Des cadeaux pour la vie (2)

010

(Bee with me – Anita Jeram)

Voici quelques cadeaux que ma mère m’a fait pour la vie.

  • une enfance au fond de la vallée, au bord de l’eau
  • du temps pour ses enfants
  • nos 5 sens en éveil
  • la bienveillance, la tendresse
  • l’anticonformisme
  • le libre-arbitre
  • les joies de la nature
  • toujours l’encouragement, jamais la réprimande
  • me servir de mes 10 doigts
  • l’épanouissement corporel
  • n’avoir jamais comparé ses filles, ni entre elles, ni aux autres enfants
  • l’absence totale de cynisme
  • la curiosité, le goût d’apprendre
  • le goût des jolies choses
Publicités

Quelques cadeaux pour la vie

011

(il n’y a rien de mieux que la liberté – Anita Jeram)

Consciemment ou sans le vouloir, nos parents nous transmettent beaucoup de choses. Voici quelques cadeaux que mon père m’a fait pour la vie :

  • le goût de la balade
  • le goût des chemins de traverse, du « sauvage »
  • le sens critique
  • le goût de l’effort
  • le goût de la liberté
  • le goût pour d’autres cultures
  • le plaisir de planter des clous et de fabriquer quelque chose d’utile
  • un désintérêt pour la triste norme
  • le droit, évident, de tout faire comme les garçons

Délicieuse journée !

boncompain

(une radieuse nature morte de Pierre Boncompain)

Terrasse baignée de soleil, maison ouverte aux quatre vents, parfum des glycines de la voisine qui embaume la chambre, chant des oiseaux, cloches de l’église au bout de la rue… Une salade de feta et des pommes de terre sautées, un brin de ménage, beaucoup de farniente, un bon bouquin, un lit moelleux, quelques tartines au miel d’acacia : la vraie vie quoi 🙂

Demain, reprise du taff en douceur, j’espère !

La fée d’eau douce

myu-myu (320x400)

(photo de Myu-Myu, une artiste japonaise présente sur Flickr)

Hier, une ravissante libellule est venue me dire bonjour sur la terrasse.

Certes, les voisins ont un petit point d’eau (en été, on entend le chant des batraciens) et les bords de l’Oise se situent à 2 minutes à pied de la maison, mais d’habitude, les libellules ne s’aventurent jamais jusque chez nous ! Ca m’a scotchée.

Bref. Je voudrais continuer de partager, encore un instant, ma lecture de Insectes de Lafcadio Hearn (pour faire suite à mon post d’hier).

Lafcadio Hearn explique que le Japon est un véritable repère de libellules. L’un des anciens noms du pays est d’ailleurs Akitsushima (île de la Libellule). Hearn s’amuse donc à énumérer le nom des libellules répertoriées sur l’archipel et c’est l’occasion de savourer, une fois de plus, la poésie dont sont capables les nippons. Voici quelques exemples :

Libellule-tige de blé
Libellule-parapluie
Libellule-papillon
Libellule-démon
Libellule des esprits des ancêtres
Libellule trempée dans le kané (le kané est le vernis noir dont les femmes mariées se servaient autrefois pour orner leurs dents) ou Libellule teinturière
Libellule du dieu des rizières
Demoiselle du saule pleureur
Libellule-chariot
Libellule de la montagne verte
Libellule au costume multicolore
Libellule au sel
Libellule aux reins brillants

Et voici un extrait sur les libellules :

Il n’est sans doute aucun pays des zones tempérées qui accueille autant d’espèces de libellules ; même aux tropiques, me dis-je, on ne trouve pas de spécimens aussi étrangement beaux que certaines libellules japonaises. La plus extraordinaire que j’aie jamais vue est une Calepteryx japonaise que j’ai attrapée l’été dernier à Shizuoka. C’était l’espèce que les paysans de la région appellent « libellule noire », bien qu’elle soit en fait d’un violet très profond. Ses ailes, étroites et longues, d’un violet velouté, ressemblaient, y compris au toucher, aux pétales de quelque merveilleuse fleur. Le corps, également violet, aussi fin qu’une aiguille à repriser, était orné de stries pointillées d’or terni. La tête et le thorax étaient d’un vert doré des plus vifs, et les yeux, eux, formaient deux globes d’or poli. Les pattes étaient bordées sur leur surface intérieure d’épines incroyablement fragiles, plantées à angle droit sur les membres, comme les dents d’un peigne féérique. Créature si exquise que j’ai eu quelque remords à l’idée de l’avoir dérangée – comme si j’avais indiscrètement manipulé quelque chose qui appartenait aux dieux, si bien que je l’ai promptement rendue au buisson sur lequel je l’avais trouvée, immobile…

Ci-dessous, un obi orné d’insectes estivaux, parmi lesquels une libellule. Le obi est la ceinture large qui termine un kimono. Il s’agit d’un accessoire absolument essentiel, que les Japonais choisissent, utilisent et nouent avec un raffinement extrême. Les geishas y rangent souvent leur éventail.

obi (400x400)

Pour finir en beauté, voici quelques vers de François Fabié (Ma Libellule) et une estampe de Ohara Koson (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog) :

Petite fée au bleu corsage,
Que j’ai connue dès mon berceau,
En revoyant ton doux visage,
Je pense aux joncs de mon ruisseau…

koson

Insectes : créatures du paradis

4X5 orig

(Lucioles à Ochanomizu, par Kobayashi Kiyochika)

Vous le savez peut-être, les Japonais admirent les insectes. On retrouve cet intérêt typiquement nippon pour les plus petites bêtes sous de multiples formes : domestication d’insectes musiciens, promenades consacrées à la contemplation des lucioles, nombreux poèmes dédiés aux libellules et papillons, ou encore étude des textes de l’entomologiste français Jean-Henri Fabre dans les écoles (Jean-Henri Fabre est un héros au Japon !).

Je viens de découvrir une pépite : Insectes, de l’écrivain irlandais Lafcadio Hearn (XIXe siècle). Pour qui s’intéresse à l’entomologie et qui aime également la poésie et la littérature, ce livre est une petite merveille 🙂

Insectes

Lafcadio Hearn a beaucoup voyagé, et en particulier au Japon (où il s’est marié, a pris un nom japonais, et où il est enterré).

Voici le sommaire de l’ouvrage (les 9 premiers chapitres sont dédiés au Japon) :

  • Préface : Au pays des insectes
  • Papillons du Japon
  • Moustiques
  • Fourmis
  • Histoire d’une mouche
  • Lucioles
  • Libellules
  • Sémi (cigale japonaise)
  • Insectes musiciens
  • Kusa-hibari (grillon)
  • Quelques poèmes anglais sur les insectes
  • Quelques poèmes français sur les insectes
  • Les insectes dans la poésie grecque
  • Politique entomologique
  • La tarentule du docteur Hava
  • Esquisses sur les insectes de la Nouvelle-Orléans

*

Voici un petit extrait attendrissant, sur les fourmis. On sent que l’influence japonaise a fait un travail en profondeur sur le cerveau de l’auteur 🙂

Le travail que ces ouvrières achèvent journellement est considérable. Il comprend la construction de routes, de ponts et d’édifices architecturaux divers ; l’horticulture ; l’agriculture. Elles doivent nourrir et abriter diverses espèces d’animaux domestiqués ; elles coupent du bois, fabriquent des produits chimiques, entreposent et conservent des aliments multiples. En outre, elles doivent veiller aux enfants de la race. Nul citoyen de cette société modèle ne songe à la « propriété » autrement que comme à une res publica, une chose « publique ». L’unique but de la communauté est d’élever et d’éduquer ses rejetons, dont la plupart sont des filles. Leur enfance est très longue ; durant cette période, ils sont non seulement incapables, mais aussi informes et de plus si délicats qu’on doit les protéger contre le moindre changement de température. Fort heureusement, leurs nourrices ont une certaine connaissance des lois de l’hygiène et de l’antisepsie ; chacune est au courant des règles de la ventilation, de la désinfection, de l’humidité et du danger des germes, qui, peut-être, sont aussi visibles à leurs yeux de myopes qu’ils le sont aux nôtres par le biais du microscope. Tout ce qui a trait à l’hygiène est si bien compris qu’une nourrice ne fait jamais d’erreur sur les conditions sanitaires de son environnement.

Aucune des travailleuses ne se néglige, malgré ce labeur incessant. Elles sont d’une propreté scrupuleuse et font leur toilette plusieurs fois par jour. Mais, comme elles sont pourvues de brosses et de peignes magnifiques à leurs poignets, elles ne perdent pas de temps. En plus de prendre soin de leurs corps, elles veillent à l’ordre et à la propreté de leurs demeures et de leurs jardins, pour le bien de leur progéniture. Il faut un tremblement de terre, une inondation ou une guerre acharnée pour interrompre la routine journalière du nettoyage et de la désinfection.

*

Pour en savoir plus :

  • la fiche officielle des éditions du Sonneur : ici
  • un article sur le bouquin : ici

Ci-dessous, un concert sous la lune par le japonais Asako Eguchi :

concert

Féérie du papier en Corée

youngdoo

Avez-vous déjà entendu parler du festival des Lanternes en Corée ?

Il paraît que c’est un spectacle splendide. L’événement a lieu chaque année en mai depuis plus de 1000 ans (célébration de la naissance de Bouddha). A cette occasion, un certain nombre de villes coréennes et bien sûr Séoul, organisent plusieurs jours de fête, rendus féériques grâce à des milliers de lanternes.

07

En amont, les habitants fabriquent leur propres lampions, tandis que les artistes sollicités pour l’occasion imaginent des spectacles à couper le souffle, au cœur desquels rayonneront d’impressionnantes lanternes figuratives : lotus, éléphants, tigres…

Traditionnellement, les lanternes du pays sont fabriquées avec du papier coréen (hanji).

04

L’enfer, c’est les autres

agios fonasontas

(l’enfer, c’est souvent les autres – photo de Agios Fonasontas)

Je suis catastrophée par l’attitude de ma voisine. Alors que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour que l’appartement se vende bien et vite, elle s’acharne à terroriser les acheteurs potentiels en faisant un boucan d’enfer et en s’entêtant à considérer que sa terrasse, malgré la saleté incrustée et le désordre ambiant, n’a rien de repoussant pour les visiteurs…

Que faire, à part accepter cette situation ahurissante ? Que faire, à part accepter l’idée qu’elle va saboter le travail de l’agent immobilier pendant des mois ?

J’ai toujours pensé que les problèmes sans solution étaient rares. Mais là, j’avoue que je suis tout simplement PERPLEXE. Les Français sont épouvantablement mal élevés et vulgaires. C’est mon cri du coeur du jour. Vive l’art de vivre à la japonaise, définitivement !

Un exemple parmi tant d’autres de l’intelligence et de la délicatesse japonaises : le tome-ishi (la pierre qui arrête) également appelée sekimori-ishi (la pierre gardant l’entrée). Il s’agit d’une pierre entourée d’une corde noire, qu’on rencontre au détour des chemins dans les jardins traditionnels nippons. Un cadeau ? Pas du tout ! Il s’agit d’une barrière virtuelle qui signifie « accès interdit ». Pas besoin d’en faire des tonnes et d’utiliser des couleurs agressives qui défigurent le paysage (à l’instar de notre épouvantable sens interdit rouge pompier), une évocation subtile suffit pour faire passer le message 🙂 (photo : Damien Douxchamps)

damien douxchamps