Dis-moi où tu habites…

monastère taktsang bhoutan 02

(monastère Taktsang au Bhoutan)

Voilà 1 mois que j’ai emménagé à Clichy-la-Garenne !

Le premier jour de mon emménagement, un moineau est venu me souhaiter la bienvenue sur le balcon. Les jours qui ont suivi, j’ai découvert que quelques chauves-souris entamaient quotidiennement, à la tombée de la nuit, un ballet aérien au dessus de la fenêtre de ma cuisine (elles vivent dans une cavité de l’immeuble). Il y a 3-4 jours, en ouvrant mes rideaux, je suis tombée nez à nez avec un vulcain (ravissant papillon rouge et marron) qui prenait le soleil sur le balcon. Au cœur de la ville aussi, qu’on le veuille ou non, les animaux nous invitent à cohabiter  🙂

anita klein 02       anita klein

(Le Hérisson et L’Araignée, deux œuvres de Anita Klein)

Corporellement et émotionnellement, investir un nouveau lieu est une expérience marquante, qui a probablement aussi pas mal d’effets sur l’inconscient.

Depuis 15 jours, force est de constater que tous les bouquins que j’emprunte à la bibliothèque tournent autour de l’habitat : un roman humoristique sur un mystérieux voisin retrouvé mort (Roland est mort de Nicolas Robin), un beau livre intitulé Portes d’Afrique (en Afrique, le mot qu’on utilise pour évoquer la porte de la maison, organe vital, signifie souvent « bouche »), un essai de Thierry Paquot sur le concept de toit (notion planétaire, même les sdf cherchent à se confectionner un semblant de toit avec quelques cartons…), ou encore plusieurs ouvrages sur les oasis (grâce à l’eau, des lieux de vie fleurissent au milieu du désert).

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(oasis de Siwa, Egypte)

J’aime à imaginer qui sont les voisins que je n’ai pas encore croisés et dont j’entends les pas dans l’escalier, je me demande pourquoi l’architecte n’a prévu qu’un seul balcon dans l’immeuble (mais ça tombe bien, c’est le mien  🙂 ), j’arpente les rues pour repérer les espaces verts, je compare les boulangeries et les trajets, je me renseigne sur le style Art Nouveau de certaines façades de mon quartier…

Je constate également, au fil de discussions diverses, qu’on a tous, évidemment, un rapport unique, et très intime, à la notion d’habitat, selon sa personnalité et ce qu’on a vécu. Quand certains ne peuvent pas se passer d’une cave (pour engranger les rêves, les souvenirs ?) ou d’une baignoire dans laquelle se prélasser, d’autres cherchent à ce que leurs fenêtres leur offrent un bout de ciel bleu ou à disposer de commerces de proximité.

*

paloma et pablo

(Paloma et Pablo Picasso – il faut parfois une grande maison pour créer !)

Quant à moi, j’ai choisi un endroit lumineux, du beau parquet (bois = matière vivante), ainsi que de belles et vieilles fenêtres (sans double vitrage, donc). J’apprécie énormément le fait d’avoir une mini-cuisine et une mini-salle de bain (rien ne s’éparpille, on fait tout vite et bien). Et j’ai repris mes bonnes vieilles habitudes : par beau temps, ouvrir toutes les fenêtres pour créer de joyeux courants d’air qui font danser les rideaux  🙂 Avec 18m² seulement de superficie, je n’ai pourtant pas résisté à l’appel du lit 2 places, et j’ai aussi de la place pour dessiner.

Au fil de mes lectures variées sur le thème de l’habitat, un nom est revenu souvent, tel un leitmotiv : celui de Gaston Bachelard, et son ouvrage La Poétique de l’espace. Une référence, indéniablement. Quand j’ai essayé de lire ce livre il y a quelques années (enthousiasmée par le fait que Bachelard a passé son enfance au bord des rivières), j’ai vite été découragée par le style trop abstrait : je ne comprenais que dalle et j’ai dû abandonner avec moult regrets ! C’est peut-être le moment de ré-essayer ?

bachelard

(Gaston Bachelard, entre sciences et poésie)

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Je tenais à retranscrire ici une phrase qui me plaît beaucoup (Saint-Exupéry, Citadelle) :

Dans la maison de mon père, chaque pierre a un sens.

Je ne connais pas ce livre et je ne peux donc pas replacer la phrase dans son contexte, mais je trouve qu’elle souligne une idée importante : dans la mesure où l’être humain n’est plus ou moins que la somme de ses expériences (soyons modestes), connaître l’histoire du lieu (logement, quartier, ville) qu’il « investit » est une manière comme une autre d’en savoir un peu plus sur lui-même. Tant mieux s’il s’agit de la maison de son enfance, mais si ce n’est pas le cas, c’est une démarche riche aussi  🙂

*

En termes d’architecture, ma préférence va clairement à l’ancien, à ce qui a une histoire. Quant aux habitations qui m’émeuvent le plus, il s’agit évidemment des maisons vernaculaires : organiques, en harmonie avec le paysage et solidement enracinées dans le passé, grâce à un savoir-faire ancestral, naturellement transmis de génération en génération. Du coup, ci-dessous, c’est avec grand plaisir que je poste les photos de trois architectures africaines (parmi tant d’autres) que je trouve d’une immense beauté !

Pour commencer, une maison somba, au Bénin (architecture défensive, avec tourelles) (photo de Jean-Michel Clajot) :

Typical family in front their house, Tata Somba

Ensuite, une surprenante et ravissante case obu, au Cameroun :

case obus cameroun (courregesg flickr)

Et pour finir, une superbe maison de notable à Djenné, Mali (magnifique photo d’Edmond Fortier) (la ville de Djenné est classé « patrimoine en péril » par l’Unesco depuis 2016, voir ici). Quelle merveille :

maison notable djenné Mali

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