Un monde insoupçonné

Sylvain Tesson dans sa cabane du lac ba•kal

Sylvain Tesson à sa table, cabane sur les bords du lac Baïkal

Le fait de poster, plus bas, des extraits de Matthieu Ricard sur la bienveillance envers les plus petits êtres (insectes) m’a donné envie de me replonger dans le bouquin Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, qui en parle très bien.

Sylvain Tesson a fait un long séjour (6 mois si je ne dis pas de bêtise) sur les bords du lac Baïkal, il y a environ 5 ans. L’auteur, qui avait jusque là l’habitude de se déplacer (nombreux voyages à pied ou en moto), a enfin découvert les plaisirs infinis de l’immobilité (contemplation, communion avec la nature, introspection, humilité), dans une région où les températures restent largement inférieures à 0 degré la moitié de l’année. Le bouquin, né de cette aventure bouleversante, est à la fois une déclaration d’amour à la nature et un vrai petit bijou littéraire. Sylvain Tesson y fait une place toute particulière aux insectes, qu’il a observés avec émerveillement au retour du printemps :

Tous les insectes sortent de la torpeur et viennent assister à la libération de l’eau comme ces amis qui accueillent un détenu, le jour de la sortie de cellule. Malgré le grand sommeil, ils n’ont pas oublié les gestes et les réflexes. Le peuple des insectes va envahir les bois et je me sens moins seul.

(…)

Copulation des capricornes. Les antennes se frôlent et les insectes s’aiment dans une immobilité statuaire. Je n’aurais rien contre la visite d’une jeune entomologiste slovène venue étudier le phénomène. (…) Le monde que je foule chaque jour, de la clairière au bord de l’eau, recèle des trésors. Dans l’herbe, sous le sable, des armées vaquent. Leurs soldats sont des bijoux. Ils portent armures vernissées, carapaces d’or, cottes de malachite ou livrées rayées. Aux Cèdres du Nord, je marche sur des joyaux, des brillants, des camées sans m’en douter. Certains sortent de l’imagination d’un joaillier Jugenstil qui se serait acoquiné avec un alchimiste faustien pour donner vie aux broches et aux émaux à la sortie du four.

(…)

Tenir en considération les insectes procure la joie. Se passionner pour l’infiniment petit précautionne d’une existence infiniment moyenne. Pour l’amoureux des insectes, une flaque d’eau deviendra le Tanganyika, un tas de sable prendra les dimensions du Takla-Makan, une broussaille se changera en Mato Grosso. Pénétrer dans la géographie de l’insecte, c’est donner enfin aux herbes la dimension d’un monde.

 

Pour le plaisir des yeux, quelques jolies petites bêtes…

(photos : Chuvilin, Markus Lenzen…)

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