Musée imaginaire ~ le lit !

fragonard

Le Verrou, Fragonard, réalisé vers 1774-1778

[8e volet de mon musée imaginaire : le lit]

Des nuits envoûtantes de Yasunari Kawabata (Les Belles endormies)  aux chambres mortuaires de Munch (le peintre norvégien était malheureusement obsédé par la maladie et la mort), en passant par les chambres d’hôtel mélancoliques de la photographe Nan Goldin ou par les scènes polissonnes de Fragonard (en voici une très soft ci-dessus), le lit est un meuble aux multiples fonctions qui nous raconte tout simplement la vie. Il fait partie des meubles-stars de nos existences et de l’histoire de l’Art. Voici quelques-unes de mes œuvres préférées se rapportant au lit.

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Un lieu de vie

Je n’ai jamais perçu le lit comme étant purement dédié au sommeil. Au contraire, j’ai toujours aimé le transformer en bulle d’oxygène, cocon douillet, et finalement en véritable lieu de vie. Été comme hiver, j’adore passer du temps sous les draps ou sous la couette, à côté d’une table de chevet chargée de tout un tas d’affaires qui finissent inexorablement, en quelques heures, par envahir tout le lit…

Cette très belle photo de Willy Ronis a été prise en Provence, dans sa maison de Gordes (vers 1949). On y voit sa femme se prélasser au lit en compagnie d’un de leurs chats. La vie, la vraie, quoi  🙂

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Rêverie créatrice

Quoi de plus délicieux que de rester lovée sous les couvertures avec un bon bouquin, de quoi grignoter, de quoi écrire ? Jean D’Ormesson a écrit une très belle phrase : « Il faut rester dans sa chambre et cultiver son jardin. C’est là que poussent les fleurs de l’imagination ». J’adhère à 100% !

Voici un petit bijou de Félix Vallotton : La Paresse. A partir de 1890, l’artiste travaille effectivement la xylographie (gravure sur planche de bois). Certains voient dans cette scène de l’ennui et du désœuvrement. J’avoue que j’aurais plutôt parlé de langueur et de détente, mais c’est très personnel  🙂

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Sortir de son lit, la douloureuse affaire

J’ai découvert un texte léger, savoureux  et plein d’humour de Anthony Burgess, sur le thème du lit. En voici un extrait :

S’éveiller est une chose. Sortir du lit en est une autre. La torture n’est pas d’ouvrir un œil (bien qu’il soit surprenant de constater à quel point l’œil, une fois fermé, tend à le rester) mais bien de se colleter au monde à nouveau. Dans l’ancien temps, quand les chambres n’étaient pas encore chauffées, quitter son lit l’hiver, c’était affronter un froid épouvantable. On n’est jamais plus au chaud qu’au lit, et cette chaleur émane entièrement de nous. Certes on peut toujours la renforcer artificiellement à l’aide d’une bouillotte ou d’une bassinoire mais elle reste en fin de compte autogénérée, ce qui  est un exploit manifeste auquel on ne peut renoncer à la légère. Répugner à se lever, c’est peut-être un rappel de la tiédeur parfaite du sein maternel ; le froid de l’extérieur n’est pas qu’une simple question de température : c’est aussi la dureté de fer d’un monde cruel, hostile à la nudité frissonnante de l’âme autant que du corps. Allongé, les membres détendus, c’est là qu’on s’accommode au mieux de la gravité. Se lever, c’est hisser péniblement sa carcasse pour lutter contre elle. « Ne jamais faire debout ce qu’on peut faire assis », dit le vieux dicton du soldat. Et ne jamais faire assis ce qu’on peut faire couché. Car on peut faire des tas de choses, couché ; ou à moitié couché ; ou à demi relevé. Pourquoi faudrait-il affronter le froid du dehors pour étudier, écrire des livres ou gouverner un pays ? Nous pouvons tous faire bon nombre d’activités importantes tout nu sous des couvertures.

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Inspiration, imagination, création

Parler de paresse pour décrire ceux qui aiment rester au lit me semble bien réducteur. Passer du temps au lit n’est finalement que la plus voluptueuse manière de se cultiver, décompresser, recharger les batteries, papoter et refaire le monde, ou encore créer. On est bien loin des Fainéants dans la vallée fertile, d’Albert Cossery, roman dans lequel les personnages restent au lit et ne font strictement rien de leur vie.

Matisse, ce peintre qui a toujours mis un point d’honneur à réaliser des œuvres joyeuses, bariolées, a découvert la peinture à 20 ans dans un lit d’hôpital. C’est également alité (car paralysé), au crépuscule de sa vie, à l’aide d’une perche (au bout de laquelle il fixait son morceau de fusain), qu’il a conçu ses dernières œuvres. Le voici :

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Loin des affaires du monde, le lit…

J’en profite pour poster ici un petit poème chinois de l’ermite Han Shan (8e siècle), qui résume bien, en quelques mots, à quoi peut ressembler la vie légère et inspirée d’un libertaire, d’un anarchiste ou d’un hédoniste :

dans la maison
juste un lit
encombré de livres

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Wagon-lit

J’avais 8 ans, 10 ans, 12 ans… Je garde un souvenir très fort de mes trajets en wagon-lit, direction le Sud, pour les vacances d’été : couloir animé, excursions au wagon-bar, literie logotée SNCF que je rêvais à chaque fois de chaparder, ambiance irréelle sur les quais des gares à 3 heures du matin… J’aime énormément cette affiche, dessinée par Villemot pour une campagne de la SNCF en 1973. Quelle réussite graphique et chromatique !

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La clé des songes

Comment ne pas être émue par ce splendide travail ? Il s’agit du détail d’un chapiteau de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun, représentant le sommeil des mages. Quelle merveille ! Cette réalisation date du XIIe siècle. Nos trois mages partagent ici un même oreiller, et une même couverture. On distingue bien leurs belles couronnes. Un ange vient leur montrer l’étoile qui les guidera vers leur pays. En touchant délicatement l’un des mages de son index, il le réveille (yeux ouverts du premier mage). (« Et ayant reçu dans leur sommeil l’avertissement de ne point retourner vers Hérode, ils revinrent dans leur pays par un autre chemin« ).

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Moelleux souvenirs d’enfance

La passion du lit plonge certainement ses racines dans l’enfance. Et bien sûr, une place de choix est réservé au lit dans la plupart des contes pour enfants. Rappelons-nous : Boucle-d’Or qui s’assoupit dans un des lits des trois ours, les sept nains découvrant Blanche-Neige écroulée de fatigue dans leur chambrée, le château endormi de la Belle au bois dormant, l’ogre du Petit Poucet qui égorge ses sept filles pendant la nuit, ou encore la Princesse au petit pois, ultra-douillette, qui ne peut trouver le sommeil que perchée sur une pile vertigineuse de matelas…

Ci-dessous, Blanche-Neige par Disney et Le Petit Poucet par le célèbre illustrateur et graveur Gustave Doré.

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Un autre lit qui fait rêver les enfants : le nid du marsupilami, composé de lianes, plumes et fleurs magnifiques. On connaît tous le marsupilami, personnage crée par le dessinateur Franquin en 1952 pour la série Spirou et Fantasio. En 1987, l’artiste sera convaincu par son éditeur d’en faire une série à part entière.

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Le lit, lieu de la rencontre amoureuse

Je voudrais terminer cet article avec une ravissante lettre C enluminée et historiée qui date du XVIe siècle (réalisation : anonyme). Si quelqu’un sait pour quel ouvrage elle a été réalisée, ça m’intéresse !  🙂

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Une réflexion sur “Musée imaginaire ~ le lit !

  1. Bonsoir Céline , Fleur de pluie …

    Bravo pour tes superbes dessins ,et ton blog sensible et passionnant.
    J’espère vivement que tu auras l’envie de me recontacter .

    Bises,

    Bertrand (OVS rando Parmain)
    06 86 13 26 65
    bertrandna@free.fr

    J'aime

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