Rêve émeraude

jardin kenrokuen Kanazawa

(jardin Kenrokuen de Kanazawa, où la mousse est reine – photo Declicdevoyage)

Les Japonais aiment la mousse et dans la région de Kyoto, les mousses ne sont pas moins vénérées que les arbres centenaires. On est bien loin de la perception occidentale selon laquelle la mousse est un parasite à éradiquer !

Les mousses sont apparues sur notre planète avant les fougères. Elles ne possèdent pas des racines mais des rhizoïdes (le rhizoïde n’est pas plus menaçant qu’un poil) qui permettent une fixation tout en douceur. Les mousses ne font pas de fleurs. Elles aiment l’humidité et se nourrissent principalement grâce à l’eau de la pluie et à la rosée.

Apparemment, « LE » jardin à ne pas manquer quand on va au Japon est celui du Temple des mousses, Koke-Dera, de Kyoto (avec 40 variétés de mousses). Quelques photographies et précieuses informations ici. Pour y avoir accès, attention, il faut préparer sa journée : envoyer un courrier au jardin plusieurs semaines avant, en japonais ou éventuellement en anglais, et uniquement par courrier postal 🙂

Ci-dessous, un ravissant tapis de mousse. C’est magnifique !

But First...

Voici la vasque, traditionnellement creusée dans la pierre, et tendrement investie par la mousse, d’un jardin de thé :

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Les Japonais, poètes dans l’âme, multiplient les noms évocateurs pour évoquer la diversité des mousses. Voici quelques exemples :

  • pinceau du Yamato
  • givre-qui-se-dépose
  • mousse d’argent
  • mousse des sables
  • mousse-phénix
  • mousse-écureuil
  • soie bleutée
  • mousse-qui-rampe

Ci-dessous, le damier végétal du temple Tôfuku Ji. Il ne faut pas se fier à l’apparente rigueur de cette création végétale. Car ici, comme souvent avec les Japonais, la précision et la poésie font bon ménage, grâce à des jardiniers qui laissent la mousse s’épanouir en la laissant « déborder » légèrement de chaque mini-parcelle.

Toufuku-ji_hojyo7 (400x300).jpg

Statuettes à l’effigie de la divinité bouddhiste Jizo, gentiment explorées par la mousse :

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C’est en grande partie grâce au livre de Véronique Brindeau, une passionnée du Japon, que j’ai pu écrire cet article. Il s’appelle Louange des mousses. Pour en savoir plus, ça se passe ici. Bouquin très instructif, bien que parfois un peu difficile d’accès.

Et voici ce que l’éditeur Philippe Picquier disait des mousses (et de Véronique Brin d’eau 🙂 ) il y a quelques années :

Les Japonais ne construisent pas des cathédrales mais des jardins… Ils savent prêter attention à la mousse que l’on trouve au pied des arbres, dans les recoins des pierres… Il m’a fallu accepter de me laisser guider dans les jardins pour apprécier un peu de cette beauté fragile cachée dans l’ombre, que l’on peut percevoir au Temple des Mousses, à Kyoto. J’ai été conquis ; je ferai paraître à l’automne un éloge des mousses écrit par Véronique Brindeau. Devant le sentiment du temps qui passe, de l’irrémédiable, « le présent des choses présentes » (Saint Augustin) prend au Japon une signification particulière : la simplicité d’un jardin de mousses, d’une herbe modeste et discrète au bord du chemin peut être source inattendue d’émerveillement, comme de nostalgie poignante, parfois de solitude et de résignation. La mousse est l’incarnation même de l’humilité. C’est inné, les Japonais savent lui prêter attention et recevoir ce qu’elle peut transmettre. Tout est question de regard. Si vous faites attention à ce qui compose l’environnement, votre regard est transformé. Dans leur vie quotidienne, les Japonais habitent intégralement l’incompréhension de soi face au monde. C’est la raison pour laquelle ils donnent en ce moment une leçon à la terre entière.

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