Miniatures persanes

Kalila_wa_Dimna1429

Lion s’attaquant à un buffle,1429

Enthousiasmée par mes cours du Louvre sur les jardins d’Orient et par l’exposition Jardins d’Orient à l’Institut du Monde Arabe, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis attaquée à un essai pointu mais très instructif : La Miniature persane, de Youssef Ishaghpour, chez Verdier Poche. Youssef Ishaghpour est un érudit et un puriste, il faut s’accrocher ! Ca tombe bien, je suis tenace 🙂

verdier

Dans un souci de pédagogie, Youssef Ishaghpour établit régulièrement des comparaisons entre peinture occidentale classique, peinture chinoise et miniature persane. Quand on est un peu larguée, c’est pas négligeable 🙂 On apprend ainsi, par exemple, que si l’art occidental se définit par le sens et l’idée, et l’art chinois par une rencontre subtile entre le plein et le vide, la miniature persane, elle, trouve sa spécificité dans la pureté des couleurs et la lumière.

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Voici 6-7 autres éléments glanés dans son bouquin pour comprendre la miniature persane :

  • selon Youssef Ishaghpour, l’âge d’or de la miniature persane correspond à une période courte : entre les dernières années du 14e siècle et le milieu du 16e siècle (environ 175 ans)
  • le maître-mot de la miniature persane : l’enchantement
  • la miniature persane a beau illustrer un texte, elle vit par elle-même et pour elle-même, il s’agit clairement d’une œuvre à part entière (on s’en était rendu compte 🙂 )
  • l’image déborde souvent, avec audace et fantaisie, du cadre initialement prévu dans la page
  • l’emplacement du texte s’adapte souvent à la surface occupée par la miniature
  • on trouve dans la miniature persane un « mélange de détails réalistes et d’ornement pur »
  • pas de perspective : il n’y a pas de hiérarchie « entre le proche et le lointain »
  • la miniature persane se caractérise également par une présence humaine effective, certes, mais très modérée : l’Homme n’est pas le centre de l’univers, il occupe donc une place limitée sur la surface de la miniature (silhouettes de petites dimensions)
  • d’ailleurs, l’action humaine s’intègre visuellement à tout un « univers de paysage et d’architecture » prédominant, qui réduit son importance
  • la miniature persane a « le vide en horreur », elle est donc littéralement remplie de détails

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Ci-dessous, 4 illustrations de l’artiste Bihzad, grand maître de la miniature persane (1450-1536), avec l’omniprésence de la nature (arbres en fleurs, oiseaux, proximité de la nature) :

Bihzad01  bihzad02

bihzad03  bihzad04

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Techniques et matériaux

J’ai juste regretté que l’auteur ne parle quasiment pas des techniques employées. Bon, ce n’était visiblement pas le sujet du bouquin.

On lit uniquement :

La poudre d’or, d’argent, de lapis-lazuli, d’émeraude et d’autres pierres précieuses sublime la matérialité pour qu’elle ne soit plus que réflexion de la lumière.

Et un peu plus loin :

Les peintres chinois ont introduit en Iran, non pas la fabrication du papier, mais l’art de lui donner une blancheur éclatante. Ils ont surtout appris aux Persans le maniement du pinceau, la finesse du dessin, l’usage de l’aquarelle et de la gouache, et beaucoup de motifs que les miniaturistes finiront par métamorphoser en se les appropriant : le paysage, les arbres, l’eau, les nuages, les montagnes, mais aussi les dragons et les oiseaux mythologiques.

Mais 🙂 pour plus d’informations sur les techniques et les matériaux de la miniature persane, le site de la Bibliothèque nationale de France a eu l’excellente idée de mettre à disposition, en ligne, gratuitement, les grandes lignes de l’exposition Splendeurs persanes (présentée à la Bibliothèque nationale en 1997-1998) : ça se passe ici !

On lit ainsi sur leur site internet, à propos des miniatures persanes :

Les pigments colorés sont d’origine minérale ou organique : bleu outremer (lapis-lazuli), jaune d’orpiment (sulfure d’arsenic), vermillon (cinabre), rouge de plomb, vert de cuivre (acétate de cuivre)… Jusqu’à la fin du XVIe siècle, ces substances sont liées avec du blanc d’œuf ou de la colle, ce qui permet de préserver l’éclat et la délicatesse des couleurs. La gomme arabique employée par la suite donne des surfaces plus fines, mais moins brillantes. L’or est employé sous forme liquide, appliqué au pinceau. En le mélangeant à du cuivre, l’enlumineur dispose de plusieurs nuances d’or.

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Pour terminer, voici 4 représentations (parmi tant d’autres) de Khosraw surprenant Shirin au bain, célèbre épisode de la littérature perse dans laquelle la belle Shirin est poétiquement comparée à une fleur d’amandier. De nombreux détails sont bien sûr communs à ces 4 miniatures, parmi lesquels : la poitrine nue et les cheveux longs de Shirin, ses vêtements suspendus à une branche, le mouvement de surprise et de curiosité de Khosraw (il porte un doigt à sa bouche), les rochers qui préservent sa discrétion, les arbres fleuris, les oiseaux ravissants, les chevaux des deux protagonistes, ou encore le ruisseau qui verdit le vallon…

Khusraw & Shirin 02  Khusraw & Shirin 04

Khusraw & Shirin 15e s  Khusraw & Shirin

L’art n’est-il pas la plus belle façon de chanter la beauté du monde qui nous entoure ? Quand je vois de si jolies choses, ça me semble une évidence 🙂

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