Papier ou numérique ?

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(couverture d’un numéro du New Yorker, 1934)

Hier, j’ai assisté à la conférence suivante : Lecture numérique, lecture papier, faut-il choisir ? par Roberto Casati, philosophe de la perception et directeur de recherche au CNRS, qui a publié Contre le colonialisme numérique : manifeste pour continuer à lire chez Albin Michel. C’était à la bibliothèque Valeyre du 75009.

Il me serait totalement impossible de résumer correctement tout ce qui a été dit en 2 heures. Je me contenterai de reprendre la conclusion de Roberto Casati, qui n’a aucun priori sur le numérique et qui invite simplement chaque individu à prendre le temps de se poser les bonnes questions, au cas par cas : face au choix constant papier/dématérialisation, il est essentiel de ne pas succomber à l’engouement hâtif pour le numérique (dans les écoles notamment) avant d’en avoir compris les conséquences. De l’importance du principe de précaution quand on veut toucher à des pratiques très anciennes…

Exemple positif : la photographie. Le numérique n’a apporté que du bon à la photographie : c’est moins cher, on a droit à l’erreur, on est sorti du cadre de la cérémonie (événements familiaux) et de l’occasionnel pour prendre des photos et les partager autant qu’on en a envie… Autre exemple positif : le numérique a sauvé les encyclopédies, qui n’étaient que très incomplètes (et dont les comités de rédaction étaient de toute façon idéologisées, politisées) (ça n’enlève rien aux failles de Wikipédia évidemment).

Exemple négatif : à l’école, l’appropriation du texte et le travail de mémoire seraient globalement plus efficaces avec les manuels scolaires papier. Autre exemple négatif : le numérique favorise souvent la dispersion et le comportement multitâches.

[A propos du comportement multi-tâches (pour les tâches conscientes), Roberto Casati a insisté sur le fait que c’est une illusion. La réalité : le cerveau n’en est pas capable. L’individu multitâches ne fait que glisser, switcher, d’une tâche à l’autre. Or, chacun de ces glissements prend du temps au cerveau, ce qui ralentit l’accomplissement des différentes tâches.]

Voici la restitution d’un tchat sur le débat papier/numérique, avec Roberto Casati, par Libération : ici.

*

Au delà du débat papier/numérique, quelques points rappelés et soulignés par Roberto Casati sur l’importance de lire (pour les enfants notamment) :

  • l’apprentissage de la lecture est une expérience violente pour le cerveau, qui demande donc un véritable investissement institutionnel et familial
  • lire permet d’enrichir considérablement son vocabulaire (et donc sa pensée) car l’oral n’engage qu’un nombre très restreint de mots (à l’oral : on s’en tire avec 1000 mots)
  • les enfants qui lisent connaissent 1 tiers à 2 fois plus de mots que les autres : c’est énorme !
  • on a constaté que l’individu augmentait ses capacités de compréhension et d’empathie des émotions d’autrui après la lecture de textes de « haute littérature » (en schématisant : livre de recettes = texte basique ; Harry Potter = niveau littéraire modéré ; Proust = « haute littérature »)
  • l’humanité en est là où elle en est (société complexe en perpétuel progrès) parce que des élites lisent et que d’autres individus comprennent (grâce à leurs propres lectures) ce que ces élites leur disent
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