Le cortège printanier des insectes

Sylvain Tesson dans sa cabane du lac ba•kal

(Sylvain Tesson dans sa cabane, au bord du lac Baïkal)

Je viens de me replonger avec délice dans le récit autobiographique Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson.

Voici le pitch : vers 2010, l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson a effectué un séjour de 6 mois sur les bords du lac Baïkal. Le bourlingueur, qui répondait jusque là à un besoin vital de se déplacer et de cumuler les kilomètres par milliers (il a réalisé de nombreux voyages à pied et à moto), a enfin découvert les plaisirs de l’immobilité : contemplation, communion avec la nature, introspection, humilité… tout cela dans une région où les températures restent largement inférieures à 0°C la moitié de l’année. Le texte Dans les forêts de Sibérie est né de cette aventure intérieure et sensuelle bouleversante.

Ce magnifique récit est à la fois un bijou littéraire, un essai sur la solitude et l’immobilité, et une ode à la nature.

Sylvain Tesson y fait une place toute particulière aux insectes, qu’il a observés avec émerveillement aux prémices du printemps, à la fonte des glaces :

Tous les insectes sortent de la torpeur et viennent assister à la libération de l’eau comme ces amis qui accueillent un détenu, le jour de la sortie de cellule. Malgré le grand sommeil, ils n’ont pas oublié les gestes et les réflexes. Le peuple des insectes va envahir les bois et je me sens moins seul.

*

Comme de nombreux amoureux de la nature, Sylvain Tesson décrit les insectes observés comme des trésors :

Copulation des capricornes. Les antennes se frôlent et les insectes s’aiment dans une immobilité statuaire. Je n’aurais rien contre la visite d’une jeune entomologiste slovène venue étudier le phénomène. (…) Le monde que je foule chaque jour, de la clairière au bord de l’eau, recèle des trésors. Dans l’herbe, sous le sable, des armées vaquent. Leurs soldats sont des bijoux. Ils portent armures vernissées, carapaces d’or, cottes de malachite ou livrées rayées. Aux Cèdres du Nord, je marche sur des joyaux, des brillants, des camées sans m’en douter. Certains sortent de l’imagination d’un joaillier Jugenstil qui se serait acoquiné avec un alchimiste faustien pour donner vie aux broches et aux émaux à la sortie du four.

*

Dans la lignée de Jean-Henri Fabre et de Ernst Jünger, Sylvain Tesson compare l’observation des minuscules bêtes à la vertigineuse et féerique expérience du changement d’échelle :

Tenir en considération les insectes procure la joie. Se passionner pour l’infiniment petit précautionne d’une existence infiniment moyenne. Pour l’amoureux des insectes, une flaque d’eau deviendra le Tanganyika, un tas de sable prendra les dimensions du Takla-Makan, une broussaille se changera en Mato Grosso. Pénétrer dans la géographie de l’insecte, c’est donner enfin aux herbes la dimension d’un monde.

*

Pour aller plus loin :

(Sylvain Tesson au soleil, devant son isba)

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