s’y sont pas trompés, qui ont littéralement sublimé cette surprise, ce trésor de la nature !

Moi-même, simple petite créature contemplative, je me souviens de toutes mes expériences de brouillard et de brume (principalement en montagne) avec un vrai bonheur. Que de sensualité et de joie…

Mais revenons à nos artistes !

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Le Hérisson dans le brouillard, Youri Norstein

Avez-vous déjà entendu parler de Youri Norstein ? Ce réalisateur russe est principalement connu pour son court-métrage d’animation Le Hérisson dans le brouillard (1975). Ce petit conte plein de poésie, qui flirte vaguement avec le fantastique, nous raconte les rencontres (personnages bienveillants ou effrayants) d’un hérisson qui s’est égaré dans le brouillard. Ce chef-d’œuvre de 10 minutes est entièrement disponible ici ! L’atout charme de Youri Norstein : il travaille de façon complètement artisanale (chacune de ses créations lui demande plusieurs années) avec sa femme, et filme réellement l’eau, le brouillard…

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Brume du matin et brume du soir

Voici un poème du chinois Wang Wei (701-761) qui nous transporte en quelques mots dans un cadre délicieusement bucolique et vaporeux :

dans les saules verdoyants
traîne encore
la brume légère du matin…

Je me suis moi-même amusée à écrire un haïku sur la brume, il y a quelques années, tombée sous le charme d’un jardin normand en automne :

soirée automnale
quelques fleurs de brume
sur le pré humide

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Jupiter et Io, par Le Corrège

Dans la mythologie grecque, Zeus (Jupiter) collectionne les maîtresses. Il tombe un jour amoureux de Io, jolie mortelle. Pour éviter les crises de jalousie de sa femme Héra, il lui rend visite discrètement, en prenant l’apparence d’un nuage. C’est ce que nous décrit ce magnifique tableau de Le Corrège (réalisation : 1532-1533) où l’on aperçoit, dans la masse dodue du nuage, le visage de Zeus se presser amoureusement contre celui de Io, et bien sûr, sa grosse patte moelleuse se glisser sous le bras de l’amante ouverte aux caresses.

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France Culture a consacré une émission à ce chef-d’œuvre, que vous pouvez découvrir ici (durée 1 heure). Je l’écouterai demain.

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Le Brouillard de Maurice Carême

Maurice Carême a connu une enfance modeste et heureuse à la campagne, qui inspirera largement son œuvre. Il serait réducteur de parler de poésie enfantine pour définir ses textes. Ce brave homme a eu l’intelligence de revenir à une poésie pleine de fraîcheur et bien lui en a pris  🙂 Voici son poème intitulé Le Brouillard :

Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton ;
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison.

Plus de fleurs au jardin,
Plus d’arbres dans l’allée ;
La serre des voisins
Semble s’être envolée.

Et je ne sais vraiment
Où peut s’être posé
Le moineau que j’entends
Si tristement crier.

*

Le Brouillard d’Alfred Sisley

En général, la peinture impressionniste m’ennuie fermement (exception faite des paysages neigeux). Mais ce tableau très atmosphérique d’Alfred Sisley (1839-1899) me chamboule. On peut l’admirer au musée d’Orsay. Il date de 1874. Dimensions : 50 x 65 cm.

Le brouillard, doux et silencieux, est ici le personnage principal. La femme accroupie, qui semble cueillir des fleurs ou des herbes, n’est qu’une silhouette qui anime discrètement le jardin. Pour ce tableau, l’artiste aurait été inspiré par le village de Voisins, où il s’est installé en 1871. Le critique d’art Gustave Geffroy a écrit à propos de Sisley : « il a vécu de la vie désintéressée et profonde du paysagiste amoureux de nature, éloigné de la vie sociale ».

alfred-sisley

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Port de Constantinople, par Ivan Aïvasovski

Je suis littéralement fascinée par certains tableaux d’Aïvazovski. Ce peintre russe résolument romantique, admiré par Delacroix et Turner, a principalement réalisé des marines. Il est devenu peintre de l’état-major de la Marine russe en 1845. Celle-ci lui a permis de faire de nombreux voyages et de découvrir la Grèce, la Turquie, l’Egypte… Sur ce tableau de 1884, une mosquée et un port émergent langoureusement de la brume matinale. Sans mièvrerie aucune, l’artiste nous invite au rêve, à l’émerveillement. Aïvazovski excellait a représenter les milles nuances de l’eau…

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Pins dans la brume

J’ai déjà écrit 2-3 mots sur ce paravent il y a quelques mois. C’est en feuilletant Soleil rouge (un très beau livre sur la peinture japonaise, aux éditions Phébus) que j’ai découvert ces fantomatiques et vénérables Pins dans la brume, peints par Hasegawa Tôhaku (1539-1610). On aurait presque envie d’aller se perdre dans les bois…

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Automne de Guillaume Apollinaire

Je terminerai cet article, décidément de saison, avec un poème d’Apollinaire sobrement intitulé Automne. Tendre et mélancolique, cet texte associe symboliquement l’automne à la fin d’une histoire d’amour. Émouvants également, ce double portrait du paysan et de son bœuf, et ce paysage humble dépeint avec affection…

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

*

Qu’il pleuve ou qu’il vente, bonne soirée à tous  🙂

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