Le corps qui parle

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(Béliers de Grímur Hákonarson)

Moi qui aime découvrir des films pleins de silence et qui rendent hommage aux corps (exemple : les films de Bruno Dumont), j’ai été servie en ce début d’année.

En janvier : Béliers. Un film minimaliste et bourru mais très profond et attendrissant. L’histoire se déroule en Islande. Le pitch : deux vieux frères, aux grosses barbes et gros chandails d’hiver, sont contraints de re-communiquer ensemble pour sauver leur plus grande raison de vivre : deux troupeaux, menacés par la maladie de la tremblante et toutes les conséquences qu’on lui connaît. Tout en parlant d’élevage et d’incommunicabilité entre deux frères qui se détestent autant qu’ils s’aiment, ce film offre aussi une grande place aux animaux et fait véritablement l’éloge de nos vies communes avec les bêtes : les béliers (que les deux frères appellent tendrement par leurs prénoms et qui sont filmés comme des héros, voire des dieux, c’est très beau !) et un chien (intrépide et toujours partant pour endosser le rôle du messager entre les deux vieux bonhommes). Bref, un film très humain sur les animaux, et très animal (sensoriel, organique, brut de décoffrage, poilu, barbu, ventru, laineux) sur les hommes. A obtenu le prix Un certain regard, Cannes 2015.

 

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(Les Innocentes de Anne Fontaine)

En février : Les Innocentes. Pologne, 1945. Plusieurs religieuses sont violées au sein même de leur couvent coupé du monde, par des soldats russes, et tombent enceintes. L’enfer, l’effroi, mais aussi la résilience et même carrément la lumière, grâce à une femme médecin de la Croix Rouge française qui va, dans le secret, les accompagner plusieurs semaines (jusqu’à l’accouchement) et par là même les aider à se réconcilier avec leur indicible souffrance. Inspiré d’une histoire vraie. Un film grave et physique. Une ode au courage, au dépassement de soi, mais aussi au respect de la différence. De très beaux paysages enneigés (ça me manquait !) et de beaux chants religieux. Un film en couleurs, qui fait pourtant la part (très) belle au noir et au blanc : tenue graphique des religieuses, forêt endormie sous la neige, cadre austère du couvent bénédictin. Le film nous offre toutefois quelques rares taches de couleurs : le bon gros pain de campagne brun, les lèvres sensuelles de la femme médecin, la lueur chaude des bougies, une robe d’été oubliée qu’on ressort un jour de la valise…

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