Lutter efficacement pour les animaux

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(l’iconographie de la littérature enfantine est décidément une mine d’or pour communiquer sur les sujets importants – illustration de Erich Heinemann)

Dans le cadre du cycle Révolutions animales à la Cité des Sciences et de l’Industrie, j’ai assisté à la conférence du samedi 09 janvier, sur la protection animale dans le monde. Trois intervenants ont animé la conférence : une doctorante en droit animalier, un doctorant en sciences politiques et le président de la Coalition des organisations de protection des animaux aux Pays-Bas.

Il s’agissait, non pas spécialement de faire un tour d’horizon de toutes les causes animales à défendre à travers la planète (projet vertigineux) mais plutôt de mettre en lumière la nécessité (ET la complexité) d’agir à dimension internationale/européenne, en réunissant les ressources de plusieurs pays pour défendre certaines causes (exemple : les chiens errants en Roumanie). Voilà ce que j’ai pu apprendre :

  • Le mouvement animaliste comprend des profils très différents, du plus modéré au plus « forcené » (sans jugement de valeur). On peut ainsi faire un classement selon 3 niveaux : le welfarisme (un état d’esprit « modéré », qui cherche surtout à réformer des lois non adaptées, qui attend des améliorations), l’abolitionnisme réformiste (qui attend dans un premier temps des réformes et ensuite des abolitions) et pour finir l’abolitionnisme fondamentaliste (qui refuse en bloc les réformes et prône de façon catégorique l’abolition).
  • Un constat fort : l’importance de combiner les actions d’ordre social (changer les comportements individuels) et les actions politiques (changer les règles de la société) : ces deux types d’actions sont complémentaires et doivent être pratiquées simultanément pour que les choses bougent.
  • En parallèle du mouvement animaliste, plusieurs types de répressions anti-animalistes (principalement nourries par les agriculteurs, industriels de la viande, chasseurs, etc.)  ont vu le jour. Premier type de répression : la criminalisation discursive (le fait de communiquer sur l’idée que les animalistes sont des terroristes, des extrémistes ; dans le but de les discréditer). Deuxième type de répression : la criminalisation législative (faire sanctionner, par exemple, les défenseurs de la cause animale qui pénètrent illégalement dans un élevage ou un abattoir pour y prendre des photos choquantes ; dans le but de rendre opaques les méthodes non acceptables). Troisième type de répression : la criminalisation coercitive (qui consiste à intimider, faire perquisitionner, faire arrêter les individus qui défendent la cause animale). Bref, c’est la guerre…
  • La France est très en retard sur la législation par rapport à l’Europe et cela s’expliquerait principalement par un manque de cohérence dans les revendications et agendas des différents acteurs de la protection animale en France. Il s’agirait donc de mieux mettre en commun les ressources (financières, législatives, militantes) et de créer une coalition nationale ou une « structure relais ».
  • L’association Four Paws (initialement anglaise, si je ne dis pas de bêtise), qui est devenu internationale étant donné son succès au-delà des frontières, a crée des sanctuaires pour les ours (dans les pays qui ont interdit l’utilisation des ours dans les cirques, spectacles) et pour les grands félins (que certains individus un peu timbrés trouvent amusant d’élever chez eux)…
  • L’Union européenne reconnaît peu à peu plusieurs compétences dans le bien-être des animaux (alors qu’elle considérait jusque là que c’était tout simplement aux États membres de se débrouiller).
  • Malheureusement, beaucoup de textes européens ne sont pas appliqués (poules pondeuses, truies gestantes, expérimentation animale…). Le pays le plus récalcitrant serait la Pologne, mais encore une fois, la France est également hors-la-loi sur plusieurs textes.
  • Un constat fort : l’importance de : reconnaître la sentience, de créer des structures politiques autant nationales qu’européennes, de créer des entités judiciaires spécifiques au cas animal.
  • L’importance aussi : de sanctionner plus sévèrement les États membres qui ne respectent pas les textes européens, et de clarifier la législation (avec l’emploi de mots justes et compréhensibles) car actuellement, à titre d’exemple, les mots « animal » ou « élevage » n’ont pas la même définition selon les pays.
  • Autre constat fort : l’importance d’avoir des arguments juridiques et scientifiques très clairs, car l’émotion (et l’agressivité) ne tient pas la route quand il s’agit de faire évoluer les lois.
  • Pays-Bas : il s’agit d’un pays très avancé sur la question animale, avec des dizaines d’associations et des centaines de sanctuaires. D’ailleurs, les citoyens néerlandais ne mangent plus de poulet provenant des batteries (malheureusement les fermes intensives existent encore et le pays vit beaucoup grâce à l’exportation), la fourrure y est interdite depuis 2012 (la législation y sera appliquée en 2024) ; de même pour les animaux sauvages dans les cirques : c’est devenu interdit.
  • La doctorante en droit animalier a aussi souligné l’importance stratégique, dans certains cas précis, de faire acter une interdiction dans chaque pays européen plutôt que de faire valider par l’Union européenne l’amélioration des conditions des animaux. Exemple : le fois gras ou les animaux de cirque. Explication : faire valider une amélioration des conditions de ces animaux à titre européen permettrait malheureusement aux différents États qui ont déjà interdit ces méthodes, de faire marche arrière et de réintégrer l’autorisation du foie gras, des animaux de cirque.
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2 réflexions sur “Lutter efficacement pour les animaux

  1. Très intéressant, très bien fait – Beau travail de journaliste :o). Tu rédiges des articles professionnellement ? Je savais pas que les pays bas étaient bien avancés sur la question. Comme quoi, y a plus qu’à faire pareil, une route est déjà tracée. Un ami, Pierrick, animaliste (j’ai appris un mot :o) ), me disait que y avait trop peu de militant, et que c’était pas bien structuré (comme tu l’indiques).
    Ce qui me choque le plus c’est de voir les conditions d’élevage qui ressemble à un camp d’extermination nazi, et cela ne choque plus personne (l’habitude). C’est révoltant que les institutions est pu laisser faire. Lobby de merde, structure politique de merde, institutions de contrôle de merde. Tout manipulé. Et oui, j’ai grosse colère contre le système :o).

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  2. Salut William, et merci. Disons que j’essaie de rédiger des posts constructifs 🙂 Concernant les conditions d’élevage scandaleux, tout est fait pour que les gens n’y pensent pas. Et quand ils y pensent, ça les met assez mal à l’aise pour choisir de ne pas faire le lien avec ce qui se trouve dans leur assiette. Quant à ceux qui travaillent dans ces endroits ou dans les abattoirs par exemple : ils y bossent parce qu’ils ont besoin d’argent et ils apprennent donc rapidement à se désensibiliser…

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