L’automne est bien là…

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(ravissante photographie de Martyna Wlodarczyk)

La saison des chocolats chauds, des plaids en laine et des week-ends sous la couette est bel et bien là !

Vous avez peut-être eu l’occasion de le constater au détour d’un de mes articles : ce blog est végétarien. Après quelques émotions difficiles cette semaine (en regardant une vidéo totalement sordide sur les conditions de trajet des bovins de France vers la Turquie, en constatant qu’un de mes voisins chosifie son labrador au lieu de jouer avec et de lui donner de l’affection), j’avais à cœur de poster ce soir un de mes poèmes « végétariens » préférés. Il est de Lu Yu (1125-1210). Sans titre, il est toutefois chapeauté ainsi : habitant dans la montagne et mangeant la plupart du temps sans viande, poème composé pour m’amuser. Je trouve que ce texte chinois (écrit en automne, ça tombe bien) communique merveilleusement bien les plaisirs qu’apporte un régime végétarien : joie, légèreté, conscience de soi et de ce qui nous entoure, tranquillité, contemplation, harmonie, sensualité, émerveillement pour les plus petites choses, démultiplication des possibles…

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un ami près du torrent m’a offert un poisson, mais je ne puis me résoudre à le cuire
avec des légumes et du riz grossier je vais passer simplement le reste de ma vie
deux mesures de riz parfumé sont en train de cuire
une poignée de légumes sans condiment mijote
ne vous moquez pas de cette revendication végétarienne circonstanciée
cela suffit pour se caresser le ventre en se promenant tranquillement
l’automne est arrivé, il y a une chose qui mérite spécialement d’être vantée
tous les jours à la haie de l’est je cueille des pétales de chrysanthèmes

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Et puisqu’on a les deux pieds en automne, voici un haïku (minuscule poème japonais en 3 vers) qui parle, lui aussi, sensuellement de cette saison. Il est de Emile Molhuysen :

l’automne est là
le premier cheveu gris
sur son corps magnifique

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Je vous souhaite à tous de passer un week-end doux, joyeux et constructif  🙂

Irlande, années 1950

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(les îles irlandaises d’Aran dans les années 1950, photo de Bill Doyle)

Il y a 15 jours, sur le marché des livres anciens et d’occasion du parc Georges Brassens, j’ai déniché une petite pépite : le Journal irlandais de Heinrich Böll. Publié en 1957, ce texte réunit les réflexions de l’écrivain allemand suite à son séjour (plusieurs mois) sur l’île en 1954.

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Il ne s’agit pas du journal d’un touriste lambda (l’Irlande ne connaissait pas le tourisme à l’époque), mais bien des impressions intimes et subtiles d’un homme qui s’attache viscéralement à l’Irlande (il y achètera une maison quelques années plus tard), pour l’aimer dans ce qu’elle a de plus banal et de plus mélancolique.

Heinrich Böll dresse ainsi le portrait sensuel, organique, âpre et souvent douloureux d’une île marquée par l’ennui, la pauvreté, imbibée d’alcool et de ferveur religieuse, mais aussi par la gentillesse et l’humilité de ses habitants, la beauté folle de ses paysages.

Touchée par la sobriété, la poésie et la tendresse de ce récit, je veux en poster quelques extraits ici. Ou comment survivre à l’Irlande en 1954 !

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Apprivoiser la solitude

Vert sauvage des collines, amas de tourbe ; oui, verte est l’Irlande, très verte, mais son vert n’est pas seulement celui des prairies,  il est aussi celui de la mousse, ici surtout, derrière Roscomon, vers Mayo, et la mousse est la plante de la résignation et de l’abandon. On abandonne l’Irlande, elle se dépeuple lentement mais régulièrement, et nous sentions l’inquiétude nous gagner ; en vain cherchions-nous à droite et à gauche de la voie ferrée un champ de légumes, un clos de pommes de terre, un carré de fraîches salades au vert moins résigné, un carré de pois au vert plus sombre. (…) Le train se vidait de façon inquiétante. Je comptais encore dix-huit personnes en tout, dont nous six. Il nous semblait que nous roulions depuis une éternité à travers ce moor et ces pentes tourbeuses ; et toujours pas de champ de légumes à l’horizon, dont la fraîcheur nous eût réconfortés. God help us !

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Aimer la pluie

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La pluie ici est absolue, grandiose, effrayante. Appeler cette pluie du mauvais temps convient aussi mal que d’appeler beau temps le soleil éclatant. (…) Il est bon d’avoir toujours à la maison des bougies, une Bible et un peu de whisky, comme on en trouve chez les marins habitués aux tempêtes, un jeu de cartes aussi, du tabac, des aiguilles à tricoter et de la laine pour les femmes, car la tempête a du souffle, la pluie a beaucoup d’eau et la nuit est longue.

Peut-être aussi Siobhan deviendra-t-elle folle subitement : quand le vent souffle pendant des semaines, quand les gens vont courbés et luttent des semaines, quand la pluie tombe sans discontinuer, quand la longue vue ne permet plus de voir les îles bleues, quand la fumée de la tourbe se traîne dans le brouillard, épaisse et amère, cela arrive quelquefois…

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Se chauffer à la tourbe

Par jour de beau temps, sur la colline nue rayée de vert et de noir, règne une animation comparable à celle d’un jour de moisson ; ici on récolte ce que des millénaires d’humidité ont fait se déposer entre les rochers, la mer et la lande verte : la tourbe, unique richesse naturelle d’un pays qui est privé de forêts depuis des siècles, qui n’a pas toujours eu son pain de chaque jour, mais presque toujours sa pluie quotidienne, si petite fût-elle. Le plus minuscule nuage amené jusqu’ici, même sur les ailes du beau temps – je ne plaisante qu’à demi -, y est pressé jusqu’à sa dernière goutte d’eau, comme seule une éponge peut l’être.

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Prendre son mal en patience

Chez ce peuple qui a tous les motifs pour ne pas rester une minute, de jour ou de nuit, sans se faire du souci, la sœur jumelle de l’expression Ca pourrait être pire est celle-ci, aussi couramment employée : I shouldn’t worry – je ne vais pas m’en faire. Il y a cent ans survint une grande famine consécutive à plusieurs années de mauvaises récoltes ; cette terrible catastrophe nationale ne fit pas que des ravages immédiats, et son influence se fait encore sentir chez les générations actuelles. (…) Le spectre de cette terrible famine continue à faire peur et fait partie de l’héritage qu’on se transmet d’une génération à l’autre.

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Faire une ribambelle d’enfants

Des écoliers de tous âges – beaucoup nu-pieds – trottaient gaiement sous la pluie d’octobre ; on les voyait venir de loin entre les haies, par les chemins boueux, innombrables, courant les uns vers les autres, s’unissant, s’agglutinant comme gouttes de pluie dans une rigole : puis la rigole devenait un ruisseau qui devenait un peu plus loin une rivière. Jeunes écoliers irlandais souvent vêtus au petit bonheur de vêtements aux rapiéçages multicolores, ils se bousculaient en riant et ceux qui ne montraient pas de la gaieté n’en paraissaient pas moins insoucieux ; ils trottaient ainsi pendant des heures sous la pluie, pour aller en classe et pour en revenir, tenant d’une main leur batte de hurling et de l’autre leurs livres attachés par une courroie. La plupart étaient vêtus pauvrement, mais presque tous avaient l’air heureux.

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Boire du thé (ou du whisky, ou du cognac)

Si le thé sur le continent a trop souvent la couleur jaune pâle d’un mandat-carte, celui de ces îles possédait lui, avant que le lait ne lui ait donné une teinte pareille à celle de la peau d’un bébé trop bien nourri, les tons sombres des icônes russes traversés de lueurs dorées ; sur le continent on sert le thé très clair, mais dans de précieuses porcelaines, ici l’on verse flegmatiquement, d’une théière de tôle cabossée, dans de grosses tasses de grès, une boisson angélique en guise de cordial, et pour un prix dérisoire.

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Découvrir un village abandonné

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(village abandonné de Slievemore)

Quand nous eûmes atteint le sommet de la montagne nous vîmes soudain, sur l’autre versant, le squelette d’un village abandonné. Personne ne nous avait rien raconté, personne ne nous avait avertis ; il y a ainsi beaucoup de villages abandonnés en Irlande. (…) Aucune trace de violence n’est visible : avec une patience infinie le temps et les éléments ont dévoré tout ce qui n’était pas de pierre ; les ossements reposent dans l’herbe et dans la mousse comme des reliques dans un écrin. Personne dans le pays n’aurait essayé de renverser un mur ou d’emporter une poutre (et pourtant le bois ici est précieux) d’une maison abandonnée. Les enfants eux-mêmes, quand ils ramènent le soir le bétail de son pâturage d’en haut vers le village abandonné, les enfants eux-mêmes n’essaient pas de démolir un mur ou l’entrée d’une maison. On laisse les parties branlantes des maisons désertes en pâture au vent, à la pluie, au soleil et au temps. (…) Nous restâmes cinq heures dans ce village et le temps passa vite parce qu’il n’arriva rien : nous effarouchâmes quelques oiseaux, un mouton sauta par l’ouverture d’une fenêtre ; étincelant, du quartz crevait la mousse par endroits. Peut-être attendions-nous seulement le retour de la jeune fille au pull-over rouge et à la hotte pleine de tourbe brune, mais la jeune fille de revint pas.

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Accueillir le vide 

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(Diamond Hill, parc national du Connemara, photo QuidamCress)

Il ne se passe pas grand-chose ici, et les actes délibérés ou concertés y sont très rares : on y boit, on y aime, on y prie et on y jure, Dieu y est passionnément aimé, et certainement aussi passionnément haï.

– Il faut que j’envoie l’argent à Dublin, me dit-il.
– L’argent, dis-je, mais pourquoi ?
– Bien sûr, dit-il, qu’est-ce que j’en ferais ici ?
Je baissai la tête. Il avait raison, qu’est-ce qu’il en ferait ?

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Prendre la route

Ici, je fus souvent tenté de dire : « la route appartient à la vache », et de fait, on expédie aussi librement le bétail au pâturage que les enfants à l’école. Il faudra longtemps en Irlande avant qu’on décide à qui appartient la route. Et que les routes ici sont belles ! Des murs, des murs, des arbres, des murs et des haies. Les pierres des murs irlandais auraient suffi à construire la tour de Babel. Les belles routes n’appartiennent pas au moteur, elles appartiennent à qui en revendique la possession, à qui a le loisir ou l’occasion d’y exercer son adresse. Beaucoup de routes appartiennent à de petits ânes. Ils sont nombreux en Irlande.

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Assimiler un autre rapport au temps

« Quand Dieu créa le temps, disent les Irlandais, il en créa suffisamment. » Et ce mot est si pertinent qu’il vaut qu’on le médite : qu’on se représente le temps comme un moyen mis à notre disposition pour l’expédition de nos affaires terrestres ; sans doute en avons-nous assez puisqu’il y a toujours « du temps perdu ». Celui qui n’a pas de temps est un monstre contre nature ; il vole du temps quelque part, il l’emploie à d’autres fins que celles, naturelles, pour lesquelles il a été créé.

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Méditer sur la beauté ancestrale des murets de pierre sèche

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(murs de pierre sèche, sans béton ni mortier, abritant une grande biodiversité, îles d’Aran en 1960, photo Bill Doyle)

La mousse teintait de vert des murs très anciens, du huitième siècle, du neuvième et des siècles suivants, et les murs du vingtième siècle ne se différenciaient pas beaucoup d’avec les plus vieux ; ils étaient comme eux couverts de mousse et lépreux.

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Pour finir cet article, voici un lien sur la tourbe en Irlande (ici), un autre sur les murs en pierre d’Irlande (ici), un dernier sur la Grande Famine d’Irlande du XIXe siècle (entre 1845 et 1852) (ici). Ci-dessous, un lagopède, habitant irlandais appréciant particulièrement les landes et les tourbières (magnifique photo de Guy Rogers) :

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Musée imaginaire ~ les fenêtres dans l’art

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(embrasure donnant sur le cloître du Palais des Papes, Avignon, photo Alain Cachat)

[6e volet de mon musée imaginaire : les fenêtres dans l’art]

Depuis quelques semaines, j’ai souvent le nez plongé dans des bouquins d’architecture. Si ce domaine aux mille promesses m’a longtemps semblé trop technique, je découvre actuellement, grâce aux livres de la bibliothèque de Clichy, que la sensorialité et la sensualité sont des préoccupations majeures chez l’architecte ambitieux : espace, lumière, dialogue avec l’environnement et le paysage, cocon, abri, harmonie corporelle…

Hier soir, à la lecture de La Politesse des maisons (un bien joli titre pour ce bouquin écrit par Bénédicte Chaljub, sur l’architecte Renée Gailhoustet, aux éditions Actes Sud), une phrase m’a frappée à propos de la fenêtre :

Pourquoi serait-elle simple découpage dans le mur ? Nous avons tous vu des fenêtres qui nous ont fait rêver, où on a envie de s’arrêter, de se poser pour regarder dehors, pour discuter face à face, pour s’installer avec un livre, telles les embrasures profondes des murs du Moyen-Âge, avec leurs bancs et leurs accoudoirs.

Cette phrase pleine de vérité a retenu mon attention et m’a donné envie de me remémorer, pour le plaisir, mes plus belles expériences de fenêtres : mes fenêtres préférées dans l’art, mais aussi mes souvenirs personnels de fenêtres. Je consacrerai cet article à mes fenêtres préférées dans l’art.

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Lumière du jour chez Vermeer

On connaît de Vermeer entre 30 et 40 tableaux. Le maître a principalement peint des scènes d’intérieur et de vie domestique. Sur la majorité de ses œuvres, les personnages se situent à proximité directe d’une fenêtre, nimbés de la lumière du jour. Mes deux tableaux favoris de Vermeer sont La Laitière (à gauche), scène domestique sublimée par la tendre lumière du jour, et La Jeune fille à la perle (ou Jeune Fille au turban), dans lequel la fenêtre n’est que très subtilement évoquée : elle se reflète dans le bijou de la jeune femme.

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Un soir à la fenêtre… 

Ci-dessous, la fenêtre devient un sujet à part entière. Cette création de Josse Antoine dégage énormément de poésie. Pour les artistes, les poètes et les amoureux, la fenêtre, comme le toit ou la maison en général, sont des lieux de tous les possibles…

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Fenêtre-tableau

Le potentiel artistique des fenêtres ne faisait aucun doute pour Henri Matisse, qui a ainsi créé de nombreux tableaux dans le tableau (mise en abyme). Résolument tourné vers les sujets et les coloris joyeux, le peintre a multiplié les natures mortes pleines de gaieté et de soleil. Les ouvertures de nos maisons ne devraient-t-elles pas toujours donner sur des éléments qui ravissent ou apaisent le regard ? Ci-dessous, Le Rideau égyptien (1948) et Paysage vu d’une fenêtre, Tanger (1912).

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Des fenêtres et des chats

Il y a quelques mois, on m’a offert un très joli bouquin sur le travail artistique de Willy Ronis autour des chats (ici). Le photographe affectionnait particulièrement cet animal. Ces petits félins, souvent en vadrouille, ultra-curieux, vaquant perpétuellement entre le dedans et le dehors du logis, sont souvent représentés, sur ses photographies, à proximité des fenêtres.

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Les fenêtres de Baudelaire

Les œuvres ci-dessus partagent un point commun : les fenêtres y racontent ce qu’on voit à l’extérieur, depuis l’intérieur.

Le poète Charles Baudelaire, lui, écrira un très joli poème en prose qui parle de la fenêtre, non pas comme d’une ouverture vers l’extérieur, mais comme d’une passionnante (et inoffensive) intrusion dans la vie des autres. Voici un extrait de son texte (Les fenêtres) :

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Qui n’a pas déjà fantasmé en observant, depuis la rue, une fois la nuit tombée, les fenêtres allumées d’un logis ? J’ai toujours aimé regarder aux fenêtres…

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Fenêtres : jeu de cache-cache dans la peinture érotique chinoise

Voir sans être vu, et avoir le sentiment de saisir sur le vif des situations auxquelles on ne devrait pas assister, c’est la spécialité des images de printemps en Chine.

Les images de printemps chinoises sont des peintures érotiques sensuelles, joyeuses, douces (jamais vulgaires ou agressives). Certaines sont particulièrement magnifiques, comme celles de la collection Bertholet (plusieurs livres en recensent les nombreuses œuvres).

Les images de printemps chinoises jouent énormément avec les fenêtres, auvents, stores, moustiquaires, claustras, paravents et autres cloisons mobiles (et donc arrangeantes), mettant ainsi l’amateur d’art (vous et moi) en position de « voyeur », idéalement placé pour profiter de la scène ! De surcroît, les personnages secondaires de ces peintures sont très souvent des curieux (le domestique, l’enfant, la voisine…) qui épient les jeux amoureux des personnages principaux, passant subrepticement leur tête par une fenêtre ou à travers une « porte de lune » (moon gate, en anglais).

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Cette splendide image de printemps, qui chante à la fois les plaisirs amoureux et ceux des cinq sens (fleurs, éventail, thé…), est un vrai poème. Elle fait partie de la collection Bertholet. Quelle beauté !  🙂

Des éperviers au cœur de Paris

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(jardin de la BnF)

N’ayant pas d’ordinateur à domicile actuellement, ma possibilité de rédiger des articles sur ce blog reste extrêmement limité. C’est frustrant !

Hier, à l’occasion des Journées du Patrimoine, j’ai visité toute une partie de la BNF (bibliothèque nationale François Mitterrand) habituellement interdite au public : dernier étage avec une vue ahurissante sur la capitale, système élaboré d’acheminement des livres, « bibliothèque de recherche » (évidemment j’en ai profité pour aller farfouiller dans les bouquins d’art)… 🙂

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Vous le savez peut-être, au cœur de cette construction impressionnante et austère, l’architecte Dominique Perrault a également installé une forêt foisonnante. Il s’agit en quelque sorte d’un morceau de la forêt de Fontainebleau (car Mitterrand aimait beaucoup Fontainebleau), avec plantation d’une flore typique de cette grande forêt située au sud de Paris : pins sylvestres, bouleaux, chênes.

Et bien, j’ai appris hier que cette forêt du cœur de Paris abritait depuis quelques années un couple d’éperviers  🙂 Seuls trois couples d’éperviers ont été recensés à Paris, dont celui-ci. Les voici en photo  🙂

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Le concept : laisser cette forêt évoluer naturellement, que ce soit pour la faune ou pour la flore (intervention d’un jardinier deux fois par an seulement). Hormis les pins sylvestres (environ 200), les bouleaux et les chênes, la forêt de la BnF a également vu des arbres pousser spontanément sur ses 10 000 m² : sureaux, peupliers, sorbiers.

Cette grande forêt rectangulaire porte également le désir de rappeler les cloîtres du Moyen-Âge (le cloître est un jardin clos), et donc bien sûr les moines copistes qui, pas loin du cloître (dans le scriptorium), avaient la fonction essentielle de reproduire d’importants documents écrits.

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Ghost ranch : un lieu inspiré et inspirant

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Ghost Ranch, le repaire de Georgia O’Keeffe

Georgia O’Keeffe est une artiste-peintre du XXe siècle, décédée en 1986. Ce qui me fascine chez elle, ce n’est pas tant son œuvre (je le confesse, je ne suis pas spécialement sensible à ce qu’elle a produit) que sa maison à Abiquiu, au Nouveau-Mexique : Ghost Ranch. Il s’agit d’un ranch aux allures très organiques, au milieu d’un environnement spectaculaire et aride.

Ci-dessous, un fragment du paysage, et deux œuvres de Georgia O’Keeffe (Purple Hills near Abiquiu et Black Mesa Landscape) :

Nouveau-Mexique

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Tombée sous le charme ensorcelant du haut désert du Nouveau-Mexique, Georgia O’Keeffe, artiste solitaire, a choisi cette maison pour en faire son repaire d’artiste. Après 3 ans de travaux, elle a commencé par y passer ses étés, s’y est progressivement installée, pour finalement, après le décès de son mari, en faire son habitation principale. Elle met ainsi de côté la peinture de fleurs, pour se consacrer aux grands paysages américains.

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Cet endroit très particulier, déjà magnifique à la base, de surcroît « habité » par l’âme d’une artiste, fut une riche source d’inspiration pour plusieurs photographes. Ou quand la maison n’est pas qu’une maison, mais bien un être un part entière… Et maintenant, laissons parler les images…

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Pour commencer, deux splendides photos de Todd Webb prises au cœur du Ghost Ranch (vous en trouverez d’autres sur le net):

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Ci-dessous, un beau portrait de Georgia O’Keeffe, photographiée sur le toit de sa maison, par l’artiste John Loengard, en 1967 :

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Et maintenant, comment ne pas poster la célèbre et magnifique photo de Myron Wood, représentant une partie de la pièce à vivre, dans laquelle évolue silencieusement un élégant mobile de Alexander Calder :

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Le Ghost Ranch inspire également les magazines. La preuve en images avec quelques photos de Mary E. Nichols pour le magazine AD (en prime, voici le reportage de AD sur le sujet, très intéressant car on peut vraiment parler d’une histoire d’amour entre Georgia O’Keeffe et son ranch, ici) :

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C’est sur ces très belles images d’une monde apaisé, en harmonie avec la nature, que je vous souhaite un très bon week-end 🙂