Frugalité et volupté

Julian Merrow-Smith

(tableau de Julian Merrow-Smith)

Un autre livre de Dominique Loreau qui vaut le coup : L’Art de la frugalité et de la volupté. Car non, frugalité et volupté ne sont pas antinomiques, loin de là. Ce serait même carrément le contraire. Démonstration concrète avec quelques extraits de ce bouquin, dans lesquels elle prône le self-control, l’harmonie de l’humain avec les saisons, ainsi que la sacralisation de la nature et du corps :

Le self-control a un côté rétrograde en Occident, alors qu’il est considéré en Asie (dans les arts martiaux, par exemple), comme le plus important des trésors.

Comment protégez-vous votre seul et véritable trésor, votre corps ? Ce corps, c’est votre unique demeure.

Vous aussi, planifiez non seulement vos repas, mais tout ce qui s’y rapporte au fil des saisons. Pique-niques et généreuses salades composées l’été, cueillette des girolles en automne, châtaignes grillées au coin du feu et fruits de mer l’hiver, petits pissenlits frais et tendres aux printemps… Il est tellement dommage de ne pas mettre en valeur le charme de chaque saison, de ne pas chercher à en extraire le meilleur, ne serait-ce qu’une fois par saison, pour « marquer » son passage…

Au Japon, toute demeure traditionnelle possède, dans son salon, une « tokonoma », sorte d’alcôve murale destinée à exposer deux œuvres d’art, généralement un rouleau de peinture et une composition florale ou bien une statuette. Mais parfois, à la place des fleurs, on peut voir une botte de poireaux, un radis noir avec ses feuilles, ou un potimarron. Ces légumes représentent eux aussi, aux yeux des Japonais, des objets dignes d’admiration et de respect.

 

loreau

Dominique Loreau nous y parle également de la shojin ryori, cuisine du corps et de l’âme. Un concept raffiné et intelligent qu’elle résume ainsi :

Shojin ryori signifie en japonais « cuisine pour l’avancement spirituel et la dévotion ». Elle a pour but de faire progresser spirituellement ses adeptes à travers l’acte de préparer et de consommer les repas. L’entraînement à ce genre de cuisine exige de la part de celui qui la pratique un sens de l’effort total ainsi qu’un parfait contrôle de soi, deux qualités élémentaires et essentielles dans le bouddhisme zen.

Elles impliquent le choix d’aliments de saison, des préparations variées, le respect et le goût des ingrédients, l’économie dans les gestes, l’exactitude et à travers tout cela l’appréciation de la vie en général, la recherche d’encore plus d’harmonie avec le reste du monde et un parfait accord avec soi-même.

C’est un véritable entraînement à la simplicité et à la frugalité (même les épluchures, dans les temples zen, doivent être utilisées), une activité de caractère sacré. Mais c’est aussi faire de l’ordinaire une expérience extraordinaire, ce dont on retire une volupté certaine. Dans la pratique de cet entraînement, couper un navet n’est pas moins important que lire ou méditer. Esthétique, morale, éthique, santé, économie, tout y a trait.

(photos de Nicole Franzen et Roland Persson)

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