Photographie : l’investissement créatif

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(photographie de Don Hong-Oai – quelle splendeur !)

Don Hong-Oai (1929-2004) était photographe. Il peut être considéré comme un héritier du mouvement pictorialiste du XIXe siècle. Concrètement, il s’inspire de la peinture traditionnelle chinoise pour réaliser des photographies sublimissimes, qui nous font souvent perdre nos repères : photographie ou peinture ?

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At Play, Tianzi Mountain,  1986

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Pictorialisme

A la fin du XIXe siècle, la photographie se démocratise et la bourgeoisie veut lui donner un supplément d’âme en faisant d’elle un moyen d’expression artistique à part entière. Ainsi naît le mouvement pictorialiste (1890-1910). Principale préoccupation des photographes pictorialistes : la créativité, l’expression personnelle, les effets esthétiques. A leur disposition : filtres spéciaux, manipulations en chambre noire, flous artistiques, cadrages…

Personnellement, j’ai du mal à voir la photographie autrement que comme un art (même les reportages de guerre doivent être magnifiques pour susciter l’intérêt des médias et faire vendre). Mais à l’époque, c’était novateur. Et finalement, ça donnait des résultats intéressants. Ci-dessous, un paysage neigeux (Peter Henry Emerson), une foule (Demachy) et Venise (Edward Steichen) :

peter henry emerson

demachy

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Sur les bords du Nil

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(illustration de Anita Jeram)

J’ai mangé trop de chocolats ce week-end, mais qu’est-ce que c’était bon…

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Je viens de me renseigner : la carte annuelle des Amis du Louvre coûte 80 euros (quand on a plus de 26 ans). Elle devient donc financièrement intéressante si on va au Louvre 5-6 fois dans l’année. Ca mérite réflexion 🙂  Avantages : plus de file d’attente, réception gratuite des publications du Louvre (revues et bulletins) à domicile, tarifs réduits et entrées gratuites dans d’autres musées ponctuellement.

Et puis, ce serait peut-être aussi l’occasion d’aller flâner dans les départements qui me font un peu peur de prime abord, comme les antiquités égyptiennes.

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L’Egypte ancienne est un univers impressionnant, certes, mais qui me laisse souvent à distance. A qui la faute, j’en sais rien. Mais, alléluia, parmi les milliers de pièces archéologiques qui inondent les livres et les sites internet, certaines ont vraiment quelque chose d’attendrissant, ce qui permet alors un rapprochement, une intimité avec cette culture si lointaine. Ci-dessous, 4 pièces qui m’émeuvent et font instantanément tomber les barrières :

 

Le petit hippopotame bleu :

L’hippopotame faisait partie de la vie des Egyptiens. Habitant du Nil, il était à la fois symbole de puissance (de part sa grande force), de danger (il pouvait s’attaquer aux bateaux et aux hommes), de nuisance (ravageant les récoltes). En outre, il apportait beaucoup aux Egyptiens qui le chassaient pour son cuir, sa graisse, son ivoire et sa viande. Une cinquantaine d’hippopotames de ce type (en faïence bleue) seraient actuellement dispatchés aux quatre coins du monde. Ils sont ornés des végétaux et animaux qu’on trouve dans leur environnement immédiat : lotus, oiseaux, poissons… Je trouve que cet hippopotame est un poème à lui tout seul !

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Grâce féminine :

N’est-ce pas magnifique ? J’aime beaucoup le soin apporté aux parures. Ce trio élégant n’est qu’un détail d’une grande fresque représentant un banquet. Les plaisirs sensoriels sont donc à l’honneur et, entre autres, la musique. Les trois musiciennes ici présentes jouent respectivement de la double flûte, du luth et de la harpe.

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Un vase à khôl :

Des traces de khôl ont été retrouvés à l’intérieur de cette mini-jarre, portée par la petite sculpture en argile d’un domestique. On est loin, très loin, des images figées, froides, des rois et des divinités. Finalement, avec un peu de bonne volonté, les Egyptiens savaient bien représenter le corps en mouvement. Les objets à la fois beaux et utiles me fascinent.

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Foisonnement végétal et animal :

Les décors égyptiens les plus célèbres présentent souvent un style ultra linéaire et rigoureux. Un peu de désordre (profusion, oiseaux en plein vol), ça fait pas de mal 🙂

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Dans l’intimité de Jérôme Bosch

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(triptyque ouvert du Jardin des délices de Jérôme Bosch)

Etre nulle en anglais, parfois, c’est pas cool. Pourquoi ? Parce que ça vous empêche de profiter pleinement d’une animation extrêmement réussie (ici) qui vous permet de découvrir dans le détail le Jardin des délices de Bosch ! Bon, anglais ou pas, quoi qu’il en soit, ça vaut franchement le détour. On sait que ce triptyque fourmille de milliers de précieux détails, mais on n’a pas forcément les moyens d’aller l’admirer aux Pays-Bas (aux Pays-Bas en 2016, et à Madrid en temps normal). Et bien grâce à une numérisation très pointue de l’œuvre et au travail d’une équipe passionnée, le visiteur virtuel peut découvrir toutes les curiosités de ce chef-d’œuvre démentiel, comme bon lui semble. Au programme : nombreux gros plans proposés (et manuellement on peut tout regarder en gros plan), voix off (en anglais), vignettes de commentaires (en anglais toujours).

A titre informatif, le triptyque ouvert fait plus ou moins 2 mètres sur 4 mètres. Ca donne une idée de l’ampleur du travail !

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Ce qui me fascine le plus chez Jérôme Bosch : la puissance de ses couleurs.

Je viens de terminer le roman de Alexandra Strauss, Les Démons de Jérôme Bosch, qui nous raconte la vie imaginée de l’artiste (on ne sait, en réalité, quasiment rien de lui) et en bonne partie sa jeunesse.

Voici quelques extraits du livre. Les images que j’ai choisies proviennent toutes du Jardin des délices.

Son enfance :

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Les oiseaux, Jérôme les connaissait tous par leur nom. Mésanges, pinsons ou bergeronnettes, il les observait avec la même passion que les fleurs ou les insectes. Leur joliesse et la palpitation de leur vie délicate étaient à ses yeux proches de celles qu’il prêtait aux anges.

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Hors les murs, la splendeur grandiose du paysage le saisissait. Les prés à perte de vue s’offraient dans la lumière dorée du levant. Des gouttelettes brillaient de mille éclats irisés, et la brume s’évaporait en montant comme une fumée, révélant selon les saisons la nudité de la végétation ou sa luxuriance. Jérôme suivait le lit du ruisseau jusqu’au dernier moulin. Là, commençait le royaume des herbes ondoyantes où, sans hésitation, il pénétrait. Perdu dans les joncs plus hauts que lui, il oubliait le monde et avait l’impression d’en être oublié, un peu comme s’il n’était jamais né.

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Les premières pousses de blé frissonnaient, herbes fines d’un ton vert très cru, très intéressant, Jérôme se demandait avec quel pigment…

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Il se glissa doucement dans la cuisine et alla se cacher à l’étage, sous un lit où il rangeait sa boîte remplie d’images saintes, de plumes et de cailloux ramassés au bord de l’eau.

 

Son rapport compliqué aux femmes :

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L’air était doux. Des tourterelles roucoulaient dans les tilleuls. Fou de rage, Jérôme avançait sans dire un mot, tandis que Merteld, tout à fait à l’aise, se laissait aller à sa gaieté naturelle et babillait. Jérôme marchait les yeux baissés, malgré lui fasciné par la jupe de Merteld qui flottait, se pliait et se déployait autour d’elle, exhalant un parfum de fleurs entêtant. Avec ses manières fraîches et gracieuses, Merteld avait l’air innocent. Était-il possible qu’elle ne fût pas consciente des regards qui les suivaient et qui n’avaient rien d’amènes ?

Un feu dévorait les joues du jeune homme. Bien qu’il s’en écartât, l’épaule de Merteld revenait sans cesse toucher la sienne.

– Pour vous, Jérôme…

Elle avait sorti de son vêtement un petit livre recouvert de cuir qu’elle lui tendit. Il hésita, puis le prit et l’examina, feuilletant délicatement l’ouvrage encore tiède du contact de la jeune femme.

– Pour moi ?

– Oui. Pour sceller notre amitié.

Le livre était un psautier de si petite taille qu’on pouvait l’emporter partout avec soi. Un moine l’avait merveilleusement décoré de miniatures délicates, et une grande ferveur s’en échappait, intimant une sérénité douce, une paix recueillie. Comment refuser un pareil présent ?

– C’est… C’est magnifique… Merci.

Les yeux de la jeune femme brillèrent du contentement d’avoir si justement choisi. Elle n’avait jamais eu l’air si pur, ni si désintéressé, et Jérôme se sentit honteux de sa petitesse. Son imagination n’était-elle pas portée à voir le mal partout ?

 

Sa rencontre avec sa future femme (racontée à la troisième personne, par elle) :

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Goyart avait cédé à toutes les exigences de Jérôme : couleurs et huiles de qualité, brosses et pinceaux coûteux. Il avait donné des ordres pour que sa tranquillité soit respectée et, de ce fait, personne n’entrait jamais dans la salle où il travaillait. Le soir, affamé et hagard, Jérôme se joignait à nous et il finit par s’habituer à cette table où l’on discutait sans cesse des inventions récentes, ouvrages scientifiques et recueils de chansons rimées.

Je le surpris. J’étais cultivée, et même plus que cela. Parfois, je ne descendais pas dîner, je restais dans mon officine, plongée dans quelque étude. D’autres fois, au cours des repas, je m’immisçais dans les conversations que Jérôme tenait avec mon père et ses hôtes de passage. Je parlais fort bien le latin et le grec, ce qui intriguait Jérôme qui ne pensait pas que ces langues fussent destinées aux femmes.

 

Son émerveillement pour la nature et les animaux :

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Chaque matin, Jérôme quittait notre maison où tous somnolaient encore. Il sortait de la ville par la porte de l’octroi, et la campagne le prenait tandis qu’il marchait dans les prés inondés de rosée. Il croisait des paysans qui se rendaient aux champs, des chasseurs qui s’enfonçaient dans les marais. Il surprenait des animaux dans leurs activités paisibles ou combatives, dictées par un rythme naturel, et non par cette concupiscence qui est souvent la motivation des affaires humaines. Il s’installait au bord d’un fossé, faisait quelques croquis, et se remplissait d’air et de lumière.

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J’ai envie de terminer cet article avec un tableau particulièrement sombre et sublime de l’artiste : Le Portement de Croix (apparemment un des derniers travaux de Jérôme Bosch).

Au cœur du tableau, on découvre le Christ et sa couronne d’épines. Autour de lui, les visages les plus grimaçants et hideux qu’on puisse imaginer se multiplient. Et toujours, ces couleurs fulgurantes qui happent le regard…

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Cuillères ornées d’Egypte

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(cuillère égyptienne : nageuse nue, bassin orné de tilapias et de tiges de lotus)

Avez-vous déjà entendu parler des « cuillères à fard » égyptiennes ?

J’ai découvert cet objet il y a quelques années, grâce à Pinterest. J’en suis littéralement tombée amoureuse : motifs végétaux, design de l’objet, association de l’utile et du beau, goût du détail. Cet objet est communément appelé « cuillère à fard » car les spécialistes ont d’abord pensé qu’il s’agissait d’objets de toilette, permettant de recueillir (dans le cuilleron) les produits destinés à la mise en beauté des riches Egyptiennes.

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Le Louvre propose une fiche descriptive de la cuillère ci-dessus : ici.

Si peu à peu, cette fonction profane de la cuillère égyptienne a été remise en question, à l’avantage de la fonction sacrée (ustensile d’offrandes aux dieux), curieusement, de nombreux ouvrages (et de nombreux musées !) continuent de classer ces magnifiques cuillères ornées dans la catégorie des rituels de beauté, à côté des étuis à khôl et des peignes.

C’est ce qu’explique merveilleusement bien Richard Lejeune, un passionné d’Egypte ancienne, sur son blog. Ses 4 articles consacrées aux cuillères égyptiennes se situent dans ses archives d’octobre 2011, ou encore dans la rubrique Décodage de l’image égyptienne.

Quelles beautés !!

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Ces cuillères auraient eu deux utilisations :

  • lors de rites religieux : offrandes de vin, myrrhe ou huiles parfumées aux dieux égyptiens
  • participation au mobilier funéraire (le mort partait avec un maximum d’objets pour s’assurer le plus beau des voyages). On sait d’ailleurs que la grande majorité de ces cuillères n’ont jamais été utilisées (aucun produit détecté dans le cuilleron d’après les analyses scientifiques).

Une centaine de ces belles cuillères se trouvent au Louvre. Ci-dessous, jeune femme jouant du luth :

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Obsédé par la lune

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Retour de l’église, Samuel Palmer

Il y a 10 ou 15 ans, en feuilletant un bouquin, je m’arrête net sur ce tableau. Sans penser qu’il est parfait, je ne peux m’empêcher de le trouver puissant et touchant à la fois. Cette œuvre dégage une magie étrange et chaleureuse qui parle à mon cœur intact d’enfant (j’avais 20 ou 25 ans).

Puis je l’oublie complètement, et le nom du peintre qui va avec : pendant des années, il sort de ma vie. Du moins, en apparence. Car finalement, quand on regarde un tableau avec intensité pendant un bon moment avant de passer à autre chose, c’est évidemment pour l’imprimer, le graver dans sa « mémoire du beau », et finalement, forcer le destin : d’une manière ou d’une autre, un jour, on le retrouvera, on s’est mentalement organisé pour ça. On saura donc détecter les indices et retrouver le chemin qui mène à la source, comme le Petit Poucet.

Résultat, hier, je tombe sur un tableau qui m’y fait instantanément penser et dont je sais tout de suite qu’il est du même auteur. Celui-ci :

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Il s’appelle Paysage vallonné. J’apprends qu’il est d’un certain Samuel Palmer. Immédiatement, je fais des recherches et je vais de jolie surprise en jolie surprise, découvrant avec gourmandise l’univers naïf, pastoral et merveilleux de cet artiste du 19e siècle. Son credo : une vision mystique, habitée et poétique de la nature.

D’après ce que j’ai lu sur internet, Samuel Palmer a eu une production artistique inégale, parfois follement inspirée, parfois moins. Je vais poster ci-dessous quelques-unes des œuvres que je préfère. Vous remarquerez qu’il est sérieusement obsédé par la lune 🙂 C’est ti pas joli comme tout ?

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Voici sa version touchante du repos pendant la fuite en Egypte (épisode de la petite enfance de Jésus, auquel j’ai consacré un post il y a quelques semaines) :

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Quelques informations sur la vie et l’œuvre de Samuel Palmer : ici.

Je suis aussi tombée sur le blog d’un artiste qui s’est inspiré de l’œuvre de Samuel Palmer. Il s’appelle Kit Boyd et voilà par exemple une de ses réalisations. Je trouve ça absolument ravissant :

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Au delà de l’érotisme

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Je viens d’écouter une émission radiophonique passionnante sur le Bain turc de Ingres (1862), tableau exposé au Louvre. Pour avoir accès à l’enregistrement, c’est tout simplement ici.

Ce gynécée sensuel est composé de 25 nus alanguis : des courtisanes et quelques esclaves.

Les invités de l’émission font remarquer que les 5 sens y sont représentés :

  • le toucher : peau des courtisanes, baigneuse qui sort de l’eau, femme qui presse le sein d’une autre, moiteur…
  • l’odorat : encensoir avec lequel l’une des esclaves parfume la chevelure de sa maîtresse…
  • le goût : nature morte au premier plan qui représente un plateau de gourmandises, femme qui se délecte d’un fruit au dernier plan…
  • l’ouïe : on imagine les bijoux qui tintent, les murmures de certaines conversations, et surtout plusieurs instruments sont représentés : un tchegour (sorte de luth) dans les mains de la femme du premier plan, un tambourin au fond à gauche…
  • la vue : femme qui danse, tissu bleu chatoyant, couronne dorée, bijoux, sensualité des corps…

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Voilà ce que j’ai retenu :

  • Un tondo est un tableau circulaire (de rotondo, qui signifie rond)
  • Le Bain turc est le dernier chef-d’œuvre de Ingres
  • Ce tableau n’a été présenté au public qu’après la mort de l’artiste
  • Ingres ne faisait pas appel à des nus pour travailler ses tableaux : il collectionnait et collait, associait, d’innombrables images pour réaliser ses compositions. Il s’agissait d’un travail de montage.
  • Son maître (son école) : David
  • Sa référence absolue : Raphaël, et en particulier La Madone à la chaise, également un tondo (exposé à Florence), absolument sublime, le voici :

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Pour lire la fiche du Bain turc sur le site du Louvre, c’est ici .

Cette émission m’a donné envie de retourner au Louvre et en particulier dans le département des peintures françaises, mais aussi au hammam, ça fait si longtemps !! 🙂

Ci-dessous, la scène du bain turc de Ingres revisité par Picasso (splendide réalisation de la fin de sa vie) :

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Démons et merveilles

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(détail du Jardin des délices, Jérôme Bosch)

Quand j’ai passé une journée infernale au boulot, rien ne m’apporte plus d’oxygène que d’aller flâner dans une bonne librairie en quittant le taff : j’y entre, je me dirige vers le rayon Beaux-arts, et là, tout s’éclaire. Je perds la notion du temps, mes soucis s’évanouissent, je respire enfin. Je furète entre les rayonnages, je plonge avec délice dans les bouquins qui m’appellent. Ma concentration retrouve toute sa fraîcheur, mon esprit bourgeonne, de multiples fenêtres s’ouvrent dans mon cerveau. Je bascule dans le plaisir divin des livres d’art. Je revis.

Hier soir, j’ai acheté le coffret de l’Histoire de la Beauté et de la Laideur de Umberto Eco. Les reproductions sont magnifiques. Un article sur ce coffret : ici. De très bons avis sur le tome 2 (celui de la laideur) : ici.

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Cette année, c’est le 500e anniversaire de la mort de Jérôme Bosch. A cette occasion, l’artiste va être célébré dans plusieurs villes d’Europe durant toute l’année 2016, et en particulier aux Pays-Bas avec l’exposition Jérôme Bosch, visions de génie jusqu’au 8 mai (quelques infos ici).

Du coup, les librairies le mettent à l’honneur. J’ai jeté mon dévolu sur Les Démons de Jérôme Bosch de Alexandra Strauss : un roman historique facile d’accès qui prend le parti d’imaginer ce qu’a pu être la vie de ce peintre aux oeuvres splendides, mondialement connu et dont on ne sait pourtant quasiment rien ! Je suis au début de ma lecture. Le bouquin présente pas mal de similarités avec La Jeune Fille à la perle de Tracy Chevalier. Entrer ainsi dans l’intimité et le quotidien d’un grand artiste est à chaque fois, pour moi, une expérience très chaleureuse et excitante… Quelques avis sur le livre : ici.

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En faisant un saut au rayon Nature, j’ai également découvert ce très bel ouvrage aux éditions Salamandre : Au bord de l’eau, un guide nature qui fait rêver ! Quelques infos sur le livre : ici.

Salamandre est une maison d’édition franco-suisse sans but lucratif, qui vit grâce à une quinzaine de passionnés. Jusque là, je ne connaissais que 2 de leurs livres : La forêt du lynx (ici) et Hiboux et chouettes (ici), deux ouvrages sublimes… Je viens d’apprendre que les éditions Salamandre vendaient également des films documentaires, dont un sur le martin-pêcheur !

 

Pour rester sur le joyeux thème des bords de l’eau, je ne résiste pas à l’envie de poster ici un magnifique extrait de L’eau et les rêves, du philosophe Gaston Bachelard, qui s’exprime alors au nom de tous ceux qui ont grandi au bord de l’eau :

Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans l’ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière…

Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin. […] Le Vallage a dix-huit lieues de long et douze de large. C’est donc un monde. Je ne le connais pas tout entier : je n’ai pas suivi toutes ses rivières.

Mais le pays natal est moins une étendue qu’une matière ; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés. Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur… Il n’est pas nécessaire que ce soit le ruisseau de chez nous, l’eau de chez nous. L’eau anonyme sait tous mes secrets. Le même souvenir sort de toutes les fontaines…