Dis-moi où tu habites…

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(monastère Taktsang au Bhoutan)

Voilà 1 mois que j’ai emménagé à Clichy-la-Garenne !

Le premier jour de mon emménagement, un moineau est venu me souhaiter la bienvenue sur le balcon. Les jours qui ont suivi, j’ai découvert que quelques chauves-souris entamaient quotidiennement, à la tombée de la nuit, un ballet aérien au dessus de la fenêtre de ma cuisine (elles vivent dans une cavité de l’immeuble). Il y a 3-4 jours, en ouvrant mes rideaux, je suis tombée nez à nez avec un vulcain (ravissant papillon rouge et marron) qui prenait le soleil sur le balcon. Au cœur de la ville aussi, qu’on le veuille ou non, les animaux nous invitent à cohabiter  🙂

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(Le Hérisson et L’Araignée, deux œuvres de Anita Klein)

Corporellement et émotionnellement, investir un nouveau lieu est une expérience marquante, qui a probablement aussi pas mal d’effets sur l’inconscient.

Depuis 15 jours, force est de constater que tous les bouquins que j’emprunte à la bibliothèque tournent autour de l’habitat : un roman humoristique sur un mystérieux voisin retrouvé mort (Roland est mort de Nicolas Robin), un beau livre intitulé Portes d’Afrique (en Afrique, le mot qu’on utilise pour évoquer la porte de la maison, organe vital, signifie souvent « bouche »), un essai de Thierry Paquot sur le concept de toit (notion planétaire, même les sdf cherchent à se confectionner un semblant de toit avec quelques cartons…), ou encore plusieurs ouvrages sur les oasis (grâce à l’eau, des lieux de vie fleurissent au milieu du désert).

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(oasis de Siwa, Egypte)

J’aime à imaginer qui sont les voisins que je n’ai pas encore croisés et dont j’entends les pas dans l’escalier, je me demande pourquoi l’architecte n’a prévu qu’un seul balcon dans l’immeuble (mais ça tombe bien, c’est le mien  🙂 ), j’arpente les rues pour repérer les espaces verts, je compare les boulangeries et les trajets, je me renseigne sur le style Art Nouveau de certaines façades de mon quartier…

Je constate également, au fil de discussions diverses, qu’on a tous, évidemment, un rapport unique, et très intime, à la notion d’habitat, selon sa personnalité et ce qu’on a vécu. Quand certains ne peuvent pas se passer d’une cave (pour engranger les rêves, les souvenirs ?) ou d’une baignoire dans laquelle se prélasser, d’autres cherchent à ce que leurs fenêtres leur offrent un bout de ciel bleu ou à disposer de commerces de proximité.

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(Paloma et Pablo Picasso – il faut parfois une grande maison pour créer !)

Quant à moi, j’ai choisi un endroit lumineux, du beau parquet (bois = matière vivante), ainsi que de belles et vieilles fenêtres (sans double vitrage, donc). J’apprécie énormément le fait d’avoir une mini-cuisine et une mini-salle de bain (rien ne s’éparpille, on fait tout vite et bien). Et j’ai repris mes bonnes vieilles habitudes : par beau temps, ouvrir toutes les fenêtres pour créer de joyeux courants d’air qui font danser les rideaux  🙂 Avec 18m² seulement de superficie, je n’ai pourtant pas résisté à l’appel du lit 2 places, et j’ai aussi de la place pour dessiner.

Au fil de mes lectures variées sur le thème de l’habitat, un nom est revenu souvent, tel un leitmotiv : celui de Gaston Bachelard, et son ouvrage La Poétique de l’espace. Une référence, indéniablement. Quand j’ai essayé de lire ce livre il y a quelques années (enthousiasmée par le fait que Bachelard a passé son enfance au bord des rivières), j’ai vite été découragée par le style trop abstrait : je ne comprenais que dalle et j’ai dû abandonner avec moult regrets ! C’est peut-être le moment de ré-essayer ?

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(Gaston Bachelard, entre sciences et poésie)

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Je tenais à retranscrire ici une phrase qui me plaît beaucoup (Saint-Exupéry, Citadelle) :

Dans la maison de mon père, chaque pierre a un sens.

Je ne connais pas ce livre et je ne peux donc pas replacer la phrase dans son contexte, mais je trouve qu’elle souligne une idée importante : dans la mesure où l’être humain n’est plus ou moins que la somme de ses expériences (soyons modestes), connaître l’histoire du lieu (logement, quartier, ville) qu’il « investit » est une manière comme une autre d’en savoir un peu plus sur lui-même. Tant mieux s’il s’agit de la maison de son enfance, mais si ce n’est pas le cas, c’est une démarche riche aussi  🙂

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En termes d’architecture, ma préférence va clairement à l’ancien, à ce qui a une histoire. Quant aux habitations qui m’émeuvent le plus, il s’agit évidemment des maisons vernaculaires : organiques, en harmonie avec le paysage et solidement enracinées dans le passé, grâce à un savoir-faire ancestral, naturellement transmis de génération en génération. Du coup, ci-dessous, c’est avec grand plaisir que je poste les photos de trois architectures africaines (parmi tant d’autres) que je trouve d’une immense beauté !

Pour commencer, une maison somba, au Bénin (architecture défensive, avec tourelles) (photo de Jean-Michel Clajot) :

Typical family in front their house, Tata Somba

Ensuite, une surprenante et ravissante case obu, au Cameroun :

case obus cameroun (courregesg flickr)

Et pour finir, une superbe maison de notable à Djenné, Mali (magnifique photo d’Edmond Fortier) (la ville de Djenné est classé « patrimoine en péril » par l’Unesco depuis 2016, voir ici). Quelle merveille :

maison notable djenné Mali

Miniatures persanes

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Lion s’attaquant à un buffle,1429

Enthousiasmée par mes cours du Louvre sur les jardins d’Orient et par l’exposition Jardins d’Orient à l’Institut du Monde Arabe, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis attaquée à un essai pointu mais très instructif : La Miniature persane, de Youssef Ishaghpour, chez Verdier Poche. Youssef Ishaghpour est un érudit et un puriste, il faut s’accrocher ! Ca tombe bien, je suis tenace 🙂

verdier

Dans un souci de pédagogie, Youssef Ishaghpour établit régulièrement des comparaisons entre peinture occidentale classique, peinture chinoise et miniature persane. Quand on est un peu larguée, c’est pas négligeable 🙂 On apprend ainsi, par exemple, que si l’art occidental se définit par le sens et l’idée, et l’art chinois par une rencontre subtile entre le plein et le vide, la miniature persane, elle, trouve sa spécificité dans la pureté des couleurs et la lumière.

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Voici 6-7 autres éléments glanés dans son bouquin pour comprendre la miniature persane :

  • selon Youssef Ishaghpour, l’âge d’or de la miniature persane correspond à une période courte : entre les dernières années du 14e siècle et le milieu du 16e siècle (environ 175 ans)
  • le maître-mot de la miniature persane : l’enchantement
  • la miniature persane a beau illustrer un texte, elle vit par elle-même et pour elle-même, il s’agit clairement d’une œuvre à part entière (on s’en était rendu compte 🙂 )
  • l’image déborde souvent, avec audace et fantaisie, du cadre initialement prévu dans la page
  • l’emplacement du texte s’adapte souvent à la surface occupée par la miniature
  • on trouve dans la miniature persane un « mélange de détails réalistes et d’ornement pur »
  • pas de perspective : il n’y a pas de hiérarchie « entre le proche et le lointain »
  • la miniature persane se caractérise également par une présence humaine effective, certes, mais très modérée : l’Homme n’est pas le centre de l’univers, il occupe donc une place limitée sur la surface de la miniature (silhouettes de petites dimensions)
  • d’ailleurs, l’action humaine s’intègre visuellement à tout un « univers de paysage et d’architecture » prédominant, qui réduit son importance
  • la miniature persane a « le vide en horreur », elle est donc littéralement remplie de détails

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Ci-dessous, 4 illustrations de l’artiste Bihzad, grand maître de la miniature persane (1450-1536), avec l’omniprésence de la nature (arbres en fleurs, oiseaux, proximité de la nature) :

Bihzad01  bihzad02

bihzad03  bihzad04

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Techniques et matériaux

J’ai juste regretté que l’auteur ne parle quasiment pas des techniques employées. Bon, ce n’était visiblement pas le sujet du bouquin.

On lit uniquement :

La poudre d’or, d’argent, de lapis-lazuli, d’émeraude et d’autres pierres précieuses sublime la matérialité pour qu’elle ne soit plus que réflexion de la lumière.

Et un peu plus loin :

Les peintres chinois ont introduit en Iran, non pas la fabrication du papier, mais l’art de lui donner une blancheur éclatante. Ils ont surtout appris aux Persans le maniement du pinceau, la finesse du dessin, l’usage de l’aquarelle et de la gouache, et beaucoup de motifs que les miniaturistes finiront par métamorphoser en se les appropriant : le paysage, les arbres, l’eau, les nuages, les montagnes, mais aussi les dragons et les oiseaux mythologiques.

Mais 🙂 pour plus d’informations sur les techniques et les matériaux de la miniature persane, le site de la Bibliothèque nationale de France a eu l’excellente idée de mettre à disposition, en ligne, gratuitement, les grandes lignes de l’exposition Splendeurs persanes (présentée à la Bibliothèque nationale en 1997-1998) : ça se passe ici !

On lit ainsi sur leur site internet, à propos des miniatures persanes :

Les pigments colorés sont d’origine minérale ou organique : bleu outremer (lapis-lazuli), jaune d’orpiment (sulfure d’arsenic), vermillon (cinabre), rouge de plomb, vert de cuivre (acétate de cuivre)… Jusqu’à la fin du XVIe siècle, ces substances sont liées avec du blanc d’œuf ou de la colle, ce qui permet de préserver l’éclat et la délicatesse des couleurs. La gomme arabique employée par la suite donne des surfaces plus fines, mais moins brillantes. L’or est employé sous forme liquide, appliqué au pinceau. En le mélangeant à du cuivre, l’enlumineur dispose de plusieurs nuances d’or.

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Pour terminer, voici 4 représentations (parmi tant d’autres) de Khosraw surprenant Shirin au bain, célèbre épisode de la littérature perse dans laquelle la belle Shirin est poétiquement comparée à une fleur d’amandier. De nombreux détails sont bien sûr communs à ces 4 miniatures, parmi lesquels : la poitrine nue et les cheveux longs de Shirin, ses vêtements suspendus à une branche, le mouvement de surprise et de curiosité de Khosraw (il porte un doigt à sa bouche), les rochers qui préservent sa discrétion, les arbres fleuris, les oiseaux ravissants, les chevaux des deux protagonistes, ou encore le ruisseau qui verdit le vallon…

Khusraw & Shirin 02  Khusraw & Shirin 04

Khusraw & Shirin 15e s  Khusraw & Shirin

L’art n’est-il pas la plus belle façon de chanter la beauté du monde qui nous entoure ? Quand je vois de si jolies choses, ça me semble une évidence 🙂

Le paradis à portée de main

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(peinture perse, XVe siècle)

Voilà déjà plus d’1 mois, j’assistais aux cours sur les jardins orientaux de Sylvie Depondt, à l’école du Louvre. Entre temps, j’ai déménagé et nous voilà déjà rendus en août ! Je tenais malgré tout à poster un petit article sur ces 5 cours qui m’ont littéralement transportée…

Et pour commencer, voici un petit bijou perse du XVe siècle (ci-dessus). Je suis tombée amoureuse de cette œuvre : puissance graphique, poésie du sujet, couleurs réjouissantes. Elle se trouve au Metropolitan Museum of Art (New York). Il s’agit d’une scène courtoise : dans un décor printanier, un homme prépare une coupe de vin à une jeune fille. Il n’est pas rare que les peintures perses soient inspirées de la tradition chinoise (l’arrivée des Mongols a fait connaître aux peintres iraniens les techniques picturales chinoises). En l’occurrence, ici, plusieurs éléments y font référence : le support (soie), la silhouette tortueuse de l’arbre, ou encore le fond neutre. Matériaux utilisés : peinture à l’eau, or.

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Le jardin oriental en quelques mots :

– il est clos et secret
– il est symétrique
– une de ses composantes essentielles : l’eau, source de vie (système d’irrigation)
– il reflète le ciel (grâce au bassin d’eau)
– il est à la fois ornemental et nourricier
– c’est un jardin d’agrément et de plaisir, qui parle à nos 5 sens. Quelques exemples : instruments de musique, plumage des oiseaux, fruits sucrés offerts par la végétation, narines chatouillées par le parfum des fleurs, ombre rafraîchissante des plus grands arbres…
– il offre une végétation abondante (palmeraie, potager et/ou vignoble)

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Les jardins suspendus de Babylone

Les jardins suspendus de Babylone, classés parmi les « sept merveilles » du monde antique (avec par exemple la pyramide de Kheops), n’ont malheureusement pas été retrouvés en Irak : archéologiquement, contrairement à d’autres éléments de Babylone, nous n’avons aucune preuve des jardins. Seul témoignage de ces jardins suspendus : les nombreux textes antiques qui les ont chantés.

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Le chahâr bâgh (du persan « quatre » et jardin ») est un jardin structuré par quatre canaux, représentant les quatre fleuves du paradis : eau, miel, vin, lait. On est en plein rêve 🙂

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Je termine cet article avec un bas-relief assyrien provenant de Ninive, représentant un fastueux banquet (British Museum). La végétation (palmiers, vigne…) y est exubérante et enchanteresse !

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Soif de beauté, besoin d’art

Rester dans son état normal quand on vend une maison et qu’on déménage, avec des meubles à vendre, un boulot à assurer, des RV médicaux, un compteur d’eau introuvable, un misérable matelas pneumatique en guise de lit, et qu’on n’a pas encore repéré le Lavomatic du coin, est un véritable challenge !

Heureusement, chaque journée apporte son lot de douceurs et de merveilles. L’Art et la Nature (ah et puis prendre l’apéro en début de soirée), en particulier, m’aident à supporter les pires galères 🙂

Voici quelques-unes de mes jolies expériences des 15 derniers jours :

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Une journée au Louvre

Ce lieu est décidément incroyable. Rien de tel qu’une journée dans le plus grand musée du monde pour retrouver sa sève et voir son cerveau fleurir d’étoiles.

Si je devais parler d’une seule œuvre découverte ce jour là, ce serait peut-être le Triptyque du Repos pendant la Fuite en Égypte, réalisé vers 1480 par le grand peintre primitif allemand Hans Memling. Ce panneau fait un peu moins de 50×30 cm. Nombreux détails émouvants, grand raffinement, couleurs à couper le souffle !

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Des lotus à profusion

Le parc floral et tropical de la Court d’Aron (Vendée) permet de faire, en quelques heures, le tour du patrimoine botanique mondial.

Véritable point d’orgue de ce parc, le lac des lotus, traversé par une passerelle en bois qui permet aux visiteurs une « immersion » enchanteresse.

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Ce lac fleuri apporte un grand moment de détente, de contemplation et d’inspiration. On y croise des libellules variées et des grenouilles pas trop farouches, dont on imagine qu’elles adorent, tout autant que les visiteurs, cet endroit béni des dieux 🙂

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Pins dans la brume

C’est en feuilletant Soleil rouge (un livre d’art sur les chefs-d’œuvre de la peinture japonaise, par la spécialiste Nelly Delay, aux éditions Phébus) que j’ai découvert ces incroyables pins dans la brume :

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Il s’agit d’un paravent à six feuilles, réalisé par Hasegawa Tôhaku (1539 1610) à l’encre de Chine. Quelle merveille.

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Un défilé de belles voitures

La Traversée de Paris (rien à voir avec le film) est un événement biannuel (juillet et décembre), organisé depuis 9 ans par l’association Vincennes en anciennes, qui permet d’admirer le défilé de 700 magnifiques voitures de collection ! Une galerie de photos de décembre 2015 est disponible sur le site officiel, ici.

Voici une sélection des photos que j’ai prises le dimanche 31 juillet :

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