Le corps humain à travers les arts

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La semaine dernière, j’ai suivi mes premiers cours d’été à l’école du Louvre. Sujet de la semaine : Les Secrets du corps humain révélés par les arts, de la Renaissance au XXIe siècle.

Ces 5 cours, délivrés par Alexis Drahos, étaient principalement axés sur l’anatomie, la médecine et les pathologies. Des dizaines de personnalités de l’art et des sciences ont ainsi été décryptées, parmi lesquelles : le médecin Galien, Leonard de Vinci, l’anatomiste André Vesale, Goya, l’aliéniste Pinel, Van Gogh, Frida Khalo…

Le corps humain dans les arts est un thème passionnant, riche, mais inévitablement lourd, douloureux, violent, sombre : condamnés à mort, religion, pathologies diverses, souffrance psychique, folie. Et même par moments franchement gore : dissection, leçons d’anatomie.

Ce qui n’est pas incompatible, bien au contraire, avec l’idée d’espoir et de lumière. Et c’est là que c’est magnifique ! Tout d’abord parce qu’Alexis Drahos a su insuffler de l’humour, et même de la poésie, tout au long de son discours et de ses nombreuses anecdotes. Mais surtout parce que le sujet du corps humain est indubitablement lié à celui de l’empathie (empathie des artistes et des médecins pour les malades, respect des artistes pour les médecins, sentiment de reconnaissance des artistes en souffrance vis-à-vis de leur médecin, etc.) et à celui du progrès (avancées scientifiques, idéologiques, politiques).

Je ne m’amuserai pas à énumérer ici les centaines de choses qu’Alexis Drahos a pu nous transmettre. Je me contenterai plutôt de retranscrire 6 ou 7 éléments qui m’ont particulièrement marquée.

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Un cerveau dissimulé dans la Création d’Adam ?

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La Création d’Adam fait partie des fresques inspirées de la Genèse, peintes sur la voûte de la chapelle Sixtine (cité du Vatican, Rome) par Michel-Ange : et Dieu créa l’homme à son image…

On sait que Michel-Ange s’intéressait à l’anatomie et qu’il a réalisé de nombreuses dissections, malgré les tabous de l’Eglise (il était d’ailleurs lui-même très croyant). Or, en 1990, le médecin Meshberger souligne la ressemblance frappante entre la partie droite de cette fresque (Dieu) et la coupe sagittale du cerveau humain. Michel-Ange aurait ainsi voulu illustrer, discrètement mais sûrement, le fait que Dieu a offert à l’homme la faculté de penser. D’après certains scientifiques, toutes les composantes du cerveau seraient effectivement repérables dans cette image !

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Les squelettes très vivants de Jacques Gamelin

Jacques Gamelin a été directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Montpellier. Il a une formation d’artiste, ce n’est pas du tout un scientifique à la base. Il va pourtant se passionner pour le corps humain, pratiquer la dissection, et réaliser une centaine de planches très pointues et très jolies sur le thème du corps humain, pour son Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie. J’en parle ici pour avoir l’occasion de vous montrer un de ses magnifiques dessins, non dénué d’humour :

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Ce recueil était destiné aux scientifiques et aux artistes. Gamelin n’a malheureusement pas connu le succès financier grâce à ce travail.

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Brisons les chaînes !

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(Le docteur Pinel faisant tomber les chaînes des aliénés, par Tony Robert-Fleury)

Philippe Pinel (1745-1826) était aliéniste (on parlerait maintenant de psychiatre). Médecin diplômé d’une autre faculté que celle de Paris, il n’aura le droit d’exercer dans la capitale qu’après la Révolution et la réorganisation de la médecine. Il fera alors une brillante carrière.

C’est lui qui libèrera de leurs chaînes les « fous » de Bicêtre et de la Salpêtrière, et mettra en pratique la notion de traitement moral. Grâce à Pinel, on considère enfin qu’il n’y a pas de fatalisme, mais au contraire une lueur de raison chez tous les fous, et que c’est sur cela qu’il faut travailler pour les aider. Pinel est ainsi devenu un mythe (mythe parfois remis en question, notamment par Michel Foucault dans son Histoire de la folie).

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Le Radeau de la méduse : cannibalisme, désespoir et folie

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Pour son tableau, Géricault s’est inspiré d’un fait réel : le naufrage de la frégate Méduse en 1816. Cette œuvre immense (environ 5 m de hauteur et 7 m de largeur) trône au Louvre. C’est à partir de son travail pour Le Radeau de la Méduse que Géricault s’est énormément documenté sur l’anatomie humaine. Pour l’occasion, il déménage d’ailleurs son atelier près de l’hôpital Beaujon.

Pour réaliser une œuvre à la hauteur de l’enfer vécu par les victimes du naufrage de la Méduse, il ne s’épargnera rien : retrait plus qu’austère (il se rasera d’ailleurs le crâne), silence absolu, visites à la morgue de l’hôpital, emprunt d’une tête coupée ou encore de membres humains pour étudier dans son atelier la rigidité cadavérique et la décomposition. Il s’offrira tout de même un voyage en Normandie pour mieux retranscrire dans son tableau les effets d’une tempête de mer. Delacroix, ainsi que plusieurs survivants du naufrage, feront partie de ses modèles.

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Tournant dramatique pour Goya en 1792

Il y a un avant et un après 1792 dans la vie et dans l’œuvre du peintre Goya. Jusque là, il s’agissait surtout d’un peintre de cour. En 1792, en Andalousie, il est atteint d’une mystérieuse maladie (saturnisme, poliomyélite, syphilis ?), dont il souffrira beaucoup et qui le laissera sourd. Cette maladie très invalidante, qui le plonge dans une dépression nerveuse, a modifié sa peinture. Alors qu’il peignait jusque là des sujets gais, dans des tons clairs, il va se renfermer, tourner le dos aux commandes et se mettre à peindre pour lui-même. On connait tous Les Vieilles (1808), Le Colosse (1808-1812), Saturne dévorant un de ses fils (1819),  ou la série d’estampes des Caprices. Ci-dessous, voici L’Enclos des fous de Saragosse (1793) :

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Ce tableau dénonce la grande négligence dont sont victimes les fous dans les asiles à l’époque (brutalité, enfermement avec les criminels). Dans l’asile de Saragosse, le traitement réservé aux fous est toutefois plus moderne qu’ailleurs : même s’ils sont encore considérés comme des bêtes, ils ne sont plus menottés.

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Le Cri révolutionnaire de Munch

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Munch a beaucoup souffert tout au long de sa vie, et ce tableau incarne bien son désespoir. L’artiste décrit ainsi l’expérience qui l’a poussé à peindre Le Cri : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Avec cette œuvre, Munch renouvelle la thématique du cri : en effet, pour la première fois dans l’histoire de la peinture, un tableau illustre un cri provoqué par la pure et simple douleur psychique. Il est en cela très moderne et révolutionnaire.

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Niki de Saint-Phalle : hymne à la joie !

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Tiens, je terminerais bien cet article avec quelque chose de plus gai 🙂

Lors de son dernier cours, consacré au XXe siècle, Alexis Drahos nous a parlé de l’œuvre joyeuse de Niki de Saint-Phalle et en particulier de son œuvre Hon, ce qui signifie en suédois Elle (première photo ci-dessus). Il s’agit d’une sculpture gigantesque (23 m de longueur), exposée à Stockholm en 1966, représentant une femme aux cuisses écartées, par le sexe duquel les visiteurs entraient pour découvrir d’autres œuvres. Niki de Saint-Phalle considère l’art comme ludique et se lâche sur les couleurs !

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