Martin-pêcheur : vivons heureux, vivons cachés

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(photo trouvée sur mistymorningme.tumblr.com – quelle beauté !)

Dans l’expo Intérieur coréen, œuvres de In-Sook Son, un panneau explicatif située sous une petite collection d’épingles à cheveux indiquait ceci (j’ai pris ce panneau en photo) :

A chaque coiffure et statut correspond une épingle. La féminité des tenues s’exprime aussi par la délicatesse des coiffures ornées de longues épingles (binyeo) aux couleurs variées, émaillées ou décorées de plumes de martin-pêcheur, de nacre, de jade ou encore de pierres semi-précieuses. Les femmes de l’aristocratie ont souvent utilisé les plumes du martin-pêcheur afin de composer leurs coiffes. Ces plumes, d’un bleu iridescent, ont longtemps inspiré les artistes pour décorer les épingles à cheveux mêlées aux broderies.

*

Quand on entend parler de plumes utilisées pour les bijoux, on pense forcément à l’exploitation des animaux que ça implique : plumes simplement trouvées sur le bord des chemins (en l’occurrence, sur le bord des rivières) ? oiseaux élevés pour leur viande et leurs plumes ?? massacre d’animaux dans leur habitat naturel ???

En France (et en Europe), même si le martin-pêcheur n’est globalement pas en voie de disparition, il fait partie des espèces protégées. Le texte est donc très clair à ce sujet :

Il est interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l’enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu’il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l’utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l’acheter.

Bon…

Je ne sais pas ce qu’il en est en Asie. Et je suis tout simplement incapable de vous dire si l’artiste In-Sook Son utilise, en 2016, les plumes de martin-pêcheur dans son travail. Le seul élément sur lequel je peux me baser est la photo que j’ai prise dans l’exposition (épingles à cheveux, ci-dessous). A priori, aucune plume de martin-pêcheur en vue, mais simplement un travail de couleur réussi, qui reproduit très bien la magnificence du plumage de ce bel oiseau :

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Ici, ça semble donc très clair.

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Mais globalement, il ne faut pas se fier aux apparences. Le travail de la plume sur les bijoux peut donner un résultat très éloigné de l’apparence de la matière première. Voici par exemple un bijou chinois sur lequel a été fait un gros travail de plumes de martin-pêcheur (les plumes sont longuement découpées, taillées, pour ensuite être appliquées dans toutes les zones délimitées du support en métal, cloisonné) :

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La photo ci-dessus est tirée de l’exposition Plumes (2014) au musée des Arts d’Afrique et d’Asie de Vichy. Je l’ai trouvée sur internet. Cette exposition était consacrée à la place des oiseaux dans les bijoux, à la manière dont l’Homme (et la femme, donc) s’approprie, aux quatre coins du monde, la beauté de la plume. Un pan de l’exposition s’intéressait plus particulièrement au martin-pêcheur en Chine. C’était visiblement l’oiseau fétiche des Chinois de la dynastie Qing (17e – 20e siècles) et malheureusement, cette magnifique créature a suscité un tel engouement que l’espèce en a été sérieusement menacée. On imagine le massacre… Effectivement, les femmes de l’aristocratie mandchoue vont allègrement recouvrir leurs parures et tous leurs ornements de coiffure de plumes de martin-pêcheur. Puisque la couleur de cet oiseau met si bien en valeur leur sublimissime chevelure noire, pourquoi se poser des questions ?

*

Quant à In-Sook Son, le lien suivant laisse à penser qu’elle utilisait des plumes de martin-pêcheur dans les années 1980 : ici (voir vignette photo aux 2/3 de la page : épingles bleues en argent, plumes de martin-pêcheur et corail).

Certes, le rendu est probablement magnifique, mais franchement, est-ce bien nécessaire… ? de même pour la fourrure ou le python… ? L’argument déculpabilisant de l’animal d’élevage (« ils sont là pour ça ») tient de moins en moins la route…

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(photo trouvée sur patygalli.tumblr.com)

La fascination pour les beautés sauvages amène au désir d’appropriation, et l’on peut penser que ce type de pulsion nous vient de la Préhistoire. Mais au 21e siècle, il existe forcément des alternatives efficaces et créatives, à transmettre aux adultes de demain : plutôt que d’enfermer un oiseau en cage, pourquoi ne pas tout simplement l’intégrer à la réalisation d’un dessin plein de joie, ou à la rédaction d’une histoire pacifiste ? Le monde intègre progressivement l’idée qu’il faut regarder plus loin que le bout de son nez, et il vaut mieux espérer que les consciences évoluent rapidement !

Un article relativement exhaustif sur le martin-pêcheur, par Larousse : ici.

 

(photo de gauche : Max Rinaldi ; photo de droite : Lyn Ellison)

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4 réflexions sur “Martin-pêcheur : vivons heureux, vivons cachés

    1. Bonjour,
      Ce ne sont pas mes photos, et loin de là ! Effectivement elles sont sublimissimes…
      Je vais essayer de remettre la main sur leur source pour ajouter sur l’article l’identité des différents photographes concernés !
      Bonne fin de WE à vous,
      Céline

      J'aime

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