La fée d’eau douce

myu-myu (320x400)

(photo de Myu-Myu, une artiste japonaise présente sur Flickr)

Hier, une ravissante libellule est venue me dire bonjour sur la terrasse.

Certes, les voisins ont un petit point d’eau (en été, on entend le chant des batraciens) et les bords de l’Oise se situent à 2 minutes à pied de la maison, mais d’habitude, les libellules ne s’aventurent jamais jusque chez nous ! Ca m’a scotchée.

Bref. Je voudrais continuer de partager, encore un instant, ma lecture de Insectes de Lafcadio Hearn (pour faire suite à mon post d’hier).

Lafcadio Hearn explique que le Japon est un véritable repère de libellules. L’un des anciens noms du pays est d’ailleurs Akitsushima (île de la Libellule). Hearn s’amuse donc à énumérer le nom des libellules répertoriées sur l’archipel et c’est l’occasion de savourer, une fois de plus, la poésie dont sont capables les nippons. Voici quelques exemples :

Libellule-tige de blé
Libellule-parapluie
Libellule-papillon
Libellule-démon
Libellule des esprits des ancêtres
Libellule trempée dans le kané (le kané est le vernis noir dont les femmes mariées se servaient autrefois pour orner leurs dents) ou Libellule teinturière
Libellule du dieu des rizières
Demoiselle du saule pleureur
Libellule-chariot
Libellule de la montagne verte
Libellule au costume multicolore
Libellule au sel
Libellule aux reins brillants

Et voici un extrait sur les libellules :

Il n’est sans doute aucun pays des zones tempérées qui accueille autant d’espèces de libellules ; même aux tropiques, me dis-je, on ne trouve pas de spécimens aussi étrangement beaux que certaines libellules japonaises. La plus extraordinaire que j’aie jamais vue est une Calepteryx japonaise que j’ai attrapée l’été dernier à Shizuoka. C’était l’espèce que les paysans de la région appellent « libellule noire », bien qu’elle soit en fait d’un violet très profond. Ses ailes, étroites et longues, d’un violet velouté, ressemblaient, y compris au toucher, aux pétales de quelque merveilleuse fleur. Le corps, également violet, aussi fin qu’une aiguille à repriser, était orné de stries pointillées d’or terni. La tête et le thorax étaient d’un vert doré des plus vifs, et les yeux, eux, formaient deux globes d’or poli. Les pattes étaient bordées sur leur surface intérieure d’épines incroyablement fragiles, plantées à angle droit sur les membres, comme les dents d’un peigne féérique. Créature si exquise que j’ai eu quelque remords à l’idée de l’avoir dérangée – comme si j’avais indiscrètement manipulé quelque chose qui appartenait aux dieux, si bien que je l’ai promptement rendue au buisson sur lequel je l’avais trouvée, immobile…

Ci-dessous, un obi orné d’insectes estivaux, parmi lesquels une libellule. Le obi est la ceinture large qui termine un kimono. Il s’agit d’un accessoire absolument essentiel, que les Japonais choisissent, utilisent et nouent avec un raffinement extrême. Les geishas y rangent souvent leur éventail.

obi (400x400)

Pour finir en beauté, voici quelques vers de François Fabié (Ma Libellule) et une estampe de Ohara Koson (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog) :

Petite fée au bleu corsage,
Que j’ai connue dès mon berceau,
En revoyant ton doux visage,
Je pense aux joncs de mon ruisseau…

koson

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