Musée imaginaire ~ Papillons

marie perron(dessin humoristique de Marie Perron)

[après Âmes sœurs, Noir et Végétal, voici le 4e volet de mon musée imaginaire : papillons]

L’art a-t-il accordé aux papillons tout l’intérêt qu’ils méritaient ? Très probablement, même si ces derniers se font « discrets » dans les œuvres d’art, à l’image de leurs battements d’ailes doux et silencieux. Les papillons, venus d’un monde résolument pacifique et harmonieux, enchantent le monde sans jamais chercher à voler la vedette.

On rencontre des papillons sur certaines peintures de l’Egypte ancienne, manuscrits illuminés du Moyen-Âge, natures mortes de la peinture flamande et hollandaise, œuvres du XXe siècle (Odilon Redon et Salvador Dali, parmi tant d’autres). Et bien sûr, de tout temps, les papillons sont venus batifoler dans les beaux-arts asiatiques.

Voici mes papillons préférés 🙂

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Papillon-bijou

En 1857, dans son texte L’Insecte, Jules Michelet déplorait l’esthétisme « pesant » de l’époque et suggérait avec ferveur aux artistes de se tourner vers la nature, et en particulier vers la beauté des insectes, pour accueillir et cultiver une inspiration nouvelle et moderne. Il écrivait ainsi à propos des insectes :

Il faut les aimer, les contempler, s’en inspirer, en tirer des formes idéales, et des iris tout nouveaux, de surprenants bouquets de fleurs. Ainsi transformés, ils seront, non pas tels que dans la nature, mais fantastiques et merveilleux, comme l’enfant qui les désire les vit en dormant, ou la fille amoureuse d’une belle parure, ou comme la jeune femme enceinte dans ses envies les a rêvés.

Il faut croire qu’à la fin du XIXe siècle, l’Art Nouveau a entendu ses prières. Ce mouvement artistique né aux alentours de 1895 met effectivement la nature au cœur des préoccupations esthétiques : avec la flore (feuilles de ginkgo, orchidées, narcisses, iris…) mais aussi avec les animaux et en particulier les insectes, qui inspireront puissamment les artistes : papillons, libellules…

Voici donc, par exemple, une splendide broche Papillon, réalisée par les artisans Boucheron en 1900. J’ai découvert cette pure merveille sur Pinterest, il y a quelques mois.

broche

Cette broche est composée d’émail et de gemmes. Plus d’un siècle après sa création, elle était vendue aux enchères chez Christie’s, parmi quelques 270 autres bijoux d’Elisabeth Taylor (qui avait une des plus belles et importantes collections de bijoux du monde). Loin des bijoux assez pompeux (souvent en diamants et en or) de l’actrice, ce ravissant papillon tout droit sorti d’un songe, agrémenté d’opales, aigue-marine, rubis et émeraudes, offre au regard une fraîcheur et une joyeuseté totales.

A l’origine, il rehaussait un peigne à cheveux. Il a finalement été transformé en broche.

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Papillons coquins

Je suis littéralement fan de ce dessin gentiment érotique de Jasper Goodall. Je l’ai découvert vers l’âge de 20 ans, en feuilletant Jalouse (une revue de mode pointue, que j’achetais moins pour les photos de mode que pour dévorer des yeux le travail graphique et typographique). C’était il y a plus ou moins 15 ans. Je l’ai scanné, précieusement gardé, et il fait résolument partie de mon musée intime. Talons hauts, cheveux de rêve, jeune nana jouissant de la vie, corps désirant et désiré, fantasme vivant, femme-fleur hédoniste butinée par des créatures de rêve…

jasper goodall

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Des ailes dans le dos !

J’éprouve beaucoup de tendresse et d’enthousiasme pour les sculptures de Katya Guseva. Un grand nombre de ses œuvres est visible sur Pinterest. Ci-dessous, une sculpture pleine de poésie, un peu absurde, mais finalement très sensée. Il s’agit d’une jeune femme en salopette, décolleté généreux, en train de jardiner. Elle vient d’arracher une carotte de son potager. Tout, dans cette sculpture, parle d’harmonie avec la nature : les  légumes du jardin, le chapeau fleuri, la joie de vivre en pratiquant des activités qui nous reconnectent à la terre, et bien sûr, les ailes de papillon qui transforment cette silhouette hippopotamesque en joli ballon jaune.

Katya Guseva

Voici ce que Katya Guseva dit de son travail :

I am making dolls for « big kids ». For those who still remember the road to childhood : to the time when trees were bigger and dreams were brighter…

Elle crée donc amoureusement des poupées pour « grands enfants » : ces adultes qui savent encore retomber en enfance, revenir dans ce monde où tout paraît plus grand et plus intense. J’adhère à 100 %. Nietzsche n’a-t-il pas dit que chaque être humain cachait en lui un enfant qui veut jouer ? 🙂

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Le tabouret Butterfly

Sori Yanagi (1915-2011) est un célèbre designer japonais. Sa palette créative est large : meubles, arts de la table, jouets, véhicules… Son travail allie le design industriel occidental et la tradition artisanale japonaise. Parmi ses sièges célèbres, on trouve le tabouret Elephant et bien sûr, le siège Butterfly (1954), ci-dessous. Le tabouret est traditionnellement un objet occidental (au Japon, on s’assied au sol, sur des tatamis) mais la forme de ce tabouret Butterfly rappelle les idéogrammes japonais.

Vous l’aurez compris, le Butterfly rappelle la forme, la légèreté et la grâce du papillon. Il est disponible en trois essences de bois : érable, palissandre et cerisier. N’est-il pas magnifique ?

Sori Yanagi

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