sur la piste du Douanier Rousseau

reve

(détail du Rêve, Le Douanier Rousseau)

A l’occasion de l’exposition Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, un colloque de deux journées a été organisé au sein du musée d’Orsay (les 11 et 12 mai). J’ai pris une demi-journée de congé pour assister au dernier volet, Les jungles de Rousseau à l’épreuve du mythe, au cours duquel quatre sujets ont été abordés (par deux historiens de l’art et deux spécialistes des sciences naturelles) :

  • les animaux chez Rousseau : créatures domestiques ou sauvages ?
  • démêler le vrai du faux : le cas de la Bohémienne endormie
  • la zoologie d’Henri Rousseau, une poésie peinte
  • la flore du Douanier Rousseau : un endémisme rêvé

Il m’est tout à fait impossible de retranscrire ici le quart de ce que j’ai entendu en 3 heures. Je vais plutôt faire une sélection subjective de quelques points qui ont retenu mon attention…

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atelier

On l’aura remarqué, la violence est assez présente dans les jungles du Douanier Rousseau (animaux qui en dévorent d’autres). Les spécialistes constatent d’ailleurs que l’artiste a parfois voulu atténuer cette « sauvagerie ». Exemple avec le tableau Surpris !, dont l’analyse scientifique a révélé la réalisation d’une première scène de violence, finalement dissimulée sous de gentils éléments de paysage.

Emmanuel Frémiet, artiste contemporain du Douanier Rousseau, a vu plusieurs de ses sculptures animalières très mal accueillies, et même censurées, à l’époque. Exemple avec Gorille enlevant une négresse, refusé au Salon de 1859. Le poète Baudelaire appuiera d’ailleurs là où ça fait mal, en mettant des mots sur ce qui n’avait échappé à personne : le gorille n’enlève pas sa proie pour la manger mais bien pour la violer ! Mon Dieu.

Si beaucoup de gens ont pensé à l’époque que les oeuvres du Douanier Rousseau étaient grotesques, et que le bonhomme n’avait aucun talent pour le dessin ni la peinture, la valeur marchande de ses tableaux a pourtant rapidement atteint des sommes astronomiques (par exemple La Charmeuse de serpents). Principaux fans du Douanier Rousseau : les anarchistes et les surréalistes 🙂

Plusieurs éléments (témoignages, incohérences) laissent encore penser, en 2016, que la Bohémienne endormie n’est pas forcément un tableau du Douanier Rousseau. Picasso s’est d’ailleurs amusé à laisser croire qu’il en connaissait le véritable auteur. D’autres artistes ont même laissé penser qu’il s’agissait peut-être de lui !

011

Soit dit en passant, grâce à ce colloque, j’ai enfin pris le temps d’observer attentivement et d’admirer véritablement ce tableau (non présent à l’exposition du musée d’Orsay car le Moma, à New York, n’a pas pu se résoudre à nous le prêter !). Je trouve en particulier que les couleurs choisies pour la robe (un arc-en-ciel on ne peut plus péchu !) et les cheveux (un rose de barbapapa) de la bohémienne sont d’une réjouissante audace ! 🙂

Le Douanier Rousseau a très peu voyagé. Ses principales inspirations : les jardins de Paris, mais aussi les images (comme pour les enfants 🙂 ). En l’occurrence, ses peintures multiplient les approximations et les fantaisies (zoologie, botanique). On oublie toutefois qu’à l’époque, même les représentations soi disant scientifiques étaient parfois douteuses (taille disproportionnée des palmes de tel oiseau sur telle planche zoologique, yeux trop gros sur tel travail de taxidermie pour tel lion, etc). Sur les tableaux du Douanier Rousseau, les détails les plus curieux (exemples : oranges rutilantes poussant sur les branches d’un ailanthus altissima ou fleur géante à mi-chemin entre le bleuet et le lotus, bref, des espèces non identifiées à ce jour dans notre galaxie) cohabitent de façon touchante avec un certain souci de précision (présence avérée d’une chouette glaucidium ou d’un caracara phalcoboenus dans le tableau Le lion ayant faim se jette sur l’antilope).

*

Grâce à ce colloque, j’ai aussi appris ce qu’était un diorama. Au delà du dispositif de Daguerre, le diorama (du grec voir au travers) est une mise en scène qui projette un sujet principal donné (en 3D) dans une reconstitution de son environnement habituel (soit en 2D, soit en 3D). Le principe de la crèche (le petit Jésus, l’étable, l’âne et le boeuf, les Rois mages…), qu’on restitue dans certaines familles à Noël, en est l’exemple type. Les musées d’histoire naturelle recourent très souvent à ce système de présentation pour montrer, de façon la plus pédagogique possible, les espèces (disparues ou pas) dans leur environnement naturel !

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