Les plus beaux « cailloux » du monde

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(affiche pour la galerie de Minéralogie)

Domestication du feu par l’homme préhistorique, constructions en pierre des habitats traditionnels et modernes, joies enfantines du ricochet… On l’oublie souvent, le minéral est au cœur de nos vies. Relisons Sylvain Tesson quand il fait l’éloge du minéral et des jolis cailloux dans son récit autobiographique Dans les forêts de Sibérie (prix Médicis essai 2011) :

Offrir des fleurs aux femmes est une hérésie. Les fleurs sont des sexes obscènes, elles symbolisent l’éphémère et l’infidélité, elles s’écartèlent sur le bord des chemins, s’offrent à tous les vents, à la trompe des insectes, aux nuages des graines, aux dents des bêtes ; on les foule, on les cueille, on y plonge le nez. A la femme qu’on aime il faudrait offrir des pierres, des fossiles, du gneiss, enfin une de ces choses qui durent éternellement et survivent à la flétrissure.

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La galerie de Minéralogie du Jardin des Plantes

Je souhaite vous parler d’un lieu tout à fait époustouflant, qui abrite des trésors dont la beauté inouïe dépasse largement l’imagination : la galerie de Minéralogie du Jardin des Plantes. Cette dernière est considérée comme la plus belle collection de « cailloux » du monde, et pour cause !

Croyez-moi, rester stoïque devant le charme fou de ces bijoux de la Terre, tels que la pyromorphite, la crocoïte ou encore la pyrite, est un véritable défi… Ces joyaux géologiques rivalisent de beauté avec les plus beaux papillons du monde. Découvrir ce lieu m’a bouleversée et je pèse mes mots en disant qu’il s’agit d’un des trois ou quatre plus beaux endroits que j’aie vus dans ma vie…

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De la pédagogie pour les petits et pour les grands 

Chaque week-end, un médiateur passionné (géologue de formation, travaillant à la fois sur le terrain et en laboratoire) est présent sur les lieux pour accueillir et informer les visiteurs. Il organise tout au long de la journée de petites conférences de 15 minutes dans différents lieux de la galerie, pour faire apprécier au public toutes les facettes de cet univers fascinant : formation des minéraux, galerie des cristaux géants, météorites, travail des pierres précieuses…

Voici quelques-unes des photos prises lors de ma visite :

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Pour aller plus loin :

  • France Culture a consacré une émission à ce lieu unique (60 minutes)
  • j’ai eu l’occasion de feuilleter deux beaux bouquins sur le sujet : le catalogue Trésors de la Terre du Museum National d’Histoire Naturelle et l’ouvrage Minéraux remarquables de la collection Sorbonne-Jussieu aux éditions Le Pommier :

 

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Poèmes végétariens et fleurs comestibles

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(peinture avec glycine et insecte butinant, Qi Baishi, 1864-1957)

Je ne résiste pas à l’envie de poster d’autres poèmes végétariens, découverts grâce aux éditions Moundarren. J’en profite aussi pour poster une deuxième peinture de Qi Baishi, artiste chinois auquel je consacrerai un article prochainement 🙂

Ces deux jolis textes, tirés du recueil Dans la cuisine du poète, ont été écrits par Lu Yu (1125-1210). L’artiste y fait l’éloge d’une existence simple, humble et libre, bref, hédoniste !

Si ces deux poèmes n’ont pas de titre à proprement parler, ils ont tout de même un chapeau.

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Habitant dans la montagne et mangeant la plupart du temps sans viande, poème composé pour m’amuser

un ami près du torrent m’a offert un poisson, mais je ne puis me résoudre à le cuire
avec des légumes et du riz grossier je vais passer simplement le reste de ma vie
deux mesures de riz parfumé sont en train de cuire
une poignée de légumes sans condiment mijote
ne vous moquez pas de cette revendication végétarienne circonstanciée
cela suffit pour se caresser le ventre en se promenant tranquillement
l’automne est arrivé, il y a une chose qui mérite spécialement d’être vantée
tous les jours à la haie de l’est je cueille des pétales de chrysanthèmes

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Devant la nourriture, poème composé pour m’amuser

les tendres boutons des fleurs de palmier bien préparés parfument tout le repas
les fleurs nouvelles d’acacias garnissent les nouilles froides
souvent le maître, repu, se caresse le ventre
tout le reste à côté est insignifiant

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Mangeons des fleurs !

Les Chinois consomment couramment des chrysanthèmes et attribuent à cette fleur de nombreuses vertus médicinales (maladies cardiovasculaires, problèmes de peau, système immunitaire, cicatrisation…). C’est ce qui explique le dernier vers du premier poème. Comme le montre le deuxième texte, les fleurs de palmier et d’acacia sont également comestibles. Bon appétit 🙂

Poésie chinoise et japonaise aux éditions Moundarren

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(peinture représentant une cigale et une mante religieuse, Qi Baishi, 1864-1957)

Le travail des éditions Moundarren, spécialisées dans la poésie chinoise et japonaise et dans les sagesses zen et tao, mérite vraiment d’être connu. Grâce aux éditions Moundarren, j’ai découvert les plus beaux poèmes qu’il m’ait été donné de lire !

La poésie asiatique nous emmène à mille lieues des « carcans » de la poésie occidentale (ponctuation à profusion ; rimes plates, croisées ou embrassées ; nombreuses figures de style). En l’occurrence, les poèmes chinois et japonais sont souples comme des brumes, légers comme des pétales. On n’est pas dans la performance technique mais dans la plus pure expression des sentiments humains, inspirés par la nature et les joies d’une vie simple…

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Voici un poème végétarien de Po Chu Yi (8e siècle), intitulé Un mois de jeûne au milieu de l’été (extrait du formidable recueil Dans la cuisine du poète) :

un mois de jeûne au milieu de l’été
durant trois fois dix jours je me suis abstenu de viande
je me sens le cœur et l’os allègres
dès que je me lève mon corps est agile et léger
je commence à comprendre pourquoi ceux qui s’abstiennent en plus de céréales,
en ont les quatre membres encore plus dispos et alertes
si au début on peut ainsi se libérer des maux et des maladies,
au bout d’un moment on doit sans doute devenir immortel
l’immortel Yu kou chevauchait le vent doux,
l’immortel Pin Rouge se promenait dans les nuées pourpres
j’ai toujours trouvé ces légendes ridicules,
mais aujourd’hui j’en comprends enfin le sens
mon âge a dépassé la moitié de cent
le souffle faible, l’esprit divisé,
à  mes deux tempes la soie blanche déjà pendille,
j’ai du mal à préserver mes trois champs de cinabre
il a suffi que je supprime les aliments alliacés et sanguins,
pour peu à peu renouer des liens avec la pureté et la quiétude
j’ai ôté mon bonnet d’officiel  pour me consacrer à cultiver ma santé,
et finir ainsi les années que le ciel m’a accordées

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Je vous propose également un court poème de Yuan Mei (18e siècle) (extrait du recueil qui lui est consacré : Yuan Mei, épicurien taoïste) :

je me suis installé à l’écart du monde de poussière
que je bouge ou que je me repose, je vis à ma guise
mes grues blanches à ma place accueillent les visiteurs
le vent printanier pour moi tourne les pages du livre

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Les ouvrages publiés aux éditions Moundarren sont souvent conçus sur le modèle de la reliure chinoise (voir ci-dessous, à droite). De plus, ils proposent systématiquement le bilinguisme : d’un côté la calligraphie chinoise ou japonaise et sur la page d’en face, le poème traduit en français.

On peut commander les bouquins des éditions Moundarren sur leur site internet et en librairie. La librairie Junkudo, grande librairie japonaise et bilingue, située au cœur de Paris (18, rue des Pyramides, 75001), propose un bel éventail de leurs ouvrages.

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Devenir végétarienne pour les animaux

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(illustration réalisée par l’association L214)

J’ai toujours aimé les animaux, comme la plupart d’entre nous évidemment. La question du végétarisme a commencé à me préoccuper il y a quelques années, sans que je me sente pour autant capable de passer à l’action. Il m’arrivait de voir des images pénibles sur les conditions de vie et de mort des animaux d’élevage. Je culpabilisais. Et parce que c’était profondément inconfortable, je finissais par contourner le problème d’une manière ou d’une autre.

Je suis contente que les choses aient changé (à mon humble échelle, certes) et que mes actes s’accordent aujourd’hui à mes valeurs. En effet, je suis actuellement en train de devenir végétarienne, et par dessus le marché, sans difficulté ! Je ne mange plus du tout de viande (pas de viande blanche non plus). Et je suis en train d’arrêter le poisson.

Je précise que si certains végétariens n’ont jamais été des fous de viande, ce n’était pas mon cas. Un bon morceau de viande rouge bien saignant ne m’a jamais fait peur, au contraire : j’adorais ça.

Ce qui m’a aidée à passer le cap :

  • Fréquenter et observer avec émerveillement l’adorable petite chatte de la voisine. Elle est malheureusement morte il y a quelques semaines (renversée par une voiture). C’était une jolie petite chatte de gouttière, gris et blanc, absolument ravissante, gracieuse, sauvage, très peureuse mais encore plus curieuse, maligne et très éveillée.
  • Une bonne hygiène alimentaire et une curiosité pour ce qu’on l’a dans son assiette, sont une première bonne base. Passer de la malbouffe au végétarisme, personnellement, je n’aurais pas pu : trop de choses à découvrir, à intégrer, à comprendre. Donc, savoir où trouver des protéines, des fibres, du fer, c’est important. Se renseigner sur la richesse des huiles, sur l’intérêt des produits « complets »,  par exemple.
  • Savoir apprécier la saveur des aliments, ça aide aussi. Typiquement, les fruits et légumes : il n’est pas négligeable d’identifier comment on appréciera sa salade de fruits, ou comment cuisiner des lentilles pour faire un plat appétissant. Ce qui peut aider : les herbes et les épices (et d’autant plus que ces condiments alimentaires offrent aussi plein de vertus !)
  • Lire Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard. Très intéressant, pas culpabilisant, et permettant une bonne grosse prise de conscience. Trop d’humains préfèrent encore considérer que seuls leurs animaux domestiques sont dotés d’intelligence ou de sensibilité. La réalité est pourtant bien différente : la grande majorité des animaux sont des êtres sentients (doués de sentience).
  • Les conférences du cycle Révolutions animales, de la science au droit, à la Cité des Sciences et de l’Industrie (75019, métro Porte de la Villette), ont lieu les samedis, à 14h30, de septembre 2015 à janvier 2016. Il y en a 12 en tout. Elles sont gratuites et passionnantes ! Voici les prochaines : « la protection animale dans le monde » (9 janvier), « la question animale dans l’enseignement » (16 janvier), « l’animal en politique » (23 janvier), et la dernière, « vers un nouveau pacte » (30 janvier). Pour tous les détails, c’est ici que ça se passe. Chaque conférence est délivrée par 2-3 spécialistes, et dure environ 2 heures (dont 30 minutes réservées aux questions). On y apprend énormément de choses et surtout, on arrête de se voiler la face !
  • Accepter l’idée de ne plus satisfaire toutes ses pulsions alimentaires. Ca devrait être la chose la plus simple du monde, mais dans notre société occidentale, c’est compliqué ! Pourtant, apprendre à gérer quelques frustrations, ça fait du bien et ça rend tellement plus fort !
  • Un site très bien fichu pour se motiver et savoir où on va : http://www.vegetarisme.fr/

Comme vous pouvez le constater, ce magnifique et attendrissant gorille, qui illustre la campagne d’information pour les conférences du cycle Révolutions animales, a beaucoup de choses à nous dire… écoutons-le !

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Les tapisseries bucoliques de Dom Robert

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(tapisserie intitulée Les Enfants de lumière)

J’ai découvert Dom Robert en apprenant il y a quelques jours sur internet que la cathédrale Notre-Dame de Paris exposait dans sa nef, de fin 2015 à février 2016, six des plus grandes tapisseries de l’artiste.

Dom Robert (1907-1997), moine bénédictin à l’âme créatrice, est connu pour son très prolifique et talentueux travail de cartonnier : il dessinait, dans les moindres détails, ce que l’atelier de tapisserie réalisait ensuite sur le métier à tisser. Dom Robert a également produit des aquarelles et des enluminures.

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Un cœur joyeux

La beauté du monde créé par Dieu, sujet central de ses œuvres, donne à Dom Robert l’occasion de raconter les animaux du quotidien, les paysages accueillants, les fleurs des champs, les papillons et bien sûr, la joie !

Quand l’art raconte les beautés de la nature, je suis en général plus sensible aux sujets exotiques, mais il faut reconnaître que Dom Robert apporte une vraie féerie à l’univers de la basse-cour !

L’archevêque d’Albi, Monseigneur Coffy, lui écrivit un jour :

Quel dommage de n’avoir ni assez de temps ni assez d’occasions de me promener sans but dans ce monde de couleurs que vous nous offrez pour écouter le chant des fleurs, des paons et des poissons. Continuez de nous apprendre l’école buissonnière, ô bienheureux paresseux. C’est la vraie, celle que notre société qui ne connaît que la règle et la ligne droite, condamnera toujours. Parce que c’est déjà un peu l’Autre Monde en notre présent.

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(Juin)

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(Vasca)

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(Avril, douce espérance)

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Une fine observation de la nature

Les tapisseries de Dom Robert font souvent plusieurs mètres de large. On y décèle des centaines d’éléments qui témoignent de l’intérêt de l’artiste pour les beautés de la nature. Ci-dessous, quatre détails…

On reconnaît là un geai des chênes, à son dos brun rosé et à ses plumes latérales bleu vif.

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On découvre ici une mare poissonneuse, dans laquelle s’épanouissent de jolis nénuphars bleus, blancs ou roses. Des paons se promènent sur le bord du point d’eau…

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Dom Robert a représenté de nombreux papillons, dont le machaon ou le flambé. Ces douces créatures, dont les magnifiques ailes pourraient laisser penser qu’ils se cachent dans des contrées exotiques, vivent pourtant dans nos campagnes.

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Les animaux de la basse-cour, tels que les dindons et les coqs, font partie des leitmotivs de l’artiste.

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Pour aller plus loin :

  • voici un site internet consacré à Dom Robert
  • la Cité internationale de la tapisserie Aubusson, dans la Creuse, propose de découvrir des tapisseries anciennes mais également contemporaines !
  • le court roman La Dame à la Licorne de Tracy Chevalier, dont l’intrigue se déroule au Moyen-Âge, permet d’entrer dans l’intimité de la réalisation d’une tapisserie
  • le livre Les Saisons de Dom Robert, aux éditions Hazan, est une belle façon de découvrir les tapisseries de Dom Robert et plus globalement, l’art exigeant de la tapisserie. En voici la couverture :

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Quelques-uns de mes dessins

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(La curiosité est un joli défaut)

Je dessine depuis environ 2 ans. Mon but : donner une réalité, sur papier, à l’univers de rêve qui tapisse, éclaire, hante, fleurit mon cerveau.

Mes dessins proposent une vision enchantée, et pourtant pas utopique, de la vie : harmonie entre humains, animaux et végétation ; humains respectueux et admiratifs des merveilles de la nature ; mais aussi joie de vivre et hédonisme : par exemple, éloge des nuits à la belle étoile ou de la sieste, de la cueillette de fleurs et de la chasse aux papillons, de l’observation des insectes ou du travail des abeilles…

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Si je devais résumer mes dessins en quelques mots : une réappropriation en douceur d’un paradis soit disant perdu et qui pourtant nous tend en permanence les bras, si on veut bien se connecter intelligemment à nos cinq sens et à notre cœur.

Mes dessins sont aussi une façon de dire merci : à mon enfance en Ardèche, au monde de la rivière qui coulait au pied de notre maison dans la vallée de Thines, aux animaux qu’on croise un peu partout, même en pleine ville, et qui nous rappellent qui nous sommes vraiment.

Les dessins qui illustrent cet article sont ceux que j’ai vendus récemment.

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(tableau de Valerius de Saedeleer)

Un de mes poèmes préférés s’appelle Le Premier Givre. Dans ce texte sensoriel, délicat, tendre et douloureux, Arsène Houssaye parle de la campagne, la vraie, et des souffrances qu’endurent les êtres plus fragiles au cœur de l’hiver.

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L’hiver est sorti de sa tombe,
Son linceul blanchit le vallon ;
Le dernier feuillage qui tombe
Est balayé par l’aquilon.

Nichés dans le tronc d’un vieux saule,
Les hiboux aiguisent leur bec ;
Le bûcheron sur son épaule
Emporte un fagot de bois sec.

La linotte a fui l’aubépine,
Le merle n’a plus un rameau ;
Le moineau va crier famine
Devant les vitres du hameau.

Le givre que sème la bise
Argente les bords du chemin ;
À l’horizon la nue est grise :
C’est de la neige pour demain.

Une femme de triste mine
S’agenouille seule au lavoir ;
Un troupeau frileux s’achemine
En ruminant vers l’abreuvoir.

Dans cette agreste solitude,
La mère, agitant son fuseau,
Regarde avec inquiétude
L’enfant qui dort dans le berceau.

Par ses croassements funèbres
Le corbeau vient semer l’effroi,
Le temps passe dans les ténèbres,
Le pauvre a faim, le pauvre a froid

Et la bise, encor plus amère,
Souffle la mort. — Faut-il mourir ?
La nature, en son sein de mère,
N’a plus de lait pour le nourrir.