L’infiniment peu…

igor oleinikov

(illustration de Igor Oleynikov)

Dans la foulée, voici quelques extraits du bouquin L’infiniment peu. Cet ouvrage est une ode à l’épure, au dépouillement, à la simplification et au détachement. Dans tous ses livres, Dominique Loreau parle beaucoup des traditions et de l’art de vivre japonais, qui sont pour elle de grandes sources d’inspiration :

Le minimaliste sait désormais que vivre à la fois terre à terre, sans sentimentalisme, sans intellectualisme et le nez dans les étoiles, est un sentiment extraordinaire.

Un bonze me rapporte l’histoire de cette vieille dame qui, vers la fin de sa vie, s’était allégée au point de réduire ses possessions à la taille d’un baluchon à peine plus gros qu’une pastèque. C’était là, disait-elle, tout ce dont elle avait besoin. Ses dernières économies passaient dans son unique mais grand plaisir : un petit jardin très fleuri.

Le zen rappelle que, quelle que soit l’envergure de nos tâches ou de nos buts, c’est, plus que l’ardeur, la persévérance qui compte : agir à petites doses, sans s’essouffler, avec une magnifique et parfaite économie de moyens.

L’architecture japonaise traditionnelle bannit l’excès de couleurs, le brillant, les éléments visuellement agressifs. Pour ce peuple d’esthètes, lumières crues, parquets vitrifiés, miroirs, couleurs crues et dures comme le blanc, les tons vifs ou les motifs bariolés tuent la beauté. Seuls les matières naturelles, la lumière tamisée des fenêtres en washi, les couleurs éteintes et les coins d’ombre sont agréables à vivre et donc bénéfiques à l’être humain.

Au Japon, chez les particuliers, les compositions florales sont faites de minuscules fleurs des chemins. Voilà peut-être là la façon de ce peuple de célébrer par l’infiniment peu la grandeur de la nature. L’ikebana est l’art de créer la beauté avec le minimum : une fleur, une feuille, un contenant, un pique-fleur ou deux branches en croix servant de support.

Ceux qui ont la chance d’être allés un jour à Kyoto ont probablement remarqué que la couleur la mieux portée dans cette ville, est le gris, la couleur de l’humilité. Soyez gris sur gris et vous serez certain d’être vu. L’élégance, pour les Japonais, est, plus qu’une question de moyens, une affaire de classe. Autrefois, le summum de l’élégance était de porter des kimonos parfaitement neutres extérieurement mais ornés de merveilleuses peintures au revers.

Ne pas tenter de dominer ou de combattre les idées des autres et rester aussi neutre que possible, c’est non seulement ne pas céder à son ego mais c’est adopter l’attitude la plus confortable et la plus intelligente qui soit.

 

L’infiniment peu, c’est aussi la philosophie du haïku, dont je parle dans un post intitulé Le plus petit poème (06/01/2016). Ci-dessous, quelques-uns de mes haïkus :

*

sur le trottoir mouillé
quelques feuilles de paulownia
rabougries

*

à l’heure du dîner
fleurs de brume
sur le pré humide

*

vent d’hiver
les cabrioles
d’une petite feuille morte

*

son toit sur la tête
j’envie la philosophie
du bernard l’hermite

*

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